source : HALITIM-DUBOIS Nadine, Quartier d'industries, in , BELLE V., CHALABI MA, HALITIM-DUBOIS N. Lyon le Confluent, "derrière les voûtes", ED. Lieux-Dits, 2005
Un espace réglementé : l’arsenal (1845-1848)
Après l'incendie de l'arsenal de Lyon, situé à l'angle du quai Tilsitt, de la rue du Plat (ancienne rue de l’Arsenal), et de la rue Sala, au moment du siège de Lyon en 1793, il est installé, temporairement, dans le couvent Sainte-Claire[i] mitoyen de l'édifice incendié : l’église du couvent est transformée en fonderie et le jardin claustral est cédé à l’artillerie. L’arsenal sous l’Ancien Régime est surtout un dépôt d’armes et de matériel destiné à armer les troupes en cas de nécessité. Il a également pour fonction, la réparation et la construction de matériel d’artillerie, équipages, attirails. En 1827, une ordonnance royale, faisant suite au plan de distribution de la presqu'île Perrache acquise par la Ville par la loi du 30 mars 1823, donne les directives d'aménagement du quartier. C'est en 1833 que le ministre de la Guerre, le maréchal Soult, demande au préfet du Rhône de chercher un nouvel emplacement pour l'arsenal. Le commandant Duhamel propose les terrains situés dans la presqu'île Perrache. Un nouvel arsenal[ii] est alors construit en 1845 où sont fabriqués des projectiles. Comme le souligne Pierre Cayez[iii], la production se partage entre les établissements d’Etat et les entreprises privées : les arsenaux sont au nombre de 19 et emploient environ 19 000 personnes en 1860. Y sont réalisées les productions finales et les opérations de montage, tandis que l’Etat commande les productions de blindage et des machines à vapeur au secteur privé[iv]. En 1870, les productions d’armement triplent pour répondre à la nouvelle situation internationale. Un atelier pour les cartouches du fusil Chassepot est alors créé à Perrache. En 1875, l’arsenal s’agrandit avec la construction d’une grande halle contenant toute une série de presses à forger de grande puissance, jusqu’à 800 tonnes pour l’emboutissage des corps d’obus. En 1886, le ministre décide de faire fabriquer par l’arsenal de Lyon des projectiles à grande capacité, en acier, permettant de tester des nouveaux procédés d’emboutissage.
En 1915, en plein conflit, l'Etat demande au lieutenant-colonel Rivet[v], directeur de l'arsenal de Perrache, appelé l'Atelier de construction de Lyon, une extension, rue Bichat, à l'angle de la rue d'Alger (actuellement rue Claudius-Collonge) et du cours Suchet. Ce terrain d'une superficie de 8 742 m², occupé par l'ancienne usine de plâtre Guiraudet[vi], est acquis par décret du 22 août 1915. Les travaux de construction des ateliers d'usinage, de décapage et de contrôle, commencent le 17 août 1915 et s’achèvent en octobre 1916. Cet arsenal est complémentaire de celui qui se trouvait situé juste en face, au sud de la rue Bichat, construit entre 1845 et 1848 et démoli en 1983 (après un incendie en 1980), pour la construction de l'actuelle gendarmerie. Bien que son emplacement à Perrache soit remis en cause dès 1920, l’arsenal est agrandi jusqu’en 1940[vii]. L’effectif en 1918 se compose de 28 officiers, 302 employés, 3 ouvriers d’Etat, 1 734 ouvriers militaires, 1 043 ouvriers civils, 810 ouvrières, 455 ouvriers algériens et chinois. Les productions journalières fournissent obus de petit calibre 75-64, obus de gros calibres de 155, obus à mitraille et réfection d’obus tirés.
Les ateliers de l’arsenal de 1915 en rez-de-chaussée, sont construits en mâchefer enduit, le toit en sheds, avec comme aérateurs des oculi et des petites cheminées métalliques. Un portail à encadrement à bossages agrémente l'entrée nord. Le corps de bâtiment, situé à l'est, compte un étage carré avec un toit à longs pans, un pignon découvert. Un mur de clôture ferme la cour rectangulaire et un portail en fonte ouvre sur la façade principale sud. Aujourd’hui, ce bâtiment est occupé par la police nationale.
[i] AC Lyon : Boîte II 221. Notice historique sur l’arsenal de Perrache écrit par le lieutenant-colonel Rivet, directeur de l’arsenal, 1916 à 1945.
[ii] AC Lyon : 4 Fi 815 carte postale.
[iii] Cayez P. Histoire de la France industrielle, Larousse-Bordas, 1996, p.176.
[iv] La Compagnie de la Marine et des chemins de fer dans la Loire.
[v] AC Lyon. 344 WP 71 ; Voirie urbaine, permis de construire administratif pour la construction d’un bâtiment rue Bichat, 1915.
[vi] AC Lyon. 2S 513. Plan Noëlla, 1842.
[vii] Plan chronologique, Service régional de l’Inventaire, Paul Cherblanc, 2001.