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Fonderie et martinet Turinaz puis fonderie et martinet du prieuré de Bellevaux puis martinet et scierie Plattet puis martinet et scierie Anthonioz dit usine du martinet actuellement vestiges

Dossier IA73002794 inclus dans Paysage du bassin-versant du Chéran réalisé en 2013

Fiche

Dénominationsforge, martinet, fonderie, scierie
Aire d'étude et cantonPays de Savoie - Châtelard (Le)
HydrographiesChéran ; bassin-versant du Chéran
AdresseCommune : École
Lieu-dit : Adresse : Les grosses pierres
Cadastre : 2012 C 135

Le site est fondé en 1654 par Louis Turinaz originaire de Giaveno (Piemont) sur les terres du prieuré des Bénédictins de Bellevaux, au bord du Chéran. Pour la somme de vingt florins par an, Louis Turinaz est autorisé à utiliser la force du cours d’eau et à couper le bois nécessaire à l’alimentation de son établissement. A la mort de Louis Turinaz, le site est exploité par sa veuve Suzanne Pochat puis par ses neveux, Antoine et Sébastien Turinaz. En 1692, le site est racheté par Jean Geny, un bourgeois originaire de Montmélian qui continue à verser au prieuré un loyer de 1600 florins par an. Le site est revendu en 1707 à Jean François Revil, de Montmélian qui s’associe en 1708 à Philibert Rosset de Conflans. Par la suite, le site est exploité par Philibert Rosset seul, puis par son fils.

Entièrement dépendant des moines notamment pour le combustible, le site est finalement cédé au prieuré de Bellevaux en 1729 pour la somme de quinze mille livres de Savoie. A cette époque, il est visible sur la mappe sarde (parcelle 573). Dirigé par les moines qui disposent des bois et des cours d’eau ainsi que d’un savoir-faire hérité d’une longue tradition monastique, le site de Bellevaux prospère. Il pouvait produire entre 300 et 500 tonnes de fer par an. Le haut-fourneau se trouve sur la commune de Jarsy, en aval du site de Bellevaux (mappe sarde de Jarsy : parcelle 1107). Le minerai qui provient de Saint-Georges-d’Hurtières est amené jusqu’à Bellevaux à dos de mulet par le col du Frêne.

Toutefois, malgré leur savoir-faire les moines restent soumis à l’épuisement des ressources naturelles. Ce paramètre influe considérablement sur la production de l'établissement dès les années 1780.

Lors de la Révolution, le site de Bellevaux est confisqué par l’État. Il est acensé le 19 brumaire de l’an II (30 octobre 1792), de même que les fabriques de Tamié (commune de Seytenex, Haute-Savoie) et d’Aillon à Pierre Antoine Marquet, Luc Nicolas Guillermin et Jacques Baile, pour la somme de deux cent mille francs. Les trois associés se heurtent à des difficultés d’approvisionnement en combustible car les forêts alentours ont été rachetées par des investisseurs privés. Ils sont également soumis à des difficultés d’approvisionnement en minerai et en fer car les stocks de Bellevaux ont été réquisitionnés pour la défense nationale.

Le 1er fructidor de l’an IV (18 août 1796) le site est repris par Pierre-Joseph Guerraz originaire de Lescheraine. Par acte du 12 pluviôse de l'an V (31 janvier 1797), il est vendu à Gaspard Plattet, maire d'École. Dans la maison de celui-ci, il existe une plaque de cheminée portant l’inscription : « Le Sieur Gaspard Plattet, maire de la commune d’Ecole, maître des forges de Bellevaux, m’a fait faire en 1813 ».

Au début du XIXe siècle, des coulées ont lieu tous les cinq ans et produisent chacune cinq mille quintaux de gueuse environ. Cette masse de fonte est convertie en barres et en verges crénelées par le martinet et la martinette présents sur place. Afin de diminuer le prix du minerai et son transport depuis Saint-Georges-d'Hurtières, on exploite le gisement de fer de Portaz, situé entre Arith et Saint-François-de-Sâles. (certaines sources avancent que ce gisement était déjà exploité par les Romains dans l’Antiquité). Après le décès de Gaspard Plattet, en 1819, le site est exploité par son fils Pierre Louis Plattet (ou Joseph Marie ?) jusqu'en 1829. Il est alors repris par Joséphine Pollingue veuve de Pierre Louis Plattet (ou de Gaspard Plattet ?), jusqu'en 1836. A cette date, le haut-fourneau est éteint et seuls le martinet et la martinette demeurent en activité.

En 1838, le site appartient à Antoine Anthonioz, banquier à Chambéry qui le loue à M.Malot. En 1853, Antoine Anthonioz rompt le bail et fait dresser un état des lieux du site. Ce document nous apprend qu’il est au bord de la ruine. Entre 1855 et 1862, le site est loué à Joseph Loye, originaire du Doubs qui fabrique notamment des clous et du matériel agricole. En 1866, Charles Anthonioz, obtient l'autorisation de maintenir en activité les artifices qu'il possède. Il s'agit alors d'une scierie, d'une soufflerie et d'un martinet. Le procès verbal de récolement du 24 octobre 1869 nous apprend que le barrage de prise d'eau de l’installation a été emporté par une crue en 1866 et n'a pas été rétabli.

Le site est toujours visible sur le premier cadastre français de 1877 au nom de Charles Anthonioz. En 1898, le site est en ruine. Il semblerait qu'il appartienne à Antoine David, forgeron à École. Le 6 octobre 1919, Alexis Boccon-Liaudet demande l'autorisation de réunir les dérivations de l'usine du martinet et celles de 2 autres artifices (IA73002795 et IA73002796) pour alimenter une usine hydroélectrique. Finalement le projet ne verra pas le jour.

Actuellement, de nombreux vestiges de bâtiments sont toujours visibles à l'emplacement des forges de Bellevaux. Le haut-fourneau qui se trouvait sur la commune de Jarsy n'existe plus.

Période(s)Principale : 3e quart 17e siècle
Principale : 2e quart 18e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Dates1654, daté par source
1729, daté par source
1853, daté par source
1869, daté par source

Le site est situé entre le chemin rural dit de Coutarie et le Chéran (rive gauche) dans un méandre formé par le cours d'eau. A l’origine, le site comporte deux martinets, une martinette et un haut-fourneau pour réduire le minerai. Un inventaire établi à la Révolution rapporte que le site de Bellevaux comporte à cette date « un grand fourneau à couler la mine, un martinet avec ses marteaux, leur enclume et leur dame en gueuse ainsi qu’une meule à aiguiser et un fourneau avec soufflet, luiseau de cuivre et trompe ; une martinette ; des artifices à piler les scories et à en séparer les loupes ; des magasins de fer et de gueuse, des étaux et des regraines. ». D'aprés les archives du XIXe siècle, la prise d'eau sur le Chéran était constituée d'un barrage de poutres. A l'origine, la dérivation était également alimentée par une source nommée "Les Chaudannes". Le canal de dérivation se divisait en deux afin d'alimenter d'une part la scierie et d'autre part le barillet contenant l'air servant au martinet. Un acte d'état établi par maître Burgos, notaire au Châtelard, le 25 janvier 1853 inventorie tous les éléments du site. A cette époque, il comporte un martinet, une martinette, un étau et une scierie. Actuellement, le site est à l'état de vestiges. Les contours de plusieurs bâtiments en pierre sont toujours identifiables. Une cave maçonnée est toujours visible dans les ruines de l'un des bâtiments. A priori, il existait un logement aménagé par Joséphine Pollingue, au dessus du martinet. Le haut fourneau était situé sur la commune de Jarsy, en rive droite du Chéran, au niveau du pont de Carlet. A priori, il n'est plus visible.

Murspierre
Énergiesénergie hydraulique
États conservationsvestiges

La commune d’École se trouve dans le PNR des Bauges. L'ancien établissement de Bellevaux se situe non loin du hameau du Carlet, au bord de la route, il est facile d'accès. Il s'agissait d'un site majeur de la métallurgie dans les Bauges avec celui d'Aillon (IA73002859). Celui de Bellevaux est le plus ancien. Il était très réputé dans la région pour sa production. A noter : la présence de plaques de communion en métal dans l'église d’École qui proviennent probablement des fonderies de Bellevaux.

Les moines de Bellevaux possédait un moulin en amont du prieuré. Celui-ci est visible sur la mappe sarde (parcelle 583) mais il n’apparaît plus sur le premier cadastre français de 1877.

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Sites de protectionparc naturel régional

Références documentaires

Documents d'archives
  • FR.AD073, C4860, Déclaratoires pour les biens de l’ancien patrimoine de l’Église dans la province de Savoie-Propre. 2e volume. Lettres E à O, 1731-1741.

    AD Savoie : C4860
  • FR.AD073, C2787, Cadastre de 1728 dit Mappe Sarde, Ecole, Vue 3, 1732.

  • FR.AD073, C3078, Cadastre de 1728, Jarsy, 225, Vue 7, 1732.

  • FR.AD073 sous-série 6E14693, Minutes. Humbert Burgos, notaire Châtelard, acte d'état des usines de Bellevaux, 1853.

  • FR.AD073 sous-série 45SPC4, Usines et prises d'eau (rivières non navigables et non flottables) : Bassin du Chéran (1861-1922). Ecole, scierie-soufflerie-martinet Antonioz (Chéran, 1862-1866) 1862-1898.

  • FR.AD073 sous-série 81S42, Service hydraulique. Ecole, usine Antonioz, 1862-1866.

  • FR.AD073, 3P 7124, Premier cadastre français, Ecole, Section C, feuille 1, 1877.

  • FR.AD073, 3P 7125, Cadastre rénové, Ecole, Section C, feuille 1, 1963.

  • FR.AD073 sous-série J1706, Inventaire des moulins de Savoie. Association des amis des moulins savoyards. Nicole Gotteland, Louis Crabières, commune École, 1999.

Bibliographie
  • Verneilh (de), Statistique générale de la France, département du Mont Blanc, Testu, 1807.

  • L.Morand, Les Bauges histoire et documents, Seigneurs écclésiastiques, vol.2, imprimerie savoisienne, Chambéry, 1890.

  • L.Morand, Les Bauges histoire et documents, Peuple et clergé, vol. 3, imprimerie savoisienne, Chambéry, 1891.

  • F.Gex, La clouterie en Bauges, Revue de géographie alpine, vol.21, 1933.

    p.175-220
  • N.Garioud, Histoire et archéologie des mines de fer et des installations métallurgiques du massif des Bauges (Antiquité-milieu XIXe siècle), mémoire de maîtrise d'histoire de l'art et archéologie, Grenoble, 1997.

  • Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, Les maîtres de forges en Bauges, n°129, mars 1998.

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