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Grenier public dit grenier d'abondance puis gendarmerie nationale actuellement direction des affaires culturelles de Rhône-Alpes

Dossier IA69001151 réalisé en 2005

Fiche

Parties constituantes non étudiéesgrenier public
Dénominationsgrenier public
Aire d'étude et cantonLyon patrimoine industriel - Lyon
HydrographiesSaône
AdresseCommune : Lyon 1er
Adresse : 6 quai
Saint-Vincent
Cadastre : 1999 AB 158

Situé au nord-ouest de la ville de Lyon, sur la rive gauche de la Saône, le grenier d'abondance a été construit entre 1722 et 1728 par l'architecte Claude Bertaud de la Vaure, ainsi que Etienne Fahy et Claude Perrache pour les ouvrages de pierres de taille et de maçonnerie et pour les travaux de charpenterie. Etienne Fahy est l'entrepreneur retenu pour la réalisation de la plus grande partie du bâtiment et la fourniture du matériel ; Claude Perrache n'ayant fourni et installé que le matériel nécessaire à la fermeture des baies et à la réalisation de la charpente (AMLyon : DD 288 F42). Ce grenier est nécessaire pour conserver le blé nécessaire à l'alimentation annuelle des quelque 120 000 lyonnais de l'époque. En théorie, sa capacité totale dépassait 16 000 tonnes. La génèse de sa construction date du 31 mars 1643, où les édiles créent la Chambre d'Abondance, assemblée permanente de notables qui achète et gère les grains en Provence, en Languedoc et en Beauce. Les grains arrivent de Bourgogne, de Franche-Comté et de Champagne. A partir du XVIIIe siècle la ville achète également du blé de mer (italien et méditerranéen). Avant la construction du grenier public, les grains étaient entreposés dans des locaux de fortune loués à grand frais. Puis en 1720, la nécessité d'engranger 82 000 hl de blé incite à la construction d'un nouveau bâtiment : le grenier d'abondance. Ce bâtiment s'inspire des premières façades de Bellecour construites par le même architecte, sur des plans de Robert de Cotte, on retrouve le même rythme des travées et la même mise en valeur du centre par un fronton orné d'un cartouche aux armes royales et cornes d'abondance qui versent des fruits et des épis de blé. Les premiers niveaux sont voûtés. Le grain arrive par voie d'eau, est déchargé, monté à l'étage, entreposé. Ce grain est ensuite redistribué dans les magasins du rez-de-chaussée qu'il gagne par un couloir en pierre de taille percé dans la voûte. En 1762 est tenté l'essai d'une étuve pour dessécher mécaniquement les blés. Les bâtiments de l'Abondance relèvent d'une architecture fonctionnelle : proximité de la Saône et de son port spécialisé, facilité d'aération, système de trappes et de gaines de pierre assurant la descente des blés sur trois étages jusqu'au lieu de la mise en sac et du pesage. Après l'édit de libre circulation des grains (1763), le bâtiment, devenu inutile, est désaffecté et transformé en caserne en 1777 : magasin d'artillerie, arsenal puis caserne, jusqu'en 1987. Le départ de la Gerdarmerie nationale permet alors au ministère de la Culture d'y installer la DRAC Rhône-Alpes ainsi que les studios de danse du Conservatoire national supérieur de musique, installé quant à lui, depuis 1988, dans l'ancienne Ecole vétérinaire située juste en face, sur la rive droite de la Saône. Pour aménager les locaux adaptés à ses nouvelles fonctions (bureaux, laboratoires, salles de réunion, studios de danse), le ministère de la Culture a fait appel aux architectes Valode et Pistre et associés. Le parti proposé permet de laisser intacte la structure d'origine et d'intégrer les éléments modernes dans un souci de sobriété et d'authenticité. Commencés en septembre 1991, les travaux se sont achevés en mars 1993 pour un coût total de 65 millions de francs. Le grenier d'abondance est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (arrêté du 25 mai 1987), à l'exception de la façade occidentale et de l'escalier principal qui ont été classés au titre des monuments historiques (arrêté du 30 juin 1990).

Période(s)Principale : 1er quart 18e siècle
Dates1722, daté par source
1763
1991
Auteur(s)Auteur : Bertaud de la Vaure Claude architecte attribution par source
Auteur : Fahy Etienne entrepreneur attribution par source
Auteur : Perrache Claude entrepreneur attribution par source
Auteur : Valode Denis architecte attribution par source
Auteur : Pistre Jean architecte attribution par source

L'édifice présente une architecture tout à fait exceptionnelle : trois niveaux superposés, trois files de voûtes d'arête retombant sur deux séries de piliers de pierre et deux rangées de pilastres engagés dans les revers des façades. Au centre de ce bâtiment rectangulaire aux dimensions imposantes, 130 m de long, 18 m de large, un avant-corps saillant, en pierre de taille, pourvu d'un fronton triangulaire sobrement décoré, introduit à un grand escalier (annexe 1) à quatre noyaux et trois volées droites donnant accès aux étages. De part et d'autre de l'escalier, se déploient deux files de colonnes séparant chacun des trois premiers niveaux de l'édifice en trois nefs longitudinales, avec quarante-quatre colonnes par niveau. Toutes les travées sont de même dimension, hormis celles qui encadrent l'escalier et celles des extrémités nord et sud qui sont plus étroites. Le dernier niveau est charpenté, sans colonnes aucunes. Aux extrémités du bâtiment se trouvent deux escaliers secondaires. Ils ne figurent pas dans le devis. Ce sont probablement des ajouts ultérieurs en remplacement des toboggans de manutntion. Au Grenier d'Abondance, la pierre de taille est utilisée pour les éléments ayant un rôle structurel majeur ou une dimension esthétique particulière : façade de l'avant-corps, chaîne d'angle, encadrement des baies, supports (colonnes et pilastres), escalier principal. L'enveloppe du bâtiment elle, et les murs de cage de l'escalier sont en maçonnerie. Les deux roches retenues pour la construction du Grenier sont le calcaire à gryphées et la pierre de Villebois.

Murspierre
pierre de taille
maçonnerie
Toittuile mécanique
Plansplan rectangulaire régulier
Étages2 étages carrés
Couverturestoit à longs pans
Escaliersescalier intérieur
États conservationsbon état

Le grenier d'abondance est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (arrêté du 25 mai 1987), à l'exception de la façade occidentale et de l'escalier principal qui ont été classés au titre des monuments historiques (arrêté du 30 juin 1990). Périmètre UNESCO (photo en cours)

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquablesescalier
Protectionsinscrit MH, 1987/05/25
classé MH, 1990/06/30

Annexes

  • Description de l'escalier par A. Clapasson.

    L'escalier est placé dans cet avant-corps, il distribue de part et d'autre dans de longues galeries, dont les voûtes sont portés sur plusieurs rangs de piliers ; elles servent à renfermer les grains, dont on fait des amas considérables pour prévenir les disettes : ce soin est confié à une compagnie qu'on appelle la Chambre de l'abondance, et qui a toujours pour chef l'un des échevins en charge.

    Cet édifice pouvait contenir plus de 60 000 hl de blé, qui ne furent jamais atteints, ce qui amena à louer le rez-de-chaussée et le premier étage.

    Le plan géommétral de la ville de Lyon dressé par Claude Sérancourt en 1735 est illustré de vignettes représnetant les édifices majeurs de la ville. Sur l'une d'elles figurent le Grenier d'abondance et la mention du dessein de Sr. De Cotte Architecte du Roy; Robert de Cotte né vers 1656 et mort en 1735, dirigea de nombreux travaux sous les ordres de Jules Hardouin-Mansart dont il fut l'élève et le beau-frère. Il devient architecte du roi en 1699, puis intendant général des bâtiments et Directeur de l'Académie d'architecture en 1717. A Lyon dès 1700, il apporte les projets préparés par Jules Hardouin-Mansart pour la statue équestre de Louis XIV qui doit être installée place Bellecour. En 1714, il propose des dessins d'élévation pour les façades de cette même place. Ces façades seront édifiées suivant ses plans et les travaux dirigés par Claude Bertaud. Les points communs que l'on observe entre les façades de Bellecour et celle du grenier d'Abondance ont pu laisser supposer que cette dernière était du dessin de Robert de Cotte. Madame F. Pérez, en 1972, soutenait la thèse dans l'art baroque, que le dessin du Grenier avait été donné par Robert de Cotte et l'exécution assurée par Claude Bertaud voyer et ingénieur et architecte de la ville.

  • Jean Pistre et Denis Valode, juin 1988

    L´installation de la direction régionale des affaires culturelles et des studios du Conservatoire national supérieur de musique dans le Grenier d´abondance est un problème difficile à résoudre sur le point architectural et technique. Pour réaliser un aménagement conforme au programme, il faut surmonter un ensemble de contradictions nées de la structure même du monument : créer des circulations verticales, des ascenseurs et des monte-charge dans une structure voûtée continue ; cloisonner à la dimension de bureaux souvent individuels un espace largement modulé par la volumétrie de files de voûtes d´arêtes ; abaisser des volumes trop hauts pour des bureaux usuels ; surélever des volumes trop bas pour des studios de danse ; articuler des services entre eux dans un plan allongé ; créer des réseaux techniques nécessaires au confort, dans un bâtiment entièrement voûté. Cette difficulté majeure inhérente à la composition même du bâtiment imposait de rechercher un parti d´aménagement simple et sans ambiguïté.

    Le bâtiment du Grenier d´abondance est exceptionnel : une triple file de voûtes d´arête superposée sur trois niveaux et développée sur cent vingt-cinq mètres de longueur en constitue la trame intérieure. Cet ensemble de voûtes doit être restauré dans son aspect initial suppression des cloisons, coffrages et percements divers) et l´aménagement proposé doit respecter la disposition d´origine. Des canalisations, des trémies et des gaines traversant les voûtes, des interruptions dans les files de voûtes, ou des parois verticales supplémentaires seraient une remise en cause du principe architectural du bâtiment : aucun élément « dur » ne doit contredire cet alignement rythmé.

    Une seule exception infirmerait la règle de l´édifice. Ce principe de base commande le parti architectural. En effet, la solution consiste à sortir du bâtiment les éléments contemporains indispensables au fonctionnement du programme : circulaire, sanitaires, réseaux électriques et techniques. L´opposition entre la façade du VXIIIe siècle restituée dans sa forme originelle côté Saône où elle forme un ensemble remarquable avec les quais en soubassement, la colline en toile de fond et la façade opposée, abritée contre la falaise a décidé du mode d´intervention : s´approprier l´espace résiduel face à la colline et y grouper les éléments modernes.

    L´enjeu de la réussite architecturale réside en particulier dans la clarté de la lecture qui sera donnée permettant de saisir les caractéristiques du bâtiment originel et d´identifier les parties nouvelles. C´est l´authenticité qui est par cette voie magnifiée tandis que les éléments nouveaux sont présentés comme une collection d´objets contemporains formant une séquence sur le fond de la façade ancienne ; il est important que le siège de la direction régionale des affaires culturelles soit révélateur de ce dialogue entre la création et le passé. Dans la lignée de l´architecture « Louis XV », fonctionnelle et juste, l´architecture contemporaine, tant dans le dessin que dans le choix des matériaux, manifeste un souci de sobriété et d´authenticité sans « effet » high tech ou postmodernes.

    Une règle du jeu

    Les volumes des différents niveaux définis par les voûtes d´arêtes ne se prêtent pas à l´aménagement de bureaux ergonomiques (hauteur des voûtes, irrégularité des sols) : la solution proposée consiste à créer un espace à vivre limité par deux plans horizontaux rapportés.

    La partition des espaces s´établit selon une trame de cloisonnement coordonnée par rapport à la structure du bâtiment, ne rencontrant jamais les colonnes et tombant systématiquement au centre des baies pour assurer un éclairage naturel de tous les locaux. Cette nouvelle disposition permet de dégager systématiquement l´ensemble « colonne-chapiteau à la naissance de la voûte » et met en valeur le chapiteau comme témoin permanent et partout visible du principe architectural de l´édifice.

  • Joëlle Tardieu (Service Régional de l´archéologie - DRAC Rhône-Alpes et UMR 5138)

    avec la participation de Marcel Geay (compagnon). 1998

    Utilisation du matériau pierre dans le Grenier d'abondance de Lyon

    La construction du Grenier d'abondance décidée par les édiles de la ville de Lyon en 1720 s'est déroulée de la fin de 1722 au tout début de 1728. Claude Bertaud de La Vaure, ingénieur de la ville, en serait l'architecte. Il dirigeait alors la construction des immeubles de la Place Bellecour (1715-1726) dont l'ordonnance fut conçue par l'architecte royal Robert de Cotte.

    1 - L'origine des matériaux.

    Bien que le site retenu pour l'édification de ce bâtiment soit le carreau d'une ancienne carrière de granite, la pierre qui a été mise en oeuvre n'est pas de provenance locale, mais régionale. Deux gisements ont approvisionné le chantier :

    - Le calcaire à gryphae (Jurassique, sinémurien) provenant de Limonay au Mont-d´Or (Carrières de la Barrelière à Saint-Fortunat) au nord de Lyon, est l´un des nombreux facies des « Calcaires du Mont d´Or » semi-cristallins à grains ordinairement fins, dont les débris fossiles très sédimentés les rendent très cohérents (Mausolée, p. 57-8). Ces carrières, très utilisées à partir du XVIe siècle, dont l'exploitation intensive se situe au XVIIIe siècle, ont fermé au début du XXe siècle. Outre la présence en abondance de coquille d'huîtres transformées en boue puis en roche par diagenèse, ces calcaires ont subi des lessivages successifs suite à différents apports d'eau qui se traduisent dans la formation géologique par la présence de nombreuses strates et veines terreuses appelées couramment « poil ». Ce dernier se matérialise dans le bloc par un fil de terre qui trahit la mauvaise qualité de la pierre utilisée (une pierre « poilée » « sonne creux »). Au Grenier d´Abondance, les pierres mises en oeuvre sont plus souvent « poilées » que « massives » (une « pierre massive présente des lits serrés). L´approvisionnement pour ce matériau est donc ici de très mauvaise qualité, peut-être par souci d´économie (Tardieu 2006, 2007). Mais la variété des couleurs (blanc, jaune, gris ou bleu le plus recherché car plus résistant au gel) offerte par les différents oxydes a été largement utilisée. Les calcaires à gryphae ont été mis en oeuvre pour les structures de l'intérieur du bâtiment : escalier central, tambours des colonnes des retombées de voûtes d'arêtes des plateaux de stockage du grain.....

    Les calcaires portlandiens de Villebois (Jurassique, étage bathonien supérieur) (Mausolée, p. 83-4), très durs, denses et très résistants car compacts et extrêmement fins, ont été sélectionnés pour les supports et les parties externes (façade du pavillon central, ouvertures....). Ils sont de couleur blanc-grisâtre, avec présence de tâches plus foncées, irrégulières qui correspondent géologiquement à des micro-zones perturbées dues à la présence d´animaux fouisseurs dans la boue à l´époque de la formation de la roche. Parmi leurs particularités relevons les cassures conchoïdales et le dessin des joints horizontaux entre deux bancs. Ces derniers sont dits stylolithiques. De ce fait, le joint n´étant pas de surface rectiligne, s´il n´y a pas de veine argileuse, les deux parties du bloc tiennent par la compression et ne peuvent pas glisser. De ce fait, ce matériau peut-être utilisé sans risque en délit comme dans les supports des péristyles de l´Université Lyon 2.

    - Les chapiteaux et les bases ont été taillés dans les calcaires de Morestel, issus du même banc lithographique que le Villebois, ou peut-être dans ceux de Trept au même faciès. Très dense, ce calcaire est particulièrement apte à résister à la pression.

    Tous ces calcaires sont d´origine lacustre : le Villebois est le plus profond. Le calcaire à gryphae s´est formé à des profondeurs moindres. Venus du Jura méridional et de la haute vallée du Rhône (Bugey), leur emploi généralisé à l'époque moderne n'est pas à Lyon une nouveauté. En effet le calcaire portlandien, apte à la ciselure, à la moulure est très utilisé à partir des années 50 ap. J.-C. lorsque le travail de la roche dure se développe dans les constructions gallo-romaines lyonnaises. Ces blocs antiques ont été ensuite abondamment remployés dans les fondations d´édifices médiévaux (Saint-Laurent de Choulans, chevet de la Primatiale Saint-Jean (« choin » de Fay plus dense que le Villebois) où polis, ils prennent l'aspect du marbre, ou encore dans les rez-de-chaussées d'immeubles lyonnais anciens.

    Mise en oeuvre des matériaux au Grenier d'Abondance.

    La taille. Tous les blocs mis en oeuvre ont reçu préalablement le même mode de taille pour dresser les parements : il y a une standardisation évidente du travail. Les arêtes sont dégagées à l´aide d´un petit ciseau de 2cm de large dont les traces d´impact serrées et régulières démontrent un savoir faire éprouvé. Le gras du bossage est ensuite enlevé en une ou plusieurs passes en éventail réalisées à l'aide d'une boucharde à tête carrée fixe de 5 cm de côté munie de 100 pointes fines, un outil performant qui à cette date est relativement récent.

    Mise en oeuvre :

    - Comme pour l´achat des matériaux, c´est l´économie qui a primé dans la mise en oeuvre. Les structures porteuses sont montées selon la technique du parpaing : les murs porteurs, uniquement composés de blocs normalisés dès l´extraction et simplement empilés, ne travaillent qu´à la compression. Cette technique ancestrale ne nécessite ni parements, ni blocage, réduisant ainsi les postes de taille et de maçonnerie. Ils sont liées par d´épais joints de mortier qui ont le double avantage d´une part de rattraper les aspérités des lits de pose et d´attente sans avoir à les redresser et d´autre part, de créer entre les blocs des parties plus souples servant à amortir les mouvements du bâtiment construit pour moitié sur un carreau de carrière et les limons formant les rives de la Saône.

    - Les colonnes sont confectionnées par l´empilement de tronçons monolithes de calcaires de Villebois ou de Morestel. Ils sont réalisés en taille directe, sans approche de la forme par épannelages successifs. Les bancs étant de faibles épaisseurs, la pierre est utilisée brute de lit : les hauteurs de chaque tronçon ne sont de ce fait pas toutes identiques. C´est donc la carrière qui impose le mode de mise en oeuvre.

    - Lits et délits. Un autre exemple d´économie réalisée lors de la mise en oeuvre est visible dans les arcs monolithes qui soutiennent l´escalier. Ce dernier est essentiellement fonctionnel. Non tournant, il se répartit en quatre noyaux à volées droites dans une cage de plan rectangulaire. Dans les quatre angles, il est soutenu par quatre piles montées en parpaings.

    Chaque parpaing a été taillé en L dans un bloc, assurant ainsi un angle monolithe à la pile tout en formant le piédroit de l´arc. Le sommier puis le départ de l´arc ne sont pas conçus sous forme de claveaux : ces derniers sont en effet compris dans les quatre derniers parpaings qui vont s´élargir pour amorcer l´arc. Ce procédé est mis en oeuvre jusqu´au joint de décintrage ( 30°). A partir de ce niveau, la pose de l´arc nécessite un cintre. Au Grenier d´Abondance, pour économiser ce poste, c´est une seule plaque de pierre qui forme l´intrados et l´extrados de l´arc rampant ainsi que le mur d´échiffre de l´escalier. Des angles rentrants ou « maigres » aux extrémités nécessitant une taille très soignée, permettent de l´ajuster sur les angles « gras » (150°) des parpaing en attente. Cette partie requérant une dimension supérieure à celles qu´offrent les bancs de calcaire à gryphae, les plaques qui ne travaillent pas ici à la compression, ont été tirées en délit. Ce choix permet de réduire la perte de matière et de gagner sur le temps de taille et de pose.

    Les marques lapidaires du Grenier d'Abondance.

    Des marques lapidaires ont été gravées sur les éléments porteurs.

    - Technique : Elles sont incisées en biseau, mais la mauvaise qualité de la pierre, notamment par la présence de veines, a souvent nécessité un surlignage à la pointe pour engraver le fond de la lettre et la rendre visible.

    Ces marques sont uniques sur chaque bloc (parpaings ou tronçons). Elles n´ont pas été alignées lors de la mise en oeuvre et si leurs dimensions varient, ce n´est pas en fonction de celles du bloc. Leur orientation varie d´un bloc à l´autre, preuve qu´elles ont été incisées avant la mise en oeuvre et elles sont toujours centrées par rapport à la hauteur du bloc. Elles ne sont pas toutes de mêmes dimensions, et ces différentes ne sont pas liées à la dimension du bloc. Portées sur le parement des blocs, elles restaient visibles et lisibles puisque cette architecture plus fonctionnelle qu'esthétique, n´était pas destinée à être enduite.

    - Toutes les pierres marquées sont de provenance identique : tous les éléments taillés dans le calcaire à gryphae, et seulement eux, quelle que soit leur couleur et leur banc, sont marqués. Les Villebois, à une exception près (cas de marques d´assemblages), ne portent aucune marque. La présence ou l´absence de ces dernières auraient donc un lien avec les carrières d´origine puisque l´on est sur un même chantier où seuls les lieux d´approvisionnement diffèrent. Les tailleurs de pierre seraient donc plutôt rattachés à l´exploitation d´une carrière qu´affectés à un chantier précis. Notons que les mêmes marques se retrouvent sur des matériaux identiques, à la même époque dans d´autres bâtiments des quais de Saône comme par exemple dans le cloître de l´actuel Conservatoire Supérieur de Musique (ancien couvent de l´Observance) ou celui des Subsistances (ancien couvent Sainte-Marie des Chaînes).

    Les éléments plus travaillés comme les bases et les chapiteaux taillés dans du calcaire de Morestel ne portent pas de marques.

    Le recensement a livré plusieurs types de marques, dont deux prédominent par leur très grand nombre : il s´agit d´une part d´un signe proche de la lettre A qui pourraient être un signe de comptabilité et d´autre part d´une patte d´oie. Le premier, la lettre A, est formé d´un rectangle (6 sur 3 cm) sans le quatrième côté, recoupé en son milieu par une barre transversale (3cm) disposée en biais. Les dimensions de chaque barre incisées sont celles de la largeur du ciseau : la longueur de la lettre fait le double de sa largeur, soit deux coups de ciseau. Le second, est un signe arbalétiforme dont le tracé est réalisé à partir du recoupement de grilles géométriques et il pourrait être un signe de compagnonnage.

    L´emploi des lettres (essentiellement des R) est réservé aux parties plus travaillées comme les claveaux des arcs de soutien des paliers de l'escalier. Leur répartition n´est pas régulière et quelques boutisses de la cage d'escalier en portent. Il faut noter que les parties traitées en délit (ou placage) n´en portent pas, ce qui renforce l´hypothèse de l´association des marques aux carrières. Pour Marcel Geay, ces lettres initiales seraient des éléments comptables (marques de tâcheronnage) et seraient à différencier des marques de compagnonnage comme la patte d´oie.

    Dans l´escalier quelques rares marques de parement (+) indiquent la bonne face, mais il n´y a par contre aucun chiffre pour donner l´ordre d´assemblage. Il reste également dans l´embrasure de la fenêtre centrale du palier du second étage des marques d´assemblages qui se présentent sous la forme de « marques » ou franc IP ou PI dans l'embrasure sud et « contre-marques » (embrasure nord) qui rappelle de manière simplifiée l´abécédaire des charpentiers et leurs tables de marques (cf Delataille, pl. 1).

    Le choix des matériaux, les techniques de taille et de mise en oeuvre utilisés lors de la construction du Grenier d'Abondance font preuve d'une recherche d'efficacité et d'économie, gestion du chantier qui bien sûr n'est pas nouvelle. Les matériaux sont tout d'abord retenus en fonction de leur utilisation et de leur emplacement : les plus durs, denses et non gélifs sont réservés aux extérieurs exposés aux intempéries, débordements de la Saône... ; mais à l'intérieur, même si le matériau retenu est moins résistant, on retrouve cette même hiérarchie entre les faciès : ainsi parmi les calcaires à gryphae, les bleus, qui sont les plus recherchés car plus résistant au gel, ont été réservés aux parties basses de l´escalier.

    La mise en oeuvre sous forme de parpaings garantie rapidité et économie, mais une observation attentive montre une utilisation intelligente des qualités (ou du manque de qualité) de chaque matériaux : pour les extérieurs, c'est de la belle pierre qui a été choisie ; par contre, à l'intérieur, un savoir-faire ancestral a rendu possible l´utilisation de bancs médiocres de calcaire à gryphae. Ce choix technique se double de celui plus esthétique qui associe leur localisation et leur faculté à être vus : si la pierre de belle qualité est montrée pour les extérieurs, ils n'ont pas hésité devant l'acquisition d´un lot de pierre poilée pour l´intérieur qui n´est pas visible.

    Enfin, se pose la question de l'emplacement de la loge des tailleurs de pierre et donc de l'organisation du chantier : les parements du moyen appareil sont-ils dressés au XVIIIe siècle sur le carreau de la carrière ou sur le chantier ? Une recherche approfondie dans les dépôts d'archives pourrait peut-être renseigner ce point.

    Le lien entre un savoir-faire et un bassin carrier, phénomène remarquablement étudié dans d´autres régions, pourrait s'illustrer ici puisque les tailleurs dans le calcaire à gryphae ne semblent pas les mêmes que ceux qui oeuvrent dans du Villebois. Et au regard de cette rapide étude des marques lapidaires modernes du Grenier d'abondance de Lyon, il serait peut-être judicieux de reprendre l´étude des marques lapidaires médiévales en associant matériaux et lieux d´extraction.

    Joëlle Tardieu (Service Régional de l´archéologie - DRAC Rhône-Alpes et UMR 5138)

    avec la participation de Marcel Geay (compagnon).

    BIBLIOGRAPHIE :

    BACHMAN (Bd). - « Le bassin carrier de Montalieu. Une aventure technique et humaine », Lithiques, du minéral au mental, n° 2, Pierres extraites, Créaphis, Paris, 1985 , pp. 25-32.

    BOUVET (J.-Fr.), PHILIPPE (M.). Lyon, cité carrefour, mosaïque de pierres, Lyon, C.N.D.P., 1988.

    DELATAILLE (E.) entrepreneur de charpentes. - Art du trait de charpenterie, Première partie : du bois droit traité au niveau de devers et aux sauterelles attribuées aux coupes des épannons, Gibert-Clarey, Imprimeurs-éditeurs, Tours, (1848) réédit. 1979.

    ESQUIEU (Y), HARTMANN-VIRNICH (A.) ss. la dir.. - « Les signes lapidaires dans la construction médiévale : études de cas et problème de méthode », Bulletin Monumental, t-165-4, 2007, Société française d´archéologie, pp. 331-358.

    Essai de nomenclature des carrières françaises de roches de construction et de décoration, édit. LE MAUSOLEE, Givors, 1976.

    SAVAY-GUERRAZ (H.). Recherches sur les matériaux de construction de Lyon et Vienne antiques, thèse de 3e Cycle, Université Lyon 2, 1985.

    TARDIEU (J.). - «Lectures de pierre», in : PARRON-KONTIS (I.), REVEYRON (N.) textes réunis par. - Archéologie du bâti, Table ronde 2001, Saint-Romain-en-Gal, Errance, Paris, 2006, p. 76-79.

    TARDIEU (J.). - «Choix d´un matériaux exploitable : approche éthno-archéologique », in : BURGARD (C.), CLAPPIER (A.-M.) dir.. - Pierres dans la Drôme. De la géologie à l´architecture [Histoires de Patrimoines], Le Département de la Drôme/Conservation du Patrimoine, La Mirandole, Pont-Saint-Esprit, 2007, pp. 36-38.

    Note : Ce travail a été réalisé en préparation des Journées du Patrimoine du 19 et 20 septembre 1998 dont le thème était « Construire en pierre. Patrimoine d'un savoir-faire » et du mois de la pierre (novembre 1998), action nationale pour promouvoir la Pierre et ses Métiers. Il a été présenté lors du XIIe Colloque International de Glyptographie qui s'est tenu à Saint-Christophe en Brionnais en février 2000.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives de l'armée de Terre (Vincennes) : Art. 8, section 1 (place françaises, 1680-1880), carton 1 n° 40. Note sur le casernement de Lyon et sur les moyens de l'améliorer. 1821

  • Archives de l'armée de Terre (Vincennes) : Art. 8, section 1 (place françaises, 1680-1880), carton 2 n° 5/5. Projet pour 1827, plans, coupes, élévations, projet pour établir de grandes latrines et une cour d'environ 12 m. de largeur. 1827

  • AM Lyon : DD 288, f° 41, Le roi autorise la construction du Grenier. Registre des actes consulaires, Cholier, prévôt des marchand (f° 136) 1722

  • AM Lyon : DD 288, f° 43, recherche d'entrepreneurs pour construire le Grenier 1722

  • AM Lyon : BB 292, f° 179-180, Règlement des entrepreneurs Fahy et Perrache. 1722

Documents figurés
  • Plan et vue du bâtiment de l'Abondance. D'après Séraucourt. STEYERT, André, Nouvelle Histoire de Lyon, T 3, Lyon, 1895 -1939

    fig : 528
Bibliographie
  • GARDES, Gilbert, Lyon, l'art de la ville. t. 2, Architecture-décor, 1988

    p. 30
  • NICOLIER, Anelise, Le grenier d'Abondance : étude archéologique du bâti. Rapport de stage, Master 2 Professionnel, patrimoine architectural du moyen-âge à la période contemporaine, SRA, 2006-2007

  • Le grenier d'Abondance chronique des travaux et des jours, photographies de Jacqueline Salmon. Drac Rhône-Alpes, 1993

  • Précis chronomogique de l'histoire de Lyon. Rev. Lyonnais, t. 1, 1835

    p. 442
  • TARDIEU, Joëlle, Utilisation du matériau pierre dans le Grenier d'abondance de Lyon, (Service Régional de l´archéologie - DRAC Rhône-Alpes et UMR 5138) avec la participation de Marcel Geay (compagnon) 1998

  • CHARVET. Lyon artistique, architectes Lyonnais, notices biographiques et bibliographiques. Lyon, 1899. 436 p. : ill. ; 28 cm

    p. 27
  • CLAPASSON, André. Description de la ville de Lyon avec des recherches sur les hommes célèbres qu'elle a produits. Lyon : impr. A. Delaroche, 1741. XVI-283 p. ; 17 cm. [Réimpr. Lyon, 1761 ; rééd. annotée et ill. par G. Chomer et M.-F. Perez. Seyssel : Champ Vallon, 1982]

    p. 150-151 (ill.)
  • STEYERT, André, Nouvelle Histoire de Lyon, Lyon, 1895 -1939

    fig. 528
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Ville de Lyon © Ville de Lyon - Halitim-Dubois Nadine