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Les fermes du canton de Boën et de la commune de Sail-sous-Couzan

Dossier IA42001195 réalisé en 2001

Fiche

Observations générales

Introduction : conditions de l’enquête

Le canton de Boën présente une physionomie assez contrastée, tant sur le plan des paysages que de l’exploitation agricole ou de l’habitat qui y est lié. La partie situé en bordure de plaine et sur le coteau, à proximité des principales voies de communication (N 89 et D 8) et des agglomérations urbaines (Boën et Montbrison), est celle qui présentait le bâti le plus dense mais aussi le plus modifié, voire dénaturé. Les chiffres des recensements sont révélateurs de l’augmentation rapide de la population et du « mitage pavillonaire » qui en résulte directement dans les communes de Marcilly-le-Châtel et Pralong (parties est), Trelins, Arthun, Montverdun. La crise de la viticulture (après le phylloxéra) a contribué à l’utilisation, pour construire des logements, d’anciennes parcelles de vigne, souvent de petite taille, bien situées, et sur lesquelles pouvait déjà se trouver un habitat temporaire transformé alors en habitat permanent. Les franges du canton, zones moins accessibles, moins rentables pour l’agriculture mécanisée, ont été plus préservées : c’est ce qui explique un nombre élevé de fermes sélectionnées dans certaines communes (par exemple Cezay).

Les maisons des bourgs (même celles comportant des parties agricoles, mais dont l’activité principale n’était pas agricole) n’ont pour la plupart pas été comprises dans ce dossier (elles sont présentées dans le dossier Généralités de la commune).

L’importance de la culture de la vigne a donné naissance, surtout au 19e siècle, à un type de fermes présentant une architecture spécifique : elles ont été étudiées à part (Fermes vigneronnes).

Historique

3,6 % des fermes repérées datent (au moins pour partie) du 16e siècle ; 3,6 % du 17e siècle ; 12,4 % du 18e siècle ; 71,6 % du 19e siècle (23 % de la 1ère moitié, 48,6 % de la 2e moitié) ; enfin 5,3 % du 20e siècle. Certaines périodes semblent avoir été plus propices à la construction ou à l'agrandissement des fermes : fin du 16e siècle ; 2e moitié du 18e siècle ; 2e moitié du 19e et début du 20e siècle (qui représentent environ la moitié des fermes repérées).

Un nombre assez élevé de fermes d’implantation ancienne, dont une part importante du bâti peut être daté du 16e ou du 17e siècle, a été repéré (ensemble, plus de 7 % du corpus). La plupart a été largement remaniée et intégrée à une reconstruction plus ou moins importante au 18e ou au 19e siècle, mais la disposition du logis (souvent abandonné et utilisé comme remise) et parfois des parties agricoles peuvent encore être reconnues de façon satisfaisante.

Le relevé des chronogrammes prend un intérêt particulier dans le cas de l’architecture en pisé : en effet les encadrements de bois sont rarement remployés (au contraire de la pratique du remploi systématique de la pierre de taille) ; les dates que l’on peut y lire peuvent donc assez systématiquement être interprétées comme des dates de construction d’un corps de bâtiment, ou de réfection (dates peintes sur les enduits). La confrontation avec les renseignements tirés de l’étude du bâti permet alors d’interpréter les dates portées.

L’étude des matériaux de construction a été un élément important dans la datation des édifices. En effet la mise en œuvre du pisé a évolué de façon significative entre le 16e siècle et le milieu du 20e, et les exemples datés (dates portées, dendrochronologie) permettent d’établir une typochronologie assez fiable du matériau, lorsque celui-ci n’est pas masqué par un enduit (voir Généralités d’aire d’étude, observations générales : 2. Les matériaux de construction). Dans ce cas, la forme des ouvertures et la mise en œuvre des encadrements en bois ont été utilisés : de nombreuses baies à croisée, datables en fonction de leur mouluration du 16e au début du 18e siècle, ont été repérées ; puis au 18e siècle apparaissent les linteaux cintrés. Enfin les baies de cette époque sont assemblées de façon caractéristiques à l’aide de gosses chevilles de section ronde.

Les maçonneries en granite se sont révélées plus difficiles à dater : les chronogrammes y sont moins fiables et les fermes construites en moellons de granite trop peu nombreuses (à l’échelle du canton) et souvent trop remaniées pour que la mise en œuvre des matériaux de construction ait pu être étudiée, sauf pour les maçonneries caractéristiques de la fin du 19e et du début du 20e siècle (moellons avec joints très débordant et assises gravées dans le mortier).

Description

Situation

Sur le coteau et les premiers monts, chaque commune compte de très nombreux écarts regroupant quelques fermes, le bourg concentrant les fonctions d’échange et l’artisanat, ainsi que le lieu de culte et plus tard l’école. Certains de ces écarts sont issus de la division, au 19e siècle, d’une ferme originelle unique. En plaine, l’habitat est beaucoup moins dense : ancien marécage mis en valeur tardivement, l’emprise la grande propriété (d’abord ecclésiastique, puis bourgeoise) y est encore très forte. Les fermes appartenant à ces riches propriétaires sont isolées dans le domaine. Elles présentent des bâtiments de grande dimension, souvent construits (ou reconstruits) à la fin du 19e ou au début du 20e siècle en fonction des modèles d’organisation et d’hygiène diffusés par la littérature spécialisée. Le logis du fermier est souvent de petite taille par rapport aux granges-étables, et son élévation n’est pas traitée de façon remarquable (à la différence des logis reconstruits au 19e siècle par les petits propriétaires, qui se distinguent par des proportions massives, un toit à croupes, un enduit blanc parfois peint de chaînes d’angles). On trouve parfois également un logement pour le régisseur, ou une pièce réservée au propriétaire.

Composition d’ensemble

Trois principaux types d’organisation des fermes ont été définis, en fonction de l’agencement du logis par rapport à l’étable et à la grange.

Les fermes de type A, en maison-bloc, où la grange-étable se trouve dans le prolongement du logis, généralement sans rupture de toiture, représentent 47,7 % du corpus repéré. Dans la majorité des cas, la grange-étable est accolée au logis sur une même ligne (sous-type A1 : 39,8 %). Le logis se démarque parfois par un décrochement dans le plan ou la toiture (qui est souvent à croupes à la fin du 19e siècle ; dans ce cas, le logis est toujours plus élevé que la gange-étable). La grange-étable peut également se développer sur l’arrière du logis, en profondeur, (sous-type A2 : 5 %). Cette variante peut être liée à l’implantation de la ferme dans un écart (la densité du bâti et la forme de la parcelle conditionnant l’organisation des bâtiments), mais ce n’est pas forcément le cas. Enfin l’étable peut se trouver en rez-de-chaussée du logis, la grange occupant un bâtiment isolé (type A3, 2,9 %). Cette variante qui représente peu de fermes adopte une physionomie spécifique dans ce canton, liée à la présence d’un aître, galerie de circulation en bois à laquelle on accède le plus souvent par un escalier extérieur, et qui dessert le second niveau ; en effet ces fermes ne sont pas forcément implantées sur un terrain en pente, comme c’est en général le cas pour ce type de disposition. Les fermes de ce type sont en général de petite dimension.

Les fermes de type B (25 % du corpus) présentent un plan en L, le logis étant perpendiculaire à la grange-étable. Dans le sous-type B1 (15,8 %), logis et grange-étable sont accolés ; ils sont séparés par un espace libre, hangar ou remise, dans la variante B2 (9,3 %). Cette disposition présente l’avantage de fermer un angle de la cour et de la protéger ainsi des vents dominants.

Dans ces deux premiers types, on trouve assez fréquemment un hangar à deux niveaux (remise et fagotier ou grenier au-dessus) accolé en retour d’équerre du logis, qui a également un rôle de protection de la cour contre les intempéries, et sert parfois de passage couvert.

Les fermes de type C (24,4 % du corpus) sont organisées en bâtiments distincts. Le logis peut être accompagné d’une seule grange-étable, disposée parallèlement ou perpendiculairement (sous-type C1, 16 %) ; ces deux corps de bâtiments peuvent être reliés par un bâtiment bas, porcherie, remise, hangar ou passage couvert (sous-type C2 : 4,8 %). Enfin les bâtiments peuvent être organisés régulièrement autour d’une vaste cour, le logis étant encadré de deux granges-étables parfois symétriques, et le quatrième côté de la cour fermé par une autre dépendance (porcherie, remise…) ; il s’agit essentiellement des grosses fermes liées à l’exploitation de la plaine (sous-type C3, 3,6 %).

Pour près de la moitié des fermes repérées, les bâtiments sont enclos dans une cour fermée (surtout pour les types B ou C). Autour de celle-ci sont disposées les petites dépendances nécessaires à l’exploitation : porcherie, cuvage, poulailler, puits, parfois atelier ou colombier. L’entrée se fait par un portail surmonté d’un petit toit et souvent d’une génoise, ou par un passage couvert (10,5 %), que l’on trouve essentiellement dans les fermes les plus anciennes. A la fin du 19e siècle et surtout au 20e, les murs de clôture sont parfois abattus pour permettre un accès plus facile. Un grand nombre de portails ont été détruits avec la mécanisation de l’agriculture et l’utilisation de machines agricoles de grande taille. Dans les nouvelles constructions, au 20e siècle, les bâtiments sont disjoints.

Quelques granges-étables isolées ont été repérées. Celles situées autour de Boën correspondent à des dépendances de maisons situées dans la ville, où la place pour les construire n’était pas disponible.

Matériau et mise en œuvre

Le pisé est le matériau de construction majoritaire (87,5 % du corpus). La terre était le plus souvent extraite à proximité du chantier, la cavité pouvant ensuite être aménagée en mare pour abreuver les animaux. Le pisé pouvait être employé pour l’ensemble des constructions : logis, dépendances (granges-étables, hangar, remises, cuvage, porcherie…), édicules (colombier) et murs de clôture. La hauteur du soubassement maçonné peut varier selon le degré d’humidité (grande ennemie du pisé) liée au site ou à l’usage du bâtiment (étable). L’enduit est souvent réservé au logis et aux murs les plus exposés des dépendances (exposition à l’ouest ou au nord). A la fin du 19e siècle et dans la 1ère moitié du 20e, la mise en œuvre du pisé est parfois modifiée par l’introduction de matériaux nouveaux. Le mâchefer, sous-produit des industries métallurgiques stéphanoises, est utilisé soit en remplacement de la chaux, pour les encadrements de baies, soit en remplacement de la terre : il est alors tassé dans les banches. Le béton a pu ensuite être utilisé dans les mêmes emplois. La plupart du temps, divers matériaux (terre, mâchefer et béton) sont employés dans les mêmes constructions, qui sont en général des dépendances de fermes ou des hangars et remises à vocation agricoles ou industrielles.

Le moellon de granite est utilisé dans les zones les plus élevées en altitude (Marcoux, Marcilly, Saint-Laurent-Rochefort) ; on trouve également du basalte à proximité des affleurements naturels (Marcilly, Montverdun, Cezay), mais rarement comme matériau exclusif de gros œuvre (exemples cependant au bourg de Marcilly-le-Châtel).

Les encadrements sont le plus souvent en bois (63 %), qui peut adopter au 16e siècle des mouluration calquées sur celles de la pierre (cavet, mouluration prismatique) dans les fermes les plus soignées ; jusqu’au début du 18e siècle, on trouve des encadrements très simples, sans mouluration, assemblés avec de grosses chevilles de bois, présentant parfois une croisée ; au 18e siècle, on trouve des linteaux en arc segmentaire, toujours avec le même chevillage. La pierre de taille en encadrement est essentiellement utilisée en association avec des murs en moellons ; dans des fermes modestes, on peut trouver des encadrements de bois. Le linteau des portes d’étable ou de grange est assez systématiquement en bois. A partir de la fin du 19e siècle, l’emploi de la brique en encadrement se généralise dans les constructions (repérées sur 33 % des fermes, pour l’ensemble des ouvertures ou seulement pour une partie).

Structure

Logis :

La présence d’un sous-sol n’est pas systématique, et même rare en plaine. La plupart des logis (93 %) ont un étage carré, souvent surmonté d’un comble en surcroît. La façade se trouve sur le mur goutterot (les façades de logis sur mur pignon sont très rares et souvent liées à une réfection). La présence d’un aître, galerie de circulation en bois, est une caractéristique remarquable des logis de fermes du canton. Plus d’une centaine a pu être repérée (encore en place ou n’existant qu’à l’état de vestiges), ce qui représente donc un quart du corpus ; mais la proportion devait être encore plus importante, de nombreux aîtres ayant été détruits lors d’un remaniement du logis. La coursive peut être soutenue par des poteaux en bois reposant au sol sur des dés en pierre, ou reposer sur les poutres du plancher du 1er étage dépassant en façade ; elle prend parfois appui sur un mur pignon débordant (parfois les deux) ou sur un corps de bâtiment en avancée par rapport à la façade du logis. Elle est protégée par un large avant-toit. L’aître avait comme usage principal de desservir l’étage du logis grâce à un escalier extérieur (il n’y avait alors pas d’escalier intérieur). Le balcon pouvait avoir des fonctions annexes : lieu de séchage, on y mettait parfois les coffres à grains ; les extrémités pouvaient être fermées par des cloisons de bois et servir de remise ou de pigeonnier. Le garde-corps peut être constitué de planches juxtaposées (ce qui semble être le cas des exemples les plus anciens), de barreaux ou de planches découpées et ajourées de façon à former des motifs parfois complexes (voir Saint-Sixte, le bourg, ferme étudiée : exemple d’aître avec pigeonnier ; gabarits pour la fabrication de planches de garde-corps). Les logis à aître ont presque toujours un étage carré ; il existe quelques exemples de logis à aîtres à deux étages, présentant deux aîtres superposés (L’Hôpital-sous-Rochefort, le bourg, ferme étudiée ; Saint-Sixte, Jay). Il est très rare que l’aître soit situé sur un mur pignon (L’Hôpital-sous-Rochefort, id.).

Dans les autres fermes, l’étage est desservi par un escalier intérieur en bois, le plus souvent quart tournant.

40 % des fermes possèdent une cave, souvent voûtée. Elle peut être creusée sous le logis, l’accès se faisant soit par un degré et une porte en façade, soit par une porte sur la façade latérale. Mais elle est assez fréquemment placée derrière la cuisine, légèrement en contrebas, avec une chambre en demi-étage au-dessus (Bussy-Albieux, Albieux, ferme étudiée). La cave est souvent une cave à vin et connaît parfois, dans les communes à forte tradition viticole, un assez grand développement (par exemple Pralong, Ceyrieux, ferme étudiée). Elle est alors souvent située, au moins partiellement, sous une dépendance (grange, cuvage).

Un four à pain a été repéré dans 31 % des fermes. Il est en général signalé à l’extérieur par un édicule hors-œuvre abritant la voûte du four. La bouche ouvre dans la cheminée de la cuisine. Il arrive que le four soit situé dans une dépendance spéciale (fournil) à l’extérieur du logis (Sainte-Foy-Saint-Sulpice, aux Chantois, ferme étudiée).

Dépendances :

Dans la grange-étable, l’étable peut soit occuper l’ensemble du rez-de-chaussée du corps de bâtiment, la grange étant alors accessible par une porte haute, soit être interrompue par la partie de la grange destinée au passage du char, depuis lequel on pouvait décharger directement le foin sur le plancher supérieur. Cette zone, qui peut également servir de remise à char et d’aire à battre, sépare alors le logis de l’étable. Une galerie peut courir le long du mur de la grange : elle sert alors de coursive et surtout de lieu de séchage.

Près d’un tiers des fermes possèdent un cuvage, chacun tenant à produire le vin destiné à la consommation de l’exploitation. Le cuvage se limite souvent à un espace occupé par la cuve et le pressoir (lorsqu’il n’était pas partagé avec une ferme voisine) sous le hangar. Dans les fermes plus importantes, il consiste en une pièce située dans le prolongement du logis ou de l’étable, l’étage servant de fenière. Dans les zones les plus élevées en altitude, la parcelle de vigne était parfois située à grande distance de la ferme, sur le coteau ; on y construisait alors une petite dépendance appelée loge de vigne, servant de remise à outils, d’écurie et parfois de logement (la loge a alors un étage). Ces édifices, ainsi que les cuvages isolés construits pour les mêmes raisons ont été étudiés dans le dossier Ensemble viticole.

Les pigeonniers ont fait l’objet d’un dossier spécifique, qui rassemble les pigeonniers isolés et ceux inclus dans les bâtiments d’une cour de ferme.

Elévation

L’organisation des façades des logis est très diverse : elles comptent le plus fréquemment deux ou trois travées (parfois plus), avec des baies alignées en travées. Les logis à galerie présentent une organisation de façade particulière avec une ou plusieurs portes en étage ; les travées ne sont pas forcément alignées. Le couronnement de la façade présente parfois une génoise ; des dalles de granite ont également été repérées sur le pignon des édifices les plus anciens bâtis en moellons. Le plus souvent, pour les édifices en pisé, il n’y a pas de corniche et on devine au sommet des murs de pisé une sablière sur laquelle repose la toiture, et qui ceinture parfois tout le tour du bâtiment.

L’étude des enduits anciens encore en place dans le canton a révélé l’existence de décors tout à fait spécifiques. Le plus ancien, et le plus fréquent, est la présence d’une plate-bande claire autour des baies et parfois le long des angles de la construction. Ce dispositif avait peut-être à l’origine pour but de simuler la pierre. Une croix ou des initiales pouvaient également être peints à la chaux, de préférence sur les murs pignons. Le type de décor le plus sophistiqué étudié dans le canton présente un agencement de disques ou médaillons et d’encadrements de baies en cartouche (Bussy-Albieux, Albieux, 2e ferme, étudiée). Ce décor, daté de 1773 (date portée) est comparable à celui d’une ferme située sur une autre commune (plates-bandes et disques, en plus mauvais état, à Saint-Sixte, Jay, 1ère ferme, étudiée). Il se démarque des modèles publiés au 18e siècle par le théoricien de la construction en pisé François Cointereaux, et formait peut-être un style local ; mais la rareté des enduits du 18e siècle subsistant ne permet pas de conclure. Au 19e et au début du 20e siècle, les exemples d’enduit sont beaucoup plus fréquents que pour le 18e siècle, mais relèvent d’une typologie moins originale : faux appareillage dessiné par un double trait pour donner l’illusion du relief, avec chaînes d’angles en harpe aux angles.

Couverture

Les toits sont le plus souvent à longs pas avec une pente faible adaptée à la tuile creuse, parfois à croupes. Certains grands logis de la fin du 18e ou du 19e-20e siècles se distinguent par un toit à croupes. Au total 30 % des logis du corpus ont un toit à croupes.

Le matériau de couverture traditionnel est la tuile creuse. Les édifices ne conservent pas de trace d’utilisation d’un autre matériau. Les tuiles sont de fabrication locale. Des carrières de glaise affleurent dans la plaine : elles ont certainement été exploitées de façon très ancienne, mais les tuileries ne sont documentées qu’à partir du 18e ou plutôt du 19e siècle. On connaît ainsi, à Marcilly-le-Châtel, la tuilerie Pangaud à la Tuilerie puis à Fontaube, la tuilerie et briqueterie Coudière puis Lachand à Corbe, les ateliers Chazal et Sandillon ; à Saint-Agathe-la-Bouteresse, les tuileries Crozet et Deschamps, puis Louis Moulin ; il existait enfin des ateliers à Marcoux.

Au 20e siècle, la tuile plate mécanique se généralise, dans les bâtiments nouvellement construits ou en remplacement de la tuile creuse sur des bâtiments anciens : plus léger (car ces tuiles nécessitent moins de recouvrement), ce matériau permettait de soulager des charpentes altérées. Ces tuiles ne sont alors plus exclusivement produites sur place : seule la tuilerie-briquetterie Louis Moulins subsiste ; le train se charge d’apporter des tuiles produites ailleurs (Sainte-Foy-L’Argentière par exemple).

Distribution

Les logis ne comportent le plus souvent à l’origine qu’une ou deux pièces au rez-de-chaussée : la cuisine, avec une cheminée « au large » occupant tout un côté de la pièce, et la bretagne, chambre ou salle située de l’autre côté du mur de refend contre lequel s’appuie le conduit de cheminée ; le mur est percé à l’emplacement de la plaque de cheminée, ce qui permet à cette pièce de bénéficier de la chaleur du foyer de la cuisine. Le sol de la cuisine est en terre battue, ou en carreaux de terre cuite pour les exemples les plus soignés (puis en ciment quadrillé). Le sol de la bretagne est souvent couvert d’un plancher.

L’étage comprend une ou deux chambres, la large hotte de la cheminée passant dans l’une d’elle. Une petite pièce peut être aménagée au nord, avec seulement un petit jour, à usage de saloir (appelé localement charnier).

Les logis les plus importants (en particulier ceux reconstruits au 19e siècle) ont un vestibule ou un couloir desservant les deux ou quatre pièces du rez-de-chaussée, et dans lequel se trouve l’escalier. La distribution de l’étage reflète en général celle du rez-de-chaussée. L’espace en surcroît est très rarement aménagé pour être habitable : il est essentiellement à usage de grenier ou de dépôt.

Note de synthèse

Le premier paragraphe de la note de synthèse concernant les fermes du canton de Saint-Bonnet-le-Château (Loire) peut être repris au compte du canton de Boën : si la combinaison du logis et de la grange-étable dans un même corps de bâtiment, la couverture en tuiles, la présence d’un four à pain dans la maison, la bretagne (appelée chalfatoria) et l’aître en façade sont attestés dès le 14e siècle, les bâtiments subsistant ne remontent pas au-delà du 16e siècle. Mais à la différence du canton de Saint-Bonnet, les aîtres sont encore présents en très grand nombre dans le canton, en particulier sur les logis ancien. Ainsi, tous les logis du 16e siècle repérés (et étudiés) en ont un.

Les logis de ferme du 16e siècle ou du début du 17e présentent en général une pièce unique au rez-de-chaussée, de forme rectangulaire, et dont un petit côté est occupé par la cheminée au large. Le linteau de celle-ci, souvent en bois, est soit pris de chaque côté dans les murs latéraux, soit repose sur un piédroit de granite à une de ses extrémités. Le four à pain ouvre dans cette cheminée. Une porte est parfois aménagée dans ce mur, lorsque le logis comporte une deuxième pièce, la bretagne (chauffée par le rayonnement de la plaque foyère de la cheminée de la cuisine), parfois ajoutée après coup. La façade du logis présente en général une porte encadrée de deux fenêtres de disposition et de taille différente ; l’une d’elle est parfois située au-dessus d’un évier. Un aître accessible par un escalier extérieur droit barre la façade sur toute sa largeur. Le garde-corps de planches masque en partie les baies du 1er étage, en général une porte une fenêtre, sans alignement avec celles du rez-de-chaussée. L’étage est constitué d’une chambre, parfois deux (s’il y a une bretagne), et éventuellement d’un réduit cloisonné de planches à usage de charnier (saloir). Plusieurs logis de ce type présentent un puits en façade (Bussy-Albieux, Albieux, 1ère ferme ; Cezay, Marcy, 1ère ferme ; Marcilly-le-Châtel, Say, ferme étudiée…) ou à l’intérieur de la cuisine (Pralong, Lard, ferme étudiée). La disposition des dépendances est difficile à connaître, celles-ci ayant souvent été largement remaniées. On trouve parfois l’étable en rez-de-chaussée du logis (Cezay, Marcy, ferme déjà citée ; Bussy-Albieux, Gouttebelin, ferme étudiée) mais il s’agit peut-être d’un réaménagement.

Au 17e siècle semble apparaître un modèle de logis à aître où la cuisine est complétée sur l’arrière par une pièce étroite, voûtée ou non, à usage de cellier ou de cave, semi-enterrée ; une pièce en demi-étage est située au-dessus (Albieux, 1ère ferme, plan et coupe). De l’autre côté du mur de la cheminée se trouve un cellier ou une bretagne. Ce type de petit logis à aître perdure jusqu’au début du 19e siècle (Saint-Sixte, Jay, 3e ferme). Dans les communes où la viticulture joue un rôle important, la cave construite sur l’arrière de la cuisine prend une plus grande ampleur et est en général voûtée ; un cuvage est accolé au logis ou occupe un petit corps de bâtiment à proximité. Ce type de fermes est présent dans les communes de Bussy-Albieux (par exemple à Croille), Saint-Sixte, Marcilly-le-Châtel, Pralong.

Le 18e siècle est une période d’agrandissement des fermes existantes (ajout d’un module d’une pièce et une chambre en étage à une extrémité du logis ; reconstruction des granges-étables). Les nombreux chronogrammes présents par exemple à Gouttebelin (Bussy-Albieux, ferme étudiée : 1732 ; 1763 ; 1772) montrent l’ajout de logis successifs partageant une même cour, disposition que l’on a pu retrouver pour d’autres fermes des plateaux ou du coteau du Forez (à Pralong, Cezay…).

Ces fermes du 16e au 18e siècle forment aujourd’hui des ensembles complexes, dont les divers corps de bâtiments, construits ou reconstruits tout au long de l’Ancien Régime et même du 19e siècle s’organisent autour d’une cour polygonale fermée, avec accès par portail ou par un hangar à deux niveaux formant passage couvert. Les bâtiments ne présentent souvent pas d’organisation ni de symétrie particulière.

Le 19e siècle reste la période de construction ou reconstruction la plus active, jusqu’à la première décennie du 20e siècle. Les bâtiments sont souvent de plus grande taille et organisés avec plus de rigueur, tant dans l’ordonnancement des élévations que dans la disposition des cours, qui tendent vers des formes plus quadrangulaires. De nombreux logis sont reconstruits à cette époque, signe de l’enrichissement de certains paysans. Ils se démarquent des dépendances par leur haut volume parallélépipédique, leur toiture à croupes, leur façade à 3 ou 4 travées de baies bien alignées souvent enduite en blanc.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, voire jusqu’à la Deuxième, les traditions architecturales se perpétuent (le 2e quart du 20e siècle n’étant pas une époque de construction intense). La volumétrie générale des édifices, leur implantation, les matériaux et leur mise en œuvre restent inchangés par rapport à l’époque précédente.

Aires d'étudesBoën - Sail-sous-Couzan
Dénominationsferme
AdresseCommune : Loire

3,6 % des fermes repérées datent (au moins pour partie) du 16e siècle ; 3,6 % du 17e siècle ; 12,4 % du 18e siècle ; 71,6 % du 19e siècle (23 % de la 1ère moitié, 48,6 % de la 2e moitié) ; enfin 5,3 % du 20e siècle. Certaines périodes semblent avoir été plus propices à la construction ou à l'agrandissement des fermes : fin du 16e siècle, 2e moitié du 18e siècle, 2e moitié du 19e et début du 20e siècle.

Période(s)Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle

Le canton de Boën présente des paysages, et donc des modes d'exploitation et des habitats contrastés. La partie situé en bordure de plaine et sur le coteau, à proximité des principales voies de communication (N 89 et D 8) et des agglomérations urbaines (Boën et Montbrison), est celle qui présente le bâti le plus dense mais aussi le plus modifié, voire dénaturé. Les franges du canton, zones moins accessibles, moins rentables pour l'agriculture mécanisée, ont été plus préservées : c'est ce qui explique un nombre élevé de fermes sélectionnées dans certaines communes (par exemple Cezay). Sur le coteau et les premiers monts, chaque commune compte de très nombreux écarts regroupant quelques fermes, le bourg concentrant les fonctions d'échange et l'artisanat, ainsi que le lieu de culte et plus tard l'école. En plaine, ancien marécage mis en valeur tardivement, l'habitat est beaucoup moins dense. Les fermes, plus vastes, appartenaient à des riches propriétaires et sont isolées dans de grands domaines. Le pisé est le matériau de construction majoritaire (87,5 % du corpus). Le moellon de granite est utilisé dans les zones les plus élevées en altitude (Marcoux, Marcilly, Saint-Laurent-Rochefort) ; on trouve également du basalte à proximité des affleurements naturels (Marcilly, Montverdun, Cezay). Les toits sont le plus souvent à longs pas, parfois à croupes (30 % des logis, essentiellement pour des fermes du 18e siècle ou des logis du 19e-20e siècles), et en tuiles creuses (la tuile plate mécanique se généralise à la fin du 19e siècle). Les encadrements sont le plus souvent en bois (63 %), la pierre de taille en encadrement est essentiellement utilisée en association avec des murs en moellons. La présence d'un aître, galerie de circulation en bois, est une caractéristique remarquable des logis de fermes du canton : elle concerne encore un quart du corpus, alors que beaucoup de ces « balcons foréziens » ont disparu lors d'un remaniement ou reconstruction du logis. Près d'un tiers des fermes possédaient un cuvage, chacun tenant à produire le vin destiné à la consommation de l'exploitation.

TypologiesLes fermes du canton se répartissent en trois grands types divisés en sous-types. Type A, maison bloc : logis et grange-étable dans le prolongement, A1 logis et grange-étable en ligne, A2, logis et grange étable en profondeur, A3, logis et grange étable superposés. Type B : logis avec grange-étable dans un bâtiment perpendiculaire, B1, grange étable en retour d'équerre, B2, hangar intercalé entre le logis et la grange-étable. Type C : logis et grange-étable dans des bâtiments disjoints, C1, logis et une seule dépendance (grange-étable), C2, 3e corps de bâtiment bas, C3, 2e grange-étable et cour fermée par un corps de bâtiment bas.
Toitstuile plate mécanique, tuile creuse
Mursgranite
pisé
enduit
moellon
Décompte des œuvres bâti INSEE 5434
repérées 417
étudiées 82

Annexes

  • Liste des chronogrammes (fermes repérées ou sélectionnées)

    AILLEUX : 1747, 1773, 1790, 1816, 1839, 1890, 1880, 1884, 1900, 1906, 1908, 1911

    ARTHUN : 1583, 1805

    BOËN : 1839, 1844, 1905

    BUSSY-ALBIEUX : 1732, 1752, 1764, 1772, 1790, 1867

    CEZAY : 1669, 1782, 1862, 1887, 1892, 1930

    DEBATS-RIVIERE-D’ORPRA : 1579, 1809, 1815, 1843, 1868

    LEIGNEUX : 1781, 1866, 1873, 1884, 1912

    MARCILLY-LE-CHÂTEL : 1760, 1808, 1821, 1884, 1887

    MARCOUX : 1811, 1823, 1832, 1844, 1853, 1870, 1872, 1876, 1880 (2 fois), 1885

    PRALONG : 1682, 1671, 1687, 1748, 1751, 1756, 1760, 1807, 1819, 1827, 1830, 1832 (2 fois), 1839, 1844, 1851, 1858, 1869 (2 fois), 1870, 1871, 1876, 1882, 1884, 1885, 1887, 1900, 1906

    SAIL-SOUS-COUZAN : 1873, 1874, 1879

    SAINT-LAURENT-ROCHEFORT : 1547, 1574, 1663, 1811 (2 fois), 1826 (2 fois), 1837, 1844, 1887, 1896, 1898, 1905, 1910

    SAINT-SIXTE : 1632, 1640, 1645, 1753, 1755, 1801, 1813, 1825, 1850 (2 fois), 1856,1894, 1898, 1901, 1907, 1908, 1937

    SAINTE-FOY-SAINT-SULPICE : 1716, 1890, 1903

    TRELINS : 1833, 1840, 1856, 1882, 1903

    Total : 120 chronogrammes.

    Répartition chronologique :

    16e : 4 (2e moitié du siècle, entre 1547 et 1583). 1547, 1574, 1579, 1583.

    17e : 8 (surtout dans la 2e moitié du siècle ; trou entre 1585 et 1630). 1632, 1640, 1645, 1663, 1669, 1671, 1682, 1687.

    18e : 18 (surtout dans la 2e moitié du siècle). 1716, 1732, 1747, 1748, 1751, 1752, 1753, 1755, 1756, 1760 (2), 1764, 1772, 1773, 1781, 1782, 1790 (2)

    19e : 77 (assez uniformément répartis, avec un pic dans les décennies 1870 (12) et 1880 (18)). 1801, 1805, 1808, 1807, 1809, 1811 (3), 1813, 1815, 1816, 1819, 1821, 1825, 1823, 1826 (2), 1827, 1830, 1832 (3), 1833, 1837, 1839 (3), 1840, 1843, 1844 (3), 1850 (2), 1851, 1853, 1856 (2), 1858, 1862, 1866, 1867, 1868, 1869 (2), 1870 (2), 1871, 1872, 1873 (2), 1874, 1876 (2), 1879, 1880 (3), 1882 (2), 1884 (4), 1885 (2), 1887 (4), 1890 (2), 1892, 1894, 1896, 1898 (2).

    20e : 17. 1900 (2), 1901, 1903 (2), 1905 (2), 1906 (2), 1907, 1908 (2), 1910, 1911, 1912, 1930, 1937.

Références documentaires

Documents figurés
  • [Saint-Sixte, la Treille (1987 A1 48), type C1. Vue du logis avant restauration] / Ravez (propriétaire). Photographie ancienne, 8.8 x 13, vers 1992 (Collection particulière).

    Collection particulière
  • [Saint-Sixte, la Treille (1987 A1 48), type C1. Vue d'ensemble avant restauration] / Ravez (propriétaire). Photographie ancienne, 8.8 x 13, vers 1992 (Collection particulière).

    Collection particulière
Bibliographie
  • BOZON P. COMMERE R. CRETIN C. ETLICHER B. La vie rurale en Forez : paysans d'hier et d'aujourd'hui. Saint-Etienne : Centre d'études foréziennes, 1976. 197 p. : cartes, graph., tabl.; 24 cm. (Centre d'études foréziennes ; Etudes et documents n°8).

  • COINTERAUX, François. L'école d'architecture rurale, ou Leçons par lesquelles on apprendra soi-même à bâtir solidement les maisons de plusieurs étages avec la terre seule ou autres matériaux les plus communs et de plus vil prix. Paris, 1790, 52 p. ; Lyon : Ecole d'architecture rurale, 1796, in-8°, 110 p.

  • DUPLESSY, Joseph. Essai statistique sur le département de la Loire, contenant des renseignements sur sa topographie, sa population, son histoire, ses antiquités [etc.]. Montbrison : impr. du Cheminal, 1818. 2 vol., XII-599 p.-1 f. de pl. dépl. : ill. ; 18 cm. Paris : Res Universis, 1992. Reprints Département de la Loire. 2 vol (XII-599 p) : couv. ill.; 20 cm. (Monographies des villes et des villages de France).

  • GONON, Marguerite. Le cadre de la vie en Forez au Moyen Age : habitat, mobilier, vêtements, Bulletin de la Diana, t. 32, n° 3-4-5, 1953-1954.

  • ROYER, Claude. L'architecture rurale française. Lyonnais. (Coll. dir. par Jean Cuisenier, Musée national des Arts et traditions populaires). Paris : Berger-Levrault, 1979.

  • SCARATO, Pascal. Inventaire du patrimoine en pisé du département de la Loire. Clermont-Ferrand : Pisé Terre d'Avenir, 1984. multigr., 170 p. : ill.

Liens web

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