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Paysage du bassin-versant du Chéran

Dossier IA73002793 réalisé en 2013

Fiche

Œuvres contenues

Statistiques des forces hydrauliques de la France - Renseignements demandés par la Circulaire de Monsieur le Ministre de l'Agriculture du 7 février 1899, Bassin du Chéran (FR.AD073, S1364).

N° d'ordre

Désignation des communes

Nombre d'usines

111

Arith

1

112

Bellecombe-en-Bauges

1

113

Châtelard

1

114

La Compôte

1

115

École

1

116

Lescheraines

1

117

Noyer (Le)

1

TOTAL

8

Nouveau tableau

Parties constituantes non étudiéespièce d'eau
Dénominationspaysage
Aire d'étude et cantonPays de Savoie - Châtelard (Le)
AdresseCommune : Le Châtelard

L’inventaire du bassin-versant du Chéran pour la partie Savoie, a été principalement réalisé en 2013 en collaboration avec le Parc Naturel régional des Bauges, les élus locaux, les associations et les habitants du massif.

Au total, 129 fiches d'inventaire ont été rédigées sur les 14 communes étudiées. Contrairement à d'autres bassins-versants, celui du Chéran ne compte que des sites hydrauliques liés à l’artisanat. Ils se répartissent en trois grandes typologies :

- Les moulins à farine et les moulins à huile destinés à la subsistance alimentaire des habitants des villages. Une cinquantaine de sites ont été inventoriés. Certains sont déjà mentionnés dans des documents très anciens comme le moulin situé sous le château du Châtelard (IA73002816) et beaucoup apparaissent sur la mappe sarde. Les moulins du bassin-versant du Chéran sont pour la plupart de petites unités autrefois équipées de roues horizontales. Ils ont généralement cessé de fonctionner entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Situés dans des zones forestières difficiles d'accès, beaucoup sont aujourd'hui à l'état de vestiges. On retrouve généralement le tracé de la dérivation, des soubassements de murs de pierre et dans certains cas des meules ou des éléments de mécanisme. Seuls quelques moulins à farine ont su moderniser leur équipement et perdurer jusqu’au milieu du XXe siècle. C’est le cas du moulin Monod au Noyer (IA73002734) ou encore du moulin Descorps-Billoux à École (IA73002799), le seul à avoir utilisé des machines à cylindres. Un seul moulin à huile est toujours en activité, celui du pont d'Arith (IA73002897).

- Les scieries. Elles font l’objet d’une quarantaine de fiches d’inventaire. L’abondance des forêts dans les Bauges a favorisé leur implantation dès le Moyen-âge mais elles continuent à se développer au cours du XIXe siècle. Elles présentent généralement les mêmes caractéristiques architecturales : un bâtiment rectangulaire sur deux niveaux construit dans la pente et prenant la forme d'une structure en bois reposant sur une base en pierre. Les scieries des Bauges étaient souvent exploitées par plusieurs familles. Certaines ont fonctionné jusqu’au milieu du XXe siècle. Beaucoup ont aujourd’hui disparu, victimes d’incendie ou des intempéries en raison de la fragilité des matériaux de construction. Celles qui sont toujours en place sont menacées de disparition. Quelques unes sont toujours en activité comme la scierie du pont de Bange. A Bellecombe-en-Bauges, une scierie traditionnelle a été restaurée pour être ouverte au grand public (IA73002838).

- Les artifices liés à la métallurgie (fonderies, forges, martinets, clouteries). Une quarantaine de sites appartenant à cette typologie ont été repérés. En effet, la fonte et le travail du métal ont beaucoup contribué à la renommée des Bauges et notamment grâce à deux grands établissements religieux, la Chartreuse d'Aillon-le-Jeune (IA73002859, IA73002849) et le prieuré de Bellevaux à École (IA73002794). Actuellement, les éléments hydrauliques liés à cette tradition métallurgique qui perdure jusqu’au milieu du XIXe siècle, sont assez rares. Mais ce sont probablement les clouteries, l’une des spécialités du massif, dont il reste le moins de traces. Ces bâtiments sommaires équipés de petites roues hydrauliques animant un soufflet, ont presque tous disparu du paysage. On retrouve parfois le tracé d’un bief ou quelques murets de pierre mais aucuns vestiges significatifs.

Concernant l’hydroélectricité, plusieurs sites hydrauliques du bassin-versant sont équipés de turbines et de dynamos à partir de la fin du XIXe siècle. Toutefois ces installations sont réservées à l’usage privé. Malgré un projet de plus grande envergure sur le Chéran au début du XXe siècle, aucune centrale hydroélectrique ne serra finalement construite le long du cours d’eau dans sa partie savoyarde.

Quant au thermalisme, qui est l’une des thématiques abordée par l’inventaire du patrimoine hydraulique, il n’est pas représenté dans les Bauges. On note toutefois l’existence d’une source sulfureuse à la Compôte qui n’a jamais été exploitée.

L’inventaire du patrimoine hydraulique dans les Bauges a permis de redécouvrir de nombreux artifices hydrauliques qui ont contribué à la subsistance alimentaire et à l'économie du territoire. Un grand nombre d’entre eux sont actuellement en ruine mais quelques-uns comme le moulin à huile d’Arith (IA73002897) sont toujours en activité. Un seul a été restauré pour être ouvert au grand public, la scierie à grand cadre de Bellecombe-en-Bauges (IA73002838).

Période(s)Principale : 1er quart 21e siècle

Enchâssé entre le lac du Bourget et celui d’Annecy, le bassin-versant du Chéran illustre parfaitement la transversalité de la mission d’inventaire du patrimoine hydraulique menée par l'Assemblée des Pays de Savoie, puisqu’il s’étend de part et d’autre des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie.

Le Chéran prend sa source en Savoie sur le versant sud de la pointe de Chaurionde à 1 500 mètres d’altitude et parcourt 50 kilomètres avant de rejoindre le Fier dont il est le principal affluent. Sa partie amont traverse le massif des Bauges dont il ressort entre la montagne de Bange et le Semnoz, après le pont de l’Abyme. Sa partie aval traverse l'Albanais entre le lac d’Annecy et celui du Bourget.

Dans la portion supérieure du bassin, le Chéran est un torrent de montagne. Sa vallée s'articule ensuite autour de deux plaines alluviales : celle d’École-La Compôte et celle de la Madeleine à Lescheraines. Tout au long de son parcours, le Chéran est rejoint par de nombreux affluents dévalant des gorges profondes et formant des cascades. Leur pente rapide a favorisé l’installation d’infrastructures utilisant leur force motrice.

En Savoie, le bassin-versant du Chéran concerne 14 communes formant la communauté de communes du Cœur des Bauges : Aillon-le-Jeune, Aillon-le-Vieux, Arith, Bellecombe-en-Bauges, Le Châtelard, La Compôte, Doucy-en-Bauges, École, Jarsy, Lescheraines, La Motte-en-Bauges, Le Noyer, Sainte-Reine et Saint-François-de-Sales. Toutes ces communes possède plusieurs édifices du patrimoine hydraulique.

Toutes les communes du bassin-versant du Chéran coté Savoie font partie du PNR des Bauges.

Statut de la propriétépropriété publique
Sites de protectionparc naturel régional

Annexes

  • Projet de centrale hydroélectrique dans le bassin-versant du Chéran, non réalisé.

    Vers 1907, la Société civile des Forces motrices du Chéran (2 place du lycée à Grenoble) décide de réaliser un aménagement hydroélectrique dans le bassin-versant du Chéran qui n'en compte aucun. La demande est déposée auprès du service des Ponts et chaussées par Alexis Perrin, un industriel de Saint-Michel-de-Maurienne qui a déjà contribué à plusieurs projets hydroélectriques dans les Alpes (IA73003662, IA74001065).

    Le projet prévoit la construction d'un barrage réservoir de 25 mètres de haut situé à Lescheraines et destiné à la régulation saisonnière du débit du Chéran. Il comporterait aussi la construction d'un autre barrage pour créer un second lac de réserve à 1 kilomètre en aval du pont de Bange, au lieu dit le Combet. De là, un tunnel de 3272 mètres creusé dans la roche mènerait à une chambre d'eau installée aux environs de la route qui mène au pont de l'Abyme. L'eau serait turbinée dans une centrale hydroélectrique d'une puissance de 6000 chevaux et rejoindrait un bassin de compensation.

    Par un bail du 12 avril 1908, la commune de Lescheraines concède pour une durée de 99 ans avec faculté de défrichement, à la Société des Forces motrices du Chéran, un terrain de 17 hectares de forêt communale (section B, parcelles 337, 361 et 368). Cet emplacement destiné à devenir le réservoir amont est vendu contre la somme de 13000 francs ainsi que la fourniture et l'entretien de 27 lampes électriques pour la commune. Les travaux de la chute du Chéran doivent durer 5 ans et être terminés en mai 1913.

    Par la suite, la Société des Forces motrices du Chéran devient une filiale de la Société Force et Lumière. En 1917, elle demande un délai de 10 ans car les travaux ne sont pas réalisés. Une nouvelle concession est accordée mais le projet est finalement abandonné.

    Sources : FR.AD073, 81S47 ; FR.AD073, S1364

  • Le Pays des Bauges, extrait de La Science sociale suivant la méthode d'observation, 1907.

    LE PAYS DES BAUGES

    CONDITIONS DU LIEU.

    Le pays des Bauges, d'après l'abbé Morand, tire son nom du saxon « bog, » signifiant tanière de sangliers, et, par extension, de bêtes fauves. Cette explication est très plausible, puisque, sangliers, ours, loups, abondaient autrefois dans le pays. Ce pays comprend le plateau supérieur du massif des Bauges, et ses limites sont les mêmes que celles du canton du Châtelard. Sa superficie est, en chiffre rond, de 24 000 hectares. Il est adossé à l'arête faitière qui sépare le bassin de l'Isère de celui du Rhône proprement dit, et englobe toute la vallée supérieure du Chéran, qui va se jeter clans le Fier, affluent du Rhône.

    Le plateau des Bauges est à une altitude moyenne de 900 mètres. Le point le plus bas, le pont de Bauges, est à 573 mètres. Il est, en outre, très accidenté. Pour ces deux causes, il est peu propre à la culture ; aussi est il surtout occupé par les pâturages et les forêts, et cela d'autant plus que le massif des Bauges émergea vers la fin de l'âge tertiaire. Les terrains sédimentaires apparents sur le plateau sont surtout à base calcaire ; dans quelques-uns, l'argile domine. La mollasse occupe la partie basse de la vallée, qui s'étend de Bellecombe à Lescheraines, et, de là, se continue en une bande étroite sur la rive droite du nant d'Arith jusqu'aux déserts.

    Vers le commencement de l'âge quaternaire, les Bauges furent recouverts de neiges permanentes et de glaciers (période glaciaire). Quand cet amas de glaces fondit, les bas-fonds furent remplis d'eaux boueuses et de cailloux roulés : c'est ce qu'on appelle l'alluvion ancienne, abondante surtout dans la partie occidentale, où elle fut retenue par les rebords rocheux de la Charette et de la Charnia. Les roches étant principalement des calcaires, et quelques-unes seulement des argiles, le sol arable qui en dérive est à base calcaire. Cette remarque, jointe à l'altitude, nous explique que le cultivateur soit plus porté à la culture du seigle et de l'avoine, qui aiment les terres légères, qu'à celle du blé qui préfère les terres fortes. Elle nous explique que les pommes de terre donnent des produits si abondants et si savoureux. Cette abondance de terrains calcaires présente également un avantage au point de vue des prairies. Vu l'humidité du climat, les prairies produiraient de la blache, si les terrains étaient trop argileux. Ainsi, nous avons remarqué, près du Villard d'École, un terrain très en pente, qui fournit de la blache et même des ajoncs, tandis qu'à 50 mètres plus bas, dans la plane vallée, les terrains étant calcaires, les prairies produisent un fourrage très savoureux, bien que le « Nant » qui les traverse les inonde parfois.

    Ainsi, la nature du sol se joint heureusement au relief pour favoriser l'art pastoral, d'autant plus que la couche de terre arable, étant généralement peu profonde, ne favorise pas la culture.

    Les sources sont nombreuses en Bauges pour plusieurs raisons : 1° le climat est pluvieux ; 2° l'ensemble des terrains est calcaire, c'est-à-dire perméable, mais, à des profondeurs diverses, se rencontrent souvent des couches d'argile, qui arrêtent l'eau ; 3° le pays étant montagneux, un grand nombre de ces couches d'argile viennent affleurer à la surface, et l'eau surgit, au point le plus bas. Un certain nombre de ces sources sont intermittentes, c'est-à-dire ne se révèlent que dans les grandes pluies (exemples : l'Eau-Morte et la source de Pré-Rouge, dans la cluse de Bange, la source du Pissieux Villaret). On explique ainsi ces sources intermittentes : une couche imperméable ayant la forme d'une cuvette, arrête l'eau et forme réservoir. Une énorme quantité de pluie survient : l'eau atteint les bords de la cuvette, s'échappe et par des canaux souterrains jaillit à la surface. Le cours d'eau qui draine toutes les eaux du plateau est le Chéran, qui se dirige de l'est à l'ouest. Les affluents du Chéran s'appellent « nants ». Encore une dénomination spéciale au pays, analogue à celle des « dorons » en Tarentaise, et à celle de « gaves » en Navarre. Ces nants coulent souvent dans des gorges profondes, où ils forment des cascades. Leur pente, rapide dans le haut, moindre dans le bas,permet de les utiliser comme force motrice : moulins, scieries, forges ; autrefois, clouteries. Cette force motrice est peut-être appelée à révolutionner les Bauges, maintenant que l'Électricité devient la fée de l'Industrie : nous en verrons plus loin les conséquences probables. Ces nants ont naturellement, comme les vallées, deux grands points de convergence : la plaine d’École, et la plaine de la Madeleine à Lescheraines. École et le « Pont de Lescheraines » sont d'ailleurs les seuls villages construits sur le bord du Chéran. Les villages situés sur le bord des nants sont très rares aussi. Cela tient à ce que tous ces cours d'eau, surtout dans leur cours inférieur, sillonnent l'alluvion ancienne peu résistante, la creusent, l'érodent, et finalement coulent au fond de profonds ravins. On a un frappant exemple de cette érosion rapide de l'alluvion ancienne, à École, où le Chéran risque de couper la route un de ces prochains hivers. C'est aussi la présence de cette mobile alluvion ancienne qui explique la largeur démesurée du Chéran, d'École au pont d'Escorchevel : son lit y varie assez souvent. Cela enlève à la culture des terrains qui seraient faciles à travailler ou fourniraient d'excellentes prairies : il n'y pousse actuellement que des buissons de saules. [...]

    Si l'art pastoral et l'industrie laitière forment le travail principal dans les Bauges, on trouve de plus quelques autres travaux accessoires. D'abord, l'isolement du pays avait obligé les Baujus à tout produire, car il fallait que le pays se suffise à peu près. Chacun devait produire son blé, ou son seigle, son chanvre, etc. On cultivait le pommier pour le cidre, ou biscantin, et le miel remplaçait le sucre. Mais depuis la création des fruitières, la culture est de plus en plus délaissée et ne subsiste que parce qu'elle est indispensable à l'art pastoral [...].

    Il y a, en outre, toute une série de métiers secondaires dérivant de l'abondance des forêts dans les Bauges. Anciennement, l'on fabriquait une foule d'ustensiles en bois (cuveaux, assiettes, seaux, cuillers, fourchettes, poches), mais ils ont disparu devant la concurrence des objets en faïence ou en métal. Au contraire, les articles qui ne se font qu'en bois, ont continué à être fabriqués. Ainsi, en hiver, les habitants de Glapigny (Bellecombe) font des râteaux qui sont surtout employés dans les environs pour les travaux de fenaison. La production annuelle est de 10.000 râteaux environ. Mais la forêt et les chutes d'eau avaient donné naissance à l'industrie du fer en grand atelier, grâce à la proximité de mines de fer. A proprement parler, le pays des Bauges ne contient que quelques maigres gisements de fer dans la montagne d'Arith. Exploités du temps des Romains, comme en témoignent les ruines de constructions de la Portaz, ces gisements ont été délaissés jusqu'en 1836. Et cependant une fonderie fut créée à Bellevaux en 1654 ; une autre à Aillons, en 1658 ; enfin des forges à Villaret-Rouge, en 1658. On faisait venir le minerai de St-Georges-des-Hurtières (Maurienne). C'est là que cette industrie avait commencé, mais en se développant, elle entraîna une pénurie de bois. On fut alors amené à créer des forges en Bauges, car il était plus facile de transporter le minerai que le combustible, qui est beaucoup plus encombrant. L'usine de Bellevaux fut fondée par un Piémontais nommé Turinaz ; sa prospérité a amené les indigènes à suivre son exemple, et c'est ainsi que s'élevèrent les usines d'Aillon et de Villaret-Rouge dont nous avons parlé. Le bois était loué aux moines de Bellevaux ou aux Chartreux d'Aillon, qui détenaient le plus grandes forêts, et le fer était vendu aux cloutiers et aux petits forgerons du pays. L'existence de ces forges était précaire, puisqu'elles dépendaient entièrement des moines pour le combustible. Aussi voyons-nous les moines racheter l'usine de Bellevaux en 1728 et les Chartreux celle d'Aillon en 1730. Les forges de Villaret-Rouge leur échappèrent, car n'ayant pas de fonderie, elles pouvaient subsister avec les petits bois particuliers ; cette usine s'était spécialisée dans la taillanderie. Ces fonderies produisaient un fer très pur. Verneilh, ancien préfet du Mont-Blanc, certifie qu'il n'y en avait pas de meilleur dans toute la France. Les clouteries prirent alors un essor considérable,et occupèrent, à de certaines époques, pendant l'hiver, près de 600 paysans cloutiers. Le fer, par cette transformation, atteignait une valeur décuplé. C'était à la fois une source de prospérité matérielle, et une amélioration sociale du type, qui prenait ainsi l'habitude d'un travail plus soutenu. Vers 1840 les hauts fourneaux s'éteignent. C'est qu'à cette époque, on construit le premier réseau de voies ferrées ; les hauts fourneaux à la houille font baisser les prix. Comment nos fonderies, qui avaient à supporter des frais de charrois considérables, auraient-elles pu lutter ? Ainsi naquit, prospéra et périt cette industrie dérivée du bois, qui suscita en Bauges un bel essor industriel et commercial : les clous se vendaient jusque sur la foire de Beaucaire. Il ne subsiste plus aujourd'hui que trois de ces clouteries. C'étaient des cabanes étroites et basses, s'élevant au bord d'un ruisseau. A l'intérieur, un foyer surélevé et un vaste soufflet. A l'extérieur,elles se distinguaient par une grande roue qui, sous l'action de l'eau, met en mouvement le soufflet. Elles aussi utilisaient le charbon de bois, ce qui explique la valeur des produits. [...]

    Autrefois, les Bauges étaient un pays fermé. La seule route existant était celle d'Annecy-Châtelard-Miolans, et c'était plutôt un chemin qu'une route. Le Pont du Diable, sur lequel elle franchissait le torrent de Bellecombe, n'a pas 2 mètres de largeur ; il n'avait même pas de parapet. Les communications avec l'extérieur étaient donc très difficiles : la plupart des Baujus vivaient et mouraient chez eux. La main-d’œuvre nécessitait d'ailleurs plus de bras que maintenant. Les soirs d'octobre, de novembre, jeunes gens, jeunes filles, femmes, se réunissaient pour « bloyer » le chanvre. Et tandis que les mains agiles séparaient la filasse des chénevottes, les rires, les gaies causeries, les badinages allaient leur train. Avec le chanvre qui diminue et même, dans quelques communes,qui disparaît, voilà un travail familial de moins. Puis, ce chanvre, il fallait ensuite le filer. C'était le bon temps des rouets ; les jeunes filles étaient occupées tout l'hiver à filer le chanvre, la laine, à tricoter les bas. Aujourd'hui, on achète et la toile et les bas ; les bras sont inoccupés. La ville séductrice est là : on va à elle. Du temps des fléaux, on battait le blé jusqu'à Pâques, et les jeunes gens étaient ainsi contraints de rester. Aujourd'hui, en un jour tout est battu, vanné, et les jeunes gens partent. Il n'y avait pas de fruitières. Chaque ménage battait son beurre dans une petite baratte ordinaire, et faisait la « tomme » dans une petite « forme » en tôle, percée de trous. Encore un travail familial de moins.

    Et ces 600 cloutiers d'autrefois, du temps de la Révolution et de l'Empire ? Disparus avec les usines de Bellevaux, d'Aillon, du Villaret-Rouge. Et cette centaine de tisserands qui vous convertissaient en toile solide le fil de chanvre des ménagères ? Et ces tourneurs sur bois, fabricants de seaux, de cuveaux, de plats, d'écuelles, de « poches » ? Disparus aussi. Que de bras inoccupés ! Voilà la source de l'émigration moderne des Baujus. A la disparition de ces occupations familiales qui attachaient le Bauju à son sol, joignez la création, vers 1850, des grandes routes d'Annecy-Lescheraines-Chambéry ; d'Aix-les-Bains-Châtelard-Saint-Pierre-d'Albigny. Joignez la création de courriers réguliers du Châtelard à Aix-les-Bains, mettant, avec les chemins de fer, le Châtelard à trente heures seulement de Paris. Et vous connaîtrez à peu près les principales causes de l'émigration baujue, qui semble aller toujours en s'accentuant. En 1845, les Bauges comptaient 13.600 habitants ; en 1906, 8.750 habitants. [...]

    A toutes ces transformations dues aux développements des moyens de communications, il faudra bientôt en ajouter d'autres plus grandes encore, dues aux progrès de la science. Nous voulons parler du développement probable de la grande industrie par l'utilisation des chutes d'eau au moyen de l'électricité. M. Perrin, le grand industriel de Saint-Michel-de-Maurienne, a déjà lancé son projet d'édifier un vaste réservoir en amont du Pont de Lescheraines. Mais cela, la race baujue est incapable de le réaliser par elle même ; il lui manque les capitaux nécessaires. Ce qu'elle fournira, c'est la main-d’œuvre ; ce qu'elle récoltera, c'est l'entrée définitive dans le monde du machinisme et de l'évolution rapide. Elle ne pourra s'y adapter avec fruit qu'en abandonnant ce qui lui reste d'idées communautaires, et qu'en acquérant la capacité à l'effort personnel intense.

    J. Poncier

Références documentaires

Documents d'archives
  • FR.AD073, 81S47, Service hydraulique. Lescheraines. Affaires diverses (1889-1931) ; scierie Neyret (Chéran, 1861-1865), usine Guerraz (ruisseau d'Arith, 1895), 1861-1931.

    AD Savoie : 81S47
  • FR.AD073, S1364, Exploitation des cours d'eau : Usines et entreprises : renseignements, statistiques et inventaires 1898-1924 ; Demandes de concessions 1929-1943 ; Prises d'eau sur divers cours d'eau 1908-1941 ; Application du décret du 22 mai 1937 sur les entreprises d'hydraulique agricole 1937-1938, 1898-1941.

    AD Savoie : S1364
Bibliographie
  • MORAND, Laurent. Les Bauges : histoire et documents. Vol. II : Seigneurs ecclésiastiques. Chambéry : Imprimerie savoisienne, 1890.

  • MORAND, Laurent. Les Bauges : histoire et documents. Vol. III : Peuple et clergé. Chambéry : Imprimerie savoisienne, 1891.

  • La Science sociale suivant la méthode d'observation, Directeur : M.Edmond Demolins, 22e année, Deuxième Période, Bureaux de la science sociale, Paris, Janvier 1907.

    p.34-65.
  • H.Bouvier, Histoire du Châtelard en Bauges, La fontaine de Siloë, Montmélian, 1997.

  • MOUGIN, Paul, Les Torrents de la Savoie. Montmelian : Réd. La Fontaine de Siloé, 2001

Périodiques
  • C.Bérelle, "Sur les rives du Chéran, l'inventaire du patrimoine hydraulique en Pays de Savoie", La Rubrique des patrimoines de Savoie, Conservation départementale du patrimoine de la Savoie, n°32, décembre 2013.

    CDP Savoie
  • "Entre deux lacs, Inventaire patrimonial de l'eau", La Rubrique des patrimoines de Savoie, hors-série n°6, 2015.

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