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Revêtement mural du décor d'architecture de la chapelle souterraine dite caveau de saint Pothin

Dossier IM69000636 réalisé en 2001

Fiche

HISTORIQUE

Le travail a été réalisé pour le chanoine Claude Comte sous la direction de Sainte-Marie Perrin. (Pour les raisons du choix de la technique utilisée, cf. annexe 2.) Les revêtements de marbre ont été réalisés à la suite de ceux de l´escalier et par les mêmes artisans. Le 1er août 1886, l´escalier est terminé, mais « les revêtements de marbre des soubassements et piliers » restent à faire. Du 28 février 1887 date la facture d´Heuraux « pour marbres d´Italie ». Dans le courant de la même année, mémoire des travaux réalisés par les maçons Boudet, oncle et neveu, montant à la somme de 2783, 87 F. : ce montant est acquitté les 10 et 11 juin (A HCL : Association des 48).

Le 30 juin 1890, Ennemond Mora dresse le bilan des travaux effectués : il s´agit de l´intégralité des mosaïques des murs 5 et 7 (A HCL : Association des 48). Les cartons sont dus au peintre Gaspard Poncet ([COMTE], p. 6). Un reçu par Mora, du 6 novembre 1891, pour solde des travaux réalisés, nous apprend qu´il a travaillé depuis la fin de l´année 1888 à la fin août 1891. Le 17 septembre suivant, Sainte-Marie Perrin fait le point de l'oeuvre exécutée par Mora : aux travaux déjà mentionnés s´ajoute le mur 6. Le 30 mai 1892, Ange Minala s´engage à exécuter les mosaïques sur les dessins de Barriot. Dans une lettre du 12 juin, le commanditaire, le chanoine Claude Comte, déclare au maître d´oeuvre Sainte-Marie Perrin, que, ne voyant toujours pas venir les cartons de Poncet pour les mosaïques qu´il lui avait promis, il a pris la liberté de les demander à un autre peintre, Barriot. Mais Mora refuse d´exécuter ces derniers. Le chanoine va donc faire appel à un autre mosaïste. Le chantier de la basilique de Fourvière est la raison de tous ces retards (cf. annexe 3). Le 18 juin, dans sa réponse, Sainte-Marie Perrin exprime toute son amertume (cf. annexe 4). Un mémoire par Ange Minala indique qu´il a exécuté en 1892 et 1893 les panneaux des murs 1, 2, 3, 4 (A HCL : Association des 48) sur les cartons de Barriot ([COMTE], p. 6). Le 23 avril 1893, il présente la facture de l´inscription au sol donnant les dates de réalisation de l´oeuvre et le 8 juillet il reçoit 9 231 F. pour solde de tout compte (A HCL : Association des 48).

En 1927, des tesselles s´étant détachées des murs, une restauration est réalisée par la Société lyonnaise de Mosaïques et Revêtements. L´abbé Molière, successeur du chanoine Comte à la tête de l'association des Quarante-Huit, en est le commanditaire. Le 14 juin 1927, un devis est dressé pour les panneaux de la Vierge à l´Enfant et de Marcel et Valérien (mur 7) : « enlèvement du panneau par encollage sur toile, application de ce panneau sur forme en ciment avec cadre en fer et remise en place ». Le 26 août suivant ces travaux sont terminés (A HCL : Association des 48).

CONCLUSIONS

Les travaux de marbrerie ont donc été réalisés dans la dernière partie de l´année 1886, après le 1er août : les factures, comme la plupart de celles concernant l´escalier, datent du début de l´année suivante. Un temps d'arrêt est ensuite marqué. Le chanoine attend que les offrandes remplissent à nouveau les caisses ainsi qu'il l'exprime dans une lettre du 23 juillet 1888 (A HCL : Association des 48). Le mosaïste Ennemond Mora commence ses travaux de décor des parois à la fin de 1888 sur des cartons du peintre Gaspard Poncet. Jusqu´au 30 juin 1890, il réalise les murs 5 et 7. Durant l´été il exécute le mur 6 : en effet ce panneau, dit de sainte Blandine, ne figure pas dans le mémoire du 30 juin alors qu´il apparaît dans celui du 17 septembre. Puis le chantier connaît un temps d´arrêt. Poncet, qui n´arrive pas à fournir les modèles, est responsable de cette interruption. Cette lenteur, principalement due au fait que ces artistes travaillent également sur le chantier de la basilique de Fouvière, provoque la colère du commanditaire qui, sans avertir le maître d´oeuvre, Sainte-Marie Perrin, demande des cartons pour les panneaux 1 à 4 à Claudius Barriot. Mora refusant d´exécuter les cartons de ce dernier, le chanoine fait appel au mosaïste Ange Minala qui s´engage pour ce travail le 30 mai 1892. Ce n´est que le 12 juin suivant que le chanoine avertit enfin l´architecte. Les travaux sont désormais menés rondement avec ces nouveaux artistes : on peut considérer que tout est terminé le 23 avril 1893, date de la facture de l´inscription au sol indiquant la durée des travaux.

L'importante dégradation actuelle des mosaïques permet de voir leur technique de réalisation. Des clous en fer, à large tête plate sont régulièrement enfoncées dans les joints entre les moellons. Un premier enduit égalise la surface. Un deuxième, très fin, sert de support aux tesselles. La composition des enduits est donnée par le mémoire de Mora du 30 juin 1890 (A HCL : Association des 48) : chaux, sulfate, brique pilée.

Dénominationsrevêtement mural
Aire d'étude et cantonLyon Urgences
AdresseCommune : Lyon 5e
Adresse : 1 rue de l' Antiquaille

Le décor des murs, comme tout le reste de la chapelle souterraine, est réalisé sous la direction de l'architecte Sainte-Marie Perrin, le chanoine Comte étant maître d'ouvrage. Les marbres de revêtement sont posés dans la deuxième partie de l´années 1886, après le 1er août, par le marbrier Heureaux et le maçon Boudet. Les mosaïques des murs 5 et 7 sont entreprises à la fin de 1888 et terminées en juin 1890, celles de la paroi 6 sont exécutées entre cette dernière date et août 1891 : elles sont l´oeuvre d´Ennemond Mora sur des cartons du peintre Gaspard Poncet. Les nouveaux cartons tardant à venir, parce que ces artistes travaillent aussi pour le chantier de la basilique de Fourvière, le chanoine Comte les remplace par le peintre Claudius Barriot et le mosaïste Ange Minala. Le 30 mai 1892, ce dernier s´engage à exécuter les travaux restant. L´ouvrage est terminé avant le 23 avril 1893. En 1927, les mosaïques du mur 7 sont restaurées par la Société lyonnaise de Mosaïques et Revêtements.

Période(s)Principale : 4e quart 19e siècle
Dates1886
1893
Lieu d'exécutionÉdifice ou site : Rhône-Alpes, 69, Lyon
Auteur(s)Auteur : Perrin Sainte-Marie Louis-Jean, dit: Sainte-Marie Perrin
Perrin Sainte-Marie Louis-Jean, dit: Sainte-Marie Perrin
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architecte
Auteur : Heureaux marbrier
Auteur : Boudet maçon
Auteur : Poncet Gaspard peintre, auteur du modèle
Auteur : Barriot Claudius peintre, auteur du modèle
Auteur : Mora Ennemond mosaïste
Auteur : Minala Ange mosaïste
Personnalité : Comte Claude chanoine commanditaire

Les piliers, les archivoltes de l'arc d'entrée du caveau et de la niche d'autel, ainsi que l'intérieur de cette niche à l'exception du tympan sont revêtus de marbre. Les plinthes sont également en marbre. Les creux des décors et inscriptions gravées sur les piliers et l'archivolte sont peints en rouges. La porte d'entrée du caveau est formé d'un revêtement de calcaire blanc gravé et de brique imitant un appareillage gallo-romain. Tout le reste des murs et la partie haute de la niche sont couverts de mosaïques. Plusieurs tesselles utilisent la dorure. Des cabochons de verres renforcent certaines parties.

Catégoriesmosaïque, marbrerie
Structuresà niche
Matériauxmarbre veiné, blanc taillé, gravé, poli, peint
calcaire, taillé, gravé
brique
verre, mosaïque, doré à la feuille, taillé
Précision dimensions

h = 300. panneaux de mosaïque : h = 251 ; panneau 1 : la = 290 ; panneau 2 : la = 346 ; panneau 3 : la = 335 ; panneau 4 : la = 375 ; panneau 5 : la = 345 ; panneau 6 : la = 341 ; panneau 7 : la = 391, mosaïque de la niche : h = 0,86 la = 170.

IconographiesAgneau mystique, fleuves du Paradis terrestre
procession, groupe de figures, martyre, Lyon, saint Pothin, sainte Blandine, lion, taureau
scène, Dieu le Père, bénédiction homme, fuite, main
fond de paysage, palmier
Vierge à l'Enfant
Précision représentations

La procession des quarante-huit martyrs lyonnais, suppliciés en 177, occupe les murs 1 à 4, 6. Ils se dirigent vers la porte du cachot où ils auraient été emprisonnés. Cette ouverture, au centre du mur 5, est surmontée de rayons lumineux sur lesquels se détachent les 7 chandeliers et l'Agneau mystique. Ce dernier repose sur un mont duquel s'échappent les quatre Fleuves du Paradis. Cette représentation signifie que par leur sacrifice les Quarante-Huit vont accéder à la gloire et à la vie éternelle, d´où le geste d´adoration de saint Pothin, premier évêque de Lyon, qui conduit la procession (mur 4). Saint Aristeus, qui le suit, tient son tau. Les autres martyrs portent une palme, des chaînes ou des symboles de leur martyre. Sur le panneau 4 sont figurés neuf hommes morts par étouffement dans leur cachot, et sur le 3, neuf femmes décédées de la même manière. Le panneau 2 représente 12 hommes et le panneau 1 autant de femmes, tous morts par décapitation. La procession du mur 6 regroupe les martyrs qui ont été livrés aux bêtes, avec sainte Blandine à leur tête, d´où la représentation d´animaux (lions et taureau). Sur le panneau 7, séparé des autres par la niche de l´autel, et se dirigeant dans le sens inverse, vers la sortie de la chapelle, les deux saints, Marcel et Valérien, qui ont réussi à fuir. La main de Dieu les bénit. Des palmiers ponctuent tout l´ensemble. Sur le fond de la niche de l´autel figure la Vierge à l´Enfant, tous deux dans une attitude d´orant. § Agneau mystique, fleuves du Paradis terrestre ; procession (groupe de figures, martyre, Lyon, saint Pothin, sainte Blandine, lion, taureau) ; scène (homme, fuite, main : Dieu le Père, bénédiction) ; fond de paysage (palmier) ; Vierge à l'Enfant

Inscriptions & marquessignature, sur l'oeuvre
date, sur l'oeuvre
inscription donnant l'identité du modèle, sur l'oeuvre, latin
inscription concernant l'iconographie, sur l'oeuvre, latin
Précision inscriptions

Signature et date au bas de la mosaïque du mur 4 : ANGE MINALA / FECIT / C BARRIOT / DEL 1893. Inscriptions donnant l'identité du modèle : sous la procession, le nom de chaque personnage est inscrit, en latin. Inscription concernant l'iconographie : au-dessus de chaque panneau, une inscription latine indique comment le groupe représenté a été martyrisé. Sur le pilier central, les noms des Quarante-Huit sont gravés dans le marbre, tandis que sur les quatre piliers engagés au centre des murs, quatre inscriptions évoquent les quatre phases principales de la vie de saint Pothin.

États conservationsoeuvre restaurée
manque
Précision état de conservation

Soulèvement de l'enduit un peu partout. Lacunes importantes pour les panneaux 1, 2, 5 et 7. La plupart des cabochons de verre, nombreux sur les panneaux 4 et 7, manquent.

Statut de la propriétépropriété d'un établissement public
Intérêt de l'œuvreÀ signaler

Annexes

  • INSCRIPTIONS

    Pilier central, liste des Quarante-Huit martyrs :

    a) face ouest : POTHINUS EPISC. / ZACHARIAS PRESB. / SANCTUS DIAC. / V. EPAGATHUS / ATTALUS / MATURUS / ALEXANDER / PONTICUS / ASCLIBIADES / MACARIUS / SYLVIUS / PRIMUS

    b) face sud : ULPIUS / VITALIS / COMMINUS / OCTUBER / PHILUMENUS / GEMINUS / ARISTEUS / CORNELIUS / ZOZIMUS / TITUS / JULIUS / ZOTICUS

    c) face est : APOLLONIUS / GEMINIANUS / JAMNICA / JULIA / ÆMILIA / POMPEIA / ANTONIA / ALUMNA / JUSTA / TROPHIMA / AUSONIA /JULIA

    d) face nord : ALBINA / GRATA / ROGATA / ÆMILIA / POSTUMIA / POMPEIA / RHODANA / BIBLIS / QUARTIA / MATERNA / HELPE.SEU.AMNAS / BLANDINA

    Piliers engagés, au centre des quatre murs

    Inscriptions exprimant les principales étapes de la vie de saint Pothin ([COMPTE, p. 15-16]) :

    a) pilier nord, sa mission : BEATUS / POTHINUS / A POLYCARPO / JOANNIS / DISCIPULO / EX ASIA / LUGDUNUM / MISSUS.EST

    b) pilier est, son apostolat : HANC URBEM / OPIBUS / ET NATIONUM / FREQUENTIA / CELEBREM / RELIGIONE / CELEBRIOREM / FECIT

    c) pilier sud, son accusation : NONAGENARIO / MAJOR / CORAM IMPIO / PRÆSIDE / ACCUSATUS / EGREGIUM / EDIDIT / TESTIMONIUM

    d) pilier ouest, son martyre : UIX.ADHUC / SPIRANS / IN CARCEREM / PROJECTUS / POST.BIDUUM / ANIMAM / DEO / EXHALAVIT

    Sur les panneaux de mosaïque

    Dans le bas, inscriptions donnant l´identité de chaque personnage (cf. illustration).

    Dans le haut, inscriptions exprimant la façon dont chaque groupe a été martyrisé :

    Panneau 4 : IN CARCERE SUFFOCATI NOVEM

    Panneau 3 : IN CARCERE SUFFOCATÆ NOVEM

    Panneau 2 : GLADIO JUGALATI DUODECIM

    Panneau 1 : GLADIO JUGALATÆ DUODECIM

    Panneau 6 : BESTIIS TRADITI SEX

    Sur l´archivolte autour de l´entrée du caveau (panneau 5) :

    Parole de saint Eucher prêchant sur les saints martyrs : CORROBORANTUR HIC PIÆ MENTES TANTIS PARENTIS EXEMPLO

    Niche de l´autel

    Sur l´archivolte : ECCE MATER TUA / ECCE FILIUS TUUS

    Sur la mosaïque à l´intérieur de la niche représentant la Vierge à l´Enfant : SANCTA / VIRGO / DEI / MATER

  • Lyon, 23 juillet 1888. Lettre du chanoine Comte au cardinal Joseph-Alfred Foulon, archevêque de Lyon, lui demandant l´approbation de l´oeuvre de décoration qu´il a entreprise dans la crypte de Saint-Pothin. La réponse bienveillante de l´archevêque suit. A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949).

    Il s´agit d´une copie de la lettre originale puisque la réponse de l´archevêque est à la suite. La manière dont ces lettres sont retranscrites génère une ambiguïté quant à la date qui figure à la fin de la première lettre, juste avant la réponse de l´archevêque. Elle peut donc s´appliquer aussi bien à la première qu´à la deuxième.

    Nous avons conservés les majuscules et la ponctuation.

    Monseigneur,

    Il y a onze ans, au dix-septième centenaire de nos protomartyrs, j´ai été sollicité de travailler à faire mieux connaître et honorer la Prison de Saint Pothin. Il s´agissait seulement alors d´assurer dans ce sombre cachot un culte digne de nos premiers martyrs et d´y rallumer la lampe placée par la piété des Filles de Sainte Chantal.

    Depuis cette époque ce culte a heureusement grandi par l´intercession de nos saints martyrs eux-mêmes et grâce aussi à de hautes protections... Le Rite de Saint Pothin élevé à la première classe, son nom donné à l´hôpital de l´Antiquaille ; l´association de saint Pontique, l´agrandissement et la décoration de la Crypte de Saint Nizier, les projets de réparation de la Confession de Ste Blandine à Ainay ; la découverte et la reconstruction de la crypte de Saint Epipode en l´Ile sont venus tour à tour et ont ranimé la dévotion des quarante-huit autrefois si célèbre à Lyon. Pour ne pas rester en arrière de ce mouvement, j´ai dû suivre les conseils, écouter les encouragements qui, de toutes parts, m´ont poussé à entreprendre une restauration complète, non pas de la Prison elle-même, qu´il convient de conserver telle que les siècles nous l´ont livrée, mais de la crypte en oratoire qui joint ce lieu vénérable où ont souffert les premiers chrétiens de Lyon.

    La difficulté était dans le choix de la décoration. J´avais toujours été étonné de ne rencontrer nulle part dans nos églises et sanctuaires de Lyon, les images avec leurs noms de nos quarante-huit, tandis que dans d´autres pays et dans d´autres villes, on admire tant de chefs d´œuvre inspirés par l´héroïsme des témoins de J.C. Quel voyageur, par exemple, visitant Ravenne, ne s´est arrêté longtemps et avec bonheur devant l´imposante procession des Martyrs de Saint Apollinaire in Citta ! Eh, qui n´a remarqué à Rome, dans la Prison de Sainte Marie, in via lata, les vieilles fresques qui représentent l´apôtre Saint Paul convertissant son geolier (sic) Martial. [Renvoi à une note en bas de page : « Je crois que plus tard les quarante-huit trouveront aussi leur place dans la crypte de Saint Nizier où ont reposé leurs cendres. Puisse-t´il en être de même autour de la confession de Sainte Blandine, dans la vénérable basilique d´Ainay. »]

    Quant à l´emploi de la peinture, il a fallu y renoncer à cause du climat meurtrier de ces pays qui la détériore très facilement, comme on peut s´en rendre compte dans l´abside d´Ainay, dans la chapelle de Saint Loup, à l´Ile, et dans la chapelle même de l´Antiquaille où la belle fresque de Jamot (sic), réparée, il y a peu de temps, se détériore et s´écaille de nouveau.

    Après beaucoup d´hésitations et de recherches, sur les conseils les plus autorisés et avec les approbations les plus sages, j´ai dû choisir des plans plus coûteux, il est vrai, plus difficiles, j´en conviens, mais plus sévères, plus sûrs pour l´avenir et disons le aussi, plus honorables pour nos chers saints et plus dignes du berceau de la Sainte Eglise de Lyon. Le sol, la voûte, les piliers, les murailles seront donc recouverts de marbres et de mosaïques. Déjà grâce à des générosités qui veulent rester ignorées, le pavé en mosaïque est achevé et la partie de la voûte qui a reçu sa décoration plaît à tous les visiteurs. A mesure que viendront les offrandes, les travaux se poursuivront et tour à tour on verra apparaître les figures de nos chers Bienheureux se dirigeant vers l´Agneau qui a vaincu le monde : Agnum Dominatorem Terræ. Ainsi leur souvenir brillera dans les quarante-huit lampes, leurs noms seront gravés sur le marbre, leurs figures vivront sur les murs.

    Aux siècles de Foi, les corporations religieuses luttaient de générosité et se faisaient un honneur de prendre à leur charge une part de ces sortes de monuments élevés à la gloire des saints de la Patrie. C´est ainsi qu´a été construit et décoré de peinture le portique de six-cent quarante arcades qui conduit de Bologne à la Madone de Saint Luc. Pourquoi nos corporations religieuses, nos confréries, nos Institutions, nos oeuvres de zèle et nos familles chrétiennes ne prendraient elles pas le patronage d´un de nos quarante-huit (...)

  • Lyon, 12 juin [1892]. Lettre du chanoine Comte, commanditaire, à Sainte-Marie Perrin, architecte des travaux de décoration de la crypte, lui annonçant qu´il a pris la liberté de changer de peintre. A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949).

    Il s´agit du brouillon de la lettre envoyée.

    Monsieur

    La dernière fois que j´ai eu l´honneur de vous parler dans la cour de l´archevêché, il m´a semblé vous entendre me dire ces paroles : je ne désespère pas de vous faire préparer un beau carton de St Pothin. Je ne vous ai pas répondu à cause de la compagnie qui était là, et aussi, permettez moi de vous le dire, parce que je n´attendais plus ce travail.

    Dans une lettre que j´avais l´honneur de vous adresser l´hiver dernier, j´avais mis deux conditions à ce que ce travail fût préparé par M. Poncet, la 1ère que le croquis me serait présenté fin janvier, la 2e que le carton lui-même serait livré fin mars. Ni l´une ni l´autre de ces deux conditions n´ayant été rempli, j´ai commandé ce carton à M. Barriot.

    D´autre part, après des retards inexpliqués, M. Mora ayant refusé d´exécuter le 1er carton de M. Barriot, parce que ce carton était, disait-on, inexécutable [mot souligné], j´ai soumis ce carton à une expertise, il a été trouvé très exécutable. J´ai alors demandé à M. Barriot s´il voudrait faire exécuter lui-même son travail. M. Barriot s´est chargé bien volontiers de faire exécuter lui-même et sous ses yeux ce carton et les suivants par des mosaïstes de Paris, ou de Genève ou de Venise même, s´il le faut. Tout s´est ainsi aplani, arrangé grâce à Dieu à ma grande satisfaction. Et cet arrangement m´évitera bien des démarches pénibles ou tout au moins inutiles.

    Vous n´aurez donc pas à distraire M. Mora et M. Poncet de l´oeuvre si considérable de Fourvière, et d´un autre côté la modeste décoration de notre cher caveau n´éprouvera plus de retard préjudiciable.

    En tout cela je n´ai pas agi à la légère, avec emportement et de mon seul chef. Je n´ai rien fait sans prendre conseil auprès des personnes les plus graves, les plus autorisées et les plus intéressées dans l´oeuvre. Si j´éprouve un regret ce n´est donc pas d´avoir agi ainsi, mais d´y avoir été forcé.

    J´espère M. que vous ne m´en garderez pas rancune, comme, pour ma part, je pardonne toutes les lenteurs passées au nom et à cause de N.D. de Fourvière (...)

  • Lyon, 18 juin 1892. Lettre de Sainte-Marie Perrin, architecte dirigeant les travaux de décoration de la crypte, au chanoine Comte, commanditaire, en réponse à son courrier du 12 juin. A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949).

    Monsieur le Chanoine

    Votre lettre du 12 m´a causé une vraie peine. Je ne croyais pas avoir démérité dans les travaux de la crypte de St Pothin au point d´être mis de côté d´une façon aussi inattendue. Je suis tout prêt à reconnaître la toute puissance de celui qui tient les cordons d´une bourse si laborieusement acquise, mais je tiens à constater aussi le droit [mot souligné] de l´artiste qui a conçu un ensemble, qui en a exécuté la majeure partie à la satisfaction de tous (il le croit du moins) et qui se préoccupe de l´achèvement de son oeuvre alors même qu´il semble n´y pas travailler.

    J´ai étudié avec amour ce petit sanctuaire ; le problème était difficile, j´y ai mis tous mes soins ; je sais que des juges compétents en font l´éloge, et voila que pour une question de temps on me remercie après avoir sans mon avis distribué des ouvrages auxquels je travaillais de concert avec le peintre de mon choix.

    Ce peintre est en retard - c´est vrai. Il pourrait y mettre plus d´activité - c´est vrai. Un autre fera plus vite - c´est vrai. Mais qu´est-ce que cela fait et en quoi les Saints Martyrs seront-ils plus honorés si la décoration de leur sanctuaire est plus vite achevée ! La décoration de la chapelle de N.D. de Lorette à Paris plus petite que notre crypte a pris 18 années de la vie d´Orcel.

    Je suis persuadé, Monsieur le Chanoine, que vous n´avez pas mesuré toute la portée de votre décision. Ce n´est pas la première fois d´ailleurs que des faits de cette nature me font comprendre combien le rôle de l´architecte dans la direction d´une oeuvre décorative est méconnu.

    Ce que vous allez faire sera meilleur, je le veux bien, et cependant je le condamne d´avance parce que ce sera autre. L´unité est la condition essentielle d´une oeuvre d´art, c´est une qualité qui rachète bien des défauts, c´est celle sans laquelle toutes les autres n´ont plus qu´une valeur relative ; et cela est deux fois vrai quand l´oeuvre est ramassée dans un petit espace qui se juge d´un seul coup d´oeil.

    Monsieur Poncet est peiné avec moi, et pour moi ; c´est un homme sans défense, et c´est pourquoi je sens plus vivement la blessure qui nous est faite.

    Je n´ai pas voulu répondre au reçu de votre lettre pour laisser passer un peu ma mauvaise humeur. Je crains cependant de laisser encore sentir quelques bris d´amertume. Je vous en demande pardon ; encore quelque temps et il n´y paraîtra plus, je l´espère (...)

    [Post-scriptum : ] Je suis surpris que le successeur choisi n´est pas jugé à propos de faire auprès de moi une visite de politesse. C´est une marque d´égards que les artistes se doivent entre eux ; cette démarche eut sans doute été trop gênante.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Etat des dépenses faites [à la chapelle souterraine], 1er août [1886]

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Travaux de la crypte de St Pothin exécutés pendant les années 1886 1887 sous la direction de M. Sainte-Marie Perrin architecte. Compte-rendu présenté par l'architecte à Monsieur le Chanoine Comte, 28 juin 1887

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Mémoire par Boudet, oncle et neveu, pour les travaux exécutés à l'escalier et au vestibule, 1887

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Lettre du chanoine Comte au cardinal Joseph-Alfred Foulon, archevêque de Lyon, 23 juillet 1888

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Mémoire par Mora, père et fils, des travaux exécutés par eux-mêmes, 30 juin 1890

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Mémoire par Sainte-Marie Perrin des travaux exécutés par Mora, 17 septembre 1891

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Décompte général des travaux, 30 septembre 1891

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Reçu par Ed. Mora, père et fils, du solde des travaux de mosaïque, "décoration en émail et or de Venise", établis sous les ordres de Sainte-Marie Perrin, depuis fin 1888 à fin août 1891, 6 novembre 1891

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Engagement par Minala à exécuter en mosaïque les dessins de M. Barriot, 30 mai 1892

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Lettre du chanoine Comte à Sainte-Marie Perrin, 12 juin 1892

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Lettre de Sainte-Marie Perrin au chanoine Comte, 18 juin 1892

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Facture de 130 F par Ange Minala, mosaïste, pour 45 lettres en marbre noir sur un fond blanc également en marbre, 23 avril 1893

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Reçu de 9231 F par Ange Minala, mosaïste, pour solde de tout compte, 8 juillet 1893

  • A HCL. [S.c.] (boîte : Association des 48 martyrs de Lyon 1877-1949). Restauration des mosaïques, 1927-1928.

Documents figurés
  • Fresque de St Pothin [dessin préparatoire mis au carreau pour la mosaïque du panneau 4] / Marius Barriot. [1892]. 1 dess. : crayon sur calque ; 32 x 25 cm (AP Claude-Lucien Barriot)

  • Antiquaille. Mosaïque du caveau de Saint-Pothin [chapelle souterraine, vue générale vers l'entrée principale] / [S. Farges]. [ca 1910-1920]. 1 photogr. pos. (épreuve sur papier) ; 11,3 x 16,3 cm (Musée HCL : AF IV-13)

  • Antiquaille. Mosaïque du caveau de Saint-Pothin [chapelle souterraine, vue de l'angle où se trouve l'autel] / [S. Farges]. [ca 1910-1920]. 1 photogr. pos. (épreuve sur papier) ; 11,3 x 16,3 cm (Musée HCL : AF IV-13)

  • Antiquaille. Mosaïque du caveau de Saint-Pothin [chapelle souterraine, vue vers l'entrée du caveau] / [S. Farges]. [ca 1910-1920]. 1 photogr. pos. (épreuve sur papier) ; 12,5 x 17,5 cm (Musée HCL : AF IV-13)

  • [Chapelle souterraine de saint Pothin, vue générale] / Abbé Amphoux. [ca 1920-1940]. 1 photogr. nég. (verre) ; 13 x 18 cm (Musée HCL)

Bibliographie
  • [COMTE, Claude]. Les mosaïques de la crypte de l'Antiquaille / phototypie Challiol. Lyon : impr. Vitte, 1895. 44 p.-pl. hors-texte ; 22 cm

  • CROZE, Auguste, COLLY, Marcel, CARLE, M., et al. Histoire de l'hôpital de l'Antiquaille de Lyon. Lyon : Audin et cie, 1937

    p. 130
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