Dossier d’œuvre architecture IA69007053 | Réalisé par
  • inventaire topographique, Inventaire de la Ville de Lyon
Hospice de la Charité, hôpital général de la Charité
Œuvre repérée
Copyright
  • © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel
  • © Ville de Lyon

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Lyon Urgences - Lyon 2e canton
  • Hydrographies le Rhône
  • Commune Lyon 2e
  • Adresse rue de la Charité , quai Docteur-Gailleton , place Antonin-Poncet , rue Sala
  • Cadastre 1831 K 135 (feuille n°2) ; 2011 AM (non cadastré)
  • Dénominations
    hospice, hôpital général
  • Précision dénomination
    hôpital d´accueil des mendiants, des vieillards, des orphelins, des incurables et femmes en couche
  • Appellations
    de la Charité
  • Destinations
    place, clocher, hôtel des Postes
  • Parties constituantes non étudiées
    cour, chapelle, pharmacie, boutique, hôtel de voyageurs

Synthèse

Présentation de l´Aumône générale

L´Aumône générale est créée en 1534 au couvent des Cordeliers dans le but de répondre à la famine qui suit la grande sécheresse de 1529 et 1531. Devant la misère qui règne en campagne, huit mille personnes naviguent sur le Rhône pour rejoindre Lyon. Pour soulager cette misère, la Ville se contente dans un premier temps de créer des institutions chargées simplement de distribuer des secours aux pauvres. Sont ainsi créés à Lyon, en 1534, l´Aumône générale et à Paris, en 1544, le Grand Bureau des pauvres. Or, ces mesures se révèlent insuffisantes. [Regards sur le patrimoine hospitalier apothicairerie, chapelles et mobilier, STRASBERG]

L´Aumône générale souhaite réduire le phénomène de mendicité sur une courte durée. De nombreux mendiants font le déplacement jusqu´à Lyon pour profiter de cette générosité, proposée tout d´abord par le consulat sous la forme d´un don. L´engouement pour l´oeuvre étant important, celle-ci se prolonge dans le temps. A l´époque, la mendicité est punie par la loi. La nouvelle structure permet ainsi de palier ce crime. Le caractère permanent de cette institution est initié par Jean Brocquin, marchand de Lyon et trésorier de l´aumône provisoire, dans le but d´abolir la mendicité dans la ville. Un accord est validé en assemblée générale le 25 janvier 1534.

L´Aumône générale évince tous les ordres mendiants de Lyon et devient le seul maître de la quête jusqu´à la Révolution. Malgré cela, le manque de moyen est évident pendant toute son histoire, les quêtes, les dons, les loteries et les lettres patentes ne suffisant pas.

Les échevins, les notables, les officiers du roi, les marchands étrangers et des membres de l´Eglise vont prendre une décision, celle de retirer les mendiants dans des lieux appropriés et de réaliser des quêtes pour les aider.

Après accord du consulat, l´oeuvre est confiée à des personnes de l´élite spécialement dévouées. Le bureau est fondé par huit commis, un trésorier et un marchand.

En 1612, Louis XIII ordonne la répression de la mendicité.

La volonté de se développer, de centraliser son organisation et de disposer d'un grand espace entraîne l´Aumône générale à décider, en 1581, de la construction de l´hôpital de la Charité. Le 21 septembre 1614, messieurs Cassia et de Silvingès prennent en charge le dessin des terrains disponibles près du Rhône. De nombreux terrains sont disponibles : la Blancherie près de l´hôpital Saint-Laurent-des-Vignes, le Griffon, la rue Vieille-Monnaie ...

Le 21 juin 1581, l´Aumône décide de construire un hôpital sur les vieux fossés de la Lanterne, à la place du temple mais le manque de moyens financiers l´empêche de continuer. La Ville utilise ce terrain par la suite pour construire l´Hôtel de Ville en 1646.

Le deuxième projet est l´agrandissement et la reconstruction de Sainte-Catherine-du-Val. L´Aumône achète une grange contiguë pour créer une cour, un jardin, le bureau et les archives. Sur la porte est conservée la statue de la Charité qui vient des Cordeliers.

Avant de trouver le terrain adéquat, d´autres sont également visités : Saint-Just, Pierre-Scize et Saint-Clair. Finalement, l´institution achète le 2 décembre 1614, avec l'autorisation de Louis XIII par lettres patentes, un terrain sur lequel est construit l´hôpital. Ce terrain se situe entre les quais du Rhône et la place Bellecour. Il porte tout d´abord le nom d´Aumône générale et d´hôpital général de la Charité de Lyon. Puis, à la suite du nouveau règlement, le 24 mai 1786, il prend le nom d´« hôpital général de la Charité, Aumône générale et enfants trouvés de Lyon. »

Parmi les donateurs, on retrouve des personnalités de Lyon comme Jean Brocquin, Tourvéon, Laurencin, Jean Sève de Fromente, Horace Cardon, Jean Kleberg, Symphorien Champier, Jean Sala, Nicolas de Chaponay, Thomassin Gadagne et le marquis de Villeroy.

Le blason de l´Aumône Générale représente la Charité avec trois enfants et un pélican nourrissant ses petits [Inventaire sommaire des archives hospitalières antérieures à 1790, Ville de Lyon, La Charité ou Aumône général, ROLLE et STEYERT]. A la fin du XVIIe siècle, le pélican est remplacé par une flamme et en 1742 y est ajoutée la couronne de la baronnie de Saint-Trivier offerte par Jacques Moyron en 1651.

Devant faire face à l´afflux des mendiants en ses murs, la municipalité de Lyon se résigne la première à décider, en 1614, la fondation d´un hospice destiné à les héberger, désigné sous le nom d´hôpital de la Charité. D´autres villes ne tardent pas à suivre cet exemple en fondant à leur tour un établissement semblable : Orléans en 1642, Marseille en 1643, Toulouse en 1647, Angoulême en 1650, Tours en 1656, Blois en 1657, Riom en 1658, Limoges en 1660. A Paris, après plusieurs tentatives infructueuses du pouvoir royal, le règlement du 27 avril 1656 prescrit la fondation d´une institution analogue à celle de la Charité, appelée ici hôpital général. Cet édit de 1656 ratifié par Louis XIV requiert que les mendiants soient enfermés dans des établissements pour y travailler. L´un de ces premiers établissements en France est la Pitié de Paris, qui va servir de modèle pour les autres. Paris donne l´exemple même si d´autres villes mettent en place des institutions identiques. Cette mesure est étendue à l´ensemble de la province par la déclaration du 14 juin 1662 qui ordonne d´établir un hôpital général dans chaque ville importante du royaume. [Regards sur le patrimoine hospitalier apothicairerie, chapelles et mobilier, STRASBERG]

La construction de la Charité

Selon Steyert, l´hospice de la Charité est le plus ancien et le plus intéressant établissement de ce genre [AC HA 18].

Il se situe sur la presqu´île de Lyon, proche de la place Bellecour, sur les quais du Rhône (actuel quai Docteur-Gailleton) entre la rue de la Charité, la place de la Charité (actuelle place Antonin-Poncet) et l´Hôpital Desgenettes (ancien couvent Sainte-Elisabeth). Ce lieu est choisi pour sa proximité avec le Rhône facilitant les transports, son accès à l´eau et à l´hôtel-Dieu pour y conduire les malades. Par ailleurs, on assiste au XVIIe siècle à une monumentalisation de l´entrée dans la ville de Lyon par le pont de la Guillotière sur le Rhône, grâce, entre autres au développement important des deux grandes institutions hospitalières de l´époque : l´hôtel-Dieu et l´Aumône générale.

L´édifice est construit à partir du début du XVIIe siècle dans le but d´accueillir des mendiants et de centraliser l´Aumône. Les recteurs qui y travaillent sont présents pour deux ans. Par la suite, le bâtiment accueille également les orphelins de l´Aumône générale venant de l´hôpital de Sainte-Catherine-du-Val (1629) et l´hôpital Saint-Martin de la Chanal (1636), les vieillards, les femmes en couches ainsi que les incurables. En 1699 est mis en place le service hospitalier de l´établissement par trois soeurs venant de l´hôtel-Dieu. Elles sont accompagnées de frères hospitaliers qui ont eux aussi voué leur vie aux pauvres et aux malades. Ils n´ont jamais été très nombreux, au maximum une vingtaine. En outre, leurs règles sont plus souples que celles des soeurs. Ils occupent des postes de confiance comme assistant de chirurgie, surveillant des ateliers, économe ou encore commis de comptabilité.

Si l´institution est au départ un refuge pour personnes déshéritées mais saines de corps, elle devient rapidement un « hôpital général », en particulier lors des épisodes d´épidémies.

Depuis le 26 novembre 1626, elle reçoit le second dimanche après Pâques, les enfants de plus de 7 ans qui sont hébergés à l´hôtel-Dieu depuis leur naissance. Les services sont partagés entre l´hôtel-Dieu et la Charité : la boulangerie, la cordonnerie, la taillerie, la lingerie fonctionnent à la Charité, la pharmacie et la boucherie sont à l´hôtel-Dieu. Tout cela disparaît avec les constructions des hôpitaux secondaires, seules la boulangerie et la pharmacie restent communes.

Le plan pour acquérir les fonds est effectué par Jacques Moyron. Il s´est occupé de la demande à la cour du Parlement afin de contraindre les propriétaires à céder le terrain.

Divers projets sont présentés au recteur le 27 août 1615, comme celui de Pierre Pinet.

Les plans sont dressés par le frère Martellange de la compagnie de Jésus. Fils d´Etienne Martellange, peintre de Lyon, il est architecte général de l´ordre dans les provinces de Lyon, de Toulouse et même de Paris. Pendant sa carrière, il fournit à un grand nombre d´établissements des plans et mémoires laissés aux entrepreneurs et aux personnes chargées des projets, apportant son aide en cas de difficultés. A Lyon, on peut lui attribuer le collège de la trinité, l'église du Noviciat rue Sainte-Hélène, peut-être le couvent des Carmes-Déchaussées, l´église du monastère de la Déserte et la chapelle des pénitents de la Miséricorde. Selon Charvet, on retrouve dans les plans de l´hôpital de la Charité la simplicité de composition, la manière graphique de dresser les plans et les arrangements habituels chez Martellange.

Les plans de Martellange n´ont pas été entièrement suivis puisqu´un corps de logis perpendiculaire à la rue de la Charité n´a jamais été construit.

Le plan de la Charité est en damier. La disposition de ce plan sert à la séparation des locaux pour les hommes, les femmes, les nourrices, les infirmes, les « renfermés », les orphelins et des locaux destinés à l´entretien. Ces différentes catégories de population amènent à une multiplication des corps de bâtiment dont la Charité offre très tôt le modèle. Le quadrilatère qui ferme les quatre cours est utile à la promenade.

A Lyon, Martellange présente un premier plan le 2 octobre 1616 au bureau des recteurs. Puis Pierre Picquet (recteur) s´occupe des modifications et de l´exécution avec l´aide de Martellange. Le plan est présenté par MM. Pellot et Picquet avant d´être approuvé par les prévôts des marchands et échevins qui ont promis d´assister l´entreprise. Selon le tome 3 de l'Histoire monumentale de la ville de Lyon [MONTFALCON] le maître architecte lorrain Claude Dubois aurait participé également à l´élaboration des plans « pour le bastiment des pauvres enfermés ». Le plan est gravé par Charles Audran en 1619 et exposé au Temple du Change. La volonté première est de créer un édifice simple en lien avec sa fonction d´accueil des pauvres. C´est avec l´édification des salles du Conseil, des Archives, de la pharmacie et de l´église que l´ornementation s´introduit dans le bâti.

Les fouilles de 1983 sur la place Antonin-Poncet, lors de la création d´un parc de stationnement, et de 1987, pour le métro, ont montré que les murs de fondations étaient en pierres dorées liées par un mortier blanc. Elles nous révèlent la présence d´une cave accolée à la façade nord et d´un sol dallé. Selon les études réalisées, le sol est composé de galets installés sur un remblai, qui correspond peut-être à une surélévation du quartier au moment de la construction de l´hôpital.

Le premier bâtiment est édifié grâce au don de Jean Sève de Fromente, président des trésoriers de France de la Généralité de Lyon. La première pierre de ce bâtiment est posée le 16 janvier 1617, avec l´inscription « Notre-Dame de la Charité ». Le 10 mars 1622, les recteurs tiennent leur premier bureau dans les nouveaux locaux.

De nombreux donateurs permettent à l´édifice entier d´être achevé en 1633. Ainsi la Charité est fondée grâce aux dons de personnalités lyonnaises dont Pierre Picquet (le 7 janvier 1618), recteur ; M. de Saint-André (le 28 janvier 1618), trésorier de France ; Guillaume Charrier ; Jean Kleberg ; Horace Cardon, imprimeur ; le gouverneur de Neuville d´Halincourt ; Jean Sève de Fromente (le 11 février 1619 : clôture entre les bâtiments), un groupe de sept bourgeois lyonnais : André et Philippe Gueston, Jean-Baptiste Murard, André Ollier, Jean Dubois, Constance Murard et Jérôme Lentillon ; Gaspard Dugué (10 juin 1619), conseiller du roi et trésorier de France ; les recteurs Pelot et Poculot (13 janvier 1620) ; M. Blauf (1623 : la paneterie et les fours à partir d´un plan qu´il a fait dresser) ; la corporation des marchands drapiers (février 1619), des négociants allemands et suisses fixés à Lyon.

Le 3 décembre 1615, l´Aumône Générale érige une croix sur le terrain de la Charité, bénie par l´Archevêque Denis de Marquemont à la suite d´une procession.

Le 20 décembre 1615, une chapelle provisoire est élevée par les recteurs sous la protection de Sainte-Blandine.

Le 20 juin 1622, les pauvres quittent l´hôpital de Saint-Laurent-des-Vignes pour rejoindre celui de la Charité. Le 21 mars 1629, les filles de l´hôpital Sainte-Catherine-du-Val intègrent l´hôpital de la Charité et le 14 août 1636 les garçons de l´hôpital Saint-Martin de la Chanal les rejoignent.

On peut dater l´achèvement de l´hôpital de la Charité de 1633, lorsqu´il se présente sous la forme d´un rectangle comprenant quatorze bâtiments.

En 1656, à la suite de la succession de Jacques Moyron, la Charité devient dame de Saint-Trivier, ce qui lui permet d´ajouter la couronne baronnale à ses armoiries.

La place de la Charité est créée à partir du XVIIe siècle sur le lieu où se trouvait le jeu du mail.

En 1672, grâce aux lettres patentes de Louis XIV, la Charité est autorisée à avoir des ateliers.

En 1725, la Charité prend le nom d´« Hospice de la Charité ».

Entre 1744 et 1749, la Charité fait construire deux ponts de bois à Ainay et à Serin afin d´obtenir un droit de passage.

En 1745, l´Aumône générale acquiert le tènement du monastère de Sainte-Elisabeth sur les conseils du cardinal Tencin. Les soeurs sont envoyées dans la communauté des Deux-Amants à Vaise. La Charité ne souhaite qu´une partie du tènement mais elle doit l´acheter en entier jusqu´à la rue Sala. L´acte de vente définitif est rendu le 18 mars 1747 et payé grâce à la succession de Marc Panissod, administrateur de l´hôtel-Dieu et de la Charité. Le bâtiment est ensuite transformé en Bicêtre, c´est-à-dire en dépôt de mendicité puis en hôpital militaire. Le mot Bicêtre vient de l´hôpital de Bicêtre,1634, au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Asile pour soldats invalides transformé en un lieu d´enfermement des vagabonds et des mendiants. C´est cette fonction qui donnera le nom de « Bicêtre » aux établissements d´enfermement des pauvres.

Une église orientée, Notre-Dame de la Charité, est construite sur le côté nord-ouest de la parcelle. Elle est rattachée à la paroisse Saint-Michel. La première pierre est posée le 8 décembre 1617. Elle est inaugurée par Messire Crémeaulx recteur, comte et précenteur de l´Eglise de Lyon, mais en réalité, la construction ne commence qu´en 1620. Elle est édifiée grâce aux dons de Denis de Marquemont et des chanoines comtes de Lyon. Le 7 janvier 1621, Antoine Picquet propose une modification du plan primitif, qui comporte une seule nef avec une voûte de grande portée ; il décide de construire des bas-côtés séparés de la grande nef par des arcades supportant galeries et tribunes. Cette modification permet de dissimuler l´irrégularité du plan du bâtiment plus large du côté de l´autel que du côté de l´entrée.

Le clocher, réalisé en 1666 par le maître maçon Jacques Abraham dit « La Liberté », est une tour de plan carré, avec chaîne d'angle en bossage, surmontée d´une haute lanterne de deux étages de forme octogonale, couronnée d´un dôme à huit pans couvert en tuiles écailles vernissées noires et se situe sur le collatéral nord. Il remplace un « clocheton » démoli en 1647 pour cause d´instabilité. Dans le clocher, en 1853, est installée une horloge qui fonctionne encore, munie de quatre cadrans lumineux. En 1953, les cloches de la Charité sont fondues pour la basilique de Fourvière. Aujourd´hui unique vestige de l´hôpital, le clocher sert d´antenne-relais téléphonique.

En dehors du claustral, un tour existe depuis le 8 novembre 1804, pour recevoir les enfants abandonnés à la naissance. Le tour est supprimé en 1858.

Au cours du XIXe siècle, le manque de moyens financiers amène les recteurs à louer les immeubles qu´ils possèdent : dans l´enceinte de la Charité s´installent l´hôtel de Provence et l´imprimerie Chanoine.

Au sein des bâtiments on retrouve également la salle du Conseil et celle des Archives, situées dans le corps de logis formant un angle droit avec la chapelle. Au nord de la salle des Archives se trouve la salle des petites archives.

La salle des Archives avec ses armoiries et ses boiseries sculptées, de même que l´apothicairerie sont classées au titre des Monuments historiques par arrêté du 14 avril 1904.

La restauration et les transformations des XVIIIe et XIXe siècles

Les lettres patentes de septembre 1729 permettent de rétablir la situation financière. Les recteurs entreprennent alors les constructions nécessaires : le grenier à blé (entre 1731 et 1735), le Bicêtre (1745) et les magasins à farine (1751). A la suite de ces constructions, le 23 novembre 1766, les recteurs rédigent un programme d´économie interdisant toute nouvelle construction. Ils installent alors des ateliers, notamment des moulins à soie, et se procurent des ressources en créant des appartements garnis qu´ils louent à l´hôtel de Provence.

Les fouilles archéologiques montrent deux campagnes de construction, la première entre 1731 et 1735 avec un prolongement du côté du clocher, et la deuxième avec un agrandissement à l´est en 1762.

L´hôtel de Provence et des Ambassadeurs date du XVIIIe siècle. Sa façade principale s´édifie au nord de l'édifice, sur la place de la Charité, en 1735. A l'intérieur, une façade donne sur la cour Saint-Honoré.

En 1745, les recteurs de la Charité passent un contrat avec les religieuses du tiers-ordre de Saint-François dites de Sainte-Elisabeth. Leurs bâtiments sont utilisés en vue de l´agrandissement de l´hôpital et de la création d´un Bicêtre. Malgré la politique d´enfermement qui a lieu dans les hôpitaux généraux, le pouvoir est encore confronté aux problèmes de mendicité et de vagabondage. L´arrêt du Conseil d´Etat du 21 octobre 1767 décide finalement la création d´établissements spécialisés, les dépôts de mendicité.

Le 3 août 1764, une ordonnance royale ordonne d´arrêter tous les mendiants. L´intendant de Lyon oblige les recteurs à recevoir les mendiants. Le lieu n´étant pas adapté, ils seront rapidement déplacés à Saint-Laurent-des-Vignes situé à la Quarantaine en 1768. Les mendiants lyonnais sont admis à la Charité et les mendiants étrangers à la Quarantaine.

Le Bicêtre est supprimé par arrêté du Conseil d´Etat le 9 septembre 1783. Le 31 octobre les mendiants sont évacués, tous ne partent pas à la Quarantaine, certains vont être aidés par le Chapitre de Saint-Jean. Les personnes âgées sont transférées au Bicêtre ainsi que les services généraux et certains ateliers. Antoine Jean Terray, conseiller du roi, souhaite récupérer le lieu pour son hôtel des Fermes. Un arrêté du 27 mai 1786 ordonne l´aliénation du bâtiment afin d´y installer un grenier à sel, une douane et l´entrepôt général des tabacs. Les recteurs tentent de se défendre mais cette démarche est considérée comme une rébellion contre le roi.

La Charité connaît son extension maximum entre 1745 et 1783, jusqu´à la rue Sala. Le Bicêtre devient un atelier de dévidage et de moulinage des soies.

Le 26 juillet 1786, M. Colombier répartit dans les locaux les personnes et les ateliers à la suite de la suppression du Bicêtre. Cette suppression est vécue par les administrateurs comme un abus de pouvoir. De nombreuses réclamations sont effectuées pour récupérer ce terrain. En 1799, il est évoqué d´attribuer le Palais Saint-Pierre en compensation et en 1802 de rendre le bâtiment de la nouvelle douane, mais ce projet n´aboutit pas.

Pendant la Révolution, le Bicêtre sert de caserne de cavalerie pour être en 1807 un hôpital militaire provisoire. En 1813, la nouvelle douane est transformée en caserne pour établir un hôpital militaire annexe. En 1831, l´Etat décide d´installer une garnison à Lyon. L´hôpital de l´ancienne-douane devient l´hôpital militaire et s´agrandit en 1835 jusqu´à l´ancien claustral appartenant à la Charité. Il ferme en 1946 pour des raisons de normes.

La proximité de l´édifice avec la place Bellecour et le Rhône lui permet d´abriter des commerces. (cordonnerie, graineterie, blanchisserie, ...). Mais ces installations sont précaires, il n´y a pas de cheminées. En 1809, les locaux des boutiques sont partiellement récupérés.

La réhabilitation du bâtiment de la crèche est retardée à cause des guerres de l´Empire et n´a lieu qu´en 1821.

L´hôtel de Provence se situe à côté des boutiques, sur la place de la Charité. Les réparations continuelles entraînent sa fermeture en 1866. A la place sont installés 97 lits de vieillards.

La construction d´un nouveau bâtiment, non mentionné, est confiée à Barthélemy Antoine Tissot, architecte des Hospices civils. Elle est terminée en août 1823.

En 1825 est décidée la construction du bâtiment dit « de la Porte », en bordure de la rue de la Charité.

En 1835, les travaux de restauration de l´édifice commencent sous la direction de M. Arnaud, adjoint au maire. M. Terme, président du conseil, élève dans la cour Saint-Joseph un pavillon à ciel ouvert, sans toiture, composé d´un lavoir, d´une buanderie et d´une machine à vapeur.

En 1834, la façade du quai n´est pas achevée. Un premier projet a été proposé quinze ans plus tôt, mais faute de moyens, il n´a pas été accepté. Un nouveau devis est déposé en 1834 qui propose la construction d´un bâtiment rendant la façade rectiligne. La probable rentabilité de l´édifice conduit l´administration à le faire construire.

Dans la salle des filles en couche, on établit un ventilateur afin d´y renouveler l´air. Plusieurs salles sont planchéiées, restaurées, tout comme les réfectoires. Plusieurs galeries sont restaurées et plafonnées. Après avoir démoli les cabanes, on enlève les faux planchers. Les arcades sont rétablies. L´escalier longeant la pharmacie conduit à des greniers servant d´amphithéâtre de dissection. N'ayant pas d'évacuation, le sang et l´eau des lavages tombent jusqu´au bas de l´escalier. Ces salles sont supprimées. Toutes les gouttières du toit sont réparées et munies de tuyaux pour la descente pluviale.

A cette période, on déplace le dépôt des morts et des nouveaux locaux sont créés pour les internes.

En 1837, des réparations au clocher sont nécessaires. Elles sont suivies par l´architecte adjoint des hospices Alphonse Duboys qui restaure également l´intérieur de la chapelle.

Entre 1839 et 1841, on place des ventilateurs et des calorifères dans les salles. Le bitume remplace les carrelages des galeries. La salle du Conseil et son vestibule sont entièrement restaurés et parquetés.

Le fronton du portail, détruit pendant la Révolution, est remplacé en 1839 par la sculpture de M. Prost.

En 1840 est installé l´éclairage au gaz dans les galeries et dans les salles. Cette même année, une inondation submerge d´un mètre le rez-de-chaussée et entraîne la fermeture de la boulangerie. Le pain est alors fourni par la boulangerie de l´hôtel-Dieu et des communes voisines. M. Delore, administrateur-directeur, se procure un filtre pour palier le manque d´eau potable. L´hôpital est doté de puits forés dans les cours. En 1806, une pompe à bras renvoie l´eau des puits dans les réservoirs installés à chaque étage. En 1837, la buanderie est dotée d´une machine à vapeur, de canalisations et de réservoirs pour que chaque bâtiment bénéficie de l´eau courante.

Entre 1842 et 1847, on supprime les ateliers de cordonnerie et de taillerie, ainsi que la boulangerie. On démolit les constructions obstruant les galeries et les faux planchers et on rétablit les fenêtres et les arcades bouchées. L´hôpital récupère les voies charretières et les pièces louées au public. Certaines salles changent de fonction. Des ouvroirs sont créés pour les vieillards accueillis la journée. Dans les dortoirs des incurables sont mis en place des séparations de deux mètres reliés par une corniche avec tringles et rideaux. Les enfants varioleux sont séparés des autres enfants. Les salles d´autopsie cadavérique et de dissection sont reléguées sous la voie charretière de la cour de la pharmacie dans un local isolé et aéré. Dans la cour Saint-Joseph, un bâtiment d´un étage est élevé pour la matelasserie et une pièce est construite pour les vieillards qui fument la pipe. Des cuvettes sont appliquées à toutes les latrines ainsi que des lanternes en ventilateurs. La pharmacie est restaurée et parquetée. La distribution des salles est transformée pour plus de praticité. Les cours sont plantées de fleurs et d´arbres. La cour Saint-Nicolas est attribuée aux garçons et la cour Sainte-Catherine aux filles.

Entre 1848 et 1852, la restauration continue. Le rez-de-chaussée du corps de bâtiment de la cour Saint-Honoré contient trente baignoires. La clinique d´accouchement est mise en place pour l´école de médecine à la demande du ministre en 1841. Elle ouvre en 1848. Les ouvroirs sont parfois détournés de leur usage pour accueillir une succursale de l´hôpital militaire ou des enfants trouvés et renvoient alors les vieillards dans leurs chambres confinées. Le département des filles enceintes est le seul qui n´a pas été complètement restauré. Les fenêtres du côté nord n´ont pas été rouvertes, c´est pourquoi les tarares et les conduits d´air pratiqués laissent espérer un renouvellement de l´atmosphère. La mortalité infantile recule avec l´assainissement mais celui-ci est limité par la place prise par la clinique obstétricale (créée en 1841) qui confine à nouveau les enfants. L´établissement est alors doté d´un éclairage, d´un chauffage et de nourriture mieux répartis que dans les meilleurs établissements de l´époque.

En 1853, Polinière, hygiéniste, établit un rapport sur l´état de salubrité de l´hôpital.

Le rapport de sa visite sur les considérations des hôpitaux de Lyon présente l´état de la Charité à cette période. On décrit les infirmeries comme des lieux suffisamment aérés tout comme la salle des vieillards qui se compose de lits peu espacés. Au contraire, la salle des femmes est moins aérée. Le dortoir des enfants élevés par l´établissement est sale et odorante, à l´image des enfants « déguenillés » [AC 1LP 942].

Les cours sont encombrées par des cabanes qui masquent les fenêtres du rez-de-chaussée. Les salles sont dispersées dans les bâtiments. Elles servent d´ateliers, de latrines, d´écuries, de cages à lapins, ... Il y a aussi de nombreux poulaillers dans les vestibules des escaliers. Les galeries ont disparu au profit de cabinets particuliers, de dépôts de linge sale, d´étendages... Pour cela, les arcades et les fenêtres des salles ouvrant sur les galeries sont murées. Les salles deviennent des lieux froids, humides, imprégnées d´une odeur fétide. Les fenêtres restantes sont grillagées. La plupart des salles sont converties en deux entresols, par le moyen d´un faux plancher, on y monte par une échelle.

En 1866, on retrouve dans les boutiques louées un établissement de bain, les bureaux et dépendances de la Compagnie des petites voitures, les bureaux de la Compagnie des Vapeurs du Rhône, un pâtissier, un cafetier et un grainetier.

En 1875 s´ouvre la clinique gynécologique sous la direction du major (personne qui dirige un service ou un pavillon dans l´hôpital). Son logement se trouve dans la cour d´entrée à droite, près de celui des aumôniers et de l´économe.

En 1896-1897, le départ du journal « le Progrès », agrandi depuis 1859 (une boutique et une maison entière) permet de transformer les locaux en dortoirs pour religieuses et sages-femmes. Au premier étage, une lingerie et un établissement de bains sont aménagés. Ces transformations engendrent une nouvelle répartition : on étend le service d´accouchement avec le service de médecine et de chirurgie, une salle des croups est doublée en 1892 et le service de crèche est réorganisé en 1894.

La deuxième moitié du XIXe siècle permet la transition de l´hospice en hôpital. Cette spécialisation infantile et maternelle est intégrée à la politique des hôpitaux lyonnais. Une clinique, un service gynécologique sont créés et le service des enfants malades (initié en 1856) prend de l´ampleur. Sous l´impulsion d´Albertin, médecin, un pavillon gynécologique de deux étages est réalisé. A l'inverse, l´Antiquaille devient centre des vénériens, le Perron, celui des incurables, la Croix-Rousse et l´hôtel-Dieu se partageant les adultes. Malgré cela, les femmes mariées restent à l´hôtel-Dieu et les filles-mères, à la Charité. Le départ des vieillards au Perron ne s´effectue définitivement qu´en 1913, permettant l´extension de la clinique infantile, d´accouchement et de gynécologie.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les cours Saint-Honoré et de l'hôtel de Provence sont réunies pour n'en former qu'une seule.

Durant la Première Guerre mondiale, la Charité est employée comme hôpital de chirurgie militaire puis de chirurgie orthopédique et enfin comme centre d´appareillage de la XIVe région. Le personnel médical étant mobilisé, un personnel de fortune le remplace et fait face à une épidémie meurtrière de diphtérie.

La désaffectation et la démolition de l´hôpital

La désaffectation de l´hôpital de la Charité s´est faite à cause de l´hygiène et de la vétusté des lieux, mais aussi pour endiguer la surpopulation enfantine. Un rapport du docteur Fouille, inspecteur général, adressé au ministre de l´Intérieur présente la situation en 1883 : « Cet hôpital s´éloigne autant qu´il est possible du système préconisé par l´hygiène hospitalière moderne, et on ne peut s´empêcher de désirer qu´un remède efficace soit apporté, un jour ou l´autre, à un pareil anachronisme, par l´éparpillement d´une population trop nombreuse et par l´ouverture de larges brêches dans cet immense cube de pierre de taille » [BOUCHET Alain, Histoire des Hôpitaux lyonnais, 1993].

La revue Lyon médical du 1er novembre 1903 insiste sur la vétusté des deux hôpitaux : « Quant à l´hôtel-Dieu et à la Charité, ils sont un anachronisme, ils sont le type de l´ancien hospice ; ils ne peuvent être transformés en hôpitaux modernes. Leur situation en pleine ville les condamne ; ils seront tôt ou tard appelés à disparaître. Alors, si après la désaffectation de l´hôtel-Dieu, on doit procéder à celle de la Charité, pourquoi faire les frais d´un transfert ! ».

En 1908, à la suite d´une visite à l´hôpital de la Charité, le Maire décide de désaffecter ce lieu pour éradiquer les infections contagieuses et palier le manque d´aération.

Le projet est accepté le 7 juillet 1909 par le Conseil d´Administration des Hospices civils.

Les plans de Tony Garnier sont approuvés le 8 juillet 1911.

Le 26 juillet 1909, lors du Conseil municipal, est votée la désaffectation de l´hôtel-Dieu, approuvée également par les Hospices civils de Lyon. En compensation, la Ville propose aux Hospices la construction d´un nouvel hôpital. La volonté de construction d´un hôtel des Postes dans la ville de Lyon génère un besoin de place en centre ville. En outre, la construction de l´hôpital de Grange Blanche, adapté à la modernité, doit entraîner, avant 1914, la démolition partielle de l´hôtel-Dieu.

Jules Courmont fait partie des personnes qui, entre 1911 et 1914, suggère des projets pour moderniser et éloigner les enfants à la périphérie. Il propose par exemple la construction d´un hôpital d´enfants ou l´utilisation de l´immeuble des Minimes pour éloigner les enfants de la Charité. Toutes ces idées vont être oubliées pendant la guerre.

Ce n´est que lorsque l´hôpital Debrousse est transformé que la Charité va pouvoir réorganiser ses services en 1920.

D´autres facteurs entrent en jeu : l´alignement de la rue de la Charité, mais aussi la rentabilité d´un espace important en centre ville.

Cette désaffectation a aussi d´autres raisons économiques. Le nombre de lits inoccupés ayant augmenté, des frais inutiles sont payés par les hôpitaux. La première mesure qui est prise est l´augmentation du prix de journée. Une étude du professeur Jean Lepine propose de transférer les services hospitaliers d´enfants, médecine et chirurgie à Debrousse ; puis de transférer les scarlatines, rougeoles et diphtéries à la Croix-Rousse.

Le 27 avril 1921, le Conseil Général d´Administration des Hospices désigne une commission pour étudier la désaffectation de l´hôpital de la Charité. A la suite de réunions, le 22 juin 1921, le Maire propose de modifier les plans de l´hôpital Grange-Blanche pour installer les cliniques et les services de la Charité.

La Ville étant prête à aider les Hospices civils, la désaffectation ne reçoit aucune opposition forte.

Lors du conseil général du Rhône du 7 mai 1921, Edouard Herriot institue une commission pour examiner la désaffectation de la Charité.

Le 28 mai 1921, Edouard Herriot explique que pour le moment ce n´est pas une désaffectation totale mais des mesures peuvent être prises rapidement pour libérer de l´espace.

De nombreuses associations de défense de cette structure tentent d´en sauver une partie : la chapelle et son clocher. Pour cela, ils livrent un véritable combat au moyen de pétitions. Edouard Herriot renonce à la démolition du clocher: « Il s´agit, comme on l´a dit, des visages de la ville. Cette haute silhouette relève un peu ce qu´il y a de rectiligne et de monotone dans toutes ces toitures de même niveau ». [AC 1 C 8856]

Après l´étude par le Conseil des Hospices civils de Lyon le 26 octobre 1921, la direction du service des archives propose le transfert de la salle des Archives et de la pharmacie dans le futur Musée-Archives des Hospices.

Le 13 novembre 1922, les plans de l´installation de cinq cliniques pour Grange-Blanche sont remis à Edouard Herriot.

Le 5 juillet 1922, le projet de déplacer un service aux Minimes est abandonné car la moitié des locaux n´est pas entretenue. Ce sera ensuite le tour de l´hospice des vieillards de la Guillotière, le 13 décembre 1922, d'annoncer qu´il ne peut pas accueillir les enfants abandonnés. Deux jours plus tard, l´ancien hôpital Lumière n´accueille plus la maternité de l´hôtel-Dieu puisqu´il se transforme en maison d´étudiants.

Une commission est élaborée pour étudier les diverses questions de la destination des bâtiments de la Charité et d´une partie de l´hôtel-Dieu à la suite de leurs désaffectations. Elle se compose de MM. Lepine, Larrousse, Carle, Chazette et Peillod.

Un premier projet est proposé pour la Charité, le 24 janvier 1923 pendant le Conseil général d´Administration : la municipalité souhaite installer des bains publics.

La question de la désaffectation prenant de l´importance, la société littéraire, historique et archéologique de Lyon commence en mars 1924 à demander que les salles classées Monuments historiques gardent leur place au sein de l´établissement ainsi que la chapelle et son clocher.

Le 5 juin 1930, Edouard Herriot demande aux Hospices civils de Lyon de commencer les contrats entre les deux institutions (Charité et hôtel-Dieu). Une commission spéciale est chargée de ces questions, elle se compose des Administrateurs MM. Delore, Brahm, Lepine, Pic, Larousse, Carle, Peillod, Tavernier, Marro, Garin et Bouget.

MM. Carle et Peillod proposent de transférer à l´Antiquaille les services de l´hôtel-Dieu qui ne vont pas à Grange-Blanche. La maternité de l´Hôtel-Dieu est déplacée dans les locaux de la Clinique obstétricale à la Charité.

Le 19 septembre 1931, M. Guernier, ministre des PTT, vient à Lyon pour inaugurer l´exposition de TSF et se rend à la Charité pour examiner le projet d´hôtel des Postes. Il faut savoir que ce projet d´hôtel des postes était destiné à être installé à la place de l´hôtel-Dieu, suivant les plans de Tony Garnier [Le journal du Foyer n°37, 4e année, août 1933].

Un échange de courrier effectué entre l´archevêque Maurin et le président des Hospices civils en 1931, montre que l'archevêque souhaite garder la chapelle de la Charité pour le culte.

En outre, le maire de Lyon E. Herriot s´est engagé dans la construction d´un nouvel hôpital à l´est de la ville, sur le site de Grange-Blanche.

Le 14 décembre 1931 est adopté le projet de M. Lapeyre, ingénieur voyer principal à la voirie municipale, de conservation d'un bâtiment pour un service d´urgence à l´hôtel-Dieu et de l´édification d´un immeuble de rapport pour les services de l´Administration centrale en remplacement du passage de l´hôtel-Dieu.

L´hôtel-Dieu conserverait, malgré une désaffectation partielle, les services administratifs, la pharmacie, un service d´urgence et une maternité.

La société d´embellissement de Lyon propose un concours pour « la meilleure utilisation des terrains devenant libres par la suppression de la Charité et de Desgenettes » [BOUCHET Alain, Histoire des Hôpitaux lyonnais, 1993].

En 1932, une commission tripartite est désignée pour la construction de l´hôtel des Postes entre la Ville, les Hospices civils et les délégués du ministre du Commerce.

Le 23 janvier 1933 sont décidées la désaffectation totale de la Charité et la désaffectation partielle de l´hôtel-Dieu.

Le transfert des malades pour Grange-Blanche commence le 14 juillet 1933.

Un projet de transformation du quartier de la Charité est proposé par MM. Journoud, Porte et Bellemain. Ils préconisent de déplacer les hospices de la Charité et de Desgenettes afin de créer une voirie qui aligne la rue de la Charité à la place Bellecour. Pour eux, les avantages de ce projet sont : la création d´un quartier au centre de la ville, la suppression des foyers d´infections, l´amélioration du sort des hospitalisés. De plus, la Ville devient propriétaire d´immeubles rentables, elle dégrève l´usufruit perpétuel du terrain de l´hôpital Desgenettes et acquiert une nouvelle voirie.

Le Conseil général d´administration du 10 mai 1933 spécifie qu´un traité avec la Ville a été fait afin que tout ce qui présente un caractère artistique ou historique dans les bâtiments à démolir reste propriété des Hospices et soit à leur disposition.

Le 7 mars 1934, le Conseil des Hospices s´accorde pour céder la Charité à la Ville de Lyon, à la condition que soit adoptée une convention pour l´échange avec Grange-Blanche, effectué le 21 mars 1934.

Le 9 avril 1934, les Hospices civils de Lyon cèdent l´immeuble de la Charité à la Ville de Lyon pour qu´elle en fasse don à l´Etat pour l´hôtel des Postes.

La Ville de Lyon devient acquéreur de l´immeuble dénommé Hôpital de la Charité grâce à l´acte passé par Me Berger et Me Delorme le 4 août 1934.

La salle Sabran de l´hôtel-Dieu accueille les salles reconstituées de la Charité (la salle des Archives, celle du Conseil d´administration et l´apothicairerie) pour créer le musée des Hospices Civils. Le premier à avoir proposé l´idée d´un musée est M. Delore. Quant aux onze vitraux des nefs latérales et la rosace surmontant le portail, ils sont déplacés par les soins de M. Payet dans le réfectoire de la communauté de l´hôtel-Dieu. Certains sont restaurés. Tous les objets ayant un caractère historique sont transférés de la Charité à l´hôtel-Dieu, avant d´être placés dans le musée, dans le vestibule ou encore dans la chapelle. Les boiseries sont déplacées par M. Paul Mollo, entrepreneur de charpente-menuiserie, M. Masson, entrepreneur plâtrerie-peinture, et les équipes de travaux d´entretien et de régie.

La restauration du clocher est prise en charge par l´architecte en chef de la Ville. Il fait appel à M. Lacassagne au sujet de l´inscription de la plaque commémorative de l´Hôpital, mais la validation du texte revient à la Ville. Elle devait à l´origine être en marbre et surmontée de la réplique de la sculpture des pélicans.

Le bas-relief du tympan de l´entrée de la chapelle dû à Prost et sculpté d´un Pélican nourrissant ses petits devait être transféré à l´hôtel-Dieu. Devant l´incapacité de le déplacer sans le démolir, le service technique effectue un moulage du bas-relief, et le remet à l´hôtel-Dieu le 29 mai 1935.

La chapelle, épargnée par la première vague de démolition, est détruite par la suite, faute d´espace pour l´hôtel des Postes de l´architecte Michel Roux-Spitz, mais aussi à cause du tracé de la rue de la Charité. Des solutions avaient pourtant été proposées : reculer la façade d´une travée en ajoutant de la verdure et des sculptures pour la rendre moins austère.

500 à 600 personnalités lyonnaises signent une pétition pour le maintien du clocher sur la place Antonin-Poncet, celui-ci permettant de garder un souvenir des bienfaits de l´Aumône générale.

Les trente-trois plaques de bienfaiteurs sont déposées au rez-de-chaussée de l´hôtel-Dieu, ainsi que tous les objets qui ont un caractère artistique ou historique : plaques, statues, tables, portes...

Le déplacement des salles classées Monuments Historiques a lieu sous la surveillance de M. Gelis, architecte en chef et sous le contrôle de M. Jean Verrier, inspecteur général des Monuments Historiques. Le transport est réalisé par l´entreprise de garde-meubles « Aux professionnels Réunis de Paris » de Lyon. Le transport a lieu le 17 et le déballage le 18 juillet 1934.

Le transfert des enfants contagieux s´effectue vers l´hôpital de la Croix-Rousse, les non contagieux vers l´hôpital Debrousse. Le service des enfants assistés est placé à l´hospice des Vieillards de la Guillotière. A la fin de la construction de Grange-Blanche sont placés la maternité, l´infirmerie de la maternité et l´otorhinolaryngologie.

Dans sa lettre du 24 décembre 1934, le cardinal Maurin, archevêque de Lyon, demande à recevoir les ossements des cardinaux archevêques Denis de Marquemont et de Richelieu pour le caveau de la Primatiale. Or, le cardinal archevêque Denis de Marquemont ayant été inhumé à Rome, sa sépulture n´est pas à la Charité. Quant au cardinal de Richelieu, il a exprimé sa volonté d´être enterré avec les pauvres : « Pauper natus sum, pauper vixi, pauper morior, pauper sepiliri volo ». Il est question en 1935, de transférer son corps à la cathédrale Saint-Jean le 14 janvier à 14h, pendant le conseil d´administration du 11 janvier 1935. Ses restes sont transférés dans la chapelle de l´hôtel-Dieu.

Une donation de 300 000 francs de la part d´un anonyme permet de consolider le clocher.

La démolition de la Charité commence le lundi 6 août 1934. A côté de l'hôtel des Postes conçu par Michel Roux-Spitz, la place Antonin-Poncet devient une grande place rectangulaire, conservant le clocher de la Charité.

Pour la Ville, cette démolition contribue à améliorer la distribution des opérations postales ainsi que la circulation par l´élargissement de la place Antonin-Poncet, de la rue de la Charité et par la création d´une rue nouvelle, prolongement de la rue François-Dauphin.

En 1935, une commission de sept conseillers de la municipalité (MM. Leroudier, Charbin, Bert, Ferré, Grasselly, Burgeot et Julien), de techniciens et d´architectes (MM. Chalumeau, Delaigue, Tony Garnier, Charles Meysson) et de M. Lacassagne, visitent le clocher. À la suite de la visite, cinq conseillers municipaux se prononcent en faveur de sa destruction. M. Charbin argumente sur les reproches des générations futures. Il présente également la liste des architectes, ingénieurs, artistes, élites et lyonnais ayant signé une pétition pour sa sauvegarde.

Selon M. Delaval, [Bulletin de la Société Académique d´Architecture de Lyon, n°13, mars 1935] la solidité du clocher n´est pas remise en question. Son nouvel état transforme la répartition des efforts, mais il n´y a aucune poussée latérale importante.

Lors de ces débats sur le clocher, M. Roux-Spitz propose une réplique du clocher dans son édifice.

Finalement, en mars 1935, Edouard Herriot prend la décision de suspendre la démolition du clocher en attendant plus d´informations.

Actuellement, seul le clocher demeure sur la place Antonin-Poncet comme témoignage de l´hôpital de la Charité.

Anne Mondelain, 2012

L´Aumône Générale est fondée en 1534 à Lyon en tant que centre d´assistance. Devant faire face à l´afflux des mendiants en ses murs, la municipalité de Lyon se résigne la première à décider, en 1614, la fondation d´un hospice destiné à les héberger sous l´autorité de l´Aumône Générale. Cet hospice est désigné sous le nom d´hôpital de la Charité. La première pierre des bâtiments est posée le 16 janvier 1617. On peut considérer que l´hôpital de la Charité est achevé en 1633. De nombreuses réparations et réorganisations sont faites au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Au XIXe, l´hôpital connaît un véritable changement : les enfants abandonnés et les vieillards laissent la place à des malades. La démolition de la Charité commence le lundi 6 août 1934, en raison de l´état d´insalubrité de l´édifice et de la volonté de construire à cet emplacement un hôtel des Postes. En mars 1935, suite aux pétitions, Edouard Herriot prend la décision de suspendre la démolition du clocher.

A sa création, l´hôpital comprend un ensemble de 14 corps de bâtiments et 9 cours. La cour centrale est composée de deux étages carrés contrairement aux autres qui n´en comportent qu´un seul. Le plan de la Charité est un plan en damier ouvert au moment de la construction, puis en damier fermé par des corps de bâtiment au XIXe siècle. La communication entre bâtiments s´effectue par de larges galeries couvertes. Une église orientée, Notre-Dame de la Charité, est construite sur le côté nord-ouest de la parcelle. Le clocher, situé sur le collatéral nord, réalisé en 1666 par le maître-maçon Jacques Abraham dit « La Liberté », est une tour de plan carré. Dans les corps de bâtiment M et F, perpendiculaires à l´église, sont aménagées la salle du Conseil et celle des Archives. Enfin, l´apothicairerie ou pharmacie date de la seconde moitié du XVIIe siècle, elle se situe au sud de la cour Saint-Côme. La salle des Archives avec ses armoiries et ses boiseries sculptées, de même que l´apothicairerie sont classées sur la liste des Monuments Historiques par arrêté du 14 avril 1904. Ces deux salles sont aujourd´hui conservées au sein du musée des Hospices civils de Lyon à l´hôtel-Dieu. Inscription : apothicairerie (inscrit) ; salle des archives (inscrit)

  • Murs
    • pierre
    • calcaire
    • pierre de taille
  • Toits
    tuile
  • Plans
    plan orthogonal
  • Étages
    2 étages carrés
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier intérieur
    • escalier hors-oeuvre
  • État de conservation
    vestiges
  • Techniques
    • vitrail
    • sculpture
    • peinture
  • Représentations
    • pélican
    • scène historique
    • saint Vincent de Paul
    • charité
  • Précision représentations

    Le portail de l'entrée principale est décoré de l'allégorie de la charité. Le portail de la chapelle est orné d´un pélican nourrissant ses petits sculpté en 1665 par Nicolas Le Febvre. La rosace centrale de la chapelle représente l´allégorie de la charité. Les vitraux sur les bas-côtés retracent l'histoire de l'Aumône Générale. Au centre de la cour Saint-Vincent-de-Paul se situe une statue de celui-ci.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Salle des archives, armoires et boiseries sculptées, 18e siècle, inscrite par arrêté du 14 avril 1904. Pharmacie, étagères et boiseries sculptées, 17e siècle, inscrite par arrêté du 14 avril 1904. Ces deux salles ont été déplacées à l'hôtel-Dieu dans le musée des Hospices civils de Lyon.