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Lumière sur

Noviciat de frères des écoles chrétiennes, puis école du Franc-Rosier, puis ensemble scolaire La Salle, actuellement désaffecté

Les raisons de l'ouverture d'un dossier.

Il a paru nécessaire de constituer un dossier ponctuel d'urgence sur un fragment urbain clermontois, avant transformation. Il s'agit d'un enclos duquel émerge un édifice imposant, situé sur l'avenue menant de l'ancien centre de Clermont à celui de Montferrand (anciennement route royale menant de Perpignan à Paris).

Avenue de la République, de l'est vers l'ouest : au fond, les tours de la cathédrale, à gauche, mur de clôture de l'enclos du noviciat.Avenue de la République, de l'est vers l'ouest : au fond, les tours de la cathédrale, à gauche, mur de clôture de l'enclos du noviciat.

Cet Entre-deux-villes (titre donné à la section sur le plan cadastral de 1831) est une zone sensible puisqu'elle est celle de la jonction imposée au XVIIe siècle par le gouverneur d'Auvergne entre deux villes médiévales indépendantes. Citons André-Georges Manry : "Mais le grand évènement fut le 15 avril 1630 l'édit signé à Troyes par Louis XIII prévoyant l'union de Clermont et de Montferrand sous le nom contracté de Clermont-Ferrand. Cet édit dont l'instigateur était le marquis d'Effiat, gouverneur d'Auvergne, voulait donner à l'Auvergne une grande capitale ; il était bien conçu et ne lésait aucun intérêt des deux villes intéressées : si la cour des aides passait de Montferrand à Clermont, Montferrand devait recevoir un important collège de jésuites ; d'autre part il était interdit de bâtir dans les deux villes, sauf dans l'espace vide s'étendant entre elles. Malheureusement Effiat mourut peu après et l'édit resta lettre morte, seul se fit, au détriment de Montferrand, le transfert de la cour des aides. Il faudra attendre un siècle pour que ces décisions soient reprises ; en 1731 l'intendant Trudaine, de sa propre autorité, supprimera l'autonomie de Montferrand qui devint un simple faubourg de Clermont"1. Même la présence du couvent des récollets (construit grâce à une donation datée de 1619) ne semble pas avoir eu un grand pouvoir d'attraction. Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que Clermont s'étend dans la direction de Montferrand, avec cependant des édifices qui ne relèvent pas du domaine du prestige : cimetière, abattoir, usine à gaz, caserne, gare des tramways. Sur le "Plan de la station de 1er ordre du chemin de fer du Centre, aux abords de Clermont-Ferrand", daté de 1855, le site indiqué "les récolets" est encore représenté par un petit bâtiment en plein champ. Sur le plan de 1914, en revanche, des cités Michelin, dont l'implantation est dictée par la proximité d'une usine, font face au noviciat des frères des écoles chrétiennes, dont la campagne de construction la plus significative se situe entre 1894 et 1897.

Plan de Clermont-Ferrand en 1914, donnant l'indication Plan de Clermont-Ferrand en 1914, donnant l'indication "noviciat des frères".

Actuellement, dans le Plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand (approuvé en 2016), on lit : " La connotation trop souvent négative du passé industrieux peut être transformée en image de marque d'un nouveau centre urbain dans l'entre deux villes. Même d'un point de vue touristique et d'appropriation de la ville, un parcours reliant les centres de Clermont et de Montferrand par les sites industriels et d'habitat Michelin (le long de la Tiretaine ?) offrirait déjà un large panorama de l'identité urbaine clermontoise". De surcroît, comme preuve supplémentaire de l'intérêt que représente cet espace particulier, il a été annoncé que le premier point d'un axe de réflexion intitulé "faire métropole par les marges clermontoises" de la Plateforme d'observation des projets et stratégies urbaines (POPSU) / Métropoles porterait sur "L'entre-deux-villes : une singularité clermontoise"2.

Le choix de l'emplacement par les frères des écoles chrétiennes.

Le récit de l'installation des frères est donné dans un des cahiers conservés aux Archives lassaliennes. Nous le retranscrivons : "L'Institut des frères s'était grandement développé sous le généralat du frère Philippe. Le frère Jean-Olimpe son successeur et après lui le frère Irlide s'occupèrent activement des moyens de préparer un personnel suffisant au maintien des écoles existantes. Le chapitre général de 1875, en vue de faciliter le recrutement, décida de fonder un Petit noviciat dans chaque district, à l'instar de celui qui depuis 1838 existait à la maison mère pour le recrutement du district de Paris. Le frère Agapet assistant du district de Clermont, et le frère Hilarin, visiteur, résolurent en 1876 de fonder un Petit noviciat pour ce district. Les débuts de cet établissement furent très modestes. Les supérieurs firent choix du frère Arthème-Claude, directeur de l'école de Volvic, pour prendre la direction du Petit noviciat. [...] Restait à trouver un local. Ce ne fut pas chose facile ! Rien n'avait été prévu. Au fond du jardin de la maison des jacobins était un réduit sombre, ayant pendant longtemps servi d'atelier de menuiserie [...]. Cependant les supérieurs s'inquiétèrent de cette installation provisoire. Après avoir tenté de jeter leur dévolu sur diverses propriétés à Beaumont, à Gerzat, à Riom même, ils conclurent qu'ils possédaient dans l'enclos des récollets leur apparte[nant], ce qu'ils cherchaient inutilement ailleurs. Dès lors, une petite construction fut jointe à celle déjà existante et abritait une petite ferme dirigée comme nous l'avons dit par le frère Hérab-Antoine [...]"3.

Du point de vue de la perception.

L'effet produit par l'imposant édifice disposé à l'arrière du mur de clôture, isolé sur sa parcelle, illustre particulièrement bien une réflexion de Jean-Christophe Bailly, énoncée dans son ouvrage La ville à l'oeuvre : "L'objet [architectural] révèle le vide, le vide autour de l'objet est le lieu de sa respiration"4. On pourrait ainsi avancer que l'édifice et son espace "de référence", soit l'enclos, l'avenue et plus généralement son environnement direct, forment un ensemble. Un des enjeux de l'aménageur auquel il a été confié serait soit de maintenir l'ensemble en l'état, en tant que témoin d'une époque révolue pour la ville, soit, puisqu'il est question de densifier la zone mais pas de démolir l'édifice principal, de ne pas l'étouffer mais de lui trouver une nouvelle qualité de respiration.

Les photographies qui illustrent ce dossier, qui s'ajoutent aux clichés de Léon Gendre, en auront au moins conservé la trace.

Une amorce.

Cette amorce d'étude aurait vocation à être développée, à devenir le sous-dossier d'un dossier sur l'avenue de la République, autrement dit sur l'Entre-deux-villes. Un inventaire en cours sur le patrimoine de l'entreprise Michelin à Clermont-Ferrand en fournira prochainement une composante.

1MANRY, André-Georges. Histoire des communes du Puy-de-Dôme. Généralités-Arrondissement de Clermont-Ferrand. Le Coteau : Horvath, 1991, p. 78-79.2Annonce orale faite à Clermont-Ferrand le 9 avril 2019 par Geraldine Texier lors de l'évènement inaugural du programme POPSU*Métropoles, à l'école nationale supérieure d'architecture.3Archives lassaliennes. Montferrand (Puy-de-Dôme). Petit noviciat. Scolasticat. Maison de retraite-Historique. Cimetière. Boîte 1. Cahier n°II, p. 4-7.4BAILLY, Jean-Christophe. La ville à l'oeuvre. Paris : éd. J. Bertoin, 1992, p. 43-44.
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