Avec leur bel ensemble de qualités physiques et chimiques, les eaux du lac d´Annecy et du Thiou expliquent l´implantation ancienne d'usines (forges et papeteries) à proximité de la cascade de Crans ou (de Cran). Le Thiou est à l´origine d´une des industries jugées « les plus vénérables » et les plus prospères de la région annécienne. En effet, l'industrie papetière demande une énergie assez importante ainsi qu'une eau de qualité, peu chargée en calcaire. La chute de Cran développe ici une force motrice conséquente qui explique l´implantation de plusieurs artifices en aval du Fier.
Dès le 27 octobre 1433, un acte établit la présence de papetiers à Cran paroisse de Saint-Etienne de Gevrier rattachée au diocèse de Genève. Cette activité entraine dans son sillage le développement d´établissements industriels et urbains à l´amont de Cran. Les tanneries, teintureries et autres abattoirs tirent aussi partie de la rivière. Les bâtiments rattachés à l'industrie papetière Aussédat sont nombreux et jalonnent les deux rives de la rivière de la commune d´Annecy à la confluence avec le Fier. Nombre de moulins sont déjà mentionnés au Moyen Age. En 1730, accrochés au pont de Cran situé plus en amont, sur la rive gauche du Thiou, les moulins et battoir appartenant à Claude Brunon, profitent d´une chute d´eau coudée dont le barrage et les divers canaux alimentés par le Thiou s´appuient sur le moulin et battoir appartenant aux sieurs Jacques Estitot et Joseph Dubouz. Ce site connaîtra un accroissement important puisqu´il deviendra le nouvel emplacement de la papeterie Aussédat. En 1730, la mappe Sarde de Gevrier signale des installations sur le tronçon de la rivière. A la fin du XVIIIe siècle, la fabrique traite 300 quintaux de chiffons par an dont a besoin comme matière première cette industrie. Elle comprend une seule cuve, deux roues actionnant 24 maillets.
A partir de 1800, plusieurs installations sont à noter : la manufacture de coton en 1804, les papeteries Aussedat en 1800, et l´implantation des forges de Crans en 1817. L'exploitation industrielle de la force hydraulique est amorcée dans le hameau de Cran (ou de Crans). En 1867, monsieur Aussedat met au point un procédé permettant d´obtenir de nouvelles pâtes à partir de bois et cartons de bois. Le bois est désagrégé sous pression dans une chaudière, il est coupé en tranches puis pressé par de puissantes meules entraînées par l´eau du Thiou. Cette fabrication entraîne l´installation de nombreuses scieries appartenant également aux frères Aussedat.
Déjà l´implantation de turbines dans la première moitié du XIXe siècle ont remplacé les roues à aubes. Le site de la papeterie est alors équipé d´une vingtaine de turbines (selon les archives municipales d´Annecy) pour équiper individuellement les machines et ateliers. En 1884, le site est équipé de dynamo Edison pour l´éclairage. En 1918, une statistique (A.D.H.S. 3 S 97) des renseignements généraux attestent d´un équipement de 20 turbines, mentionnées précédemment, actionnées par un débit dérivé de 7 000 litres par seconde et d´une hauteur brute de 9,91 mètres. En 1943, les papeteries modernisent leurs installations hydrauliques avec la mise en place d´une turbine unique qui fonctionne jusqu´à 2006. Cette turbine absorbe 7 000 litres sous une chute nette de 9 mètres. Vers 1945, la construction d´une usine hydroélectrique permet à la papeterie de changer son système énergétique. Elle utilise l´électricité comme force motrice et peut s´éloigner de la rivière.
Photographe au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel, site de Lyon