Logo ={0} - Retour à l'accueil

Ensemble religieux : cité paroissiale Saint-Jean Apôtre, actuellement Notre-Dame du Liban

Dossier IA69004168 réalisé en 2007

Fiche

Voir

HISTORIQUE

Le quartier des Etats-Unis est situé à la limite sud-est de Lyon. Son urbanisation s´est déroulée en deux temps. La période 1919-1934 voit la construction de la « cité des Etats-Unis », élaborée par l´architecte Tony Garnier, cité qui reste quelque temps isolée de la ville, le boulevard des Etats-Unis n´étant pas achevé ; La paroisse Saint-Jacques dessert cette cité. A la fin des années 50, l´urbanisation reprend vers l´ouest et les parcelles encore cultivées entre le boulevard des Etats-Unis et l´avenue Francis-de-Pressensé sont loties. Les premiers locataires du groupe Million emménagent en décembre 1956 ; en 1961, le quartier dits des Nouveaux Etats compte 12 000 habitants et on en prévoit 17 000 pour 1967.

En janvier 1957, le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, propose au maire de Lyon, Edouard Herriot, un échange de terrain entre la Ville et l´Association diocésaine : l´association cèderait à la municipalité la parcelle D 201, 95, 97 et 101 boulevard des Etats-Unis, nécessaire à la construction d´une maison des jeunes, en échange d´une parcelle située à l´angle de la rue Alexis-Carrel et de l´avenue Viviani, D 308-313, 315, sur laquelle l´évêché envisage de construire une nouvelle église paroissiale. L´acte d´échange est passé les 29 juillet et 10 août 1960, devant Delorme, notaire à Lyon (A. Office diocésain des paroisses nouvelles).

Entre temps, l´association paroissiale Saint-Jean s´était constituée depuis janvier 1958 et avait présenté au M.R.L., le 4 juillet 1959, un projet pour le nouveau centre paroissial ; la demande de permis de construire est déposée le 7 septembre 1959. Ce projet est contesté au M.R.U., en particulier par l´architecte conseil de l´art sacré Koch, qui souhaite un projet plus grandiose. L´association paroissiale maintient son projet et après avoir souscrit un emprunt de 45 000 000 Fr (anciens francs), obtient le permis de construire en septembre 1960. Un bâtiment préfabriqué est implanté dans un angle du terrain, afin d´y installer trois salles de catéchisme qui se transforment le dimanche en chapelle provisoire pouvant accueillir 250 fidèles (L´Echo-Liberté, 8 septembre 1960). L´association est soutenue par le parrainage de nombreuses paroisses, parmi lesquelles Saint-Bruno, Saint Polycarpe, Saint-Bernard, le Bon Pasteur, Saint-Jacques et Notre-Dame de Saint-Vincent.

Le 12 novembre 1960, la paroisse Saint-Jean des Etats-Unis est érigée sur le territoire de l´archiprêtré de Saint-Jacques. Les limites de la nouvelle paroisse sont la rue Professeur-Beauvisage depuis la route d´Heyrieux (avenue du Professeur-Paul-Santy) jusqu´à l´avenue Pressensé, puis l´avenue Viviani jusqu´à la route d´Heyrieux (Ibid.). L´abbé Joseph Jacquemond, ancien vicaire de Saint-Jacques, en est le premier desservant (A. Office diocésain des paroisses nouvelles). Ce territoire, composé de constructions neuves est soustrait de la paroisse Notre-Dame de l´Assomption

Les plans de l´église sont dressés par Alain Chomel, alors encore étudiant en architecture, et lui servirent pour soutenir son diplôme (AP Chomel).

Les appels d´offre sont lancés en décembre 1960, et l´entreprise La Construction Lyonnaise est retenue le 17 mars 1961, et le chantier ouvert le 31 mars (L´Echo-Liberté, 25 mai 1961). Les travaux, conduits par Gueffier de la Construction Lyonnaise, sont dirigés par Alain Chomel assisté par l´architecte Henri Beaupère.

En plus de l´église, le projet prévoit 12 salles de catéchisme et le presbytère.

Les travaux sont achevés au printemps de 1962 et l´église est baptisée Saint-Jean Apôtre.

En janvier 1975, pour tenir compte des nouveaux immeubles construits sur le terrain de l´ancienne usine Coignet, les limites des paroisses Saint-Jean Apôtre et Notre-Dame de l´Assomption sont modifiées : la paroisse Saint-Jean Apôtre est chargée des n° 163-167 du boulevard des Etats-Unis, n° 75-83 rue Philippe-Fabia et n° 34 rue Stéphane-Coignet ; celle de Notre-Dame de l´Assomption des n° 98-106 avenue Paul-Santy et de la rue Stéphane-Coignet à l´exception du n° 34 (A Office diocésain des paroisses nouvelles).

A partir des années 2000, la baisse de la pratique religieuse pousse l´archevêché de Lyon à fermer des églises. L´église Saint-Jean Apôtre est une des premières frappées par cette nécessité. Le 23 juin 2003, une convention est signée entre l´archevêché et la communauté des chrétiens maronites de Lyon : ceux-ci reçoivent les locaux de Saint-Jean Apôtre en échange d´un loyer annuel symbolique de 1 000 euros. L´église prend le vocable de Notre-Dame du Liban.

DESCRIPTION

Situation et composition d'ensemble

La cité paroissiale Saint-Jean-Apôtre est située sur une parcelle triangulaire à l´angle de l'avenue Viviani et la rue Alexis-Carrel. Elle est construite dans un quartier nouvellement urbanisé, composé d´immeubles non mitoyens ; un groupe scolaire lui fait face de l´autre côté de la rue Alexis-Carrel.

L´église occupe la pointe du triangle ; les bâtiments sont construits sur une très forte symétrie, de part et d´autre de la bissectrice de cet angle. L´entrée de l´église est à l´opposé du sommet du triangle ; elle ouvre sur un passage couvert d´un portique qui traverse la parcelle entre l´avenue Viviani et la rue Alexis-Carrel, et sépare l´église du presbytère construit à l´est, sur un plan en V très ouvert (fig. ). Des pelouses sont aménagées de chaque côté du presbytère. Une rangée d´arbres est plantée le long de l´avenue Viviani. Un bassin est construit sous le portique, au centre de la façade antérieure de l´église (fig. ). Du fait de l´adaptation de l´église à la forme de la parcelle, l´église n´est pas orientée.

L´ensemble de la parcelle est clos par un muret (fig. ).

L´église forme une masse compacte à l´ouest (22m de long sur 32 de large), de tris corps de bâtiments (2 corps symétriques pour la nef et le corps de choeur plus élevé) surmontée de la flèche du clocher de plan triangulaire. Elle permet d´accueillir 700 fidèles. Le presbytère, d´un étage seulement, se détache à l´ouest ; il est construit sur un plan en miroir par rapport à celui de l´église. Un portique assure la liaison entre les deux édifices ; composé d´un toit plat reposant sur des colonnes en métal, il se développe sur un plan en trois parties, avec deux appendices couvrant les entrées de l´église (fig. ).

Elévations

La façade antérieure de l´église, à l´est, s´articule en deux parties symétriques de part et d´autre de la flèche du clocher, selon un angle rentrant. Ces façades se développent sur deux registres, une partie inférieure ajourée sur un treillis de béton, et un registre supérieur, percé de fenêtres à la base et de baies étroites au sommet, dont la verticalité est accentuée par les pilastres qui ponctuent les huit travées (fig. ). Entre ces deux corps de bâtiment, la façade du clocher, incliné vers l´intérieur de l´église, est un triangle aveugle (fig. ). Cette sensation de masse est allégée par les ouvertures qui le traversent latéralement (fig. ). Les entrées de l´église, singulièrement étroites, se situent de part et d´autre du clocher. Des escaliers tournant à retours sans jour sont construits hors-oeuvre sur les façades latérales aveugles (fig. ).

Le chevet plat oppose sa façade également aveugle à celles des bas-côtés percés d´étroites baies transversales ; des baies triangulaires s´ouvrent sur chacun des côtés du chevet (fig. ).

L´austérité de l´édifice est accentuée par l´emploi d´un béton brut de décoffrage, mais particulièrement soigné (fig. ).

L´église est couverte de toits à deux pans inversés débordant sur la façade antérieure ; le presbytère est couvert d´un toit terrasse.

Distribution intérieure

- L´église paroissiale

Les entrées ouvrent sur deux vestibules (fig. ) longeant les côtés du clocher au rez-de-chaussée duquel est aménagé le baptistère dont la piscine baptismale dans laquelle on descend de quelques marches est alimentée par le bassin extérieur (fig. ). Le baptistère, de plan triangulaire, est éclairé par quelques pavés de verre multicolore insérés dans la façade du clocher et par les ouvertures ouvrant sur les vestibules (fig. ).

De chaque côté des vestibules s´ouvrent deux pièces en façade : à gauche, la sacristie et une salle de catéchisme (fig. ), à droite la chapelle de semaine et une autre salle de catéchisme (fig. ). Ces pièces sont éclairées en façade par des ouvertures quadrangulaires de taille et de disposition variées, fermées par des verres industriels (fig. ).

Au-delà des vestibules et du clocher, la nef se développe sur un plan triangulaire, symétrique par rapport à un axe reliant la pointe du baptistère au centre du maître-autel (fig. , ), reprenant un plan traditionnel avec un vaisseau central et deux bas-côtés.

De part et d´autre de l´allée centrale des escaliers en vis suspendus, à marches de ciment et garde-corps métalliques mènent aux tribunes construites contre la façade antérieure de l´église (fig. ), ouvrant également sur les escaliers extérieurs construits sur les façades latérales.

Le choeur, de plan trapézoïdal, est légèrement surélevé par un simple emmarchement. Il est surmonté d´un baldaquin en béton qui reprend et souligne la structure de l´édifice. Par opposition à la nef aveugle, le choeur est largement éclairé par de grands baies triangulaires développées sur toute la hauteur, et par des baies rectangulaires oblongues au sommet des murs latéraux ; ces baies sont fermées par des verres translucides.

Les bas-côtés s´achèvent sur un autel secondaire à droite et sur un local technique à gauche. Le mur ouest de ces bas-côtés est formé d´abat-sons surmontés d´une baie rectangulaire oblongue.

- Les locaux paroissiaux

Des salles de catéchisme sont installés sur trois niveaux dans la partie antérieure de l´église, dans un sous-sol à demi enterré (la partie correspondant à la nef étant remblayée, au rez-de-chaussée de part et d´autre de la sacristie et de la chapelle (voir ci-dessus), et à l´étage. Ces salles sont accessibles par les escaliers construits sur les façades latérales. Un passage souterrain relie le sous-sol de l´église à celui du presbytère.

CONCLUSION

Alain Chomel ne cache pas l´influence de Le Corbusier et de la chapelle de Ronchamp sur la conception de l´église Saint-Jean Apôtre. Il était également à l´époque de la construction un lecteur assidu de la revue L´Art sacré, animé alors par le père Cocagnac, successeur du père Couturier : la modernité des constructions religieuses s´appuie sur une architecture épurée et sur l´absence de décor (annexe 3). En 1981, un visiteur transmet à l´architecte une lecture très symbolique de l´église (annexe 2).

VocablesSaint-Jean-Apôtre
DestinationsNotre-Dame du Liban
Parties constituantes non étudiéespresbytère, bassin
Dénominationsensemble religieux
Aire d'étude et cantonLyon
AdresseCommune : Lyon 8e
Adresse : 29 rue
Alexis-Carrel
Cadastre : 1999 BD 16 A

Le cardinal Gerlier, alors archevêque de Lyon, promulgue par ordonnance canonique du 12 novembre 1960 l´érection d´une nouvelle paroisse, sous le vocable de Saint-Jean. L´abbé fondateur et maître d´oeuvre est l´abbé Jacquemond, alors curé de la paroisse Saint-Jacques. L'eglise est construite en 1962 par l´architecte Alain Chomel, assisté par Henri Beaupère, architecte, et Pierre Delescluse, ingénieur en béton.

Période(s)Principale : 3e quart 20e siècle
Dates1962, daté par source
Auteur(s)Auteur : Chomel Alain architecte attribution par source
Auteur : Beaupère Henri architecte attribution par source
Auteur : Delescluze Pierre ingénieur attribution par source

Le centre paroissial de Saint-Jean-Apôtre se compose d'une église à l'ouest, séparée de la cure, à l'est, par un portique. Le plan de l'église épouse la forme d'un triangle tronqué dont le sommet est situé au carrefour de l'avenue Viviani et de la rue Alexis-Carrel. Des salles de catéchisme sont installées sur trois niveaux de l'église.

Mursbéton
Toitbéton en couverture
Étagessous-sol, rez-de-chaussée, 1 étage carré
Couverturesterrasse
flèche carrée
Escaliersescalier hors-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier en vis en maçonnerie, suspendu
Statut de la propriétépropriété d'une association cultuelle

Annexes

  • Erection de la paroisse Saint-Jean dans le quartier des Etats-Unis, à Lyon, 12 novembre 1960 (A Office diocésain des paroisses nouvelles)

    Pierre-Marie Gerlier, cardinal prêtre de la Sainte Eglise romaine, du titre de la Trinité des Monts, par la miséricorde de Dieu et l'autorité du Saint-Siège apostolique, archevêque de Lyon et de Vienne, primat des Gaules.

    Erection de la paroisse Saint-Jean dans le quartier des Etats-Unis, à Lyon

    Vu le développement constant de la population dans le sud-est de la ville de Lyon,

    Sur l'avis favorable de M. l'archiprêtre de Saint-Jacques,

    Après avoir consulté Notre Conseil,

    En vertu de Notre charge épiscopale,

    Le Saint Nom de Dieu invoqué,

    Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

    Art. 1. - Nous érigeons sur le territoire de l'archiprêtré de Saint-Jacques une nouvelle paroisse.

    Art. 2. - Nous plaçons cette nouvelle paroisse sous le vocable de saint Jean, Apôtre et Evangéliste.

    Art. 3. - Nous nommons curé de cette nouvelle paroisse M. l'abbé Joseph Jacquemond, précédemment vicaire à la paroisse Saint-Jacques.

    Art. 4.- Les limites de la paroisse Saint-Jean suivront l'axe de la rue Professeur-Beauvisage, depuis la route d'Heyrieux jusqu'au boulevard des Etats-Unis. Elles engloberont ensuite les deux côtés de la rue Professeur-Beauvisage, depuis le boulevard des Etats-Unis jusqu'à l'avenue de Pressensé. Elles comprendront ensuite les nos 35 et suivants de l'avenue de Pressensé jusqu'à l'avenue Viviani, puis l'avenue Viviani jusqu'à son rond-point. Elles suivront enfin une ligne idéale contournant la Cité depuis le rond-point de l'avenue Viviani jusqu'à l'angle de la route d'Heyrieux et de la rue Professeur-Beauvisage.

    Art. 5. - Et sera la présente ordonnance lue dans l'église paroissiale de Saint-Jacques et dans la nouvelle église paroissiale de Saint-Jean des Etats-Unis, le dimanche qui en suivra la réception.

  • « Résolument moderne », l´église Saint-Jean des Etats-Unis témoigne en faveur de l´architecture d´aujourd´hui, par René Déroudille, Dernière Heure Lyonnaise, avril 1963.

    On ira aux frontières de Lyon et de Vénissieux contempler avec sympathie, la réalisation d´Alain Chomel, dédiée au disciple préféré du Christ.

    Saint-Jean des Etats-Unis est là devant nous pour répondre aux exigences spirituelles d´une paroisse de 12 000 habitants, mais également pour proclamer, urbi et orbi, l´existence de l´art d´aujourd´hui.

    Au milieu d´une implantation de constructions très médiocres mais confortables, dignes de la civilisation technicienne, l´église d´Alain Chomel veut être le lien fraternel de l´accueil, l´espace sacré où l´homme peut enfin sentir qu´il n´est plus un loup pour ses frères.

    A la pointe de quartier, à l´orée d´un territoire où les immeubles se multiplient, comme des champignons après l´orage, Saint-Jean des Etats-Unis s´insère telle une flèche, afin de marquer le dynamisme de la doctrine, illustrée par les hommes de bonne volonté. Semblable aussi à un oiseau qui déploie ses ailes pour l´envol, le dessin du plan se charge d´un symbolisme religieux et lyrique exprimé par l´architecte, lui-même, avec infiniment de poésie : « C´est une maison exigeante, solide et dure, peut-être même sévère dans sa carapace de béton. Elle n´est pas un cinéma. Ellle veut être un signe de Dieu ».

    Elevée sur un terrain triangulaire, entre l´avenue Viviani (Lyon VIIIe) et la rue Alexis-Carrel, la création d´Alain Chomel épouse adroitement le terrain, sans pour autant affirmer une présence vaniteuse. Clouée au sol par la diagonale d´un clocher aux dimensions modestes : elle ne veut pas rivaliser de hauteur avec les immeubles voisins. Elle ne cherche pas à dominer. Elle est là comme un bateau qui vous attend au port pour appareiller.

    Un large portique, sorte de déambulatoire à tout vent, judicieusement couvert, accueille le visiteur, ou plutôt s´élance à sa rencontre.

    Les proportions sont celles de rassemblement, de la concentration, de la communauté participante. Sur 22m de longueur et 32 de largeur, elle permet de disposer en éventail environ 700 fidèles répartis au niveau du sol et sur une seule tribune, fidèles dont les plus éloignés se trouvent seulement à 18 m du célébrant.

    Sans doute reconnaît-on au passage, dans le dessin de l´architecte, l´influence heureuse de Le Corbusier, de Kinzo Tange ou de quelques autres grands maîtres. mais, comme l´on aimerait rencontrer souvent dans les programmes d´H.B.M., dans les réalisations d´usines importantes, ou les constructions de prestige ( ?) des Sociétés industrielles de réputation internationale, des bâtiments qui possèdent le souffle, la présence, la ferveur, qualités manifestées par la réussite de Saint-Jean des Etats-Unis.

    Magnifiquement réalisé, avec quels soins et quelle science par la Construction Lyonnaise animée par M. Gueffier, le gros-oeuvre en béton net de décoffrage, c´est-à-dire, conçu et réalisé pour être présenté sans enduit, sans revêtement protecteur, sans « housse »... ce matériau, dans son émouvante nudité n´est pas seulement un « béton loyal » mais une matière dont on comprend, à Saint-Jean des Etats-Unis, l´infini pouvoir.

    Ici, les coffrages, les pièces de bois assemblées pour couler et faire prendre le béton, ont laissé leurs traces. On sent que M. Guéffier et ses compagnons ont pris un plaisir extrême à obéir aux traditions esthétiques des constructeurs du Moyen-Age, en cherchant non seulement la perfection technique, mais les combinaisons possibles afin de varier les grains du béton et faire jouer les grandes dalles du bâtiment.

    Ainsi grâce à cet amour du métier, le matériau se révèle sans monotonie. Il possède une qualité autre, mais il participe aux mêmes soucis qu´un noble appareillage de pierre.

    La porte franchie, on longe le baptistère : volume serré entre un triangle élancé vers le haut. Puis on pénètre dans le sanctuaire séparé et lié au choeur par un baldaquin non fonctionnel et discutable, comme l´est également à notre avis, la spirale baroque des rampes d´escaliers d´accès aux tribunes, mouvement parasite qui rompt le rythme horizontal-vertical très sobre de l´ensemble.

    Les murs volontairement aveugles ne dispensent nulle lumière, si ce n´est celle apportée par des ouvertures situées aux parties supérieures de la construction qui ménagent le clair-obscur nécessaire au recueillement du lieu.

    Des salles de catéchisme, adossées à même l´église, sont des modèles d´espace scolaire très sagement étudiés, tandis que la cure, située en avant du portique, tournée vers les maisons du quartier, est elle-même un bâtiment exemplaire où l´on a été heureux de retrouver les cloisons mobiles et les meubles combinés avec tant d´astuce par le grand ébéniste lyonnais Sornay.

    Très dépouillée la décoration de l´église voulue et réalisée par Castella obéit à la solennité du volume.

    Ce n´est pas une maison comme les autres, conclut pour nous Alain Chomel. L´église Saint-Jean des Etats-Unis, confiée à l´abbé Joseph Jacquemond, curé souriant, cordial, amoureux de son sanctuaire, est un monument à visiter. Elle constitue surtout pour les responsables de nos bâtiments civils un exemple à méditer.. et à suivre...

  • Lettre de Lélian Rinaldo à Alain Chomel, 7 juin 1981 (AP Chomel)

    L´église Saint-Jean que vous avez conçue au quartier des Etats-Unis a retenu mon attention, en raison des symboles qu´on y perçoit de toutes parts et qui sont communément absent des édifices religieux élaborés de nos jours.

    Le plan montre un triangle pointe en haut accolé à un triangle pointe en bas : le feu et l´eau, ce dernier élément étant concrétisé dans le bassin par la fontaine. Verticalement, la pyramide du clocher (pyros = feu) plonge dans le bassin. « L´esprit de Dieu planait sur les eaux ».

    La table du patio sert de tribune ? Un homme peut y tenir debout pour parler à d´autres, si les explications du curé de Saint-Jean sont exactes. L´homme est donc une réduction, comme la table de l´église entière qui représente le macrocosme.

    La vasque baptismale contient l´eau, sous la pyramide. Le cierge est un écho de cette dernière.

    L´arrête nord du clocher forme le pilier central de la tribune. Ce pilier est le Christ, au niveau macrocosmique l´éther. Les 4 autres piliers visibles à la tribune incarnent les 4 Evangélistes, ou encore les 4 éléments, 4 tempéraments, etc...

    Deux escaliers en spirale constituent le caducée. L´axe médian manquant se voit derrière lorsqu´on se tient au milieu, c´est le Pôle, le Pilier central, le Verbe.

    La quadrature du cercle ou la circulature du quadrant sont figurés entre les piliers masculins et féminins des escaliers.

    La Vierge au mur ouest a la forme des Vénus préhistoriques, tant pour l´anatomie que pour la géométrie..., allusion à la fécondité de la matière première. Les bras de la Mère et du Fils sont respectivement les directions suivantes : \ / et / \, rappellent ces formes /\ et \/, donc l´étoile de David et constituent XX.

    La croix porte 6 bougies. Elle montre à la fois le chandelier à 7 branches et la coupe eucharistique, le Coeur éternel du Verbe, contre lequel reposa la tête de st Jean. Donc les 6 directions de l´espace et le point central d´où émerge la tradition.

    L´autel est à la fois pierre brute, du côté des fidèles, et pierre taillée, du côté sacerdotal. Symbole de l´homme naturel encore chaotique et de l´homme transformé par la grâce et la méditation.

    La lumière, donc la vie, vient d´en haut.

    Le siège reproduit la forme de la coupe. Le prêtre reçoit la lumière céleste (et la redistribue ensuite).

    Tous ces éléments constituent le vocabulaire, en lui-même significatif et entraînent vers un « plus-être », si l´on peut dire. Mais la grammaire combine ces éléments, indique les rapports, les nombres employés...

  • Saint-Jean Apôtre 30 ans après, par Alain Chomel, décembre 1992 (AP A. Chomel, Lyon)

    Le père Joseph Jacquemond, curé fondateur de la paroisse Saint Jean Apôtre (dans le quartier des Etats-Unis de Lyon 8ème), a quitté récemment ses fonctions. Plus de trente ans après, c´est l´occasion de reconstituer la mémoire des évènements.

    Il a eu la charge de fonder cette paroisse dans la pierre, ou plutôt dans le béton, en étant le Maître de l´Ouvrage coopérant et passionné de l´église Saint Jean Apôtre dont j´ai été l´architecte.

    S´il y a bien longtemps que j´ai coupé le cordon qui relie chaque oeuvre à son créateur, je n´en ai pas moins gardé le contact avec elle, d´abord parce que ma fille aînée, qui y fut baptisée en 1963, a tenu à s´y marier vingt deux ans plus tard.

    Ensuite, c´est toujours avec plaisir que j´y suis rentré, en passant, pour méditer sur les effets de lumière.

    Si longtemps après, il est difficile pour l´architecte de ce bâtiment pas comme les autres de faire ressurgir ses souvenirs et, a posteriori, de faire un bilan de ce travail de jeunesse, effectué avec passion et en affrontant beaucoup de difficultés.

    Il est d´abord nécessaire de rappeler le contexte de ces années 59/63 : guerre d´Algérie et explosion des banlieues, avec la réalisation des premières « ZUP » (Bron Parilly et la Duchère pour la région lyonnaise).

    Je vivais avec passion et exaltation une grande tension intérieure, issue de mes années passées en Algérie et de ma confrontation avec mon métier d´architecte.

    D´une part, j´avais découvert en Algérie les horreurs de la guerre, la pauvreté et le témoignage qu´y portaient les petits frères et les petites soeurs du Père de Foucauld.

    D´autre part, je vivais la réaction d´un étudiant en architecture à la médiocrité ambiante et la recherche d´une autre architecture, à l´écoute des maîtres de l´architecture contemporaine et tout particulièrement Le Corbusier.

    Jeune marié, je militais en couple pour la paix en Algérie et, membres de la Fraternité séculière Charles de Foucauld, nous participions avec ferveur aux rassemblements de la communauté de Saint Pothin, autour du Père de Gallard.

    Enfin, sur le plan professionnel, tout en terminant péniblement mes études, je travaillais à plein temps et plus avec mon père, pour qui je concevais l´hôpital neurologique.

    Ce travail me demandait, vu mon âge et mon inexpérience, un énorme effort de concentration, de réflexion et de maturation, pour concrétiser des idées encore bien confuses et les traduire dans une architecture que je voulais de notre temps.

    J´étais totalement immergé dans cette tâche, et je dois bien reconnaître que c´était trop pour ma famille et mes enfants qui en ont souffert.

    J´étais aussi à l´époque un lecteur assidu de la revue « l´art sacré », animé depuis peu par le père Cocagnac. Elle menait un travail de réflexion sur le renouveau liturgique et l´art sacré, en particulier l´adaptation des édifices religieux aux données symboliques régénérées aux sources de la tradition.

    Je dois reconnaître que, quand Joseph Jacquemond, sans doute sur les conseils du père de Gallard, me demanda de construire l´église de cette nouvelle paroisse, alors qu´à l´époque je n´étais pas encore diplômé, j´ai été vraiment touché par la confiance qu´il témoignait ainsi à ma jeunesse et à ms capacités créatrices.

    Ce projet, qui devint très vite une réalité, me servit d´ailleurs de projet du diplôme que je présentais au printemps 1961, alors que le chantier était commencé.

    Cela me permit de terminer enfin des études qui traînaient en longueur et qui, de toute façon, étant déconnectées de la réalité que je vivais par ailleurs, ne m´apportaient rien depuis longtemps.

    Que dire des difficultés que rencontra le projet pour obtenir le permis de construire, si ce n´est qu´elles m´obligèrent à préciser et à affirmer mes convictions ?

    Il fallut venir à bout des critiques de l´architecte conseil de l´art sacré (M. Koch, architecte de la nouvelle église de Vaise) et du ministère de l´équipement. Je pense que la fougue et l´intransigeance que je manifestais à l´époque, encouragées par l´accord sur le projet du Père Jacquemond et de l´association paroissiale et par une consultation favorable du Père Cocagnac, ont obtenu cet accord à l´usure.

    Curieusement, les critiques portaient sur le côté symétrique du projet, auquel je n´étais arrivé que par une adaptation à la forme et à la localisation du terrain, ainsi que par le souci, peut être exagéré, d´accueillir de manière identique les fidèles arrivant de chaque côté.

    Avec du recul, je ne peux dire si ce côté un peu contre nature, qui donne à l´édifice, sur le plan extérieur une certaine dureté, est exagéré, car il lui donne aussi toute sa force. La symétrie est étrangère à tous mes projets car je la trouve inhumaine mais, dans le cas présent, s´agissant d´une église et compte tenu de la puissance symbolique du lieu, je crois bien que j´y ai été naturellement conduit. Curieusement aussi, la liturgie aidant j´ai été amené à déroger à cette règle à l´intérieur pour faire du sanctuaire un lieu vivant au coeur de l´édifice.

    Dès les premières études, le travail sur la lumière a été au centre de mes préoccupations, avec ce désir d´un bassin à l´entrée réfléchissant le soleil à l´intérieur. En particulier, j´ai très vite réalisé une petite maquette des abats-jours latéraux tamisant le soleil couchant.

    Je n´ai pas de raison de cacher l´influence de Le Corbusier et de la chapelle de Ronchamp que j´admirais profondément. Je crois vraiment que c´est la lumière qui est une des réussites de cette église - le matin pour le baptistère, le soir pour l´accompagnement lumineux du sanctuaire- et, certainement, toute ma production ultérieure a été fortement marquée par cette première expérience.

    Quelle n´a été ma surprise en recevant en 81, donc longtemps après, la lettre de Lélian Rinaldo s´interrogeant sur tous les symboles qu´il avait trouvé présents dans cette église. Ce fut pour moi une véritable révélation, comme si cette oeuvre dépassait son auteur. Car il est bien évident que ces symboles, je n´ai pas cherché à les y mettre autrement que par la ferveur passionnée qui a guidé tout mon travail. Il est certain que l´idée du bassin à eau courante, à l´entrée, rappelant la purification symbolique du baptême, je l´ai voulue, ainsi que le baptistère en creux qui y est associé, dans lequel on descend comme pour s´immerger. De même, les portes étroites en pont qu´il faut franchir pour rentrer dans l´église.

    Je crois qu´il est préférable, pour les intentions premières, de relire le petit article que j´avais écrit à l´époque pour le journal paroissial au début des travaux, repris et étoffé en 1964 pour une revue d´architecture.

    Une critique a été plusieurs fois formulée, en particulier par M. René Déroudille, critique d´art lyonnais qui vient de nous quitter (article de La Dernière Heure Lyonnaise du 21 avril 1963). A savoir l´inutilité du baldaquin en béton suspendu au-dessus du sanctuaire et les escaliers à vis d´accès aux tribunes.

    Pour le baldaquin, qui est le prolongement de la structure portant la dalle couvrant le sanctuaire, il me paraissait comme l´expression nécessaire des efforts qui étaient repris en jointure des grandes poutres en béton armé délimitant le chevêtre du grand lanterneau éclairant le sanctuaire. En même temps, il me semblait mettre en valeur et accompagner la lumière arrivant principalement par le haut.

    Quant aux escaliers, Lélian Rinaldo semble leur donner une grande valeur symbolique. Pour moi, ils ne pouvaient être qu´à cet emplacement, près de l´allée centrale, et ils sont en même temps porteur de la partie de tribune en avancée.

    Au niveau des problèmes techniques, je signalerai celui du chauffage par radiateurs placés sous les bancs, qui se révéla inadapté aux besoins ; un système à air chaud fut réalisé par la suite sans trop de dommages. L´autre problème est celui de l´isolation thermique, très mauvaise compte tenu de la structure en béton apparent, impossible à isoler avec les systèmes actuels sans dénaturer complètement le bâtiment.

    Pour terminer, je voudrais rappeler les très belles réalisations du peintre méconnu Henri Castella, à qui l´on doit le magnifique chemin de croix enchâssé dans le sol, les éléments d´accompagnement du baptistère, la croix, la cathèdre, le tabernacle.

    Et aussi, réalisée un peu plus tard, la vierge en forme de Vénus préhistorique, de Gabriel Gouttard, qui est bien dans l´esprit de ses recherches de cette époque.

    Enfin, la qualité de la réalisation du bâtiment proprement dit par l´entreprise « La Construction Lyonnaise », qui a apporté à l´étude des coffrages un soin très particulier et réalisé une structure difficile sur les plans de l´ingénieur Pierre Delescluse.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Arch. mun. Lyon. 4M 3 Cp 134. Dossier de presse. Echo - La Liberté

    jeudi 8 septembre 1960. En attendant la construction de l'église, une chapelle provisoire accueillera chaque dimanche les fidèles de St-Jean des Etats-Unis
  • Arch. mun. Lyon. 4M 3 Cp 134. Dossier de presse. Dernière Heure Lyonnaise

  • A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon. Acte d'échange entre l'association diocésaine de Lyon et la Ville de Lyon, acte reçu Delorme, notaire à Lyon, 29 juillet et 10 août 1960

  • A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon. Correspondance, 15 janvier 1957-21 août 2002

  • A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon.Erection de la paroisse Saint-Jean dans le quartier des Etats-Unis à Lyon. 12 novembre 1960

  • A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon. Rectification de limites entre les paroisses de Saint-Jean-Apôtre et de Notre-Dame de l'Assomption, à Lyon, 27 janvier 1975

  • AP Alain Chomel. Lettre adressée par Lélian Rinaldo à Alain Chomel, 17 juin 1981. 3 feuillets.

  • AP Alain Chomel. Note écrite par Alain Chomel à propos de la construction de l'église Saint-Jean-Apôtrel, décembre 1992. 3 feuillets.

  • AP Alain Chomel. Lettre adressée par Lélian Rinaldo à Alain Chomel, 17 juin 1981, 3 feuillets

  • AP Alain Chomel. Plan de l'église Saint-Jean-Apôtre,

  • AP Alain Chomel. Coupes longitudinales de l'église Saint-Jean-Apôtre,

  • AP Alain Chomel. A travers de cette église,,,amis vous pouvez découvrir l'église du Christ,

  • AP Alain Chomel. Lettre adressée par Lélian Rinaldo à Alain Chomel, Décembre 1992, 3 feuillets

Documents figurés
  • Eglise Saint-Jean-Apôtre, Ensemble de deux vues aériennes et d'une vue intérieure de l'édifice, Alain Chomel (AP Alain Chomel)

  • [Plan d'ensemble du centre paroissial Saint-Jean des Etats-Unis], Alain Chomel , janvier 1961 (A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon)

  • Eglise Saint-Jean des Etats-Unis, coupes, Alain Chomel , Janvier 1961, (A Diocésaine Lyon)

  • Eglise Saint-Jean des Etats-Unis. Plan du sous-solde l'église, Alain Chomel, janvier 1961. 1 : 100 (A. Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon)

  • Eglise Saint-Jean des Etats-Unis. Plan du rez-de-chaussée de l'église, Alain Chomel, janvier 1961. 1 : 100 (A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon).

  • Eglise Saint-Jean des Etats-Unis, plan de l'étage de l'église, Alain Chomel , janvier 1961. 1 : 100 (A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon)

  • Eglise Saint-Jean des Etats-Unis. Plan du rez-de-chaussée de la cure et du portique, Alain Chomel. janvier 1961. 1 : 100 (A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon).

  • Eglise Saint-Jean des Etats-Unis, plan du sous-sol de la cure et du portique, Alain Chomel , janvier 1961. 1 : 100 (A Office diocésain des paroisses nouvelles Lyon)

  • Vues de l'autel et du siège cathédral. In : Association Paroissiale Saint-Jean-Apôtre. Au travers de cette église... amis vous pouvez découvrir l'église du Christ. Lyon : RAAG, 1964. Ill.

Bibliographie
  • DELAS, Bruno (dir.). Zoom Rive gauche, Lire la ville en creux et en relief - Lieux, sites et acteurs du patrimoine. Lyon : Mission site historique de la ville de Lyon, 2004. 194 p.

    p. 144
  • GARDES Gilbert. Lyon, l´art et la ville. Pariis : Éd. du CNRS. 1988. 2 vol. 188-251 p.

    t. 1, p. 178, 179 : ill.
  • JACQUEMIN Louis. Histoire des églises de Lyon. Lyon : Bellier.1983, 323 p.

  • MOUSSA, Jean. Saint-Jean-Apôtre, dit Saint-Jean des Etats-Unis. Rive-Gauche, mars 1976, p. 9-10

  • MARREY Bernard. Guide Rhône-Alpes de l'architecture du XXe siècle. Paris : Picard, Lyon : Union régionale des CAUE Rhône-Alpes, 2004. 341 p. : ill.

    p. 213
Périodiques
  • CAPELLADES Jean. Guide des églises nouvelles en France. Editions du Cerf. 1969. 244 p.

© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Ville de Lyon © Ville de Lyon - Lehmann Pierric - Chalabi Maryannick - Halitim-Dubois Nadine