HISTORIQUE
Le quartier situé au nord du boulevard de la Croix-Rousse est urbanisé au début du 20e siècle, avec la création de la Société anonyme coopérative des HBM L´Espérance qui construit, après la Première Guerre mondiale un ensemble de 38 maisons autour des rues Ribot et Niepce. S´y ajoute la cité-jardin HBM du Clos Philippe-de-Lassalle construit par la Ville entre 1920 et 1926 (des. 1). Au nord, à l´angle de la rue Hénon et de la rue Philippe-de-Lassalle se trouvait l´usine textile Gindre. Ce territoire dépendait alors de la paroisse Saint-Augustin.
En mars 1942 est prise la décision de fonder une paroisse nouvelle, confiée au père Amblard qui ouvre une chapelle 70 rue Chazière, dans des locaux appartenant à la communauté des Sœurs de Saint-Charles, installée là au 34-36 de la rue depuis 1817. La nouvelle paroisse est limitée à l´ouest par celle de Saint-Charles de Serin (Chemin Vert- rue d´Ypres), au nord par les limites de la commune, à l´est par la rue Henri-Gourjus, et au sud par les rues Jean-Revel et Pillement.
En 1944-1945, les Petites Sœurs des Pauvres vendent à la paroisse un terrain, 50 rue Philippe-de-Lassalle, à l´angle de cette rue et de la rue Hénon. Des baraquements, construits avec des matériaux de récupération, accueillent la chapelle, le presbytère et une salle de réunion, locaux qui restent en service jusqu´en 1961. A cette date, une chapelle provisoire est construite 120 rue Hénon, utilisée pendant la construction de la nouvelle église.
En 1959, une association paroissiale chargée de réunir les fonds nécessaires à la construction d´une église, est créée. L´assemblée générale décide de la construction de l´église le 30 juin 1959 et nomme une commission «propagande» et une commission «financière». La désignation sur concours des architectes a lieu le 5 octobre 1959 et l´association diocésaine choisit les architectes associés Daniel Genevois, Roger Mermet et Marcel Sabattier, domiciliés 49 rue de la Grande-Côte.
La construction nouvelle nécessitant un agrandissement du terrain, les Petites Sœurs des Pauvres cèdent une partie de leur terrain mitoyen. Par ailleurs, la rue Philippe-de-Lassalle a été élargie de 8 mètres, plus 5 mètres de trottoir et parkings, selon l'alignement du plan d´urbanisme. Pendant les travaux, une chapelle provisoire est aménagée au 120 rue Hénon, locaux de la paroisse Saint-Denis.
La première demande de permis de construire est déposée le 15 décembre 1960. Des modifications et aménagements sont demandés par l´association diocésaine en 1962, reculant l´exécution des travaux ; un second permis de construire est délivré le 27 septembre 1962.
Dans le premier projet, le bâti avait plus d´emprise sur le terrain ; en effet, le parvis a été reculé à 10 mètres afin de mieux dégager la façade. Le porche était surélevé et possédait un accès par escalier latéral à l´est du parvis, par un emmarchement au nord et par une rampe à l´ouest. Une seconde rampe donnait accès à la sacristie sur la façade latérale, sous le portique. Il était prévu une croix sur la façade nord. Les collatéraux étaient également surélevés, et la nef couverte d´une voûte en béton. Le sol de l´église s´élevait vers le choeur.
Sur les plans d´avril 1962, l´architecte a représenté un détail des aspects "brut de décoffrage" : trois modules de planche, dont un formant une trame graphique de relief (comme sur la façade latérale), un module avec reliefs plus légers, mais reprenant la même trame, et en fin un module plane respectant aussi la trame d´assemblage des planches. Enfin, il est précisé que les planches doivent être « en bois sapin surface de coffrage blanchi ».
« La voûte en béton armé est remplacée par une charpente à poutres apparentes en bois lamellé collé de 16 m de portée, croisillonnée [croisées en X] suivant la trame de l´église, avec un chevronnage apparent et voligeage jointif d´épaisseur 4m/m constituant les parties planes et les triangles de pénétration d´éclairage. Une étanchéité multicouche avec finition ardoisée » constitue la couverture (AC Lyon. 365 WP 57).
La première pierre est bénite par le cardinal Gerlier le 23 septembre 1962 (fig. 36) et l´église inaugurée le 13 octobre 1963 par Monseigneur Mazioux, archevêque de Lyon.
DESCRIPTION
Situation et composition d´ensemble
L´église est construite au carrefour des rues Hénon et Philippe-de-Lassalle, sur un terrain séparé de la voie publique par un grillage plastique sur muret (des. 1; fig. 3). Sa façade principale, précédée d´un parvis, est orientée au nord et le chevet au sud. La façade occidentale est précédée d´un large espace de 19m 50 de large, permettant l´aménagement d´un espace planté qui se prolonge derrière le chevet (fig. 10). En revanche, une simple allée de 2 m de large sépare l´église du mur mitoyen à l´est (fig. 14).
L´église présente un volume rectangulaire imposant entouré de corps de bâtiment en rez-de-chaussée sur trois côtés, collatéraux, sacristie et chapelle mortuaire. Au nord-ouest, une simple croix en bois symbolise le clocher.
Elévations
La façade principale est un mur rideau de verre incolore translucide monté sur une trame quadrillée en métal, enchâssé entre les murs latéraux et le fronton en béton formant saillie. Les lignes horizontales du quadrillage métal forment des registres de hauteur différente accentuant l´horizontalité de la façade. L´entrée est précédée d´un auvent en béton portant l´inscription EGLISE SAINTE ELISABETH. Le fronton est chargé d´une croix en métal (fig. 6, 7).
Les autres façades se développent sur deux registres, le registre supérieur pratiquement aveugle et le registre inférieur formé par les bas-côtés et pièces annexes, fortement vitré. Le registre supérieur des façades latérales est seulement percé de deux grandes baies de verre blanc translucide, montées sur un châssis métallique à compartimentage irrégulier, éclairant le chevet (fig. 11).
La façade occidentale est précédée d´un portique porté par des colonnes métalliques, donnant accès aux pièces annexes à la hauteur du chevet. Ces pièces sont également accessibles depuis la façade orientale (fig. 12).
Le mur du chevet est construit en V dont la pointe est soulignée par la cheminée de la chaufferie (fig. 13).
Matériaux et couvertures
L´église est construite en béton armé de couleur claire, brut de décoffrage. En revanche, le coffrage permet à l´architecte un jeu sur le matériau, par des dessins de bandes verticales rainurées, régulières sur les façades latérales, en alternance de bandes larges et étroites sur le chevet (fig. 30, 31). Le verre américain, translucide incolore, utilisé pour les baies et les murs rideaux est soit rainuré verticalement, soit quadrillé (fig. 8, 24, 25).
L´église est couverte d´un toit à deux versants à très faible rampant, percé de 11 lucarnes de part et d´autre, couvert d´une étanchéité multicouches. Les bas-côtés et annexes sont couverts de toits terrasses.
Distribution intérieure
L´église, d´une capacité de 850 places, présente une nef rectangulaire à chevet presque plat, flanquée de bas-côtés séparés de la nef par trois piliers rectangulaires (fig. 18, 19). L´entrée se fait par une porte centrale triple surmontée d´un auvent en symétrie avec l´extérieur (fig. 20). L´entrée est surélevée et un degré de six marches descend dans la nef. Les fonds baptismaux sont construits à l´ouest de l´entrée (cf. sous-dossier Sommaire objets mobiliers). De chaque côté de l´entrée, dans le prolongement des bas-côtés, deux pièces annexes faisaient à l´origine fonction de confessionnaux (cf. sous-dossier présentation du mobilier). A l´opposé, les bas-côtés donnent accès aux pièces annexes réparties autour du choeur : sacristie, chapelle mortuaire, chaufferie, accessibles également depuis le choeur par des entrées dissimulées par un jeu de cloisons en retour en partie lambrissées, permettant aussi de masquer les arrivées d´air chaud (fig. 27).
Le choeur est surélevé par rapport à la nef par un double emmarchement de une et quatre marches (fig. 26). Il est discrètement mis en valeur par son plan en V saillant vers l´intérieur (fig. 28, 29).
L´église est couverte d´une charpente en bois à poutres apparentes en lamellé collé de 16 m de portée avec chevronnage apparent et voligeage jointif, alternant avec les triangles lambrissés des lucarnes (fig. 33, 34).
La façade principale, les lucarnes du toit et les bas-côtés, entièrement vitrés, assurent l´éclairage de la nef. Façade et partie inférieure des bas-côtés sont en verre translucide ; une rangée de vitres transparentes ferme le haut des bas-côtés, accentuant la lumière diffusée (fig. 25). Le choeur est éclairé indirectement par deux grandes baies à demi masquées par les cloisons dissimulant les portes (fig. 27).
Le jeu des matériaux contribuent au décor de l´ensemble : opposition du béton clair, du verre translucide incolore et du bois présent dans le couvrement, de part et d´autre du choeur, et dans les chaises des fidèles en bois clair. Le choeur est matérialisé non seulement par sa surélévation, mais aussi par son sol en dalles d´ardoise gris foncé s´opposant au sol gris clair de l´église. Tout comme à l´extérieur, l´architecte a soigné le coffrage du béton : fortes rainures verticales et régulières sur les élévations latérales, stries en relief plus fines et alternant des bandes larges et étroites sur le mur du chevet (fig. 30, 31).
Chercheuse au service de l'Inventaire