Dossier d’œuvre architecture IA74001092 | Réalisé par
  • enquête thématique départementale, Patrimoine hydraulique des Pays de Savoie
Taillanderies des Vouaves puis usines Mouthon et usine Constant-Rey-Millet et associés, puis Bohli frères décolletage actuellement maison d’habitation
Œuvre recensée
Auteur
Copyright
  • © Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel
  • © Assemblée des Pays de Savoie

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays de Savoie - Cluses
  • Hydrographies Foron (le)
  • Commune Taninges
  • Lieu-dit Vers la Scierie Haute-Savoie
  • Adresse 117 V.C. Du Vieux Pont des Vouaves ,
  • Cadastre 2012 0H 1502  ; 2012 0H 1503  ; 2012 0H 1504  ; 2012 0H 1011  ; 2012 0H 2876  ; 2012 0H 1010  ; 2012 0H 2647  ; 2012 0H 2936  ; 2012 0H 2937  ; 2012 0H 2934
  • Dénominations
    usine
  • Parties constituantes non étudiées
    garage, bief, barrage, remise, logement

La fabrication des faux à Taninges est connue comme une activité florissante. Par leur savoir-faire, les maîtres forgerons ont participé à la renommée de cette localité. Dans son étude sur Taninges et ses environs, Henri Tavernier souligne l’importance de cette activité entre le XVe et le XVIIe siècle. En citant un écrit daté de 1665 de Mgr Agostino Della Chiesa, Philippe Mulatier, dans son ouvrage Rivières de montagnes, sources de vie menacées, assoit lui aussi la renommée du bourg. Ce gentilhomme pense que le nom de la province du Faucigny dériverait du mot Falciniacum, désignant la fabrication des faux et des faucilles.

Dans son article La fabrication des faux à Taninges, XVIe-XVIIe siècles, Roger Devos rapporte qu’il existait une douzaine de « maîtres faucheurs » à Taninges. Sur la prise d’eau des Vouaves, Georges Ducrest, habitant à Voiron dans le Dauphiné, possédait un artifice destiné au travail du fer. Celui-ci est réparé en 1682. Roger Devos indique dans son article qu’on « refait les six banquettes des marteaux, le grand arbre et la grande roue, avec les chenaux qui amènent l’eau pour la mouvoir ». Ce martinet est ensuite loué à Nicolas Mogenier, mais cet édifice semble délaissé par Jean-Jacques Mogenier en 1764.

Non loin de là, la famille Pittet possédait elle aussi son propre martinet à Hauteville, mais l’activité semble cesser en 1636. Plusieurs fabriques de faux ont donc existé aux Vouaves depuis le Moyen Âge. Elles étaient échelonnées sur la rive droite du Foron et mises en mouvement par une prise d’eau unique. À la fin du XVIIIe siècle, elles cessent d’exister ; les propriétaires et les ouvriers partent travailler en Allemagne. La biallière (le bief) des Vouaves est réutilisée pour d’autres activités et les artifices sont reconvertis.

L’étude de la mappe sarde de la paroisse, réalisée en 1731, montre l’évolution de l’activité. Ainsi, sur le défilé du bief, on trouve le martinet appartenant à M. Jean-François Mougenay et le martinet de M. Joseph Muginay. M. Joachim Delagrange possède plus en aval trois moulins, un battoir et une scierie. Après ces édifices, les Pères de la Chartreuse de Mélan font actionner un moulin à blé à proximité d’un autre moulin appartenant à M. Joachim Delagrange. Neuf bâtiments sont actionnés par cette dérivation située en rive droite du Foron.

On assiste durant plusieurs années à une concentration des activités qui induit un regroupement des propriétés. À la fin du XIXe siècle, seuls trois propriétaires se partagent les eaux du bief. M. Mogenier possède une forge, suivie de la forge et de l’huilerie de M. François Alexandre. Le moulin, le battoir, le pressoir à cidre et la scierie de M. Pierre Mouthon ferment la marche.

Par une pétition du 4 février 1881, M. Pierre Mouthon, meunier, demande à reconstruire le barrage de sa prise d’eau. MM. Dupont François Alexandre et Mogenier François, usiniers aux Vouaves, sont aussi intéressés par le rétablissement du barrage, bien que leurs usines soient à l’arrêt. L’arrêté préfectoral du 5 septembre 1881 autorise M. Mouthon à emprunter au torrent du Foron la force motrice nécessaire pour alimenter le canal de dérivation de la biallière des Vouaves, destiné à mettre en jeu ses usines situées sur ladite dérivation.

Par adjudication du 17 mai 1898, les associés Constant Rey-Millet, Jules Nicodex et Charles Passerat, le premier négociant à La Tour et les deux autres à Taninges, deviennent propriétaires des lieux. À la suite d’une décision en première instance du tribunal de Bonneville, ils acquièrent les immeubles de Mme veuve Ceria et consorts provenant de Pierre Mouthon. Le 18 mai précédent, une crue extraordinaire emporte à nouveau le barrage construit par M. Pierre Mouthon en 1881. Les associés souhaitent moderniser cette prise d’eau. Très vite, ils se heurtent à l’opposition de M. François Burtin, propriétaire d’une scierie à bois située sur l’autre rive. Les deux prises d’eau se font face et divisent les eaux du Foron ; un accord est finalement trouvé entre les deux parties.

Les anciens bâtiments du moulin sont transformés en usine comprenant, en 1901, le bâtiment de la turbine, une scierie et une distillerie. Elle devient l’entreprise de MM. Rey-Millet et Cie et se tourne progressivement vers l’activité du décolletage. C’est ainsi qu’elle reste dans les mémoires sous le nom d’usine Bohly Frères.

Inactive dans les années 1990, l’usine a fait l’objet d’une rénovation ces dernières années. Des logements et des ateliers occupent aujourd’hui une grande partie des espaces. Le bâtiment principal appartient à la commune de Taninges.

  • Période(s)
    • Principale : 13e siècle , (incertitude)
    • Principale : 3e quart 16e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 18e siècle , daté par source
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 20e siècle , daté par source
    • Secondaire : 1er quart 21e siècle , (incertitude)
  • Dates
    • 1636, daté par source
    • 1682, daté par source
    • 1881, daté par source
    • 1898, daté par source

Le torrent du Foron prend sa source au Roc d’Enfer. Il coule dans une vallée très resserrée entre des montagnes s’élevant à 700 ou 800 mètres au-dessus du fond de son lit. Avant d’arriver à Taninges, il reçoit l’Arpettaz au pont des Gets ainsi que plusieurs ruisseaux descendant des montagnes voisines. Il présente une pente de 4 à 5 centimètres par mètre et sa largeur, près de Taninges, est de 15 à 20 mètres. Les berges du torrent sont formées de rochers et de terres.

Le torrent du Foron, entre l’ancien barrage des usines Mouthon et Taninges, a une largeur moyenne de 20 mètres et une pente de 4 à 5 centimètres par mètre. Après avoir été canalisée, l’eau se sépare en deux biefs. L’un est parallèle à la rivière, l’autre suit les contours sinueux de la route du Vieux-Pont. Cette biallière (ce bief) faisait mouvoir une forge, une huilerie et un martinet. Il reste dans ce secteur certains éléments pouvant témoigner de cette activité passée, mais la forge et le martinet ont été détruits. Le canal va ensuite alimenter le second bief ou se déverser dans le trop-plein aménagé à cet effet.

En longeant le chemin vicinal ordinaire, il est possible de suivre le tracé du bief jusqu’au pont enjambant le torrent du Creux des Montants. D’ici, le visiteur peut avoir une vision globale de la salle de mise en charge et de l’usine, reliée à ce petit bâtiment par une conduite forcée.

L’ancienne usine Bohly est située à l’entrée de Taninges, à environ 500 mètres en aval des vestiges de l’ancien barrage. L’ancienne turbine était mise en mouvement par une dérivation du Foron, dite biallière des Vouaves, associée aux eaux du ruisseau de Bonneville. En 2013, l’usine désaffectée s’étend sur un tènement de 1 782 m². Elle est contrainte dans sa partie nord par le torrent du Creux des Montants et le torrent du Foron, qui se rejoignent en ce point.

À l’intérieur de la propriété, une cour distribue les bâtiments. Ceux-ci sont soit rejetés du côté du Foron, soit alignés sur le tracé de la voie communale du Vieux-Pont-des-Vouaves. Depuis cette voie, l’entrée est encadrée par l’ancien bâtiment de la distillerie au sud et le bâtiment de la turbine au nord. Trois bâtiments accolés les uns aux autres, orientés selon l’axe de la rivière, constituent l’unité principale.

Donnant directement sur la voie communale, la distillerie est le dernier témoignage de l’activité artisanale. Il s’agit d’un ancien moulin. De plan en L, cet édifice comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée, un étage et un étage de comble. Réalisé en pierre de taille enduite à la chaux et au mortier, ce bâtiment concentre les ouvertures sur son mur pignon sud. Sur ce dernier, une porte à arc en plein cintre a été aménagée.

L’ancienne distillerie est directement accolée au bâtiment de l’usine. Côté cour, l’usine laisse entrevoir une succession de onze travées. Les baies aménagées à l’étage permettent d’éclairer les ateliers. Selon la disposition des portes d’entrée et des portes de garage, il est possible de distinguer les parties dévolues aux bureaux et aux logements de celles affectées aux magasins et aux espaces de production. Les trois portes de garage donnent directement sur la cour. L’ensemble est couvert par un toit à deux pans en tôle ondulée.

Côté rivière, ce ne sont pas un, mais trois étages qui dominent le Foron. Le bâtiment est établi sur un quai en pierre aménagé d’une galerie servant de canal de fuite. Cette usine a ensuite été prolongée par un autre bâtiment comprenant deux étages et présentant en façade antérieure sept travées. Les larges baies, caractéristiques des usines modernes, contrastent avec celles de l’usine originelle.

  • Murs
    • pierre
    • béton
    • pierre artificielle
    • bois
  • Toits
    tuile creuse mécanique, ardoise
  • Plans
    plan régulier en L
  • Étages
    3 étages carrés, sous-sol, rez-de-chaussée
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à deux pans de plan massé
    • terrasse
  • Énergies
    • énergie hydraulique
  • État de conservation
    remanié
  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public, Le site appartient en partie à la commune de Taninges.
  • Intérêt de l'œuvre
    à étudier

Le centre historique de Taninges est aménagé sur les deux rives du Foron. Son bâti relativement dense en rive gauche contraste avec le bâti plutôt lâche de la rive droite. Cela est du au relief, cette rive s’appuie sur les coteaux et est parsemée de clos montés en terrasse. Les jardins, la végétation y tiennent une place prépondérante. Dans cette partie nord, le bâti traditionnel est relativement bien préservé. Faisant face à la chapelle Sainte-Anne et à la scierie Burtin, l’ancienne usine Bohly se trouve dans un périmètre à géométrie fixe. La chapelle Sainte-Anne est protégée au titre des monuments historiques. La lecture urbaine de Taninges montre alors un centre ancien concentré autour des ponts et un proche périphérique constitué de jardins ou de petites zones artisanales et industrielles traditionnelle. Cette usine assure la transition entre le bourg et le hameau des Vaouves plus ouvert sur la nature. Au regard du PLU, l’usine se trouve en secteur UBa qui est une zone de constructions anciennes denses où le foncier est morcelé et la topographie difficile.

Documents d'archives

  • AD Haute-Savoie. 6 S 179. Barrage de prise d’eau à reconstruire dans le torrent du Foron pour la mise en jeu des artifices, consistant en un pressoir à cidre, une scierie et un moulin à blé de M. Mouthon Pierre scieur et meunier, 1881

    AD Haute-Savoie : 6 S 179
  • AD Haute-Savoie. 6 S 179. Rétablissement du barrage de prise d’eau de l’ancienne usine Mouthon Pierre, sur le torrent du Foron qui alimente le canal de dérivation dit Biallière des Vouavres destiné à mettre en mouvement la scierie de M. Rey-Millet Constant, Nicodex Jules et Passerat Charles. 1903

    AD Haute-Savoie : 6 S 179

Bibliographie

  • E.S.P.I. La fabrication des faux à Taninges, XVIème – XVIIème siècles, dans Bulletin de L’E.S.P.I., Etude et sauvegarde du patrimoine industriel, n°1, Annecy : E.S.P.I., 1985

    p 25 - 34
  • La vallée du Giffre, « Taninges et ses environs, mémoire descriptif et historique », dans Mémoires et documents de la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, n°27, 1888.

    p 1-164
  • p 25-26

Documents figurés

  • AD Haute-Savoie. 1Cd 5-COPIE. Taninges – Copie de la mappe, feuille n°19, 1728-1738. Plan. Archives départementales de la Haute-Savoie. 1732

    AD Haute-Savoie : 1Cd 5-COPIE
  • AD Haute-Savoie. 3 P 3/8481. Tableau d'assemblage du cadastre de Taninges, 1867. Plan. Archives départementales de la Haute-Savoie. 1902

    AD Haute-Savoie : 3P3/ 8481
  • AD Haute-Savoie. 3P3/ 8552. Extrait de la Section H : Flérier, Feuille n°10 du cadastre de Taninges, parcelles n°1127 à 1375, 25 août 1902. Plan. Archives départementales de la Haute-Savoie. 1902

    AD Haute-Savoie : 3P3/ 8552
  • AC Taninges. 219 a. Service vicinal, commune de Taninges, chemin vicinal ordinaire n°2, Rectification, plan du tracé, 1:2372, 28 décembre 1883. 1 plan : calque. 1 : 2372. 1883

    AC Taninges : 219 a
  • AC Taninges. 219 a. Service vicinal, commune de Taninges, chemin vicinal ordinaire n°3, Construction de l'embranchement au chemin vicinal n°2 entre Croyère et Hauteville, 1:2372, 12 août 1902. 1 plan : calque. 1902

    AC Taninges : 219 a
  • AC Taninges. 219 a. Service vicinal, commune de Taninges, chemins vicinaux ordinaire n°2-2-23, Réparation des ponts et passerelle livrant passage aux chemins sur le Nant "le Creux des Montants", 1:100 15 avril 1919. 1 plan : calque. 1919

    AC Taninges : 219 a
  • AD Haute-Savoie. 6 S 179. Plan par relation à la mappe de la commune de Taninges de la bézière dite des Vouavres et d'une partie du Foron, 1:2372, 21 janvier 1881. 1 plan : papier bistre. 1881

    AD Haute-Savoie : 6 S 179
  • AD Haute-Savoie. 3P3/ 8554. Extrait de la Section H : Flérier, Feuille n°12 du cadastre de Taninges, parcelles n°1127 à 1375, 25 août 1902. Plan. Archives départementales de la Haute-Savoie. 1902

    AD Haute-Savoie : 3P3/ 8554
  • AP. Bézière des Vouaves, 1731 et 1901. 1 plan : calque. 1995 (Juliette Châtel)

    AP
  • AP. Vue du canal de fuite de l'usine prise depuis la rive gauche du torrent du Foron. 1995. 1 photographie : couleur.

    AP
Date(s) d'enquête : 2013; Date(s) de rédaction : 2013, 2026
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel
© Département de la Haute-Savoie