Louis Forestier, dans sa Monographie-guide de la commune de Taninges et du Praz-de-Lys (Taninges), explique que la chapelle Sainte-Anne est présente en rive gauche du Foron dès la fin du XVIe siècle. En 1583, après une crue dévastatrice du Foron, la chapelle Sainte-Anne est édifiée au nord du bourg, sous le « patronage des syndics, conseillers et bourgeois de Taninges ». En 1606, le Conseil de la ville y crée une rente afin d’y recevoir des prédicateurs du Carême. Les affectations de cette dernière changent tout au long du XVIIIe siècle, mais elle conserve son caractère religieux jusqu’en 1833, date de la construction de la nouvelle église paroissiale.
Entre cette date et 1880, l’affectation de ce lieu nous est inconnue. Par un acte du 8 juin 1880, M. François Burtin demande l’autorisation au conseil municipal d’établir, sur la propriété de la commune et le long du torrent du Foron, des supports destinés à recevoir une conduite permettant de faire mouvoir ses artifices. Auparavant, une prise d’eau aménagée après le barrage de la biallière (le bief) des Vouaves permettait d’en diriger une partie dans un canal d’amenée creusé dans le sol. Dès 1879, M. François Burtin souhaite, établir dans l’ancien bâtiment religieux, une scierie à bois. Il passe un certain nombre d’accords avec différents propriétaires afin de faire passer la prise d’eau projetée.
Par délibération du 3 juillet 1881, le conseil municipal de Taninges consent à autoriser le sieur François Burtin à appuyer sur la digue communale de rive gauche du Foron le canal alimentant son usine. Il est ainsi autorisé à établir, sur la digue et la propriété communale de Taninges, le canal destiné à amener l’eau à son usine.
Par adjudication du 17 mai 1898, les associés Constant Rey-Millet, Jules Nicodex et Charles Passerat, le premier négociant à La Tour et les deux autres à Taninges, deviennent propriétaires des anciennes usines Mouthon. Situées juste en face et alimentées par la biallière des Vouaves, ces usines ponctionnent une partie des eaux du Foron. Il faut dire que l’autorisation accordée à M. Burtin pour établir une prise d’eau juste en face de ce site industriel est inédite. La plupart du temps, les services instructeurs prennent soin d’espacer les artifices afin de ne pas créer de remous et surtout de ne pas affecter le débit d’une rivière. Les propriétaires des deux sites vont s’affronter durant plusieurs années avant d’arriver à un consensus.
Par pétition en date du 1er juin 1914, M. Arthur Burtin, industriel, souhaite établir, en amont de sa scierie, un nouveau bief aérien destiné à conduire dans le canal de dérivation alimentant son usine le trop-plein de la dérivation de l’usine de MM. Rey-Millet et Cie, située sur la rive opposée. Après cet accord, MM. Rey-Millet, Nicodex et Passerat, propriétaires de l’usine située sur la rive droite du Foron et dont la prise d’eau a été réglementée par arrêté préfectoral du 2 septembre 1904, autorisent M. Burtin à utiliser à son profit le trop-plein de leur dérivation.
Pour amener ce trop-plein dans son bief, M. Burtin projette d’établir une canalisation aérienne rectiligne constituée de tuyaux en tôle de 0,45 m de diamètre intérieur. Cet ouvrage franchit le torrent sur une portée totale de 49 mètres. Il est supporté par deux ou trois palées de charpente ; sa hauteur au-dessus du fond du torrent atteint 6,5 m dans l’axe du lit. Les eaux utilisées par M. Burtin sont, comme par le passé, rendues au torrent sous la roue motrice de son usine, soit quelques mètres à l’aval du canal de fuite de l’usine de MM. Rey-Millet et Cie.
À cette époque, M. Burtin fournit le courant électrique à la ville de Taninges. La chapelle Sainte-Anne, devenue scierie Burtin, est considérée comme l’une des premières microcentrales hydroélectriques du bassin moyen du Giffre. Après une rénovation réalisée par la COP SCI Chapelle Sainte-Anne, les artifices de la scierie font, en 2006-2007, l’objet d’une restauration. Le bardage en bois qui protégeait la roue a été enlevé afin de laisser celle-ci visible depuis les rives du Foron.
Archéologue et graphiste au service archéologie et patrimoine bâti du Conseil Départemental de la Haute-Savoie