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Moulins de la Cascade actuellement sans affectation

Dossier IA73002752 inclus dans Paysage du bassin-versant du Lac du Bourget et tributaires réalisé en 2012

Fiche

Dénominationsmoulin à huile, scierie
Aire d'étude et cantonPays de Savoie - Aix-les-Bains-1
HydrographiesTorrent de la Deisse, Torrent du Sierroz ; bassin-versant du lac du Bourget
AdresseCommune : Grésy-sur-Aix
Lieu-dit : La Cascade
Adresse : chemin de la
Cascade
Cadastre : 2007 A 997

La confluence de la Deisse et du Sierroz à Grésy-sur-Aix, connue sous le nom de Cascade de Grésy, à l'entrée des gorges du Sierroz, offre un emplacement idéal pour l’aménagement d’artifices hydrauliques.

D'après l'ouvrage du comte de Loche sur l'histoire de Grésy, ce site est occupé dès le XIVe siècle par des artifices appelés « moulins de Salauz » (Sâles », « Salouz »). Il fait mention d'un acte du 5 juillet 1367 par lequel le seigneur de Grésy alberge le moulin à Pierre d'Orlier, seigneur de Saint-Innocent, "pour cent florins d'or d'introge et huit florins d'or de servis annuel" (Comte de Loche, Histoire de Grésy-sur-Aix, 1874). Le comte de Loche mentionne d’autres actes concernant le moulin de Salauz dont un en lien avec l’abbaye de Hautecombe.

Le moulin apparait sur la mappe sarde de 1728 (parcelle 2208). A cette date, il appartient à Guillaume d'Orlier, marquis de Saint Innocent. La parcelle voisine est occupée par un verger de noyers (parcelle 2207).

A partir du XVIIIe siècle, le site des moulins devient un lieu d'excursion fréquenté par les curistes d’Aix-les-Bains qui viennent admirer les cascades. En 1813, lors d’une visite de la reine Hortense, son amie, la baronne de Broc se noie dans le Sierroz à proximité des moulins. La reine fait édifier une stèle à la mémoire de la baronne à l’emplacement du drame. Cet événement renforce l’attrait des visiteurs et des artistes pour les gorges. Le site devient l’un des premiers hauts lieux du tourisme alpin. Il est mentionné dans de nombreux guides d’excursions du XIXe siècle.

En 1832, Alexandre Dumas visite le site. Le 28 août 1860, l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie se rendent aux moulins en compagnie du préfet de la Savoie.

Le premier cadastre français de 1880 fait apparaître qu'à cette date la configuration du site a considérablement évolué (Section A, feuille 4). Il se compose désormais d'une scierie, d'un moulin, d'un pressoir à huile et d'un battoir exploités par la famille Collomb. Le cadastre montre également qu'un barrage a été établi en aval, à l’emplacement d’un petit barrage acheté quelques années plus tôt. En effet, quelques années plus tôt, Jean-Marie Collomb (propriétaire-mécanicien) achète à la famille Curtillet un moulin en ruine au lieu-dit le Pont Pierre sur la rive droite du Sierroz, en aval des moulins de la Cascade.

Le 16 juillet 1881, les Collomb déposent une demande officielle pour rétablir le barrage qui mesure un mètre de haut. Ils expliquent qu'il souhaitent remettre le moulin en ruine en activité et créer une retenue d’eau permettant la circulation d'un bateau à vapeur destiné à la visite des gorges. Le projet prévoit un barrage en maçonnerie formant un déversoir sur toute sa longueur, soit 16 mètres. En réalité, à cette date, le barrage est déjà construit et la navigation a commencée. Le barrage fait l'objet de plusieurs réclamations de riverains, de propriétaires de moulins en aval (les Sieur Gaillard et Daviez) et même de l'établissement thermal d'Aix-les-Bains.

Le 26 juin 1883, la Société des Gorges du Sierroz qui exploite le site, est autorisée officiellement à faire circuler un bateau à vapeur dans les gorges. Les visiteurs embarquent au niveau du barrage au moyen d'un embarcadère construit en rive droite. Le bateau remonte le Sierroz jusqu'à un débarcadère où les visiteurs accèdent à des passerelles en bois construites en 1882, qui remontent les gorges jusqu'aux moulins de la Cascade. Ceux-ci sont aménagés d'un belvédère qui offre une vue sur le cours d'eau. Les visiteurs peuvent également se rendre prés de la stèle de la baronne de Broc. Dès les premiers jours de la navigation, il apparaît que la hauteur de la retenue ne permet pas d'accéder aux passerelles longeant les gorges. Le barrage est alors surélevé de 0,77 mètre au moyen d'une hausse fixe en charpente. Un procès-verbal de visite des lieux daté du 26 mai 1884, précise que le barrage mesure 7 mètres de hauteur et comporte deux vannes de fond. Le règlement d’eau autorisant officiellement l’établissement du barrage est finalement signé le 4 janvier 1886.

En 1909, Léon Jacquier et François Poncet deviennent propriétaires des Gorges du Sierroz. Afin d'éviter les accidents, ils réparent les passerelles et remplacent l'exhaussement du barrage en charpente par un mur en ciment armé. Cela suscite de nouvelles protestations des usiniers aval (FR.AD073, 81S46). Par pétition du 26 juin 1909, M.Jacquier et Poncet demandent la modification du règlement d’eau pour régulariser l’exhaussement du barrage.

Le 29 juin 1909, Léon Jacquier et François Poncet demandent le classement des Gorges comme site naturel de caractère artistique. Cette demande est soutenue par le député Théodore Reinach (FR.AD073, T165). La demande est instruite en même temps que d'autres dossiers : le classement du chemin des Charmettes, celui de la cascade de Couz et celui du lac d'Aiguebelette. Le classement des Gorges est accordé le 21 mai 1910 par le ministre des Beaux Arts. L'autorisation d’exhaussement du barrage est accordée par arrêté préfectoral du 26 août 1910.

En 1934, le site est exploité par la veuve de François Poncet (FR.AD073, T165). En 1944, elle est toujours propriétaire du site (FR.AD073, T424).

La visite en bateau des Gorges se poursuit jusqu'en 1971, date à laquelle une nouvelle réglementation impose aux embarcations accueillant du public d'être insubmersibles. En 1978, la ville d’Aix-les-Bains achète le site.

En 1999, par mesure de sécurité, le barrage est étêté de 1,70 mètre. Actuellement, le site n'accueille plus de visiteurs mais un projet de réhabilitation porté par la Communauté d’agglomération du Lac du Bourget et l'association "Au cœur des Gorges du Sierroz" est en cours pour revaloriser les gorges et les moulins.

Période(s)Principale : 1ère moitié 18e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Dates1728, daté par source
1880, daté par source

Le site des moulins de la Cascade se trouve en rive droite du Sierroz, au niveau de sa confluence avec la Deisse. Sur la rive opposée, il existe d’autres moulins (IA73002754).

Le site est composé de plusieurs bâtiments de plan rectangulaire implantés parallèlement au cours d´eau. Remaniés au cours du temps, ils forment un ensemble complexe. Construits en pierre, ils s'organisent sur plusieurs niveaux et comportent pour certains des passerelles et des escaliers en bois. Les moulins étaient alimentés par une dérivation de la Deisse. Le bief de dérivation qui passe sous les bâtiments est en partie voûté.

Certains espaces sont en mauvais état mais une partie de l'équipement hydraulique situé dans les niveaux inférieurs des édifices est encore visible. On trouve notamment :

- Une presse à huile composée d'une longue poutre de bois. Elle était autrefois actionnée par le poids d'une cuve en métal remplie d'eau. Celle-ci est toujours visible. Il existait une autre presse du même type mais de plus petite dimension dans un moulin de Saint-Offenge.

- Une conche en pierre où étaient écrasés les cerneaux de noix.

- Des éléments de vannes et de mécanismes

Le barrage voûte en maçonnerie situé en aval des moulins est toujours en place.

Murspierre
Plansplan rectangulaire régulier
Escaliersescalier de distribution
Énergiesénergie hydraulique
États conservationsinégal suivant les parties

Le site des moulins de la Cascade est un ensemble unique en Savoie. Son architecture, son histoire, sa configuration et la présence de la presse à huile lui confère un caractère patrimonial particulièrement remarquable.

Statut de la propriétépropriété de la commune, Propriété de la commune d'Aix-les-Bains
Intérêt de l'œuvreà signaler, à étudier
Éléments remarquablesédifice artisanal
Sites de protectionsite classé
Précisions sur la protection

Les Gorges du Sierroz sont classées au titre des paysages depuis 1910. Il s'agit du premier site naturel classé en Savoie.

Annexes

  • Extrait de l'ouvrage d'HB. de Saussure, Voyages dans les Alpes, 1796.

    La route de Rumilly à Aix ne présente rien de remarquable si ce n'est qu'à une demi lieue de la ville on traverse un ruisseau qui a mis à découvert les bancs de pierre calcaire sur lesquels il passe. Cette observation vient à l'appui de la conjecture que j'ai formée sur la vallée de notre lac : c'est que les montagnes calcaires qui forment les deux côtés de cette vallée le rejoignent par-desous les terres les grès & les débris qui recouvrent le fond de la vallée. Le même ruisseau qui a découvert ces rochers a creusé son lit dans

    des rocs du même genre situés un peu au-dessus du pont sur lequel on le traverse. Il forme là des cascades vraiment pittoresques auprès d'un moulin qu'on laisse à gauche en venant à Aix. Les amateurs des tableaux de ce genre doivent s'arrêter vis à vis de ce moulin & y aller jouir de ce charmant spectacle.

  • Extrait de l'ouvrage de JF.Albanis-Beaumont, Description des Alpes, 1806.

    Moulin de Sales ou Salos

    Un peu avant d'arriver au pont de la Daisse on suit à gauche un petit sentier qui conduit vers un groupe de maisons que l'on aperçoit du chemin, on se trouvera, après un quart d'heure de marche, proche des moulins de Sales, dont parle M. de Saussure ; voyez Chap.5,§. 4. Ces moulins sont très pittoresquement placés sur les bords escarpés de deux rochers gréieux qui forment une espèce d'antre très profond, creusé par les eaux de la Daisse et du Sierre, autre riviere qui prend sa source dans les montagnes des Bauges : les eaux de ces deux rivières forment dans cette espèce de gouffre une cataracte très curieuse, et dans leur chute elles font tourner les roues de diverses usines, comme moulins, battoirs, etc., construits et placés de la manière la plus pittoresque et la plus propre à former un charmant dessin, la profondeur de cet antre est si considérable, que les eaux sont parvenues, par leur continuelle friction, non seulement à couper les bancs de grès, mais même à entamer les couches calcaires sur lesquelles ces premiers reposent.

  • Extrait de l'ouvrage d'LB.Francoeur, Notice sur la ville d'Aix en Savoie, 1826.

    Une des excursions les moins fatigantes est celle de la Cascade de Grésy. Dans un déchirement de la montagne,un torrent roule ses eaux et s'élance sur un fonds bouleversé,au milieu des rochers et des précipices : l'onde chassée dans des sens divers et violemment heurtée, va se briser en écume sur les pierres, et tournoyer dans les puits creusés par la nature. Des moulins construits sur les rives, en donnant aux eaux des directions diverses, ajoutent encore au spectacle que présente cette espèce de gouffre. Le sentiment mélancolique que jette dans l'âme la vue d'un monument funèbre élevé au milieu du torrent, et l'inscription touchante qui avertit le curieux du danger qu'il court, donnent au paysage une vie dont on ne peut exprimer l'effet.

  • Extrait du Guide du voyageur en Savoie et en Piémont, 1835, p.165.

    Entendez-vous mugir l'onde ? Venez contempler de près ce spectacle. Voyez l'eau se précipiter du haut de ces rochers, elle s'engouffre ensuite sous des masses énormes des rocs et va se perdre dans le lac du Bourget. Ces eaux, dont la chute vous fait

    frémir sont celles de l'Aysse et du Siéroz qui semblent, en s'unissant rivaliser de fureur. Examinez ces moulins suspendus sur la crête du rocher, qui semblent vous menacer de leur chute. En face du pont en bois sans parapet est une pierre funéraire ; elle vous indique qu'en cet endroit Mme la baronne de Broc perdit la vie le 10 juin 1823, sous les yeux de son amie la reine Hortense, en voulant franchir une des crevasses de la roche humide. A ce nom je pourrais joindre encore une foule d'autres, d'un rang moins élevé qui ont trouvé la mort ici par leur imprudence mais cela serait complètement inutile, cette pierre seule est suffisante pour arrêter les imprudents curieux.

  • Extrait de l'ouvrage d'O. de Valorge, Promenade dans une partie de la Savoie, 1847, p.88.

    On peut-être trop exagéré les beautés de la cascade de Grésy elle manque de chute, mais il faut cependant se hâter de reconnaître que, telle qu'elle est, elle vaut bien la peine d'être vue. Le bassin au fond duquel elle roule ses eaux est encaissé dans des rochers taillés pic, au sommet desquels se dressent de chaque côté des moulins dont l'aspect est pittoresque et saisissant.

  • Extrait de l'ouvrage de G.de Mortillet, Guide de l'étranger en Savoie, 1855, p.233.

    On descend ensuite vers le Sierroz et l'on arrive des moulins qui sont très pittoresquement placés sur les bords escarpés de deux rochers qui forment une espèce d'antre très profond creusé par les eaux de la Daisse et du Sierroz. Les eaux de ces deux rivières forment dans ce gouffre des cataractes et des cascatelles très curieuses et dans leur chute elles font tourner les roues de plusieurs usines placées de la manière la plus curieuse.

  • Extrait de l'ouvrage de Jacques Boucher de Perthes, Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse, 1859.

    [...] Le 1er septembre, je vais voir la cascade de Gresy, où Mme de Broc, qui y accompagnait la reine Hortense, a péri le 10 juin 1813, faute d’avoir accepté la main du meunier qui voulait la soutenir. Dans un passage difficile, elle glissa. Entraînée dans l’abîme, elle n’en fut retirée que morte. Cette cascade est un diminutif de celle de Tivoli. Elle n’est pas dans son beau : en ce moment l’eau lui fait défaut. La maison du meunier est dans une situation très-pittoresque.

  • La Gazette de Savoie, 31 août 1860.

    Passage de Leurs Majesté à Aix-les-Bains

    Une dépêche télégraphique d'Aix-les-Bains, que nous avons publiée hier soir, a annoncé que LL. MM. II. étaient arrivées au débarcadère de cette ville à une heure précise. Aujourd'hui nos correspondances d'Aix-les-Bains nous apportent les renseignements suivants : LL. MM. ont été reçues à la gare par le conseil municipal, les fonctionnaires et les notabilités de la commune. Le débarcadère était admirablement orné, et un salon de réception avait été préparé avec de riches tentures et une avant-pièce ou antichambre en forme de portiques à colonnes de verdure. La décoration des modestes constructions de cette gare ainsi que celle des grands établissements de Chambéry fait le plus grand honneur aux administrateurs du chemin de fer dont toute la ligne est encore maintenant pavoisée de drapeaux et de trophées, depuis Saint Jean-de-Maurienne à Aix-les-Bains. S. M. l'Empereur en a témoigné sa satisfaction à M. de Rouffiac directeur de l'exploitation,en lui remettant,avant de descendre de son wagon, la croix de la Légion d'honneur.

    [...]

    A leur sortie dû Casino, LL. MM. sont parties immédiatement Pour Annecy, traversant au petit pas des chevaux les principales rues d'Aix, toutes pavoisées de drapeaux, de guirlandes et retentissantes de cris unanimes de Vive l'Empereur ! vive l'Impératrice ! vive le Prince Impérial ! En passant à Grésy, S. M. l'Empereur a fait arrêter sa voiture, désirant visiter la cascade célèbre où périt si malheureusement, en 1813, la baronne de Broc, dame d'honneur de la reine Hortense. Accompagnées par les généraux et les dames de leur suite, par M. le préfet de Chambéry, M. l'ingénieur en chef et MM. les maires d'Aix et de Grésy, LL. MM. sont descendues au bord du torrent et se sont plu à lire l'inscription de la pierre tumulaire que la reine Hortense fit élever sur le rocher qui vit la mort de son amie. Un des anciens employés des moulins et de la scierie, témoin de ce malheureux événement vint s'offrir pour donner à LL. MM. les renseignements qu'elles ont désirés. L'Empereur lui en a témoigné ses remerciements et il a donné au propriétaire de la scierie un souvenir de sa munificence impériale.

  • Extrait de l'ouvrage d'A.Raverat, A travers le Dauphiné, voyage pittoresque et artistique, 1861.

    La cascade de Grésy, avec ses usines aux balcons de bois vermoulus, humides, moussus, vacillants et suspendus sur l'abîme, avec ses eaux divisées par les saillies du roc, son écume blanchissante, son bruit assourdissant, cette cascade, dis-je, est d'un effet solennel.

  • Extrait de l'ouvrage de J.Berthet, Aix-les-Bains, 1862, p.58

    On arrive la cascade de Grésy par la route de Genève, que l'on quitte environ 11 kilomètres d'Aix, pour prendre un sentier droite qui conduit aux moulins. Là vous voyez de tous côtés l'eau se précipiter bruyamment en rubans d'écume dans un abîme dont les parois pic sont couvertes de mousse dans l'intervalle des diverses chutes. Suspendues et comme penchées sur le gouffre, les maisons de l'usine ont l'air d’en regarder curieusement le fond. Ce spectacle est plein de sauvage grandeur et de mélancolie. Mais on en revient le cœur attristé. Cette tombe au bord du précipice qui englouti si inopinément une heureuse existence, la pensée de cette jeune femme morte dans une partie de plaisir, le souvenir de cette grande et malheureuse époque de 1815 et du temps qui l’a suivie voilà de quoi occuper l’esprit, en revenant Aix au moins jusqu’à St-Simon, hameau situé mi-chemin de Grésy.

  • Extrait de l'ouvrage du Comte de Loche, Histoire de Grésy-sur-Aix, 1874, p.187

    La cascade de Grésy est formée par un torrent appelé le Sierroz (dans les vieux titres Ciers ), qui descend du vallon inférieur des Beauges, et de la rivière la Daisse, qui prend sa source dans les marais d'Albens. En se réunissant, ces deux cours d'eau bondissent avec fracas sur des roches calcaires qu'ils ont trouées, creusées avec les siècles, et font naître mille cascades de formes et d'effets divers. Ce site tout la fois riant et sauvage mérite d'attirer la curiosité des visiteurs.Ses bords garnis de plantes et d'arbustes divers, et l'eau qui jaillit d'usines comme suspendues des deux côtés sur l'abîme, sont d'un effet pittoresque. La vue d'un monument, dont le souvenir rappelle une catastrophe, fait naître ensuite une impression plus grave. Le tout est d'un effet qui saisit l'âme et la porte aux émotions les plus diverses.

  • Le Courrier des Alpes, 23 mai 1882.

    Gorges de Grésy-sur-AIx. ACCIDENT. On sait que de la cascade de Grésy à la route nationale, le Sierroz s'écoule au milieu de gorges très pittoresques, sur un parcours d'environ mille mètres. Afin de faciliter la visite de ces antres mystérieux aux étrangers, MM. Collomb, propriétaires de la cascade, ont fait lancer sur la rivière, rendue navigable au moyen d'un barrage, un petit bateau à vapeur, appelé le Christophe Colomb. Ce bâtiment, pouvant contenir seize personnes, a déjà navigué pendant toute la saison de 1881, sans naufrage ni tempête. Cette année, on a voulu relier la partie navigable de ces gorges avec la cascade au moyen d'une galerie longue d'environ trois cents mètres, posée comme celles des Gorges du Fier, que tout le monde connaît.Un malheureux tailleur de pierre, de Grésy, le sieur Pugeat Antoine, âgé de 65 ans, était occupé mardi dernier, après midi, à couper une pointe de rocher qui gênait la pose d'une partie de cette galerie. Ayant quitté son travail un instant, il voulut s'avancer sur des planches mobiles non fixées encore sur les consoles en fer. Il faut croire que l'une de ces planches aura basculé sous ses pieds, car un de ses camarades, qui travaillait non loin de là, entendit la chute de son corps dans le gouffre, et en même temps le bruit que fait une planche en tombant sur un rocher. Il est probable que la mort aura été instantanée, sa tête ayant été brisée contre les parois calcaires qui sont en cet endroit d'environ 20 mètres d'élévation. Son corps n'a pu être retiré que le lendemain matin avec beaucoup de peine. Ce pauvre homme laisse deux enfants et une pauvre veuve infirme que son travail faisait vivre.

  • Le Courrier des Alpes, 15 mai 1884.

    Grésy sur-Aix. On nous écrit de cette commune : Le ballottage de cette commune était représenté par trois listes : celle des conservateurs, celle des radicaux et celle de M. Collomb Claude, dit Joseph, grand amiral de la cascade de Grésy. Cet illustre marin (d'eau douce) a le défaut de pousser un peu trop l'eau à son moulin ; ainsi il avait rêvé dernièrement d'avoir chez lui le bureau de poste accordé à la commune ; les facteurs et le public viendraient boire à son café, le télégraphe servirait plus tard à commander les approvisionnements et les dîners. Malheureusement le local exigeait une dépense d'au moins six mille francs, et encore n'était-il pas central. Les autres restaurateurs manifestaient le même désir. Le conseil municipal décida à l'unanimité, et fort sagement, que le bureau ne serait pas placé chez un débitant, et choisit la maison Liaudet, plus centrale et où il n'y a aucune réparation à la charge de la commune. Cette décision ne fut pas du goût du grand amiral, qui, pour se venger, arma en guerre le Christophe Collomb et s'embarqua sur la mer orageuse du suffrage universel. L'équipage est formé : on prend des blancs, des rouges, des membres de l'ancien conseil, des ambitieux comme le chef, et de tout cela on fait une liste, non, une salade parisienne comme on n'en trouve qu'au restaurant de la Cascade. Après avoir navigué péniblement, après avoir perdu la boussole maintes fois, le grand amiral vient enfin de remporter une victoire complète. Sonnez, trompettes ! tonnez, canons du Christophe Collomb ! jouez, belles nymphes de la Cascade ! Deux conservateurs seuls passent dans le conseil ; M. le comte de Loche, qui a fait son possible pour doter sa commune d'un bureau de poste, n'en fait pas partie. Le grand amiral est élu le dernier avec 400 voix. Puisse-t-il, avec un si joli numéro, faire les affaires de la commune aussi bien que les siennes !

Références documentaires

Documents d'archives
  • FR.AD073, C2959, Cadastre de 1728, Grésy-sur-Aix, vue 3, 1732.

    AD Savoie : C2959
  • FR.AD073, 81S46, Service hydraulique. Grésy-sur-Aix. Usines : procès Collomb-Brachet-Calloud et les Domaines as. prise d'eau (Sierroz, 1857-1862), moulin Vittet (Deisse, 1872-1873), scierie Picon (Deisse, 1884), moulin Collomb (Sierroz, 1881-1886), usine Dalby (Sierroz, 1884-1887), moulins Durand (Sierroz, 1885-1887), Mottet (Meunaz, 1898-1901), usine Jacquier-Poncet (Sierroz, 1909-1910), 1857-1910.

    AD Savoie : 81S46
  • FR.AD073, 44SPC6, Ponts et chaussées, service hydraulique. Grésy-sur-Aix : moulin Vittet (Deysse, 1873) ; scierie Picon (Deysse, 1881-1884) ; moulins Collomb (Sierroz, 1882-1885), Dalby (Sierroz, 1884-1887), Durand (Sierroz, 1886-1887) ; exploitation des Gorges du Sierroz (demande Jacquier-Poncet, 1909-1910), 1873-1910.

    AD Savoie : 44SPC6
  • FR.AD073, 3P 7140, Premier cadastre français, Grésy-sur-Aix, Section A, feuille 4, 1880.

    AD Savoie : 3P 7140
  • FR.AD073, T165, Fonds de la Préfecture, affaires culturelles, Dossiers des sites et monuments naturels, Gorges du Sierroz, 1934-1935.

    AD Savoie : T165
  • FR.AD073, T424, Fonds de la Préfecture, affaires culturelles, Sites et monuments naturels. CHALLES-LES-EAUX. Projet de réaménagement du Casino et de l'établissement thermal (1964). CHIGNIN. Maison de Revel : demande de classement (1961-1964). Divers (1963). CHINDRIEUX. Ligne électrique (1967). GIETTAZ (la). Inscription à l'inventaire du col des Aravis et des abords de la R.N. 503 (13 décembre 1948). Permis de construire Colomb, photos (1972). GRESY-SUR-AIX. Gorges du Sierroz : affaire Poncet (1943-1944). HAUTELUCE. Classement ou inscription à l'inventaire : Village d'Hauteluce (16 avril 1943). Hameau d'Annuit (8 avril 1943). Hameau de Belleville (13 avril 1943). Hameau d'Entre -deux-Nants (8 avril 1943). Hameau du Praz (8 avril 1943). Hameau du Pré (13 avril 1943). Pont de Colombe et Oratoire Notre-Dame des Apôtres (13 avril 1943). Col des Saisies (2 novembre 1943). Lac de la Girotte et abords des cols du Joly et de la Fenêtre, photos (28 avril 1943). Divers (1943-1970). LANDRY. Défense du torrent du Ponthurin (1951-1952). LANSLEBOURG-MONT-CENIS. Plateau du Mont-Cenis inscription à l'inventaire (19 octobre 1948). LANSLEVILLARD. Hameau des Essarts : ligne électrique (1964). LEPIN-LE-LAC. Eglise : fils électriques (1943). MACOT-LA-PLAGNE. Dolmen de Nanfrozin : remise en état (1967). MONTMELIAN, Citadelle. Réservoir d'eau (1962-1963). Projet de classement de l'ancienne chapelle (1962-1964). Travaux de consolidation (1971-1972). MONTVERNIER. Route d'interêt communal n° 77 et chapelle de la Balme : inscription à l'inventaire (6 juillet 1945). MOTZ. Inscription à l'inventaire des gorges du Fier, du pont sur le Fier et de la colline de Châteaufort (30 juillet 1943).

    AD Savoie : T424
  • FR.AD073, 3P 7141, Cadastre rénové, Grésy-sur-Aix, Section A, feuille 5, 1988.

    AD Savoie : 3P 7141
  • FR.AD073, J1706, Inventaire des moulins de Savoie. Association des amis des moulins savoyards. Nicole Gotteland, Louis Crabières, commune Grésy-sur-Aix.

    AD Savoie : J1706
Bibliographie
  • HB. de Saussure, Voyages dans les Alpes, précédés d'un Essai sur l'histoire naturelle des environs de Genève, Tome 3, Fauche-Borrel, Neuchâtel, 1796.

    p.15.
  • JF.Albanis-Beaumont, Description des Alpes grecques et cottiennes ou tableau historique et statistique de la Savoie, Tome 2, Augustin Renouard, Paris, 1806

    p.379-382.
  • IB.Francoeur, Notice sur la ville d'Aix en Savoie et sur ses eaux thermales, imprimeurs Boutin, Bottero et Alessio, Chambéry, 1826.

  • Guide du voyageur en Savoie et en Piémont, Éditeur des guides Richard, Paris, 1835.

  • O. De Valorge, Promenade dans une partie de la Savoie et sur les bords du Léman, Imprimerie Dumoulin et Ronet, Lyon, 1847.

    p.88.
  • G.de Mortillet, Guide de l'étranger en Savoie, Perrin, Chambéry, 1855,

    p.233.
  • La Gazette de Savoie, 31 août 1860.

  • A.Raverat, A travers le Dauphiné, voyage pittoresque et artistique, Librairie Maisonville et fils et Jourdan, Grenoble, 1861

  • J.Berthet, Aix-les-Bains, Ses thermes, Traité complet, imprimerie Puthod fils, Chambéry, 1862.

    p.58.
  • J. Boucher de Perthes, Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse en 1859, Jung-Treuttel, 1867.

  • Comte de Loche, Histoire de Grésy-sur-Aix, Imprimerie Albert Bottero, Chambéry, 1874.

    p.187-195.
  • Le Courrier des Alpes, 23 mai 1882.

  • Le Courrier des Alpes, 15 mai 1884.

  • S. Pomini, Les Gorges du Sierroz, entre rêve et réalité, Editions GAP, 2008.

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