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Usine de dentelle mécanique dite Etablissements Platel & Cie tulle - dentelle puis société Commarmond dite Dentelle de Lyon

Dossier IA69000999 réalisé en 2003

Fiche

AppellationsDentelle de Lyon société Platel-Commarmond
Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication
Dénominationsusine de dentelle mécanique
Aire d'étude et cantonLyon patrimoine industriel - Villeurbanne
AdresseCommune : Villeurbanne
Adresse : 77 rue, Anatole-France , impasse, Dubois , 3 rue
Garet
Cadastre : 1999 AS 27

L'atelier du maître tulliste Henri-Alexandre Platel s'installe impasse Dubois à Villeurbanne en 1910, il est spécialisé dans la fabrication de la dentelle. Un des métiers de cet atelier a été présentés à l'exposition internationale de Lyon de 1914 (?). C'est le fils Pierre-Henri Platel qui prendra la suite de son père dans les années 1930. Le fils de ce dernier Edmond-Alexandre Platel, sera formé à l'école de tissage de Lyon avant de rejoindre l'atelier de Villeurbanne dans les années 1950. La société Commarmond est la société commerciale qui travaille avec l'atelier Platel, jusqu'aux années 1990, la société vendra à monsieur Delcultieux qui remplacera monsieur Platel parti pour des raisons de santé. La société Platel-Commarmond est spécialisée dans la dentelle à façon, dans la fabrique de nappes, de napperons de mantilles, tulles et spécialités. Cette société est propriétaire de huit métiers à tisser la dentelle, pièces uniques fabriquées sur une base de mécanique Vicenzi de 1860. Madame Pat Earnshaw spécialiste des «Pusher machine» (métiers dentelle), explique que c´est dans la région lyonnaise et seulement là, que ce type de dentelle est fabriquée. Il s'agit de dentelle à nappes rondes de 5 mètres de diamètre, de dentelle à rideaux, le tulle-illusion (un article de 3 grammes au mètre carré contre 15 à 20 grammes au tulle de coton) ainsi que tout modèle grande largeur. En accord avec le dernier propriétaire des métiers, et sur proposition de l´inspection des Monuments historiques, ces huit métiers, sont classés au titre des objets par un arrêté ministériel du 5 janvier 1996. La société loue les locaux (non protégés au titre des Monuments historiques) qui abritent ces métiers, ainsi que l´ensemble de la chaîne de fabrication, au propriétaire d'origine monsieur Platel. Ces ateliers, en rez-de-chaussée ont été construits autour des métiers, très volumineux et lourds, tout en fonte, pesant pour les plus lourds 17 tonnes et de sept mètres de long pour les plus longs. Depuis le mois de décembre 2002, la société Commarmond est en grande difficultés économiques. En effet, cette entreprise est en perte de vitesse et doit faire face à de graves problèmes économiques. Les métiers étant arrêtés, la société désire quitter les lieux et reprend donc contact avec les services patrimoniaux pour demander aides et conseils quant au devenir des machines. La recherche d'un lieu d'accueil pour les métiers n'a abouti que pour deux d’entre eux, en 2006, deux métiers classés rejoindront la cité internationale de la dentelle de Calais (cf annexe). Les autres seront déclassés par la Commission supérieure des monuments historiques 4ème section : décision le 29 janvier 2008, l´arrêté n° 045 portant déclassement au titre des monuments historiques de six métiers à tisser. En 2010, au moment du déménagement des métiers en partance pour Calais, un troisième métier sera sauvegardé par une association villeurbannaise aidé par la mairie de Villeurbanne. Rappelons qu'à Lyon et Villeurbanne, il existe une grande tradition de fabrique de dentelle depuis le début du XIXe siècle. L'exemple des sociétés Dognin et Baboin montre cette importance, ainsi que toute la fabrication du tulle (base de la dentelle) basée dans la région de Tarare et dans le nord Dauphiné. Exemple de la société Dognin installée également à Villeurbanne : Installée place Louis XVI (place Morand) jusqu'en 1838, la société Dognin créée en 1805 fabrique du tulle sur métiers à chaîne dérivés des métiers à bras. Les premiers métiers anglais sont fabriqués par Heathcoat en 1808 et sont importés à Calais en 1816, malgré l'interdiction d'exportation. Jean-Claude Dognin, envoie son fils Michel-Camille acheter des métiers bobin (anglais) à Calais, pour Lyon. La société fabrique du tulle grenadine en blanc et noir créé en 1825, puis le tulle zéphir et le tulle illusion. A Calais, monsieur Dognin s'associe à Augustin Isaac, inventeur breveté du procédé appliquant le jacquard au métier à bobines, ce qui entraîne une parfaite imitation des parties épaisses ou mat de la dentelle avec ajout d'un fil de contour en soie passé à la main par des brodeuses à domicile. L'usine Dognin & Cie de Calais (en collaboration avec A. Isaac) fonctionne jusqu'en 1859. Puis les métiers sont transformés et rapatriés dans une nouvelle usine (moteur à vapeur) construite à la Croix-Rousse (rue Pelletier) qui fonctionnera jusqu'en 1909. Une partie mécanique, (fabrique les métiers à tisser la dentelle), est également installée à Villeurbanne. Dans le même temps, des bureaux administratifs et commerciaux sont ouverts rue Puits Gaillot. En 1871, la société Johnson ouvre une usine de construction de métiers à tisser la dentelle, également à Villeurbanne au 17, rue de l´Egalité. La société Dognin diversifie sa production en fabriquant des nappes, napperons, rideaux, etc..., avec les textiles artificiels, synthétiques puis élastiques.

Période(s)Principale : 1er quart 20e siècle
Dates1910, daté par source

L'atelier de Villeurbanne est de forme rectangulaire en mâchefer tout en rez-de-chaussée assez rudimentaire. Le toit est éclairé par des sheds et un toit à longs pans. Les baies en façade ouest sont de forme rectangulaire à huisseries métallique.

Mursenduit
Toittuile mécanique, verre en couverture
Plansplan rectangulaire régulier
Étagesen rez-de-chaussée
Couverturesshed
toit à longs pans
États conservationsétat moyen

Dossiers machines dans Palissy : machines classées monuments historiques jusqu'en 2007 puis déclassées pour 6 d'entre elles. L'atelier est situé sur la commune de Villeurbanne, le siège social à Lyon. L'atelier n'a hélas jamais été protégé MH. Suite à la fermeture du site en 2002, la recherche d'un lieu d'accueil pour les métiers n'a abouti en 2006 que pour deux d'entre eux qui ont rejoints l'atelier-réserve de la cité de la dentelle de Calais. Le déménagement des deux métiers Husband et Putigny, restés classés monument historique, s'est bien déroulé et les métiers ont pu, rejoindre le conservatoire de la cité internationale de la dentelle de Calais pour intégrer les collections du musée fin juin-juillet 2010. Un métier Johnson a été sauvegardé au moment du déménagement par une association Villeurbannaise aidée par la mairie de Villeurbanne.

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Etat des lieux 2002-2010

    Métiers à tisser la dentelle de la société Platel-Commarmond localisée à Villeurbanne, Impasse Dubois au 77 rue Anatole France.

    Historique et chronologie

    En 1910, la société Platel, spécialisée dans la dentelle à façon, s´installe dans un atelier à Villeurbanne. Cette société est propriétaire de huit métiers à tisser la dentelle, pièces uniques fabriquées sur une base de mécanique Vicenzi de 1860. Cette société s´associé avec une société commerciale la société Commarmond. En 1996, en accord avec le nouveau propriétaire des métiers, et sur proposition de l´inspection des Monuments historiques, ces huit métiers sont classés au titre des objets par un arrêté ministériel du 05 janvier 1996. La société loue les locaux non protégés au titre des Monuments historiques, qui abritent ces métiers, ainsi que l´ensemble de la chaîne de fabrication, à un monsieur Platel propriétaire. Ces ateliers, en rez-de-chaussée ont été construits autour des métiers, très volumineux et lourds, tout en fonte, pesant 17 tonnes et de sept mètres de long chacun pour les plus volumineux. Depuis le mois de décembre 2002, la société Commarmond est en grandes difficultés économiques. En effet, cette entreprise est en perte de vitesse et doit faire face à de graves problèmes économiques. Les métiers étant arrêtés, la société désire quitter les lieux et reprend donc contact avec les services patrimoniaux pour demander aides et conseils quant au devenir des machines.

    Historique de la dentelle à Villeurbanne

    La maison Dognin, fondée à Lyon en 1805, est spécialisée dans le tulle de soie. Après 1815, le fils Dognin part à Calais chercher des métiers à broder anglais. A partir de 1859, est construite une grande usine à la Croix-Rousse (rue Pelletier), mais la partie mécanique est installée à Villeurbanne. Dans le même temps, en 1871, la société Johnson ouvre une usine de construction de métiers à tisser la dentelle, également à Villeurbanne au 17, rue de l´Egalité.

    Etat des lieux

    Les services patrimoniaux de la DRAC monuments historiques (Lionel Bergatto et Olivia Bourrat) et de la région Rhône-Alpes Inventaire du patrimoine (Nadine Halitim-Dubois) ont démarché plusieurs musées de sites en France, ainsi que diverses communes (Lyon-Villeurbanne). Tous plaident le manque de locaux disponibles et le manque de budget pour le déplacement des machines. Une société étrangère est candidate à la reprise d´une partie des métiers. Mais la protection monument historique interdit leur vente à l´étranger. Ils ne peuvent non plus être ferraillés. Soutient de l´association villeurbannaise Cadre de vie et patrimoine.

    La solution idéale serait que ces métiers demeurent en place, in situ, ou sur le territoire régional. L´atelier aurait dû être également protégé. Métiers à tisser la dentelle de Lyon, ils sont en effet les témoignages matériels de l´histoire industrielle du département. Au moment où la ville de Villeurbanne travaille, elle, à un projet de centre de la mémoire (centre mémoire et société du Rize) et de mise en valeur des édifices et lieux qui font l´identité de cette ville, une réflexion intégrant un devenir possible de ces machines, qui confondent en elles patrimoine et mémoire serait intéressante.

    Le 18 juillet 2006, Patrick Paul Dubois nous informe qu´il a été désigné liquidateur judiciaire des actifs de l´entreprise Commarmond par décision du tribunal de commerce et nous interroge sur la marche à suivre quant à la cession des métiers (rappel du régime de protection des objets mobiliers classés au titre des monuments historiques).

    32 rue Molière 69006 Lyon (affaire suivi par Mathieu DORIMINI).

    Le bailleur est monsieur Platel : (ancien maître tulliste).

    Une première rencontre a lieu avec nos collègues spécialistes du musée des beaux-arts et de la dentelle de Calais qui seraient intéressé par des machines pour la future cité internationale de la dentelle de Calais : Martine Fosse conservateur en chef et Arnaud Hamy visitent les lieux ; une seconde rencontre plus technique, en prévision du déménagement, a lieu avec l´équipe de Calais : Arnaud Hamy, Michel Bouin, André Bédélé, et Didier Stemput.

    En novembre 2006, Patrick Dubois nous transmet la demande du cabinet d´avocats Leriche faite au nom de M. Breuiller, propriétaire d´un des deux ateliers, de la restitution pure et simple des lieux vidés des métiers.

    Le 18 janvier 2007, réception du rapport de visite de l´équipe de Martine Fosse directrice du musée de la dentelle de Calais ; Son rapport propose le rapatriement à Calais du métier Putigny et du métier Husband, ces métiers rejoindraient l´atelier de conservation afin de mettre en place une collection de référence pour la future cité de la dentelle de Calais.

    A noter, dans le même temps, que les industriels calaisiens militent auprès du ministère pour une protection d´une partie de leurs outils de production (ce qui aurait pour effet de diminuer leur taxe professionnelle).

    Demande de devis à la société LELIEUR LEVAGE (spécialisé dans ce type de déménagement) 62340 Guines

    Le déménagement des deux métiers à tisser la dentelle a un coût de 42 000 euros TTC, la Drac RA s´engage à donner 17 000 euros, la ville de Calais le reste.

    Commission supérieure des monuments historiques 4ème section : décision

    Le 29 janvier 2008, l´arrêté n° 045 portant déclassement au titre des monuments historiques de six métiers à tisser (ceux qui ne partent pas à Calais) : considérant que la société propriétaire des quatre métiers de marque « Johnson » et deux métiers de marque Biol, désignés ci-après est en liquidation judiciaire et que le bâtiment où ils sont entreposés doit impérativement être libéré ; que ces métiers n´ont pu être intégrés dans aucun projet de conservation et de mise en valeur à caractère muséal ou patrimoniale, que par ailleurs, l´un des métiers de marque Biol se trouve hors service et ne présente plus un état de conservation physique autorisant sa présentation ou sa mise en valeur ultérieures.

    Fin 2008 début 2009, la ville de Calais retire sa participation financière à ce projet inter-régional. Le projet de déménagement reste alors caduc.

    Pour pallier la non participation de la ville de Calais, une demande est faite auprès du conseiller pour les fonds européens, drac Rhône-Alpes, qui propose de transférer cette demande auprès de son collègue de la drac Nord-pas-de-Calais. Sans résultats.

    Rebondissement, la ville de Calais décide de verser de nouveau la subvention, la date du déménagement est fixée à la fin du mois de juin début juillet 2010. Dans la foulée les associations et la ville de Villeurbanne décident de sauvegarder avec l´aide des personnes de Calais déjà sur place, un métier Johnson fabriqué à Villeurbanne. Ce métier sera transféré dans un entrepôt à Vaulx-en Velin (carré de la soie). Les métiers rejoignent l´atelier-réserve Aubert de Calais dans de très bonnes conditions. La boucle est bouclée et les métiers sauvés et visibles.

  • Extrait du journal d'Auguste Isaac

    ISAAC Auguste, journal d´un notable lyonnais, 1906 - 1933, textes choisis et annoté par Hervé Joly, Ed. BGA Permezel, 2002

    En 1906, à 57 ans, Auguste Isaac (1849-1938) président de la chambre de commerce de Lyon commença l´écriture d´un journal où pendant plus de 30 ans, il consigna au gré des événements et de ses responsabilités successives, ses actions et réflexions mais aussi ses rencontres avec de nombreuses personnalités de premier plan, tant lyonnaises que régionales et nationales. Ce document rare dans le monde des affaires, constitue une véritable fresque du monde économique, politique et social du 1er tiers du XXe siècle, saisi par un notable lyonnais. Il se trouve à un tournant de sa vie, de moins en moins industriel, il s´éloigne de la gestion quotidienne de l´entreprise familiale de tulle et dentelle Dognin et Cie.

    En fait, la famille Isaac est associée à une importante entreprise de tulle et dentelle. Le père d´Auguste était déjà, au-delà de sa réussite industrielle, un notable lyonnais bien implanté dans diverses institutions. Lui-même cumule un nombre considérable de fonction locale, qui l´amène ensuite à prendre une dimension nationale.

    Lorsque, en 1841, le grand-oncle d´Auguste, Augustin Isaac (1810-1869) s´associe à Michel Dognin, dit Camille (1812-1886), il s´insère dans une entreprise créée par le père de ce dernier 36 ans auparavant. (maîtrise d´histoire d´Agnès COLON , 1993-94).

    C´est en effet en 1805 que Jean-Claude Dognin (1785-1848), fils de rentiers lyonnais d´origine savoyarde, a ouvert un magasin de tulle à la X-Rousse (rue Imbert-Colomès). (tulle : tissu léger et transparent, fait avec qques brins très fin de fil de coton ou de soie et formant un réseau rond ou carré). Il fabriquait ses tulles sur ses propres métiers, aidé par sa femme et quelques ouvrières. Sa réussite rapide a reposé d´une part, sur l´acquisition en contrebande (malgré l´interdiction d´exportation qui les frappait) de nouveaux métiers bobins (le bobin est le nom donné à l´époque à une sorte de tulle) anglais équipés du système Heathcoat, qui a permis une forte augmentation de la productivité, et, d´autre part, sur le lancement, vers 1825, d´une fabrication de tulle de soie, beaucoup plus fin que le tulle de coton produit jusqu´alors. L´entreprise Dognin devient très pospère et installe au début des années 1830 ses bureaux dans le nouveau quartier des affaires de Lyon, sur la rive gauche du Rhône, aux Brotteaux (cours Morand à l´angle de la place Louis XVI : crs Franklin-Roosevelt et place Maréchal-Lyautet aujourd´hui).

    En 1840, fortune faite, il s´est retiré à 55 ans dans sa nouvelle résidence campagnarde de Neuville-sur-Saône et à vendu son affaire à son fils moyennant une rente de 6000F/an ; ses deux filles, mariées à des fabricants de textile, n´ont pas été associées.

    Camille Dognin est après des études au pensionnat Grandperret à la croix-rousse, entré comme commis chez son père. A plusieurs reprises, il a été envoyé à Calais, à la fois pour y traiter des affaires et pour améliorer ses connaissances mécaniques : cet important port par lequel transitait la majeure partie des exportations françaises vers l´Angleterre., était devenu depuis les années 1810-1820 , le grand centre français du tissage mécanique. Recu dans les salons bourgeois calaisiens Camille y fait la connaissance d´Adèle Renard, fille d´un industriel local (exploitant d´une scierie et d´un commerce de bois) qu´il épouse en 1838. Il rencontre également Augustin Isaac qui après un apprentissage dans une fabrique lilloise de tulle, travaillait comme commis négociant chez son oncle à Calais et qui attiré par la technique cherchait à améliorer le métier bobin. Camille l´a incité à s´orienter vers la mécanisation du système Jacquart. Après un séjour d´étude à Lyon, Augustin a inventé la barre brodeuse, qui permettait de fabriquer la dentelle avec un métier à tulle bobin.

    En 1840, il a déposé un brevet et, l´année suivante, le commerçant lyonnais et l´inventeur calaisien se sont associés au sein d´une société Dognin fils & Isaac, avec siège à Calais. Dans cette ville Augustin s´occupe de la fabrication des tulles qui sont ensuite envoyées à Lyon pour être teints, apprêtés et brodés. La brodure à l´aiguille s´effectue au sud de Lyon (Condrieu). Camille est chergé de la vente des produits. L´entreprise prend, grâce à l´invention d´Augustin une dimension industrielle internationale.

    En 1851, elle est renforcée par l´arrivée de son neveu Louis Isaac (1824-1899), un bachelier qui après un double apprentissage dans une maison de commissionnaire et chez un fabricant dans le centre lainier de Roubaix, s´est installé à son compte dans cette ville. Il devient l´adjoint aux tissus bobins façonnés à l´achat et à la préparation des affaires d´Augustin. Camille Dognin implanté à Paris depuis 1856, lui propose en 1859 la direction de la maison de Lyon. Louis Isaac s´installe à Lyon à l´âge de 35 ans, avec femme et enfants, cela lui donne accès à une société bourgeoise d´une autre dimension. L´entreprise connaît au cours des années 1850 un développement important. C. Dognin et et A. Isaac s´associent en 1854-1855 aux frères Roque, qui leur apportent un petit atelier de tulle, installé à la X-Rousse (angle bvd x-rousse et jean-baptiste Say) dirigé par un chef ingénieux Gabriel Descombes ; Simon Hass un commerçant de frankfort est également engagé pour animer un nouveau magasin parisien installé rue deu Sentier 37bis) ; parallèlement, le développement de la mode entraîne une forte demande de châles en dentelle. Des succursales sont également implantées en Angleterre, à Nottingham (berceau du tulle) et à Londres.

    Dans le cadre d´une remise en cause générale de l´organisation dispersée, sous forme du travail à domicile, de la fabrique lyonnaise (pierre Cayez, crises et croissance, 1980), l´entreprise Dognin Fils & Isaac fait construire un nouvelle usine à la X-Rousse (8 rue Pelletier) en 1859, avec installation d´une dizaine de métiers.

    Après le retrait des frères Roque, une nelle sté est formée en 1860 entre Camille Dognin, Louis Isaac et Simon Haas comme associés en nom collectif, Augustin Isaac se retirant ; Le siège social est désormais implanté dans le magasin parisien. Camille Dognin se retire dans les années suivantes, la direction est partagée entre Louis Isaac, pour la partie industrielle, à Lyon (les métiers de calais y étant rapatriés en 1860) et S. Haas pour la partie commerciale à Paris.

    Devenue une grande maison spécialisée de la soierie lyonnaise, l´entreprise Dognin & Cie emploie plusieurs centaine d´ouvriers dans son usine de la X-Rousse, auquels s´ajoutent de nombreuses dentellières et brodeuses à domicile.

    La 3eme génération des Dognin et des Isaac accède à la direction de l´entreprise ; Dès 1864 Emile Dognin (1839-1929) employé de la maison depuis 1857 devient le 3eme associé-gérant, installé à Paris. En 1870, il est rejoint par son frère cadet Paul (1847-1931) et par Auguste, fils aîné de Louis Isaac. Même si la société Dognin & Cie conserve jusqu´en 1879 avec S. Haas un associé extérieur, l´entreprise s´identifie durablement à ces deux familles et plus étroitement associées après le mariage d´auguste avec Amélie Dognin.

    Auguste Isaac, 10 ans, (né à Roubaix) suit son père Louis à Lyon en 1860, bachelier en 1867 (étude au Lyon Ampère (lycée impérial), il part faire un séjour de 8 mois en Angleterre, avant de devenir en 1869 (19 ans) salarié de la maison Dognin & Cie.

    En 1873, il épouse la fille de Camille Dognin Amélie (1853-1939), union ainsi des deux familles associées dans la sté Dognin & Cie.

    En 1879 Simon Haas cède ses parts, en 1891, le frère cadet d´Auguste Maurice, devient également associé de la sté. L´entreprise garde le nom de Dognin et Cie, bien que la branche Isaac détient les 3/5eme du capital (contre 2/5eme au seul Paul Dognin)

    1880 : l´entreprise Dognin & Cie reprend des activités industrielles à Calais

    Auguste Isaac qui s´occupe de la fabrication, décide en 1889 pour renforcer l´indépendance de l´entreprise, de faire construire une nouvelle usine d´apprêt pour le tulle à Villeurbanne : en 1900, 350 ouvriers travaillent à Villeurbanne (400 à La X-Rousse). Entre 1906 et 1909 toute la fabrication passe à Villeurbanne l´usine de la Croix-Rousse est fermée.

    Le couple Isaac, avec 11 enfants, s´installe dans le nouveau quartier de la rive gauche (quartier Morand) du Rhône où habite l´élite lyonnaise. (Quai de Serbie).

    A la suite de son père Auguste réussit son intégration dans le monde des notables lyonnais.

    Dès 1880 il cumule des positions importantes : il devient membre titulaire de la chambre syndicale de la fabrique lyonnaise, en 1890, président de la caisse générale des secours des fabricants de soierie et des marchands de soie, il est vice-président d´un comité pour la défense du marché des soies de Lyon (libre-échangiste) qui a lancé en 1890 un pétitionnement général contre les droits de douanes sur les matières premières (ADR, 3M1573). La soierie exerce à cette époque une influence dominante sur l´ensemble des institutions économiques de la ville. Il enchaîne : vice-président de l´Union des chambres syndicales lyonnaises (1889-1891), vice-président de la caisse d´épargne de Lyon. Il devient administrateur de la Cie des bateaux omnibus de Lyon (dont il deviendra le président). Cette accession à de nombreuses responsabilités s´accompagne d´un éloignement des milieux catholiques monarchistes et d´un ralliement à la République (Ponson Ch., les catholiques lyonnais et la chronique sociale 1892-1914, PUL, 1979, p. 208-213) ; Cette ascension sociale s´effectue dans le sillage du banquier Ed. Aynard (1837-1913), président de la chambre du commerce.

    En 1891, il devient administrateur de la sté des logements économiques de Lyon, fondée en 1888 par Aynard, en compagnie du teinturier Joseph Gillet, et des frères Mangini, anciens constructeurs exploitants des lignes régionales de chemins de fer bientôt intégrés au PLM.

    En 1899, il succède à Aynard à la présidence de la chambre du commerce (mandat qui lui sera renouvelé à 5 reprises jusqu´en 1911).

Références documentaires

Documents d'archives
  • AM Lyon : 1 II 0423 1. Papiers personnels de Camille Dognin né en 1812, homme d'affaires, beau-père d'Auguste Isaac, papiers familiaux. 1870-1931

  • AM Lyon : 00008 PH 01598. Stand d'exposition d'objet en acier inoxydable Ets Johnson et cie, une photographie négatif sur film souple NB, 18x24 cm date inconnue

  • AD Rhône : 52 Q 27 n° 431, Succession de Jean-Claude Dognin 1860, 1879, 1891

  • Entretien téléphonique avec madame Marie-Claude Platel. 2010

  • Entretien oral avec monsieur Decultieux directeur de la société Commarmond. mai 2002

  • Entretien oral et filmé avec madame Armani, ancienne ouvrière des ateliers Platel. mai 2002

Bibliographie
  • Plaquette Dognin et Cie, Les associés de la société Dognin décident de faire une publication sur Dognin et Cie. Un dessinateur fait des croquis des usines et Marcel Dognin s'occupe des texte. imprimerie Draeger, 1913

  • Indicateur Fournier. 1897. AM Lyon (accès libre)

    p. 2257
  • Indicateur Henry. 1908. AM Lyon (accès libre)

    p. 2224
  • Indicateur Henry. 1911. AM Lyon (accès libre)

    p. 2266, 2500
  • Indicateur Henry. 1920. AM Lyon (accès libre)

    p. 2781
  • Indicateur Fournier. 1935. AM Lyon (accès libre sans cote) p. 570

    p. 2265
  • Indicateur Henry. 1970. AM Lyon (accès libre)

    p. 1359
  • HENON, Henri. L'industrie des tulles et dentelles mécaniques dans le Nord-pas-de-Calais 1815-1900. Paris, Belin-Frères, librairs-Editeurs, 1900

  • EARNSHAW, Pat. The identification of lace, Shire publications LTD, 1980

  • EARNSHAW, Pat. Dictionnary of lace, Shire publications LTD, 1982

  • EARNSHAW, Pat. Bobbin and needle laces, Batsford, 1983

  • EARNSHAW, Pat. Laces in fashion, Batsford, 1985

  • EARNSHAW, Pat. Lace machine and machine lace, Batsford, 1986

  • EARNSHAW, Pat. Embroidered machine nets Limerick and Worlbwide, Gorse publications, 1993

  • COLON, Agnès. Une société familiale de tulle et dentelle : Dognin et Cie de 1805 à 1914. Mémoire de maîtrise d'histoire, ss la dir. De madame Brelot, Université François Rabelais, Tours, 1993-1994.

  • ISAAC, Auguste, journal d´un notable lyonnais, 1906-1933, textes choisis et annoté par Hervé Joly, Ed. BGA Permezel, 2002

  • VINCENT, Sylvie. Le métier Leavers : une technique, des dentelles mécaniques, in l'oeuvre en multiple, ss la dir. De J. Cuisenier, Ecole du Louvre, Ecole du patriomoine, Collection Etudes et travaux n° 4, 1992

    p. 51 à 70
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Ville de Lyon © Ville de Lyon - Halitim-Dubois Nadine