Paul Gabriel Camsat né en 1859 à Nancy, s´installe à Villeurbanne (en 1910 ?) rue du quatre août pour fabriquer des chaussures. En 1913, Camsat s´allie avec les établissements Suisse Bally installés à Schoenenwend, naissance de la Société Anonyme Bally-Camsat en février 1914 (le bâtiment est construit entre 1914 (plans) et 1916 construction) qui s´installe au 61 rue du quatre août à Villeurbanne. Bally en devient l´actionnaire majoritaire. Georges Menais, géographe, explique qu'en pleine Première Guerre mondiale, l´usine Bally fabrique chaque jours 250 paires de chaussures pour femmes, en 1920, la production passe à 600 paires, en 1960, il sort une moyenne quotidienne de 2900 paires, toutes dans le style « femme Louis XV ». Cette spécialisation a entraîné la création de deux autres sites, un à Moulin, en 1947 et un autre à Chambéry en 1953. La fabrication d´une chaussure se compose d´environ 300 opérations. C´est le service création qui met en place les modèles. Lorsque l´on considère un modèle au point, une « feuille d´ébauche » est mise au point comportant une description détaillée de la tige. Ce document est remis au patronnier qui coupe un patron dans chaque pointure et largeur. Avant l'envoi en fabrication, un plan de la chaussure est dressé avec toutes les indications pour les différents stades, ce plan sert au contrôle en cours d'exécution. Ce qui caractérise la chaussure Bally c'est le procédé de la soudure de la semelle. La chaussure au cours de ce procédé reste six jours sur la forme, pour être remise à l'atelier ensuite à l'atelier de finissage. Bally fera également des chaussures pour hommes. Le personnel de la société Bally-Camsat, composé pour moitié de femmes est hautement qualifié. Les effectifs sont à différentes périodes : en 1943 de 979 salariés, en 1948 de 1408 salariés.
Exemples d´effectifs d´autres sociétés de fabrique de chaussures à la même date : à Romans (26) : usine Fenestrier (puis Clergerie) 598 personnes, à Vienne (38) Urica Pellé 668 salariés, Heyraud à Limoge : 779 salariés, André à Nancy : (famille Lévi) 1809 salariés et en Ille et Vilaine, Fougère JB Martin : 487 salariés. Une première extension a lieu dans les années 20 en alignement sur la rue du 4 août, avec des planchers au point de Hongrie de bel qualité. En 1936 une troisième extension accolée au sud au bâtiment d'origine. Dans les années 1970, une autre série de petites extensions pour des locaux techniques, sans intérêt architectural. Pour ses affiches publicitaires, à partir de 1965, la société fera appel à deux grands affichistes français, l'artiste Bernard Villemot, et l'artiste Alain Gauthier.
En 1996, il ne reste plus que 226 personnes. En 1997, la production de chaussures à Villeurbanne s’arrête. Les ouvriers s’engagent alors dans une lutte de plusieurs mois pour sauver leurs emplois. La fermeture du site a lieu en 1998.
En 2006, un projet de réutilisation en bureaux du bâtiment d´origine construit en 1913 de cinq étages est acté, les autres bâtiments sont démolis. Le projet de l´Ilot Bally réalisé par Bâti Conseil Immobilier Acd, est un ensemble tertiaire de 64 000 m² qui comprend deux bâtiments à usage de bureaux d´activités et la réutilisation du bâtiment d´origine ainsi que la réalisation de 146 places de parking, pour l'installation en partie du Tribunal d'Instance de Villeurbanne (sur 33% du site) : l'architecte intérieur qui a dessiné les menuiseries de la salle d'audience du 1er étage et des banques d'accueil est monsieur Pasquiet Laurent (Paris).
Au moment de la réalisation du dossier, une rencontre avec une magistrate du tribunal et une ancienne salariée de l'usine Bally a permis que soit exposé des photographies de l'ancienne usine Bally-Camsat à l'intérieur de la salle d'audience.
Photographe au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel, site de Lyon