Délimitation géographique de l'aire d'étude : la commune d'Aix-les-Bains
L'aire d'étude considérée dans cette analyse se limite strictement au territoire de la commune d'Aix-les-Bains, dont les frontières sont définies par des éléments naturels et administratifs bien précis.
À l'est, la commune est délimitée par les contreforts du massif du Revard, ainsi que par la station climatique du Mont-Revard. Bien que cette dernière soit située sur les communes voisines, elle reste étroitement liée à Aix-les-Bains, tant sur le plan administratif qu'économique.
À l'ouest, la frontière est tracée par les rivages du lac du Bourget, ainsi que par la commune de Tresserve, avec laquelle Aix-les-Bains partage une partie de son littoral.
Au sud, la commune est bordée par les territoires de Viviers-du-Lac et de Drumettaz, deux communes qui s'étendent sur des zones périurbaines et rurales.
Enfin, au nord, Aix-les-Bains est encadrée par les communes de La Biolle, Brison-Saint-Innocent et Grésy-sur-Aix, ainsi que par la forêt de Corsuet, implantée sur les contreforts sud d'un chainon du Jura, qui forme une barrière naturelle. Les rivières du Sierroz et de la Deisse complètent cette délimitation en servant de frontières naturelles.
La commune d'Aix-les-Bains s'étend sur un delta alluvial formé par les rivières du Sierroz et du Tillet, qui se jettent dans le lac du Bourget à l'ouest. En direction de l'est, le territoire s'élève progressivement sur les premiers contreforts du massif des Bauges, appartenant aux Préalpes du Nord. L'altitude varie ainsi de 231 mètres, niveau du lac du Bourget, à environ 500 mètres sur les hauteurs.
Le réseau hydrographique de la commune est particulièrement dense. Deux rivières principales, le Sierroz et le Tillet, alimentent le lac et reçoivent de nombreux affluents traversant la ville :
Le Nant de la Baye au nord ;
Les ruisseaux des Garins et du Combo à l'est ;
La Saradeine au sud.
Il convient également de mentionner les marais des Plonges, aujourd'hui asséchés, qui faisaient autrefois partie intégrante de ce paysage hydrographique.
Le climat aixois est relativement doux, tempéré par les masses d'eau du lac, la neige n'y tient pas.
Préhistoire et Antiquité
Les premières traces d’installations humaines sur les bords du lac du Bourget remontent au Néolithique, avec quatre sites de stations palafittiques identifiés à Aix-les-Bains : deux dans la baie de Mémard, un à la Culaz et un autre au Grand-Port. La baie de Mémard abrite également des vestiges de l’âge du Bronze.
En revanche, les premières occupations à l’intérieur du périmètre actuel de la ville ne datent elles, que du Ier siècle avant notre ère, mais même ces vestiges ne correspondent pas assurément à un habitat fixe.
À l’époque romaine, Aquae (Aix) est un vicus dépendant de la cité de Vienne. Son développement est lié à la présence de sources minérales chaudes, fréquentées depuis cette époque. Cependant, du centre urbain gallo-romain, seuls des édifices publics (Temples, thermes, Arcs de Campanus) et les nécropoles ont été localisés. On ne connaît à peu près rien de l’organisation urbaine du vicus gallo-romain, de son réseau viaire, de ses habitats.
À partir du Ve siècle, le déclin des thermes marque le début d’une période obscure pour la bourgade, qui ne réapparaît dans les textes qu’en 867 et 1011, lorsque le roi de Bourgogne Rodolphe III offre la villa d’Aix, qualifiée de siège royal, à sa femme Ermengarde, qui la transmet ensuite à l’évêché de Grenoble. À la fin du XIIe siècle, le cartulaire de Saint-Hugues mentionne trois paroisses sur le territoire d’Aix : Sainte-Marie, Saint-Simond et Saint-Hippolyte.
Moyen Âge : un bourg médiéval enserré dans ses remparts
Au Moyen Âge, Aix est désormais un petit bourg entouré de remparts, dont la date de construction reste inconnue, mais probablement au postérieure au XIIe siècle. Le prieuré Sainte-Marie, situé près de l’ancien temple romain, en est le centre religieux et probablement administratif. Depuis au moins la première moitié du XIIIe siècle, Aix et son château sont un fief de la famille de Seyssel, vassale des comtes de Savoie.
Deux hameaux sont attestés par les sources :
Le faubourg de Saint-Hippolyte, situé juste à l’extérieur des remparts, avec un petit prieuré et une maison-forte dépendant de la famille de Savoie (datée du XIIIe siècle par les fouilles récentes).
Saint-Simond (ou Saint-Sigismond), avec son église et son cimetière, dépendant de Saint-Hippolyte.
Les autres villages (Puer, Choudy, Lafin, etc.) existent probablement à cette époque, mais n’apparaissent dans les sources qu’en 1561, lors du dénombrement pour la gabelle du sel. À cette date, sur 1 095 habitants, 46 % vivent dans le bourg, tandis que les autres se répartissent dans une dizaine de hameaux (Saint-Simond : 125 habitants, Puer : 91, Choudy : 87, Lafin : 86, etc.). Cette répartition géographique de l’habitat reste figée jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Les temps modernes : entre déclin et renaissance
Au XVIIe siècle, le Theatrum Sabaudiae, un ensemble de plans des principales villes de duché dessinée pour le duc de Savoie, montre une bourgade repliée dans ses remparts, avec le château accolé au temple romain. La collégiale (construite à l’emplacement de l’ancien prieuré à partir de 1513), son cimetière et les bâtiments du chapitre forment le centre religieux.
Le 9 avril 1739, le des derniers grands incendies qui ponctuait la vie urbaine depuis le Moyen-Age, détruit 80 maisons, soit près de la moitié de la cité. Pour la reconstruction, le roi impose un plan d’alignement avec des règles strictes (interdiction des maisons de plus de deux étages).
En 1775, le roi Victor-Amédée III ordonne la construction d’un bâtiment thermal (1779-1783), qui oblige à démolir une grande partie de l’ancien centre-urbain médiévale, et qui marque une première renaissance du thermalisme. Bien que jamais totalement abandonné depuis l’Antiquité, cette activité était restée marginale jusqu’alors. La population atteint 1 700 habitants en 1793.
Révolution et Empire : le renouveau thermal et l’émergence du lac
Sous la Révolution, le thermalisme marque le pas, mais les cafés, bars et auberges se développent comme lieux de sociabilité. À la fin du XVIIIe siècle, le lac du Bourget commence à prendre de l’importance. Le petit môle portuaire de Puer, construit en 1783, devient un port fréquenté par les bateaux ravitaillant l’armée des Alpes, puis aménagé pour l’exportation de marchandises. Ce développement entraîne la création de l’avenue du Lac et des premières constructions hors du centre historique.
Avec l’Empire, le thermalisme renaît et attire des personnalités comme Pauline Bonaparte, Mme Mère et la reine Hortense de Beauharnais… Une infrastructure hôtelière se développe : le nombre de curistes passe de 400 en 1802 à 1 200 en 1808. La ville s’étend hors de ses remparts, suivant les grands axes de circulation.
Aix française : l’essor thermal et l’arrivée du chemin de fer
L’annexion de la Savoie à la France en 1860 supprime les barrières douanières et dynamise le thermalisme. L’achat du château des marquis d’Aix en 1864, transformé en hôtel de ville, renforce le centre administratif. L’arrivée du chemin de fer Victor-Emmanuel en 1856, puis son raccordement au réseau français, facilite l’afflux d’une clientèle internationale. La construction de la gare en 1866 marque une scission dans le paysage urbain, séparant le centre historique des nouveaux quartiers populaires (avenues d’Italie, de Tresserve).
La Belle Époque : l’âge d’or du thermalisme et de la villégiature
Toutes les conditions sont réunies pour un essor fulgurant du thermalisme :
7 938 curistes en 1870,
14 000 en 1875,
24 000 en 1885.
Le libéralisme économique et l’influence des entrepreneurs locaux favorisent l’émergence d’une industrie hôtelière luxueuse, financée par des capitaux lyonnais, parisiens ou genevois. Les palaces et les villas de villégiature se multiplient. À partir des années 1880, l’urbanisation gagne les coteaux, au détriment des vignobles.
Aix devient une station internationale, fréquentée par les aristocrates européens (reine Victoria, empereur du Brésil, impératrice Sissi, roi Georges Ier de Grèce). Le centre-ville est presque entièrement reconstruit entre 1875 et 1910, perdant son aspect médiéval. De nouvelles rues sont percées, et des espaces urbains structurés (place de la mairie, place du marché).
Le Grand Port, agrandi vers 1875, devient un lieu touristique avec des liaisons en bateau à vapeur vers Lyon et des promenades sur le lac. Le Petit Port, aménagé à la fin du XIXe siècle, accueille les barques de pêcheurs et de promeneurs.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’activité thermale s’arrête. La ville devient un centre de soins pour les militaires blessés et un lieu de repos pour l’armée américaine (YMCA) à partir de 1917. La plupart des hôtels sont réquisitionnés.
L’Entre-deux-guerres : diversification et déclin de la villégiature.
Dans les années 1920, Aix diversifie ses activités. La Savoisienne de constructions électriques implante la première grande usine, suivie par d’autres unités industrielles dans les anciens marais, entre les quartiers ouvriers (derrière la gare) et la plaine de loisirs (hippodrome, stade, golf).
La construction de maisons de faubourg commence à modifier le paysage entre les anciens hameaux et le lac. La fin des monarchies en Europe et les bouleversements post-Première Guerre mondiale mettent fin à l’ère des aristocrates en villégiature, remplacés par une bourgeoisie d’affaires, souvent américaine, jusqu’à la crise de 1929.
Le maire Maurice Mollard confie à l’architecte Hébrard un plan d’embellissement pour contrer les effets de la crise. Sous la direction de l’architecte Pétriaux, la ville devient un chantier permanent (abattoirs, thermes, parc des thermes, plage, aquarium).
La fin du XXe siècle : du thermalisme de masse à la diversification économique
Après la Seconde Guerre mondiale, le thermalisme se démocratise avec la création de la Sécurité sociale. Aix devient la première station thermale de France dans les années 1980, avec près de 60 000 curistes. Cependant, les grands hôtels et palaces, déjà affaiblis par la guerre, ferment entre 1950 et 1965 et sont reconvertis en appartements.
La population permanente augmente rapidement, grâce à un solde naturel positif et à l’arrivée de retraités attirés par le climat. La ville dépasse les 25 000 habitants et développe des zones d’habitat social (Marlioz dans les années 1955, Lafin en 1974).
À la fin des années 1990, le thermalisme traditionnel décline. Pour y remédier, l’État construit un nouvel établissement thermal sur les hauteurs, mais celui-ci, éloigné du centre, peine à s’imposer. L’ancien établissement, vétuste, est finalement abandonné en 2010 après sa privatisation et en cours de reconversion en immeubles destinés à l’habitat.
Depuis les années 1990, l’activité économique s’est diversifiée avec la création des zones économiques des Combaruches, de Savoie Hexapôle et du technopôle du Bourget-du-Lac, dans lesquelles Aix-les-Bains joue un rôle actif. Aix dépasse désormais les 33 000 habitants et l’urbanisation couvre l’ensemble du territoire communal, en dehors de zone de parcs et de forêts protégées.
Photographe au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel, site de Lyon