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Cimenterie d'Albigny-sur-Saône dite la Société des Ciments Portland de Couzon actuellement Société des Placages du sud-est

Dossier IA69001291 réalisé en 2010

Fiche

Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication
Dénominationscimenterie
Aire d'étude et cantonRhône-Alpes patrimoine industriel - Neuville-sur-Saône
HydrographiesSaône
AdresseCommune : Albigny-sur-Saône
Adresse : rue, Aristide-Briand , rue, Chirat , avenue
Henri-Barbuse
Cadastre : 1999

La cimenterie d´Albigny-sur-Saône, au pied des carrières de Couzon-au-Mont-d´Or, se situe entre la Saône et la voix ferrée reliant Lyon à Paris, à mi-distance entre Albigny et Couzon, à une dizaine de kilomètres au nord de Lyon, dans le Rhône. Lorsque la Saône arrive près de Lyon, elle pénètre dans un défilé séparant les Monts d´Or, à l´ouest, des collines du rebord occidental de la Dombes, à l´est, lieu qui, au dire des connaisseurs, est un site assez remarquable de la vallée et qui se trouve très vite caractérisé par un immense fond de carrière entre le pittoresque village d´Albigny-sur-Saône, dominé par son église ancienne, et le vieux village de Couzon-au-Mont-d´Or. Entre la voie ferrée, qui longe les carrières, et la route parallèle à la Saône, prend place une petite zone industrielle. Parmi les bâtiments de construction récente, souvent postérieures à 1970, s´insèrent étrangement de grandes constructions de béton armé et de briques, dont l´architecture est plus ancienne, qui abritent la Société des Placages du sud-est. Cette société a réutilisé les bâtiments d'une ancienne cimenterie construite entre 1926 et 1930. L´histoire du site est liée à la construction de l´agglomération lyonnaise, qui commence à quelques kilomètres au sud de là. En fait, pour faire face à cette extension, on fit bientôt appel aux carrières des Monts d´Or, et notamment celle de Couzon, qui fut le siège, dès le XVIème siècle, d´une activité importante. Au XIXème siècle, l´extraction des pierres mobilisa jusqu´à plusieurs centaines de carriers, tandis que les matériaux étaient transportés par voie fluviale jusqu´à Lyon. La concurrence du chemin de fer et des matériaux de meilleure qualité venant des carrières du Dauphiné amena pourtant au tournant du siècle, le rapide déclin de cette industrie à Couzon, au point qu´elle s´éteignit complètement lors de la Grande Guerre. L´exploitation ne fut pas reprise après la guerre, et c´est alors qu´une société se constitua, en 1926, la Société des Ciments Portland de Couzon, au capital de 10 millions de francs, qui conçut le projet d´utiliser le calcaire des carrières pour fabriquer du ciment. Le site se prêtait à un certain nombre d´avantages : outre la disponibilité du terrain, longtemps utilisé par les carriers, et l´existence d´une main d´oeuvre locale importante, la présence d´une ligne de chemin de fer au pied même de la carrière et la proximité de la Saône, qui déterminera la construction d´un port, facilitaient l´implantation d´une telle industrie. D´importants travaux d´aménagement furent alors engagés, du côté des carrières et du côté de la rivière, le site fut raccordé à la voix ferrée, et d´imposants bâtiments furent construits tandis que l´on commença l´équipement de la cimenterie proprement dite. Toutefois, dès 1929, ces travaux furent interrompues par la faillite du groupe financier commanditaire qui en assurait l´initiative, Caquelle société était liée à la célèbre banquière Marthe Hanau dont l´arrestation déboucha sur l´un des plus gros scandales financiers de la IIIème République. Après ce coup d´arrêt, les travaux ne furent pas repris ; d´autant que des difficultés techniques liées à la forte teneur en silice du calcaire de Couzon aient semblé constituer un handicap suffisamment important alors que la crise économique des années trente restreignait la demande en ciment. Finalement, la cimenterie resta donc à l´état de vestige inachevé et ne fonctionna jamais, tandis que les bâtiments étaient rachetés en 1947, par une Société de placage en bois. Le procédé Portland de fabrication du ciment artificiel qui devait être utilisé à Albigny et le fut dans les autres usines de la Société des Ciments Portland Artificiel de Couzon (à Die, dans la Drôme ; à Aspres-sur-Bueet, dans les Hautes-Alpes) fut mis au point au XIXème siècle par le français Vicat et l´anglais Apsdin. Il s´agit d´obtenir du silicate d´alumine, en mélangeant en poudre très fine du calcaire et de l´argile, mélange qui se durcit au contact de l´eau et de l´air. La fabrication se déroule en plusieurs opérations : extraction des matériaux des carrières (calcaire), concassage, broyage et tri, mélange des différents composants, calcaires et argiles, chauffage au four, à 1500°C, nouveau tri des nodules obtenus après fusion, broyage des nodules, stockage. Les installations de la cimenterie, presque au complet, bien que celle-ci soit restée inachevée, permettent de retracer ces différentes étapes, d´autant que la quasi-totalité des bâtiments construits avant 1930 ont été réutilisés par les propriétaires d´après-guerre. Une des plus importantes de son époque, la cimenterie d´Albigny-sur-Saône, devait fournir après quelques années une production annuelle estimée à 250.000/300.000 tonnes. Au krach financier s´ajouta des difficultés d´ordre technique qui interrompirent définitivement le projet : seule la partie basse des carrières pouvait être exploitée à bon escient, le reste de la falaise (couches claires) étant d´une extraction inutile et donc coûteuse. La fabrication telle qu´elle était conçue à l´époque était très peu mécanisée aussi l´exploitation des carrières de Couzon et la production de ciment devait faire appel à une main d´oeuvre considérable. Des projets de logement de cette main-d´oeuvre virent le jour avec la construction des immeubles à Albigny et à Couzon pour loger les premiers ouvriers de l´usine et ceux du chantier. A cet égard les chiffres de la population des différentes villes des Monts-d´or sont significatifs du flux d´ouvriers amenés par la construction et l´aménagement Abandonnée pendant près de 20 ans, l´usine était rachetée en 1947 au profit d´une nouvelle société, la Société des Placages du Sud-est, puis changea encore de propriétaire en 1968 (actuellement le propriétaire est monsieur Henri Alliot). Une partie de l´usine s´est spécialisée dans les placages de bois tandis que la partie proche de la voie ferrée a été récemment rachetée par un entrepreneur en cheminée, fabricant les cheminées Guy Selvat. De nouveaux bâtiments ont été construits, des hangars surtout, mais les édifices de la cimenterie sont presque tous restés en place. Depuis cette époque, les carrières, quant à elles, sont restées inexploitées et abandonnées en grand partie, tandis que le port artificiel créé pour la cimenterie fait aujourd´hui le bonheur d´une société de vente de bateaux de plaisance : Lyon Nautic.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle
Dates1926, daté par source

Parmi les vestiges subsistant de l´ancienne cimenterie le four est très présent dans le paysage. Il s´agit d´une tour de 25m de haut en briques rouges et armatures en béton, de sommet carré (3x3m) et de base rectangulaire (15mx8m). Ce four à chaux, ressemblant à un haut fourneau, était complété à son sommet d´une ouverture métallique qui fut enlevée, tandis qu´il a été récemment flanqué de nouveaux bâtiments sur ses côtés : la société de placage sur bois qui fonctionne actuellement se sert en effet de sa base comme d´un entrepôt. La partie haute, en plusieurs points inachevée, fait l´effet d´un squelette. Une des bases de la tour touche la petite route qui mène aux carrières, qui était à l´époque non goudronnée : on distingue vaguement le bout d´un quai où des rails amenaient les wagons de combustible, qui arrivaient de la voie ferrée. Le four était prévu pour atteindre des températures de 1500°C nécessaire à la fusion des agglomérats de calcaire et d´argile qui y étaient introduits. Le bâtiment principal est de loin l´édifice le plus imposant de l´usine mesurant 60m de longueur pour 20 de largeur. Comme le four, il est construit de manière caractéristique en briques rouges et en béton armé, avec un toit en extrados de voûte de béton. Il atteint 20m de hauteur, la façade sud est rythmée de grandes baies vitrées de petits carreaux. L´avant du bâtiment (vers les carrières), n´a été achevé que plus tard et se trouve davantage éclairé. Ce bâtiment servait de hangar de triage et de stockage dans la cimenterie. Repris tel quel, il constitue désormais un atelier immense de scieries. Au nord de ce bâtiment subsistent une série d´armatures en béton qui dominent des hangars neufs. La cimenterie, encore inachevée lors de la faillite de 1929 qui met un terme aux travaux entrepris, devaient en effet s´agrandir de hangars supplémentaires de stockage, de stature encore impressionnante et situés face au port construit sur la berge de la Saône pour facilité l´écoulement des sacs de ciment. De ces hangars supplémentaires, les armatures de 10m de haut ont donc été conservées, surtout en raison de leur solidité. Avant le stade de la cuisson, le calcaire concassé au pied de la falaise était stocké et mélangé avec l´argile dans deux bâtiments identique de 35m de long pour 12m de large et 4 de haut, dont un seul subsiste aujourd´hui, transformé en bâtiment principal d´une usine de cheminée. A l´origine les deux bâtiments étaient situés à chaque angle de la cimenterie, près de la voix ferrée. Il s´agit d´un édifice en béton uniquement, au toit identique à celui en voûte surbaissée du grand hangar central de la cimenterie. Cette toiture est caractéristique de l´époque. Une partie du toit du bâtiment a été refaite ultérieurement. Trois bâtiments devaient donner sur la route principale, l´actuelle nationale 433. Le premier, seul bâtiment antérieur à la cimenterie, est une vieille bâtisse en pierres, austère, indépendante de l´usine, mais qui servit à loger une bonne partie des ouvriers du chantier de la cimenterie, car elle était assez spacieuse. Le second bâtiment, en retrait par rapport à la route, est typique de l´époque 1920-1930 : toit en pente plate, succession de fenêtres sur un étage côté usine et deux étages côté cour et Saône, avec des garages au rez-de-chaussée. 20m de long sur 5m de large, c´est l´immeuble des bureaux qui lui non plus ne servit pas durablement. De nos jours, ce bâtiment est de nouveau abandonné. Un troisième bâtiment, destiné au logement du patron, avait été conçu sur un modèle un peu semblable au précédent : il devait occuper l´angle sud-est du territoire de l´usine (on aperçoit son fondement sur la vue d´ensemble) : l´abandon du projet mit un terme à sa construction. En dehors de l´enceinte même de l´usine subsiste, en bordure de la voie ferrée, du côté des carrières, une petite maison abandonnée, d´une architecture semblable à la maison des bureaux. Cette maisonnette, d´environ 6m de long sur 4 de large, était divisée en quatre pièces symétriques de 3x2m pourvues d´un lavabo. Cette maison, qui resta inhabitée, devait en effet permettre de loger les ouvriers chargés de la seconde étape de la fabrication du ciment. Les matériaux extraits des carrières étaient en effet conduits par des wagonnets en ce lieu, à 150m des carrières, pour y être concassés dans des cuves aujourd´hui disparues, avant d´être transférés sur rails aux hangars de l´usine par le moyen d´un souterrain partant à 6m de profondeur à côté de la maison ci-dessus et passant sous la voie ferrée. La cuve de 6m de profondeur et 10 de diamètre au fond duquel partait le souterrain. On n´y accédait par des escaliers mécaniques (que l´on voit rouiller à proximité), tandis que les matériaux y étaient déversés par le haut. Outre le raccord à la voie ferrée, la construction et l´aménagement de la cimenterie se complétaient par une installation portuaire sur la Saône, juste de l´autre côté de la route principale. Il s´agissait en fait d´un véritable bassin creusé sur la berge, de 5m de profondeur qui a été en parie comblé de nos jours par une plage de galets vers la route. Les berges du bassin, en béton, étaient creusées de manière à recevoir des grues de manière à pourvoir au chargement de bateaux pour écouler la production de ciment par voie fluviale. Le matériau utilisé, le calcaire, était extrait de la carrière de Couzon-au-Mont-d´Or. Seul le calcaire jaune, à reflets violets, du bas de la falaise, pouvait être utilisé. Une fois extrait, par le procédé habituel de minage, les échantillons étaient emmenés hors de la carrière dans des petits wagons. Ces wagonnets, longs de 1m50, circulaient sur des rails de 60cm de longueur, qui les conduisaient dans un premier temps près de la petite maison aujourd´hui abandonnée. Après concassage dans des cuves de 2m de haut, les échantillons étaient versés dans un grand trou en béton où aboutissait le souterrain dans lequel des rails emmenaient les wagonnets à proximité des hangars. Aujourd´hui, le débouché du souterrain a été obstrué. Après avoir été stockés et mélangés, ou homogénéisés, les échantillons devaient broyés dans de grandes cuves métalliques qui furent utilisées de façon éphémère à proximité du four qui était l´étape suivante du procédé Portland.

Mursbrique
béton
Toitbéton en couverture
Couverturesextrados de voûte
États conservationsmenacé, état moyen

L'historique de la notice est tirée en grande partie du mémoire de Raphaël Bange (université Lyon 3, vers 1990). Cf bibliographie. Grand-Lyon

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquablesfour industriel, atelier de fabrication

Références documentaires

Documents d'archives
  • Carte au 1/60000e, feuille XXX-31, levée en 1902 et révisée en 1939 (tirage de 1943). 1939

Bibliographie
  • BANGE, Raphaël, la cimenterie d'Albigny-sur-Saône, mémoire de DESS géographie, Université lyon 3 1990?

  • FAYARD, E. Notice historique sur le village de Couzon + Rhône-Lyon, Pitrat Aîné, 1885, 156pp. - Actes du 101ème congrès des Sociétés Savantes, Lille, 1976. Article de P. Gouzoin : l´industrie du ciment Portland en France, pp.101-111. 1976

  • PELTIER, R. Cimenterie in Encylopédia Universalis, Vol 4, pp. 493-495. 1968

  • F. MAILTIN-BATAILLON, les carrières de Couzon, l'Essor (sans date)

  • MICHEL, L. La Saône, frontière et trait d´union. Son histoire, ses riverains, son cours. Le coteau, Horvath, sans date (ISBN 27271.0481.X)

© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel - Halitim-Dubois Nadine