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Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand : le Refuge

Dossier IA63002452 réalisé en 2014

Fiche

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1. Bref historique de l’institution

2. Le transfert du Refuge

3. Le maître d’œuvre

4. Description du bâtiment

Au sein du groupe des bâtiments principaux de l’hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand, le Refuge est sans aucun doute l’édifice le moins connu. Il s’agit pourtant de la plus ancienne construction du site, et son histoire comme son architecture présentent un intérêt non négligeable.

Bref historique de l’institution

La création1 du Refuge de Clermont-Ferrand (appelé aussi « Maison du Bon pasteur ») fut autorisée par des lettres patentes octroyées en juin 1666 et confirmées en 1667. Cette institution devait accueillir des femmes prostituées « repenties ». Des religieuses dirigeaient son fonctionnement. Le Refuge servit également de « maison de force » (c’est-à-dire de prison) pour des prostituées « réfractaires ». Des femmes accusées « d’inconduite » pouvaient aussi être enfermées sur décision de justice ou à la demande de leur mari, de leur famille, parfois du clergé. Parallèlement, des dames ou des demoiselles avaient la possibilité de se retirer au Refuge moyennant le versement d’une pension. À partir des années 1720, le Refuge fut également une école pour les enfants de familles pauvres. En 1769, la création d’un pensionnat de jeunes filles conforta cette vocation éducative. Le Refuge avait aussi une fonction hospitalière puisqu’il devait permettre de soigner les prostituées vénériennes.

La Révolution française mit fin à l’existence de cette institution. D’abord considéré comme un établissement conventuel dont le bâtiment et l’enclos étaient susceptibles d’être vendus au titre des Biens nationaux2, le Refuge fut finalement rattaché à l’hôtel-Dieu de Clermont le 26 novembre 1793.

Le transfert du Refuge

Sans doute depuis mai 1677, la communauté du Refuge était établie dans des bâtiments et un jardin situés quartier des Aymons, près du mur d’enceinte de la ville et de la place des Cercles (probablement à l’emplacement des actuels n° 9 et 11 de la place Michel-de-l’Hospital). Au début des années 1760, confrontés à l’insuffisance des installations existantes, les administrateurs du Refuge envisagèrent de remanier profondément l’établissement3. L’architecte clermontois François-Charles Dijon (1705-1785) dressa des plans et devis. Un marché de construction fut signé le 13 juillet 17634. Mais, très rapidement, les administrateurs se ravisèrent. Ils envisagèrent le transfert du Refuge et l’édification d’un nouveau bâtiment sur un terrain plus vaste et plus à l’écart. Cette décision répondit sans doute à une exigence de l’Intendant d’Auvergne Bernard de Ballainvilliers (1721-1767). Le ministre de la Guerre avait en effet demandé à l’Intendant que l’on puisse enfermer dans le Refuge « les filles de débauche des provinces d’Auvergne, Bourbonnais et Limousin trouvées avec les soldats »5. Il fallait donc prévoir un édifice doté d’une plus grande capacité de logement.

Le 30 décembre 1763, les administrateurs du Refuge signèrent une convention de vente6 des bâtiments de la place des Cercles ainsi qu’une promesse d’achat de la maison et du jardin de la famille De la Fosse du Portail situés « quartier de la Tour du Pendard »7. Cette grande propriété (estimée à 30 000 livres) était en partie délimitée au nord par la « place du Pendard » et la « rue descendant à la pépinière » (emplacement partiel des actuels boulevard Léon-Malfreyt et rue de Lagarlaye). Elle s’inscrivait dans ce qui était au milieu du XVIIIe siècle le faubourg sud de la ville de Clermont.

Les administrateurs du Refuge estimèrent-ils cet achat trop coûteux ? Début 1764, ils s’intéressèrent à un ensemble de maisons, cours et jardins situés entre la propriété Du Portail (à l’ouest), le haut de la rue Saint-Jacques (à l’est, actuelle moitié nord de l’avenue Vercingétorix) et la rue Saint-Guillaume (au nord). Dans le même temps, les administrateurs de l’hôtel-Dieu, eux aussi désireux de transférer sur un nouveau site leur établissement, envisagèrent d’acquérir diverses propriétés dont celle de la famille Du Portail8. En novembre 1764, par lettres patentes, le roi Louis XV autorisa les transferts du Refuge et de l’hôtel-Dieu sur ces nouveaux emplacements, ainsi que l’acquisition des terrains nécessaires. Le Parlement de Paris enregistra le 1er avril 1765 les lettres patentes pour l’hôtel-Dieu, et le 6 mai 1765 celles pour le Refuge9.

Le 26 février 1765, l’architecte Gilbert Fournier estima à 16 200 livres les biens fonciers et bâtis qu’il fallait acheter pour le nouvel emplacement du Refuge10. Les actes de vente furent signés entre mai et août 176511. Le 5 mai 1766, l’on procéda à l’alignement de la limite nord de la parcelle, en bordure de la rue Saint-Guillaume. L’alignement prévoyait la construction d’un bâtiment de « 122 pieds [39,65 mètres] de longueur par sa face de devant le nord »12. L’édification dut débuter peu après. Le baron de Ballainvilliers, Intendant d’Auvergne, posa la première pierre13. L’entrepreneur Bonnet Duclos conduisit les travaux, non sans retards14. En 1770, bien qu’inachevé, l’établissement entra en service. Un acte daté du 26 février 1771 fixa les modalités du paiement de Bonnet Duclos15. Le coût total des travaux s’élevait en décembre 1770 à 80 742 livres16. Des modifications furent apportées peu après, en particulier l’aménagement entre 1777 et 1781 d’une chapelle dans le corps de bâtiment nord17.

Le maître d’œuvre

En l’état des connaissances, l’attribution du bâtiment du Refuge demeure incertaine. Si François-Charles Dijon dessina le projet de reconstruction des édifices situés place des Cercles, il ne semble pas être l’auteur des plans du Refuge finalement bâti sur le nouveau site. Dans sa thèse de Doctorat, l’historien de l’art Pascal Piéra attribue ce rôle à Gilbert Fournier18. Gilbert Fournier, auteur du rapport d’expertise du 26 février 1765, reçut le 1er juillet 1765 soixante livres pour divers plans des propriétés à acquérir pour le transfert du Refuge19. Un compte des dépenses du Refuge le mentionne à nouveau pour des travaux exécutés en 1773 dans l’un des domaines agricoles dépendant de l’institution20. Un autre nom d’architecte, celui de « Ricard », apparaît dans un état général d’ouvrages de menuiserie et de charpente payés en 1775 et 1782 (relatifs notamment à la chapelle du Refuge)21. Il s’agit peut-être de l’entrepreneur-architecte Ligier Ricard (1716-1803), grand-père du célèbre architecte Auguste Ricard de Montferrand (1786-1858).

Toutefois, un récapitulatif des dépenses du Refuge, un reçu et une quittance indiquent que le 2 janvier 1766, l’un des administrateurs de l’institution se fit rembourser la somme de 600 livres, somme qu’il avait avancée pour le paiement « au sieur Duval [sic], architecte, à cause du plan des bâtiments à faire à la nouvelle maison »22. Ces documents attestent que l’architecte Antoine Deval (1741-1808) dessina un projet pour le nouveau bâtiment du Refuge, très probablement entre février et décembre 1765. Il est tentant de relier à ce projet un plan conservé à la bibliothèque du Patrimoine (Clermont communauté, cote CA 5024). Non signé et non daté, mais titré « Plan au rez de chaussée du jardin », ce dessin présente de fortes similitudes avec les dispositions qui furent finalement adoptées pour l’édifice. L’attribution du nouveau Refuge à Antoine Deval pourrait donc être l’hypothèse la plus crédible23.

Description du bâtiment

Le bâtiment du Refuge dans son état du dernier quart du XVIIIe siècle est fort peu documenté. Outre le « Plan au rez de chaussée du jardin » datable de 1765, la bibliothèque du Patrimoine conserve un plan titré « 2ème étage sur le jardin » (cote CA 5086). Ce second plan est un relevé datable du début des années 1820. Si les deux dessins différent l’un de l’autre par de nombreux détails, ils représentent toutefois le même parti général, celui d’un bâtiment de plan rectangulaire formé de quatre corps entourant une cour rectangulaire. Ce parti est bien celui qui fut adopté vers 1765. De même, les quatre niveaux principaux visibles en 2014 (un rez-de-chaussée, deux étages et un demi-étage de comble) datent de la campagne de construction menée de 1766 (ou 1767) à 1770.

Le « Plan au rez de chaussée du jardin » montre le Refuge à son emplacement définitif. L’orientation générale nord/sud est également celle de l’édifice construit. La rue Saint-Guillaume longe au nord la parcelle, le jardin de l’établissement s’étend au sud, à l’est se trouvent des propriétés riveraines et la cour « des pénitentes », enfin l’emplacement du « projet du nouvel hôtel-Dieu » est figuré à l’ouest. Autre grande caractéristique effectivement exécutée, le corps de bâtiment nord possède un étage de soubassement. En d’autres termes, dans ce corps, le rez-de-chaussée donnant sur la cour est un sous-sol semi-enterré du côté de la rue Saint-Guillaume. Cela permet de racheter la dénivellation puisque le terrain est en pente vers le sud.

Le même plan détaille les fonctions des différents espaces du rez-de-chaussée. Trente-six loges « de pénitentes » sont réparties dans les quatre corps de bâtiment. Dans l’angle sud-est, une chambre à deux lits est réservée aux malades vénériennes. Une boulangerie et une buanderie (équipée d’un four à pain et de deux cuviers pour les grandes lessives) ouvrent sur la cour des pénitentes. L’architecte a placé en trois endroits des latrines collectives. Enfin, dans la cour des pénitentes, un lavoir complète l’équipement de l’établissement. Les archives témoignent qu’en 1770, un lavoir provenant des anciens bâtiments du Refuge fut reconstruit dans le nouvel enclos24. Une fontaine ornée d’un mascaron se trouvait en outre dans la cour intérieure : amputée de son bassin, elle est encore visible aujourd’hui.

Presque tout le rez-de-chaussée devait être voûté d’arêtes. Les corps de bâtiment nord, est et ouest étaient semi-doubles en profondeur : des couloirs distribuaient les salles qui pour la plupart ouvraient sur la cour intérieure. Plus large, le corps de bâtiment méridional était double avec couloir (ce dernier desservait des salles placées côté cour intérieure et côté jardin). Au sud-est et au nord-ouest, deux escaliers rampe-sur-rampe à deux volées permettaient d’accéder aux niveaux supérieurs.

Le relevé du « 2ème étage sur le jardin » (vers 1820) et l’édifice dans son état de 2014 tendent à montrer que les plans définitifs reprirent l’essentiel du projet dessiné vers 1765. Ce dernier prévoyait un bâtiment un peu plus long du nord au sud (49,70 mètres). Le Refuge mesura finalement 48 mètres du nord au sud et 40 mètres d’est en ouest. Le corps de bâtiment nord forma à l’est une excroissance, ce qui porta sa longueur à 42,30 mètres. La cour intérieure devait faire 18,20 x 27,80 mètres, elle mesure 20 x 28 mètres. Sur le projet « de 1765 » comme sur le relevé « de 1820 » et sur l’édifice existant, les façades sur la cour intérieure comptent sept travées côtés nord et sud, dix travées côtés ouest et est. De même, la façade nord donnant sur la rue Saint-Guillaume présente douze travées. En revanche, la façade sud côté jardin devait comporter quinze travées : elle n’en possède que treize (en comptant la travée occupée par la petite aile « des latrines », cette treizième travée étant bien matérialisée par une petite fenêtre du demi-étage supérieur). Dans son état actuel, malgré les remaniements des XIXe et XXe siècles, la façade ouest du corps de bâtiment ouest compte sept travées. Ce nombre coïncide avec celui dont témoigne le relevé « de 1820 ».

Un plan d’ensemble de l’hôtel-Dieu daté de 188225, ainsi que les structures encore en place en 2014 dans les rez-de-chaussée, laissent penser que l’organisation d’origine des corps de bâtiments est et ouest fut effectivement semi-double en profondeur, et celle du corps de bâtiment sud double avec couloir. L’escalier sud-est occupa bien l’emplacement prévu, celui au nord-ouest fut placé un peu plus vers le sud. Le relevé « de 1820 » témoigne de l’existence de grandes salles au second étage des corps de bâtiment sud et est. Ces salles furent-elles aménagées après la réunion du Refuge à l’hôtel-Dieu ? Avant la Révolution, étaient-elles des dortoirs pour le pensionnat de jeunes filles ? L’incertitude subsiste.

Par ailleurs, le relevé « de 1820 » montre clairement la chapelle établie dans le corps de bâtiment nord. Sans doute prévue dès 1765, cette chapelle fut bâtie au-dessus « d’une cave et d’un cuvage ». Il est très probable que ce « cuvage » occupait au moins en partie le sous-sol semi-enterré de ce corps de bâtiment. Une cave est aujourd’hui encore visible sous ce « cuvage ». Après la période révolutionnaire, la chapelle devint celle de l’hôtel-Dieu. Elle fut réaménagée vers 1850 suivant les plans de l'architecte Hugues Imbert26. Le relevé « de 1820 » montre enfin que les latrines furent regroupées dans une petite aile placée en retour d’équerre du côté gauche de la façade sud donnant sur le jardin. Cette aile – toujours en place –, est également figurée sur le plan de Clermont-Ferrand dressé par Augustin Loriette en 179127.

Institution de charité, d’enseignement et de contrôle social, mais aussi prison, le Refuge n’avait pas besoin d’une architecture ostentatoire. Le bâtiment, bien construit, présente un aspect dépouillé, sévère. Son plan et ses élévations sont simplement symétriques et réguliers. D’une modénature très sobre, les chambranles des baies, les corniches, les chaînages d’angle, les bandeaux séparant les niveaux agrémentent les façades. Taillés dans la pierre de Volvic, ces éléments contrastent avec l’enduit clair qui recouvre le blocage de moellons des murs. À l’intérieur, la pierre de Volvic est également laissée apparente pour souligner les arcs, les angles des murs, les escaliers, les baies. Les fenêtres sont presque toutes rectangulaires, celles éclairant le demi-étage sont quasiment carrées (certaines ont été agrandies). À quelques exceptions près, des linteaux droits monolithes couvrent les baies. La façade ouest du corps de bâtiment ouest possède toutefois des fenêtres plus grandes couvertes de plates-bandes délardées. À son extrémité gauche, au niveau du deuxième étage, se trouve un grand œil-de-bœuf. Plusieurs portes (deux en façade sud du corps de bâtiment nord, une au centre de la façade sud du corps de bâtiment sud) sont couvertes d’arcs en anse-de-panier.

La façade principale du Refuge était sans aucun doute celle s’élevant rue Saint-Guillaume (façade nord du corps de bâtiment nord). Même si elle bordait une voie assez étroite, cette façade était tournée vers la ville, et elle était la seule qui donnait directement sur l’espace public. En raison de la dénivellation, elle ne compte que trois niveaux visibles, ses proportions sont donc plus trapues. Elle comporte douze travées organisées suivant une composition symétrique : des chaînages délimitent les deux travées latérales afin de simuler des avant-corps latéraux. Chaque travée latérale est percée d’une porte, tandis qu’une troisième porte ouvre presque sur l’axe de symétrie de la façade (sixième travée à partir de l’angle nord-est). Hormis les trois portes et une fenêtre (11e travée), le premier niveau de la façade est aveugle. La disposition des portes accentue l’effet de symétrie et la monumentalité de la façade. Les chambranles plus moulurés furent probablement refaits lors du réaménagement de la chapelle vers 1850.

Trois perrons sont figurés sur le projet « de 1765 », et « l’arrêté » d’alignement du 5 mai 1766 mentionne également trois perrons « qui feront avancé et saillie […] sur la rue Saint-Guillaume »28. Les commanditaires du Refuge voulurent donc avoir trois portes en façade nord. Au-delà de leur intérêt dans la composition architecturale, quelle était la fonction de chaque porte ? S’agissait-il d’entrées distinctes, l’une pour « la maison de force », l’autre pour les religieuses et les « pénitentes repenties », la dernière pour la chapelle (ainsi rendue accessible au public pourvoyeur d’offrandes) ? D’autres hypothèses peuvent être avancées, mais là encore, seule une étude approfondie des archives apporterait éventuellement une réponse. Il apparaît néanmoins que la porte à droite de la façade bénéficiait d’une situation plus favorable. Elle se trouvait, avant des modifications apportées en 1996-1997, dans l’axe de la rue Meyrand-des-Pradeaux. Comme l’atteste le projet « de 1765 » et sa mention « nouvelle rue projetée » (en bas à droite), le percement de cette voie fut envisagé conjointement à l’installation du Refuge sur son nouveau site29. La rue (qui était encore nommée au XIXe siècle « rue du Bon Pasteur ») allait en ligne droite vers le « boulevard de la Pyramide » (actuel boulevard Léon-Malfreyt) et donc en direction du coeur de la ville. Ainsi mise en scène et commodément desservie, la porte de droite était très certainement l’entrée principale du Refuge.

Sur le relevé « de 1820 », une galerie est située au sud de l'espace séparant le corps de bâtiment ouest du Refuge et le second corps de bâtiment oriental de l’hôtel-Dieu. Sans doute construite peu auparavant, elle servait de liaison entre les deux corps de bâtiment. Elle fut remaniée vers 1842-1843. Vers 1854-1859, une seconde galerie fut élevée au nord du même espace30. Des photographies31 prises vers 1955 montrent ces galeries peu avant leur démolition (la galerie nord, donnant rue Meyrand-des-Pradeaux, subsista en partie). De petites ailes - abritant des couloirs, des escaliers et des ascenseurs - les remplacèrent.

Au fil des années et au gré des adaptations fonctionnelles, d’autres petites extensions modifièrent l’aspect des façades du Refuge. En 1895, l’architecte Jean Teillard construisit à l’est du corps de bâtiment sud une courte aile destinée à abriter une salle d’opération pour les femmes32. Bien que modifiée, l’aile se distingue aujourd’hui encore par son toit bombé et ses grandes ouvertures. Vers 1960, des ajouts parallélépipédiques sans qualité architecturale encombrèrent la cour intérieure. En 1983, un petit édifice solidarisa le corps de bâtiment nord avec le nouveau service de gastro-entérologie bâti entre le Refuge et l’avenue Vercingétorix. En 1996-1997, après la destruction de l’ilot Saint-Guillaume, un bâtiment d’entrée pour les urgences (comportant un hall couvert et une tour d’ascenseurs) prit place à l’angle de la rue Saint-Guillaume disparue et de la rue Meyrand-des-Pradeaux. Il masqua une partie de la façade nord du Refuge. Lors de la même campagne de travaux, menée par les architectes auvergnats Antoine Bruhat, Jacques Thomas et François Bouchaudy33, une galerie doubla au sud la liaison avec le service de gastro-entérologie.

Au cours de deux siècles et demi d’occupation, l’intérieur du bâtiment fit l’objet de nombreuses transformations. Il n’y eut toutefois jamais de rénovation d’ensemble complète. Des différentes campagnes de rénovation, il convient de retenir celle qui, en 1982-1983, modifia profondément le corps de bâtiment nord. La grande chapelle héritée du XIXe siècle fut détruite à cette occasion34. Il ne resta à son emplacement qu’une petite salle oecuménique où subsistaient encore, en 2014, du mobilier liturgique, un garde-corps en ferronnerie et trois vitraux35.

Christophe LAURENT, historien de l'architecture, mai 2016

1Voir Pierre-François Aleil, « Le Refuge de Clermont, 1666-1792 », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, t. LXXXVI, 1973, p. 13-69.2Arch. dép. Puy-de-Dôme, 1 Q 1936.3Outre les informations données par P.-F. Aleil, ce transfert et la construction du nouveau bâtiment sont documentés par le fonds 90 H (Religieuses du Bon pasteur) conservé aux archives départementales du Puy-de-Dôme. Composé de douze boîtes avec des liasses cotées et non cotées, ce fonds n’a pas été inventorié. Son état actuel coïncide rarement avec le répertoire partiel donné par P.-F. Aleil à la fin de son article de 1973. Dans le cadre retreint de cette étude, nous n’avons pas pu le consulter en totalité.4Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2.5Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 12, Mémoire historique de l’établissement de la maison du Refuge de la ville de Clermont-Ferrand dénommée la Maison du Bon pasteur, non daté, vers 1785, p. 9 et 10. 6Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2.7Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 2.8Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1, Traité entre les administrateurs du Refuge et ceux de l’hôtel-Dieu,1er mai 1764. 9Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1, Lettre Patente autorisant l’achat des terrains et maisons Dufour et Mazin, et de l’enclos de la dame Chapouille, pour 14 500 livres, et la vente des bâtiments du Bon pasteur pour 19 500 livres, novembre 1764. 10Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1. Rapport de Gilbert Fournier, expert, extrait des registres du greffede la Sénéchaussée de Clermont-Ferrand, 26 février 1765. 11Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 8 liasse 3. Voir aussi 90 H 3.12Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2. Extrait des registres du greffe du bureau des finances de la généralité de Riom, 5 mai 1766. 13Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 12, Mémoire historique […], p. 17-18. Le Refuge bénéficia d’un don de 20 000 livres consenti en avril 1767 par l’évêque clermontois François Marie Le Maistre de La Garlaye (idem, p. 20).14Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2 et liasse 2 a. 15Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1.16Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1.17Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1.18Pascal Piéra, L’embellissement des villes de Clermont-Ferrand et Riom et les châteaux et maisons de plaisance en Basse-Auvergne entre 1688 et 1823, thèse de Doctorat, université Panthéon-Sorbonne, 2001, 6 volumes, vol. I.1, 317 p., p. 197. 19Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2.20Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1.21Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1.22Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4, Dépense de la maison du Refuge depuis le deux juin 1762 jusque et compris le dernier juillet 1769 ; reçu de M. Pelissier de Féligonde et quittance de M. des Houillères, 2 janvier 1766. Je remercie Catherine Brial-Carton de m’avoir informé de l’existence de ces documents. 23Pascal Piéra attribue à Antoine Deval le « Plan au rez de chaussée du jardin » datable de 1765 (cote CA 5024). Selon le même auteur, Deval fut également sollicité en 1784 pour de nouveaux travaux au Refuge ; L’embellissement des villes […], vol. 1, p. 198.24Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2 a.25Plan conservé en 2014 dans le hall d’accueil de la direction de l’hôpital Estaing (Clermont-Ferrand). Ce plan présente toutefois des erreurs et des incohérences de représentation. Voir aussi le plan d’ensemble pour un projet de canalisations d'eau (archives départementales du Puy-de-Dôme, 757 Fi 29 / 2 et 3).26Voir, dans notre étude, le sous-dossier consacré à la chapelle. 27Plan géométrique de Clermont-Ferrand levé et lavé par Augustin Loriette. Dédié à Messieurs les Officiers municipaux sous la Mairie de M. Sablon, 1791, Bibliothèque du Patrimoine (Clermont Métropole), cote CA X 1.28Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 4 liasse 2. Extrait des registres du greffe du bureau des finances de la généralité de Riom, 5 mai 1766. 29Traité du 1er mai 1764 (Arch. dép. Puy-de-Dôme, 90 H 7 liasse 1) entre les administrateurs du Refuge et ceux de l’hôtel-Dieu « pour faire une rue suffisament large entre la maison du sieur Gros et les bâtiments qui seront construits pour l’hôtel-Dieu, laquelle conduira aux terrains de la cita Chapouille qui doit faire partie des terrains à acquérir pour le placement du Bon Pasteur ». Voir à ce sujet, dans notre étude, le dossier « Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand : ensemble hospitalier ». 30Travaux exécutés sous la direction de l’architecte Hugues Imbert (Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 ETP 838).31Bernard Dompnier (dir.), L’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand, histoire d’un établissement hospitalier, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2014, 239 p. (p. 187).32Arch. dép. Puy-de-Dôme, X 912.33C’est par erreur que nous avons précédemment attribué ces modifications aux architectes clermontois Patrick Léaud, Jean-Pierre Rambourdin et Vincent Rivoire, dans le livre L’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand, histoire d’un établissement hospitalier, Bernard Dompnier (dir.), Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal,2014, 239 p., p. 194.34Voir, dans notre étude, le sous-dossier consacré à la chapelle. 35Les éléments de mobilier ont été par la suite transportés à l’hôpital Estaing.
Aire d'étude et cantonClermont-Ferrand
AdresseCommune : Clermont-Ferrand
Adresse : rue Saint-Guillaume

Construction de 1765 à 1767 ; architecte probable Antoine DEVAL. Extension en 1895, Jean TEILLARD architecte. Remaniement de la chapelle vers 1850, Hugues IMBERT architecte.

Période(s)Principale : 3e quart 18e siècle
Secondaire : 4e quart 19e siècle
Secondaire : milieu 19e siècle
Auteur(s)Auteur : Deval Antoine
Deval Antoine (1741 - 1808)

Selon l’hypothèse la plus crédible, Antoine Deval fut l’auteur des plans du nouveau bâtiment du Refuge de Clermont-Ferrand, dessinés probablement entre février et décembre 1765.

Deval devint architecte de la ville de Clermont-Ferrand le 17 novembre 1780. L’historien de l’art Pascal Piéra, dans sa thèse de Doctorat sur L’embellissement des villes de Clermont-Ferrand et Riom et les châteaux et maisons de plaisance en Basse-Auvergne entre 1688 et 1823 (université Panthéon-Sorbonne, 2001, volume 4.1, p. 890), donne les renseignements biographiques suivants.

« Né à Clermont en 1741, mort dans cette ville en 1808. Marié en 1766 avec Henriette Langlois. Antoine Deval n’appartenait pas à l’Académie royale d’architecture. En 1794, avec Michel Verdier-Latour, il a sauvé la cathédrale de Clermont de la destruction.

Projets. Prisons de Montferrand (1774), prisons de Clermont (1775), Juridiction consulaire de Clermont (1775), hôpital des Enfants-Trouvés de Clermont (1775), rue Neuve (rue du Onze-Novembre) à Clermont (1781), plan d’ensemble de la ville de Clermont (1794, en collaboration avec l’architecte Joseph Laurent).

Constructions et travaux. Château de Ligonnes (à partir de 1760, détruit), hôtel de Chazerat (1765-1768), Comédie de Riom (1768-1773), Collège de médecine de Clermont(détruit, 1770 et début XIXe siècle), château de Mirabel, à Riom (1772-1775), prieuré de Lavoûte-Chilhac (1778-1788), rue Neuve (rue du Onze-Novembre) à Clermont (1780-1782), pavillon de Bellevue, à Chamalières (1782), Refuge de Clermont (1784), Dépôt de mendicité de Clermont (détruit, 1785), rue Neuve-des-Carmes à Clermont (1795-1797), place Saint-Genès à Clermont (1796), dégagements des abords de la cathédrale de Clermont (1797-1805), Théâtre de Clermont (détruit, 1799-1806), alignements des la place de Jaude (1800-1801, en collaboration avec l’architecte Joseph Laurent), transfert de la fontaine d’Amboise, à Clermont (1804-1805).

Attributions. Hôtel au 8, rue Savaron à Clermont (vers 1760), hôtel au 15, rue Massillon à Clermont (vers 1760-1780), hôtel pour l’abbé de La Villéon à Paris (détruit, 1769), château de Chalendrat, à Mirefleurs (vers 1770-1780), immeuble au 1, place Francis-Ponge à Clermont (1782), hôtel au 20, place d’Espagne à Clermont (vers 1788).

Autres attributions possibles (fin XVIIIe et début XIXe siècles). À Clermont les immeubles des 22, place d’Espagne, 38, avenue des États-Unis, 11-13, 40 et 42, rue des Gras, 14, place de Jaude, 19, rue Philippe-Marcombes, 4, place Notre-Dame-du-Port, 5, rue Pascal, 3-5, 4, 7-9, 32 et 67 rue du Port. À Issoire hôtel 9, place de la République. À Maringues maison 10, rue Baudet-Lafarge. À Thiers immeuble 1, rue du Palais ».


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architecte attribution par source
Auteur : Teillard Jean
Teillard Jean (1854 - 1915)

Jean Teillard est à l’hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand l’architecte de la maternité (1889-1892) et de l’école de sages femmes (1891-1896), bâtiments implantés le long de l’avenue Vercingétorix. En mars 1895, il dessina également les plans de la courte aile ajoutée à l’est du corps de bâtiment sud du Refuge. Toujours pour les hospices de Clermont-Ferrand, il construisit l’hôpital thermal Lacoste de La Bourboule (1898-1900).

Jean Teillard (Rive-de-Gier, 1er octobre 1854, Clermont-Ferrand, 29 mars 1915) fut à l’école nationale supérieure des Beaux-arts de Paris l’élève d’Ernest Coquart et de Gustave Adolphe Gerhardt. Diplômé en 1885, il fut nommé le 1er août 1885 architecte de la ville de Clermont-Ferrand et, le 18 septembre de la même année, architecte des hospices de Clermont-Ferrand. Au début de 1901, il démissionna de son premier poste mais conserva le second, sans doute jusqu’en 1911.

Il est l’auteur de plusieurs bâtiments et monuments publics clermontois, notamment le théâtre-opéra (boulevard Desaix, 1892-1894), le lycée Jeanne-d’Arc (avenue Carnot, 1894-1899), la salle Gaillard (rue Saint-Pierre, 1894-1895), l’agrandissement de l’église Saint-Pierre-des-Minimes (place de Jaude, 1895-1897), le monument aux croisades (place de la Victoire, 1895-1898).


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architecte attribution par source
Auteur : Imbert Hugues
Imbert Hugues (1807 - 1876)

Hugues Imbert, architecte des hospices et de la ville de Clermont-Ferrand, fut le maître-d'oeuvre des quatrième et cinquième campagnes de travaux de l’édifice de l’hôtel-Dieu.


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architecte attribution par source

Bâtiment de plan rectangulaire formé de quatre corps entourant une cour rectangulaire.

Murspierre maçonnerie enduit partiel
pierre pierre de taille
Toittuile
Plansplan rectangulaire régulier
Étagesétage de soubassement, rez-de-chaussée, 2 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieuresélévation à travées
Couvertures
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier tournant
Mesuresl : 48.0 m
la : 40.0 m
Précision dimensions

Dimensions hors tout, aile des latrines exclue.

© Région Auvergne - Inventaire général du Patrimoine culturel - Laurent Christophe
Laurent Christophe

Historien de l'architecture.


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