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Les alpages de l'Arclusaz

Dossier IA73004256 réalisé en 2014

Fiche

Œuvres contenues

Évolution historique

Le Moyen Âge

La montagne d'Arclusaz faisait partie de l'alleu donné par le comte de Savoie à Nantelme de Miolans, fondateur du prieuré clunisien de Bellevaux (École), auquel est cédé une partie de cette montagne. L'autre partie est donnée à l’abbaye de moniales cisterciennes du Betton (commune de Betton-Bettonet, et dépendante de Tamié), en 1251 par son petit-fils, également prénommé Nantelme, à l'occasion de la prise de voile ses deux filles, Marguerite et Alice ; la donation réserve aux hommes de la vallée de Miolans "le droit d'usage dont ils ont toujours joui dans la forêt de ladite montagne d'Arclusaz". Du côté des possessions de Bellevaux, les habitants du village d'Ecole avaient un affouage dans tous les bois de la montagne d'Arclusaz, sauf la forêt de l'Entraz. Ils devaient en servis annuel une journée de corvée et le vingtième des bois noirs qu'ils extrayaient pour les transporter hors du mandement de Bellevaux (Morand).

Malgré les précautions prises par l'acte de donation pour assurer aux religieuses une jouissance paisible de ce bien, un conflit s'éleva avec le prieuré de Bellevaux qui leur contesta le droit de prendre de l'eau pour les bergers et le bétail à la fontaine de Malaragia, située en limite de leurs propriétés. L'affaire dura jusqu'en 1299 ; une transaction du 24 août 1301, ratifiée par le prieur général de Cluny, conclut le différend en accordant l'usage de l'eau de la fontaine aux religieuses contre un cens annuel d'un setier de vin livrable à Arbin, dans le cellier de l'abbaye de Bellevaux. Le mur de pierres levées qui partage l'alpage de l'Arclusaz, rare témoignage matériel subsistant des conflits de propriété ou d'usage des alpages, a probablement été édifié lors de ce conflit.

L'Ancien Régime

Les bâtiments d'alpage

Le bâti représenté sur la mappe sarde n'est pas en adéquation parfaite avec le livre des numéros suivis. Ainsi, les deux chalets cités dans le livre des numéros suivis ne sont pas représentés sur le plan. Ils appartiennent au prieuré de Bellevaux : "pré, challay" n° 866, sur la Montagne de Bovières (correspond au le chalet de Bottier ?) et n° 970, sur le Pré de Bellevaux, qui correspond au chalet du Praz.

Le seul bâtiment de l’alpage dessiné sur la mappe est situé sur une parcelle appartenant aux dames du Betton, le pré n° 975, au Parvié (un peu au-dessous de l'actuel chalet des Arbets), mais l'abbaye du Betton ne possède selon le livre des numéros suivis aucun chalet à l'Arclusaz.

Cependant, la documentation indique que les religieuses du Betton, qui conservaient cet alpage dans leur domaine direct, donné à bail à des fermiers, y possédaient au moins dès le 17e siècle des bâtiments dont elles avaient la charge de l'entretien. Le 6 mai 1696, Pierre, fils de feu Blaise Clerc, de Jarsy, est chargé de construire "une halle neuve, lattée et recouverte d'ancelles de bois" pour loger le bétail, "suivant ce qui existait au chalet d'Orgeval", et de "refaire l'étang, dans l'endroit même où il se trouvait auparavant, en ayant soin de lui donner les mêmes dimensions et de l'entourer de bons murs dont les fondations descendraient à deux pieds au-dessous du plattement". En 1734, Jean Andrevon dit Pellarin et Pierre Guimard, d'École, sont chargés de travaux semblables à l'étang, ainsi qu'au canal qui amenait l'eau (Morand).

En 1678, l'alpage des religieuses est affermé à Benoît Bizet, contre une redevance annuelle de 958 livres de fromage, 200 livres de beurre et de 230 livres de sérac. L'un des derniers baux est passé en 1778, pour neuf ans, en faveur d'André Burgos, pour le prix annuel de 116 livres d'argent, 1509 livres de beurre, deux quintaux de sérac, 60 livres de suif et deux veaux.

Les conflits d'usage

Les droits des religieuses furent contestés par des habitants de la paroisse, soutenus par le seigneur du Châtelard, qui revendiquaient le droit de couper du bois sur cette montagne : un procès est mené de 1579 à 1581, à l'issu duquel les religieuses obtinrent de l'évêque de Genève un monitoire contre leurs opposants. En 1607, un autre procès les opposa aux habitants du village de la Chapelle de Bellevaux qui avaient exploité les pâturages avant que le bétail de l'abbaye n'y monte (Morand).

Les alpages à la fin de l'Ancien Régime

En 1782, les religieuses du Betton accordèrent l'affranchissement de toutes leurs terres féodales dans les Bauges. A la même époque, la montagne de Bottier, qui représentait 266 journaux et pouvait estiver 25 vaches, rapportait 120 £ au prieuré de Bellevaux.

La partie de montagne d'Arclusaz appartenant aux religieuses est vendue le 25 fructidor an IV (11 septembre 1796), pour 15 677 livres et un sol, à Jean-François Cartier, originaire de Moulins (Allier) et exerçant la profession de marchand à Chambéry. La partie appartenant à Bellevaux, la montagne de Bottier, est vendue le même jour à Gaspard Plattet, pour 3850 livres (Morand).

En 1877 (premier cadastre français), les chalets sont représentés sur leur emplacement actuel. Le cadastre rénové de 1963 et le cadastre actuel se contentent de reprendre le plan de 1877, sans aucune mise à jour.

Malgré l'ancienneté des mentions des bâtiments, et la relative pérennité de leur emplacement, la datation des édifices actuels ne semble pas remonter plus tôt que la f2e moitié du 19e siècle, voire le début du 20e. L'alpage étant bien desservi par une piste, les chalets sont encore occupés et affectés à une activité agro-pastorale : production et fabrication de tome aux Arbets, production de lait livré à la coopérative de La Compôte au Praz (la fabrication en alpage y a cessé en 2013) ; la production laitière a été arrêtée en 2012 aux chalets de Bottier (et au Lauzarin ?).

Description du site

L'Arclusaz est un synclinal perché qui surplombe la confluence de l'Isère et de l'Arc. Les crêtes qui bordent le synclinal culminent à la Dent d'Arclusaz, à 2041 m. Les pâturages montent jusqu'à 1700 m. Les chalets situés dans la moitié nord du synclinal sont à une altitude de 1400-1430 m ; le chalet des Arbets, le plus au sud, est à 1536 m.

Le grand pâturage central est traversé par deux morceaux de forêt, à l'est du chalet des Arbets et entre les chalets du Praz et du Lauzarin. Entre ces deux langues de forêt, au niveau de la Combe aux Chevaux, passe le mur de pierre levée qui partageait historiquement l'alpage entre possessopns de Bellevaux (au nord) et du Betton (au sud). Le nord du synclinal est bordé au nord-ouest par le bois des Jarses et confine au nord-ouest à la forêt domaniale de Bellevaux.

L'entrée du synclinal, au nord-ouest, est constituée par la petite vallée du ruisseau d'Arclusaz, le long duquel passe le chemin d'accès, et qui est bordé de nombreuses granges (lles granges des Prés d'Arclusaz, entre 1000 et 1270 m) ; au nord-est, un autre petit ruisseau coule au fond d'une combe également peuplée de granges (granges des Combes, entre 900 et 1000 m).

Il y a plusieurs points d'eau sur le site. Au nord-est du chalet des Arbets, une prise d'eau avec aqueduc voûté maçonné est aménagée. Un réservoir est signalé en 1877 sur le premier cadastre français (parcelle B4 393 ; emplacement de la parcelle 2016 B4 273, où subsistent des abreuvoirs en cascade).

Une stèle commémorative est implantée à côté du chalet du Lauzarin. Il s'agit d'un petit monticule sur lequel sont disposés des fragments de dalles de calcaire de forme irrégulière ; une plaque en marbre portant une inscription gravée est apposée sur une dalle dressée : SOUVENIR / ANTOINE GIMONDI / HENRI LATTAT / LE 6 JUIN 1965. Cette stèle est à rapprocher de la croix commémorative érigée à proximité des chalets de Bottier (IA73004349).

Architecture

Le grand pré central est exploité par quatre chalets isolés. Ce sont des bâtiments d'assez grande dimension, qui ont pu être exploités par deux familles (chacun fabricant son fromage de son côté, sans mise en commun du lait), avec dissociation des fonctions : habitation/fabrication et étable. Les bâtiments d'habitation/fabrication ont une cave (le chalet des Arbets a une cave voûtée dans-oeuvre et en plus une cave isolée) et sont construits en maçonnerie ; les étables sont à travées perpendiculaires, avec couchages dans le comble, en charpente et bardage bois. Les toits sont à longs pans, avec croupe (ou demi-croupe), en tôle ondulée ; la documentation indique que le matériau d'origine était la tuile de bois ("ancelle" ; voir plus haut).

Dénominationsensemble pastoral
Aire d'étude et cantonCoeur des Bauges
AdresseCommune : École

Les clairières existent déjà sur la mappe sarde (1732). Elles sont divisées en plusieurs prés, avec quelques bâtiments à la Gralette, à la Foyère et au Sappey.

En 1878 (premier cadastre français), on compte 76 chalets ou grangettes. En 2015, 11 chalets et deux grangettes ont été repérés ou étudiés (14 chalets, trop dénaturés ou de construction récente ont été vus mais non repérés, voir annexe).

Période(s)Principale : 2e moitié 19e siècle, 1er quart 20e siècle

Murscalcaire moellon enduit
bois pan de bois
Toittôle ondulée, tôle nervurée
Étagesrez-de-chaussée
Couvrements
Couverturestoit à longs pans croupe
toit à longs pans demi-croupe

Correspondance des lieux-dits cadastraux avec les toponymes IGN :

Statut de la propriétépropriété privée
Protections

Références documentaires

Bibliographie
  • DAVIET, Jérôme. Les alpages du massif des Bauges, un patrimoine mal connu, Les carnets de l’Inventaire : études sur le patrimoine – Région Rhône-Alpes [en ligne], 7 mai 2013 [consulté le 5 février 2014]. URL :

  • MORAND, Laurent. Les Bauges : histoire et documents. Vol. II : Seigneurs ecclésiastiques. Chambéry : impr. savoisienne, 1889-1891.

    p. 46-48, 110-116, 269-278
© Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Parc naturel régional du Massif des Bauges © Parc naturel régional du Massif des Bauges - Guibaud Caroline - Monnet Thierry