Logo ={0} - Retour à l'accueil

Palais de Justice dit les 24 colonnes

Dossier IA69004117 réalisé en 2007
Appellationsdit les 24 colonnes
Parties constituantes non étudiéescour
Dénominationspalais de justice
Aire d'étude et cantonLyon Urgences
AdresseCommune : Lyon 5e
Adresse : quai, Romain-Rolland , 2 rue de la, Bombarde , rue, Saint-Jean , 1 rue du
Palais-de-Justice
Cadastre : 1999 AH 37, 110

Palais de Justice : les 24 colonnes (dossier minimal établi en 2009, appelé à être complété)

Trois commanditaires, le gouvernement, le département et la Ville de Lyon, ouvrent un concours en 1827 pour l'édification d'un palais de justice. Les résultats sont connus en 1828 et le projet de l'architecte parisien Louis-Pierre Baltard retenu (le 29 septembre). Les plans et devis sont définitivement approuvés par décision ministérielle le 23 février 1831. La première pierre est posée le 28 juillet 1835 et l´édifice est achevé en 1848. Le Tribunal s'installe dans l´aile septentrionale en novembre 1842. L'ornementation de la salle des Pas perdus est terminée en mai 1843. L.-P. Baltard décède en janvier 1846. Ses successeurs directs, les architectes Sébastien Seitz puis Pierre Bernard, achèvent la façade principale et partiellement les travaux de sculpture. La Cour d´Appel prend possession de l´aile méridionale le 27 juin 1847. Les deux ailes sont séparées par la salle des Pas perdus. Au fond se trouve la Cour d´Assises inaugurée le 2 octobre 1847. Le 30 juillet précédent, le palais de justice est considéré comme terminé par le rapporteur de la Commission des Travaux publics. Cependant, jusqu'en 1860, la question du palais de justice demeure à l'ordre du jour de presque toutes les sessions du Conseil général du Rhône, soit pour l'achèvement de la décoration, soit pour la réfection des parties défectueuses. La parcelle AH 37 appartient au Département du Rhône, la parcelle AH 110 appartient à l'Etat et est affectée au ministère de la Justice. L'édifice est classé parmi les monuments historiques en totalité en février 1996 : il présente au point de vue de l'histoire de l'art un intérêt public en raison de son architecture exceptionnelle et de la qualité de son décor intérieur demeuré intact.

L'édifice est entièrement restauré de mai 2008 à mai 2012.

Période(s)Principale : 2e quart 19e siècle
Dates1831, daté par travaux historiques
Auteur(s)Auteur : Baltard Louis-Pierre architecte des Bâtiments civils attribution par source

Selon Dominique Bertin (La Justice à Lyon d'un palais à l'autre, p. 148), les pierres proviennent des carrières de Villebois (Ain), Tournus (Saône-et-Loire), Crussol et Cruas (Ardèche). La pierre de Villebois est majoritairement employée pour les escaliers, les tambours, les soubassements des colonnes extérieures, les linteaux du plafond à caissons et pour les façades. Les sculptures et chapiteaux, caissons, entablement de l'élévation principale ont été exécutés en pierre de Rocheret (Ain). La colonnade est en pierre de Crussol (Le Palais de Justice des 24 colonnes). Dans la salle des Pas perdus, les colonnes sont en pierre de Villebois, les chapiteaux en pierre de Rocheret.

Murscalcaire pierre de taille
Toitcuivre en couverture, tuile plate mécanique, zinc en couverture
Plansplan rectangulaire symétrique
Couvrementscoupole en pendentifs
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturesdôme circulaire
toit à longs pans croupe
toit à longs pans pignon découvert
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie, suspendu
Techniquessculpture
sculpture
Statut de la propriétépropriété du département
propriété de l'Etat
Intérêt de l'œuvreà signaler
Protectionsclassé MH, 1996/02/13

Annexes

  • LAPRADE, Victor de. Lyon ancien et moderne, Lyon, Boitel éditeur-imprimeur, 1843

    LAPRADE, Victor de. Lyon ancien et moderne, Lyon, Boitel éditeur-imprimeur, 1843, 2 vol.

    PALAIS DE JUSTICE

    Extraits

    Nous adorons plus que vous la Grèce, et la savons peut-être aussi bien, fanatiques amis des frontons et des colonnades, mais nous préserve le ciel de plaider par un hiver lyonnais entre les murailles sacrées du Parthénon ; il faut aux avocats des fenêtres pour lire dans leurs dossiers et des cheminées pour réchauffer leur éloquence ; tout cela, sans doute était superflu chez Pallas athénienne et chez Jupiter olympien, mais la Thémis moderne a besoin de feu malgré ses fourrures, et de lumière malgré ses balances et son bandeau. Comment concilierez-vous ces prosaïques nécessités avec vos belles rangées de fûts corinthiens, avec vos frises et vos architraves ? Ce n´est pas tout de regarder un édifice à distance, il faut y entrer, il faut y agir, plaider, ou prêcher, ou délibérer, en restant à couvert de la pluie ou du froid ; il faut que le culte s´y accomplisse avec toutes les exigences des rites traditionnels ; il faut que nos habitudes modernes trouvent à s´y abriter avec convenance et confort. Vous ferez votre possible pour cela certainement ; mais alors que deviendra l´art grec et romain ; que dira Vitruve, cet Aristote de votre poétique surannée, innocent, hélas ! de vos méfaits, comme le Stagyrite l´est des tragédies de l´abbé d´Aubignac. Heureusement, vous avez aussi votre Boileau ; Vignole est là pour vous révéler d´admirables systèmes de fenêtres doriques, ioniques, ou toscanes, et sans plus de frais d´imaginative, vous allez copier chez eux vos Parthénons et vos Propylées, vous en tirez un froid et incohérent assemblage de toutes les formes qu´engendrent la règle et le compas, où la symétrie remplace l´ordre, mais d´où cette unité qui fait la vie, et ces détails qui font la grâce, sont absents comme l´inspiration est absente de votre esprit. Et pourtant cette déplorable architecture qui déguise tout en temple grec, est encore celle qui prévaut dans toutes les constructions publiques ; la plupart des monuments commencés depuis l´époque où l´on est revenu à des idées plus saines dans les arts, ont été confiés à des adeptes de ce faux système.

    Ces réflexions feront peut-être présumer une critique trop violente de notre Palais-de-Justice ; on y trouve à louer sans doute, et dans beaucoup de ses parties, mais avant de l´analyser en détail, et à le juger d´abord comme ensemble, comme un édifice qui a déjà coûté plus de 6 millions, qui doit être pour des siècles le palais de la cour souveraine d´une importante région de la France, et qui doit témoigner du génie artistique de notre époque aux étrangers et à nos descendants, on le trouve tout à fait au-dessous de sa haute destination ; on n´y découvre ni caractère expressif d´une idée, ni harmonie de composition, ni même habileté de distribution intérieure, et surtout rien de saisissant, rien d´élevé, rien de poétique en un mot, et sans poésie, il peut y avoir de bonnes et solides bâtisses, mais pas d´architecture. Il n´y a pas non plus d´architecture sans d´énormes ressources naturelles, c´est-à-dire sans argent, nous le savons ; mais ici ce n´est pas l´argent qui a manqué, l´édifice est inachevé, et il a coûté plus de six millions. Une œuvre de six millions, cela vaut la peine d´être sérieusement examiné. Cet examen nous le ferons avec une rigoureuse franchise. Quand une œuvre vicieuse est le fruit d´un mauvais système, elle doit être critiquée sans ménagement : le talent même de l´artiste ne doit pas rendre indulgent pour une idée fausse. Mieux vaut pour l´art quelques hommes sans talent, qu´une idée absurde passée en principe. Il y a encore aujourd´hui, parmi nos architectes officiels, des hommes qui traitent ouvertement de barbares tous les produits du moyen âge, et cela au profit des imitations bâtardes de Rome et de la Grèce (...)

    Ce qu´il faut d´abord pour un édifice, c´est l´espace, et l´architecte n´en crée pas ; il se débat sur le terrain qu´on veut bien lui donner. Hâtons-nous donc de dire, pour être juste avec tout le monde, qu´en imposant à l´artiste l´obligation d´agglomérer sur l´étroit emplacement qu´on lui accordait une prison et un palais de justice, on se condamnait par avance à avoir ce qu´on a eu, une œuvre étriquée et sans harmonie. Une fatalité de mesquinerie pèse sur tout ce qui se fait à Lyon. Pour élever un monument digne de notre cité, il fallait consacrer au palais tout le terrain qui est entre le quai de Saône et la rue Saint-Jean, et rejeter la prison entre cette rue et la rue du Bœuf ; c´était le seul moyen d´avoir deux édifices complets et de régénérer ce quartier, comme on dit aujourd´hui. Alors on eût pu travailler pour l´éternité ; mais dans le temps où nous sommes, on ne songe qu´au provisoire ; cela est sage peut-être, vu le génie de nos artistes, mais sept ou huit millions pour du provisoire, c´est un peu cher. L´architecte devait donc fondre en un seul massif un monument à deux faces, un Janus terrible et menaçant d´un côté, auguste et pacifique de l´autre. C´était difficile ; était-ce impossible ? Nous ne le croyons pas. Mais, pour réussir, pour donner de l´unité au monument en lui conservant son double caractère, le dernier de tous les systèmes d´architecture à employer, c´était l´architecture grecque, qui exige tant de calme dans les lignes, tant de régularité dans les proportions et dont l´admirable beauté manque pourtant de ces ressources variées que les divers styles de l´époque chrétienne fournissent à profusion. L´aveugle prédilection du grec et du romain engageait l´artiste dans une voie dont il lui était impossible de se tirer avec succès. Il fallait à tout prix amener une colonnade corinthienne ; nous avons la colonnade, mais nous n´avons pas un monument. En admettant provisoirement et sans discussion la beauté de la façade, on nous accordera du moins ceci, qu´une façade ne constitue pas un édifice, pas plus qu´une exposition ne constitue une tragédie ou un casque, une armure. Or, faites le tour du Palais-de-Justice, étudiez-le sous tous ses aspects extérieurs, vous n´en emporterez pas d´autre définition que celle-ci : une maison quelconque plaquée d´une colonnade. Il n´y a pas la moindre liaison, la moindre transition architecturale entre la colonnade et les faces latérales ; ces faces latérales elles-mêmes n´ont rien de plus monumental que les cafés voisins ; elles sont tout aussi peu grecques que les épouvantables fabriques que l´édilité lyonnaise a laissé élever à l´entrée de la rue Saint-Etienne pour masquer l´admirable chevet de Saint-Jean. Puisque vous teniez au corinthien, au moins fallait-il être tout à fait corinthien. Mais ces pauvres colonnes rapportées, on ne sait pourquoi, devant cette ligne de fenêtres, sont là tristes et dépaysées, comme une troupe de belles filles grecques exposées en vente le long d´une caserne de barbares. Comme pour isoler davantage du reste de l´édifice cette façade, déjà sans rapport de style avec les côtés, on l´a fait dominer démesurément le reste de la construction qui semble en retrait derrière elle. Cela est fort peu grec, comme chacun peut savoir ; jamais on a vu de fronton, dans ce style, dépasser ainsi en hauteur le reste de l´édifice, le contraire serait plus admissible. L´effet majestueux de cette colonnade est gâté par ce retrait des deux ailes et la brusque diminution de leur hauteur, qui contribue puissamment à donner à la colonnade l´air d´un véritable plaquage. Afin que la disparité de style fut plus choquante, de chaque côté de la colonnade une immense fenêtre est ouverte en tête des deux ailes sur des pans de mur qui devaient rester pleins, et qui auraient exigé quelques grands bas-reliefs. Il n´y a donc de monumental, dans tout l´extérieur de l´édifice, que cette façade, qui fait ressortir l´effrayante pauvreté du reste ; c´est une tête d´Apollon sur le tronc de l´homme de la Roche (...)

    Il ne faut pas grand frais d´imagination pour aligner une colonnade devant une construction, les proportions des diamètres, des hauteurs et des entre-colonnements sont fixées par des règles presque invariables ; il y a beaucoup à dire cependant, même sur cette façade en la considérant à part de tout le reste dans ce majestueux isolement où l´architecte l´a placée. Elle est, sans contredit, d´un bel effet dans l´ensemble du panorama des quais de la Saône, car c´est une merveilleuse chose en soi qu´une colonnade grecque, pour peu qu´elle soit fidèlement copiée. Celle du palais, de quelque point de vue qu´on l´observe, du pied même de l´édifice ou de l´autre côté du fleuve, présente des défauts frappants dans ses proportions ; les colonnes sont un peu grêles et trop rapprochées ; mais ce qu´il y de principalement choquant, c´est la hauteur du fronton rectiligne qui règne au-dessus de l´entablement : cette partie est hors de proportion avec la base de l´édifice et écrase la colonnade par sa pesanteur. Ce défaut est d´autant plus grave qu´il arrivera à cette base comme à tous les monuments, d´être peu à peu diminuée par l´élévation successive du terrain, élévation qui, dans cette partie de Lyon, est une nécessité si l´on veut se mettre à l´abri des eaux. A mesure donc que le niveau du quai s´élèvera, cette disproportion de hauteur, entre ce qui supporte et ce qui domine les colonnes deviendra plus saillante et la lourdeur de la façade apparaîtra davantage. Signalons en passant un autre défaut qui n´est plus seulement une imperfection artistique, mais qui frappe l´usage même auquel l´édifice est destiné : l´inondation de 1840 prouvé que le niveau d´une partie des salles basses du palais n´est pas à l´abri des eaux, et comme ces salles sont probablement destinées à contenir des papiers, on voit combien il est fâcheux que l´élévation du sol ait été si mal calculée. Il fallait, et pour parer aux inondations, et pour préserver pendant plus longtemps le monument d´avoir les pieds enfouis sous le pavé, comme aujourd´hui nous le voyons de nos monuments séculaires ; il fallait, disons-nous, élever de beaucoup les fondations et toute la partie qui supporte la colonnade, l´édifice y aurait gagné doublement sous le rapport de la durée et de l´aspect. L´effet de la colonnade est encore déparé par cette ligne de fenêtres que l´on aperçoit derrière ; elles étaient, nous le savons, d´une indispensable nécessité, mais elles jurent tout à fait avec le style grec, et sont à leur tour écrasées par la lourde et froide nudité du pan de mur qui les domine ; le péristyle est trop étroit, les caissons qui en décorent le plafond sont d´assez bon goût, mais en revanche le pavé se présente d´une façon à la fois très incommode et très ridicule ; la nécessité d´éclairer un couloir, qui lui correspond dans la partie basse de l´édifice, l´a fait percer tous les trois ou quatre pas d´ouvertures rondes semblables à des puits, qui sont destinées, je pense, à être recouvertes de grilles et vitrées, de sorte que les promeneurs seront obligés à chaque instant de marcher sur des barreaux de fer ; enfin, arrivé à chaque extrémité du péristyle, que nulle balustrade ne ferme et ne peut fermer dans ce genre d´architecture, si l´on fait un pas de trop par inadvertance, on est précipité sur le pavé. Ainsi cette colonnade, qui est la partie la plus remarquable de l´édifice, est donc loin d´être irréprochable ; l´adoption du style grec a entraîné une foule de disparates qui blessent le goût et nuisent à la commodité.

    Gravissons maintenant ces marches raides et étroites, plus semblables aux échelons d´un marchepied qu´aux degrés d´un escalier monumental. Que l´architecte a dû gémir en se voyant condamné par le peu de place qui lui restait entre l´alignement du quai et la façade du bâtiment à n´élever qu´une avenue aussi mesquine et aussi incommode ! Suivons-le sur un terrain où il a eu ses coudées franches, et, par l´entre-colonnement du portique, largement ouvert à la pluie, au vent et au brouillard, pénétrons dans cette partie de l´édifice que l´artiste a développée avec tant d´amour que les autres n´en paraissent que l´accessoire. Entrons dans la salle des Pas-Perdus. Il y a sans contredit de la grandeur dans ce style, d´harmonieuses proportions ; c´est une chose belle en soi et qui satisfait, quand on oublie un moment quel devait être son usage et comment elle y est propre. Néanmoins, après avoir admiré l´ensemble, on est frappé du mauvais goût, du ridicule même de la plupart des ornements. Les trois demi-coupoles surbaissées qui forment la voûte, sont ornées de sculptures à chacun de leurs angles. Les douze signes du Zodiaque n´avaient que faire dans un Palais-de-Justice, ce sont eux qu´on y voit figurer. Le choix de ce sujet aussi neuf qu´intéressant avait l´avantage de dispenser d´imagination, et l´on sait que l´imagination en architecture est une faculté tout à fait gothique, et dont rougirait un membre du conseil des bâtiments. Il y a cependant une création originale dans ces bas-reliefs, c´est une nouvelle division des saisons : désormais il n´y en aura plus que trois, composées de quatre mois chacune. L´idée est d´autant plus heureuse que pour imiter l´Orient et la Grèce en architecture, l´hiver est fort gênant. En groupant les douze mois en trois saisons, c´est l´hiver sans doute que l´artiste a voulu supprimer ; l´édifice a grand besoin de ce changement dans notre température. Cette salle, en particulier, qui ne peut être ni chauffée ni fermée, et à qui son orientation et la disposition de ses ouvertures ne permettent que de recevoir fort peu de soleil ; cette salle est impraticable pendant cinq mois de l´année ; il y fait plus humide et plus froid que dans la rue : combien de fluxions de poitrine l´ordre corinthien vaudra-t-il à l´ordre des avocats ? Au-dessus du portique et de l´entrée de la cour d´assises, la place est ménagée pour deux bas-reliefs ; nous n´en connaissons pas encore le dessin, mais nous pouvons le donner d´avance : les signes du Zodiaque, les trépieds et les hippogriffes déjà exécutés impliquent nécessairement d´un côté une Thémis assise et tenant le glaive et la balance, de l´autre une Minerve portant pour égide la charte de 1830. Les murs de la salle sont enduits d´un stuc à compartiments rouge et vert, de l´effet le plus odieux ; nous aimons à penser que c´est là du provisoire, et que ce badigeon sera remplacé quelque jour par des fresques, où nous ne verrons ni Thémis, ni Pallas.

    La partie de l´édifice destinée à la Cour d´assises et à la Cour royale n´est pas encore terminée ; nous n´en dirons rien. Les trois chambres du tribunal civil ont pu être appréciées : la première a été jugée impraticable à cause du froid et abandonnée, les deux autres ont à peu près le même défaut, et en général toutes les pièces sont froides, sombres et humides comme des caves. Quant à leur distribution, nous en dirons peu de chose. Cet article, déjà trop long, n´aurait pas de fin, si nous promenions nos lecteurs dans ce dédale de couloirs, d´escaliers et d´étroits appartements ; nous savons cependant qu´aucun service n´est encore parvenu à s´établir convenablement, et que tout le monde se plaint : magistrats, avocats, avoués et greffiers. Peut-être ce désordre inséparable d´un premier établissement se calmera-t-il à la longue ; en attendant il entraîne des dépenses considérables, qui sont loin d´ajouter à la beauté de l´édifice ; ce sont, à chaque instant, des ouvertures nouvelles qu´il faut percer, et malgré cela, la circulation intérieure est difficile, et la lumière ne pénètre pas. Pour éclairer certaines pièces du bas étage on est obligé de percer dans le mur du péristyle d´ignobles ouvertures, semblables à des soupiraux de cave, et dont chacune doit revenir à un prix énorme, car il s´agit de creuser au ciseau plus d´un mètre cube, dans une pierre de taille de l´espèce la plus dure. Cette difficulté de donner du jour aux diverses salles, provient incontestablement du choix qu´a fait l´architecte d´une colonnade grecque pour la façade : il en résulte que toute la partie du bâtiment qui longe le quai, celle qui reçoit extérieurement le plus de soleil, ne comporte pas de fenêtres pour le laisser entrer dans l´édifice. L´architecte, en faisant violence aux lois du style grec, en a introduit à la hauteur du premier étage ; cette ligne gâte la colonnade, et elle est tout à fait insuffisante pour éclairer convenablement. Le bas étage du palais est plutôt une succession de caves qu´une série de pièces où l´on puisse loger des bureaux. Il y avait à combattre deux causes permanentes d´humidité : le voisinage de la colline et celui du fleuve ; il aurait fallu élever de beaucoup le sol, et pourtant il a été laissé au niveau de celui des maisons voisines. Au dernier automne, où la crue de la Saône n´a pas été plus considérable que d´habitude, le foyer du calorifère a été envahi par les eaux. Il est triste de penser que, dans la construction d´un édifice si coûteux et si durable, une chose aussi importante et aussi simple à calculer que le choix d´un niveau ait été faite avec autant d´imprévoyance.

    Si la colonnade, avec sa lourde base et son plus lourd fronton, engendre l´obscurité d´une grande partie des salles du palais, de même la salle des Pas-Perdus, avec ses dimensions exagérées, a accaparé, au détriment des autres salles, un espace déjà trop restreint. L´architecte a tout sacrifié à cette partie du monument.

    L´inconvénient de cette étendue ne se fait pas seulement sentir dans l´étage où cette pièce est située, mais il en résulte qu´on a dû renoncer à établir au-dessus d´elle des salles supérieures, car son élévation est trop considérable pour cela ; et enfin la partie basse qui lui correspond est complètement plongée dans la nuit, et il est impossible d´imaginer un usage auquel elle soit propre. Que de place perdue dans une construction où il était si essentiel de la ménager !

    Pour donner au Palais de Justice le développement convenable, surtout lorsque l´on se proposait de lui adjoindre une prison, il fallait raser toutes les maisons depuis la Saône jusqu´au pied de la colline, et laisser une large place entre le quai et la façade ; pour cela il eût fallu des sommes considérables sans doute, mais on dépensera en tout huit millions au moins ; avec un million de plus on aurait pu faire quelque chose de grand, et l´on n´a maintenant qu´un des monuments les plus défectueux qui se soient élevés à notre époque de si pauvre architecture.

  • Le Préfet de la Région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, à Monsieur le Conservateur régional des Bâtiments de France, le 24 juillet 1975

    CRMH, MHAA 99551

    Le Préfet de la Région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, à Monsieur le Conservateur régional des Bâtiments de France, le 24 juillet 1975. Objet : inscription sur l´inventaire supplémentaire des Monuments historiques du Palais de Justice de Lyon

    Extraits

    Origines de propriété

    Le Conseil général s´est préoccupé de connaître ses droits exacts en matière de propriété des locaux du Palais. Une séance du 22 décembre 1949 a été consacrée à la recherche d´une réponse précise à cette question et la délibération sur ce point a pris acte, sans pour autant prétendre avoir vidé le débat, d´indications figurant sur le « Tableau général des Propriétés de l´Etat » et considérant comme appartenant à l´Etat l´aile sud du Palais de Justice, occupée par la Cour d´Appel Ce serait un état dressé, le 2 juin 1874, par M. Ducros alors Préfet du Rhône, qui mentionnerait pour la première fois, les droits de l´Etat sur l´aile sud. L´autre partie de cette construction appartient, sans nul doute, au Département.

    Quoiqu´il en soit, le corps du bâtiment actuel a été construit sur l´emplacement :

    1 de l´antique Palais de Roanne devenu propriété des rois de France en suite de la cession du Dauphiné par Humbert II à Philippe de Valois, le 16 juillet 1343. Les Dauphins viennois avaient reçu ces immeubles des anciens Comtes de Forez ;

    2 de la prison de Roanne reconstruite en 1775 sur partie du tènement du Vieux Palais et de deux maisons acquises au nom du roi, le 20 août 1639 et le 4 mai 1643 ;

    3 de 17 maisons acquises de 1827 à 1834 ;

    4 de l´hôtel de Fléchères acquis par la Ville, le 1er mars 1768, et d´un emplacement pris sur la voie publique, cédé gratuitement par la Ville de Lyon.

    D´après une correspondance adressée au Président Bonnevay par l´Archiviste en chef du Département, le 19 juillet 1949, les 17 maisons citées au 3 comportaient les immeubles suivants :

    -maison Durieu, 2 rue du Palais, acte du 15 décembre 1824 approuvé par ordonnance royale du 4 mai 1825

    -maison Gabet, port de Roanne, acte du 14 avril 1827

    -maison Grizard 4 rue du Palais, d°

    -maison Leclerc-Brigaud, angle rue Saint-Alban et Porte-Froc n°4 sur chacune, acte du 9 juillet 1827

    Pour ces trois immeubles, l´ordonnance royale d´approbation est datée du 14 octobre 1827.

    -maison Amy, 51 rue Saint-Jean, acte de vente du 24 avril 1830

    -maison Civier, angle rue du Palais et de la rue Saint-Jean, acte du 28 septembre 1830,

    approuvés par ordonnance royale le 28 décembre 1830

    -maison Devilliers, angle rue Saint-Alban et du Palais, acte du 31 mars 1832

    -maison Sevrin Vincent, 49 rue Saint-Jean, acte du 7 février 1832

    -maison Rougier, 4 rue Porte-Froc, acte du 20 mars 1832,

    approuvés par ordonnance royale le 19 août 1832 pour les trois ventes.

    Deux lettres d´envoi d´ordonnances royales d´approbation des 31 mai et 25 octobre 1833 concernent l´acquisition, cette même année, de huit autres maisons :

    -de Valous, 45 rue Saint-Jean

    -Vidal, 41 rue Saint-Jean

    -Seigneuret, 2 rue Porte-Froc

    -Morin, 6 rue du Palais

    -Mazeiriat, 47 rue Saint-Jean

    -Blanc, 37 rue Saint-Jean

    -Courniaud, 39 rue Saint-Jean

    -Dubost et Dumond, 43 rue Saint-Jean

    Un rapport au Conseil général du 20 août 1824 précise que l´emplacement occupé par toutes ces maisons devait permettre la construction « d´un édifice destiné à la Cour royale, à la Cour d´Assises, au Tribunal civil et correctionnel et à la Maison d´Arrêt ».

    Construction du Palais

    Les plans et devis ont été dressés par M. Baltard et définitivement approuvés par décision ministérielle du 23 février 1831. La première pierre de l´édifice a été posée le 28 juillet 1835 et il a été terminé en 1848.

    La Cour d´Appel a pris possession de l´aile méridionale le 27 juin 1847, le Tribunal civil de l´aile septentrionale le 9 septembre 1842. Ces deux ailes sont séparées par la salle des Pas perdus. Au fond se trouve la Cour d´Assises inaugurée le 2 octobre 1847.

    Description du bâtiment actuel

    L´immeuble rectangulaire en façade sur quatre rues (quai Romain-Rolland, rue du Palais-de-Justice, rue Saint-Jean et rue de la Bombarde) présente, sur la face tournée sur le quai, 24 colonnes monumentales.

    Il comprend trois étages :

    1 - un rez-de-chaussée d´une superficie de 5.365 m2 dont il faut déduire celle de cinq cours intérieures, ce qui ramène la superficie bâtie à 4.575 m2.

    2 - un entresol, en façade sur la rue Saint-Jean, côté est du bâtiment, d´une superficie bâtie de 775 m2.

    3 - un 1er étage auquel on accède par un escalier monumental sur le quai Romain-Rolland, d´une superficie totale de 5.210 m2 dont il faudra déduire la superficie des quatre cours intérieures, ramenant la superficie bâtie à 4.170 m2.

    4 - un 2e étage, d´une superficie bâtie de 3.100 m2.

    5 - un 3e étage en façade, dans la partie ouest, sur la rue Saint-Jean : partie en greniers et salle d´archives, partie à usage de bureaux (laboratoire et musée de police, service anthropométrique, etc.) d´une superficie bâtie de 3.100 m2.

    La superficie totale bâtie ressort ainsi à 15.720 m2.

    Entièrement en pierre de taille, cette construction, très solide, bien qu´ancienne, avait coûté, à l´époque, 4.094.440 F. La valeur vénale du bâtiment, retenue pour évaluer la prime d´assurance incendie afférente à l´année 1974 est de 28.539.800 F.

    Les seules références cadastrales connues, Lyon section P n°s 76-92 et 93, sont anciennes.

    Pour le Préfet, le secrétaire général délégué, Alain Dupoix

  • RHONE, LYON 5e, Palais de Justice, note de synthèse, 14 novembre 1990 par Bernard Gautheron

    RHONE, LYON 5e, Palais de Justice, note de synthèse, 14 novembre 1990 par Bernard Gautheron

    Historique

    Dès le début du XVe siècle la justice lyonnaise a siégé dans le Palais de Roanne, établi sur un emplacement proche de l´actuel Palais de Justice. Jusqu´à la fin du XVIe siècle, la Maison de Roanne conserve son aspect féodal et austère.

    En 1622, le Palais de Roanne fut dévasté par un incendie. Des restaurations sont entreprises en 1639, à l´occasion desquelles le peintre Thomas Blanchet exécute 3 plafonds pour la salle des audiences et 8 tableaux de chevalet.

    A la fin du XVIIIe siècle, on envisage la reconstruction totale du bâtiment.

    Après la démolition de l´hôtel de Fléchères (1807) qui abritait le Tribunal civil, place Saint-Jean, l´architecte lyonnais Flacheron est le premier à concevoir un nouvel édifice pour la Cour d´Appel.

    En 1812, 1816 puis 1823, Flacheron produit des plans exhaustifs où il est question pour la première fois de construire un Palais de Justice unique.

    La venue de Baltard met fin à ses projets.

    Les premiers projets de Baltard (1825) ne furent pas retenus.

    En 1827, la Ville de Lyon ouvre un concours. Les résultats sont connus en 1828 et le projet de Baltard retenu. Mais après 7 années d´études préliminaires pendant lesquelles le projet initial de Baltard subissait maints remaniements, la première pierre fut posée le 28 juillet 1835. Dix ans après, le 2 décembre 1845, avait enfin lieu l´inauguration du Palais de Justice, Palais qui ne sera terminé partiellement qu´un an et demi plus tard, le 30 juin 1847. En 1860, des artistes travaillent encore à des oeuvres maîtresses.

    Trois « commanditaires » sont en fait à l´origine du projet et de son financement : le gouvernement, le département du Rhône, la Ville de Lyon, la dépense étant répartie ainsi : 3/8 Etat, 3/8 département, 2/8 pour la ville. Entreprise laborieuse et lourde financièrement, puisque l´estimation en 1825 est de l´ordre de 1 600 000 F puis passe à 3 000 000 F pour atteindre en 1847 un coût de 5 000 000 F.

    Description

    La façade principale se caractérise par son importante colonnade de 24 colonnes corinthiennes. Elle forme un avant-corps en légère saillie.

    La colonnade repose sur un soubassement de pierre appareillée qui constitue un rez-de-chaussée. La colonnade est donc située au 1er étage, on y accède par un large escalier à trois paliers, les colonnes délimitent un péristyle. Les chapiteaux sculptés (feuille-fleur) montrent une recherche décorative originale. Entre les fenêtres de l´entrecolonnement sont sculptés des bas-reliefs représentant le faisceau des licteurs romains. Le plafond des péristyles est formé de caissons sculptés.

    Les façades latérales sont identiques et présentent trois niveaux : le rez-de-chaussée, dont l´appareil est semblable à celui du soubassement de la façade principale, est occupé par deux entrées et neuf fenêtres, le 1er étage offre 11 fenêtres un peu plus grandes couronnées d´un fronton triangulaire, au-dessus de ces fenêtres se trouvent de plus petites ouvertures très dépouillées correspondant au 2e étage.

    Ces deux façades latérales sont couronnées par une corniche en ressaut. La façade rue Saint-Jean est décorée de deux statues, la Force et la Justice dues à Roubaud (1862).

    La salle des Pas perdus : elle est bien éclairée par deux séries de trois baies vitrées en demi-cercle, dans la partie supérieure des murs latéraux. 8 colonnes corinthiennes détachées des murs, comme dans les thermes romains, soutiennent les trois coupolettes sur pendentifs qui servent de couvrement. Au centre de leur calotte est sculpté un fleuron et dans les pendentifs s´inscrivent les sculptures des 12 signes du zodiaque.

    Dans le milieu des grands côtés s´ouvrent 2 vestibules à colonnes qui permettent l´accès aux chambres d´audiences. Sur l´entablement surmontant leur entrée sont plaqués deux bas reliefs représentant un couple d´animaux fantastiques. Sur le côté ouest prend naissance un escalier de pierre qui, avec l´encadrement très ouvragé de la porte marque l´entrée de la cour d´assises. Celle-ci est surmontée d´un fronton sculpté représentant La Justice punissant le Crime (G. Bonnet, 1862). A l´opposé au-dessus de la porte d´entrée, un autre fronton sculpté représente La Ville de Lyon accueillant les Beaux-Arts, le Commerce, l´Industrie et l´Agriculture (Legendre-Héral, 1847). Deux statues de Diébolt (un Guerrier casqué et la Justice, 1852) ornent cette salle des Pas perdus.

    La Cour d´Assises : elle fut la dernière des salles d´audience achevée. Elle est éclairée par des ouvertures rectangulaires dans le haut des murs latéraux. Les boiseries de noyer et de thuya sont percées de trois portes dont l´encadrement est constitué par deux pilastres et un linteau sculpté.

    L´entrée principale (côté est) est en marbre ouvragé dont l´entablement est décoré d´une horloge enchâssée dans un fronton à volutes. La décoration de cette porte est inachevée et ne correspond par au projet de Baltard.

    De même le plafond resta inachevé, il devait être à l´origine orné de trois toiles peintes. Il n´a gardé que les encadrements en bois dorés. Au-dessus de la porte d´entrée se situe une galerie réservée au public et à la presse. A l´arrière des sièges du Président et des magistrats, on trouve un encadrement de marbre très décoré.

    Première chambre de la Cour d´Appel et du Tribunal : elle possède un plafond à caissons ornés de fleurons dorés et elle est entièrement tapissée de lambris de chêne décorés d´armoiries, pilastres et médaillons. Ces lambris sont en parfait accord avec le mobilier. L´entrée côté nord décorée de marbre jaspé gris est surmontée d´une tribune à colonnes. La décoration de cette salle est très proche de l´autre Première chambre qui lui fait pendant sur le côté nord de la salle des Pas perdus (excepté les médaillons et les écussons). Elle a également été conçue par Baltard et réalisée sensiblement à la même date.

    Autres salles d´audiences : perpendiculairement à ces deux grandes chambres d´audiences et ouvrant sur le même vestibule se trouvent deux petites chambres en hémicycle parallèles à la salle des Pas perdus. Les deux chambres du côté nord ont été restaurées, mais elles présentent encore dans la partie supérieure des murs des peintures simulant le marbre. Les deux chambres côté sud n´ont pas été restaurées et montrent au-dessus des lambris un exemple de faux appareillage de pierre de taille. Boiseries et mobilier sont d´une qualité d´exécution remarquable. En outre, leurs plafonds permettent de voir deux toiles octogonales de Thomas Blanchet exécutée en 1636 à l´occasion de la restauration de l´ancien Palais de Justice, le Palais de Roanne. D´autres éléments de décor du Palais de Justice méritent d´être signalés : - l´escalier monumental de la Cour d´Appel qui s´orne d´un plafond à caissons (le même escalier se trouve côté nord), -le bureau bibliothèque du Premier Président de la Cour d´Appel, remarquable par ses boiseries, - l´ancienne chapelle qui donne sur la rue Saint-Jean, - l´entrée monumentale (voûte à caissons) de la cour de la prison ...

    Conclusion

    Edifice néo-classique, le Palais de Justice de Lyon peut paraître monotone et sévère. Mais une approche plus détaillée permet d´apprécier une profonde recherche d´unité entre l´architecture et la décoration intérieure et extérieure. Baltard avait un goût très prononcé pour la polychromie inspirée de l´Antiquité et de la Renaissance. Les différentes salles du Palais de Justice dénotent, malgré les nombreux remaniements imposés à Baltard, une recherche d´unité des styles tout autant dans les éléments architecturaux que dans les sculptures et les divers éléments du mobilier. Pour ces raisons, l´extension de l´inscription sur l´inventaire supplémentaire des monuments historiques à la totalité du Palais de Justice serait tout à fait souhaitable.

  • Proposition d´extension de la protection Avis de l´Inspecteur général des Monuments historiques 10 février 1992

    Rhône, Lyon, Palais de Justice, Bâtiment civil.

    Proposition d´extension de la protection

    Avis de l´Inspecteur général des Monuments historiques

    10 février 1992

    Extraits

    Mon avis ne peut être que favorable également, mais, si l´on situe ce dossier dans son contexte administratif actuel, celui d´une campagne de protection des Bâtiments Civils parmi les monuments historiques, il sera de surcroît étayé sur la valeur exemplaire de cet édifice :

    - les circonstances de sa construction, depuis les péripéties du concours, la commande à Louis-Pierre Baltard, Baltard père, architecte des Bâtiments Civils, les avis du Conseil des Bâtiments civils donnés tout au long du chantier, illustrent bien le fonctionnement de ce service au début du XIXe siècle.

    - ... Par son activité de graveur, Baltard père aura une influence capitale pour plusieurs générations d´architectes ; ses nombreux ouvrages gravés, consacrés aux monuments antiques d´Italie, puis aux monuments de la Renaissance, ainsi qu´à leur décor, seront la base d´un enseignement fondé sur les modèles antiques et l´étude des ordres.

    Dans la prise de position du service des Bâtiments civils en faveur de l´architecture néo-classique, et néo-antique, par opposition à celle du jeune service des Monuments historiques défenseur des monuments de la France médiévale, les références publiées par Pierre-Louis Baltard font figure de modèle, et l´on pourrait même dire qu´il fut, dans les années 1830, pour les monuments antiques, ce que le baron Taylor fut pour les monuments du Moyen Age.

    Le Palais de Justice de Lyon, plus néo-antique que néo-classique, parfaite illustration de l´utilisation des ordres selon Vitruve, est l´illustration la plus claire des théories de Baltard père. Son architecture comme son décor, inspiré lui des grandes basiliques romaines, mais aussi des palais de la Renaissance, trouvent une justification supplémentaire dans le contexte de la doctrine du service des Bâtiments civils de la première moitié du XIXe siècle.

    Dans le contexte enfin de la campagne de construction d´édifices publics dans les années 1830-1840, on peut encore citer le Palais de Justice de Lyon comme l´une des têtes de série.

    Inspiré de l´architecture antique, dans sa typologie, mais aussi dans le souci d´asseoir la dignité de la fonction sur les modèles jugés idéaux des vertus de l´Antiquité, les palais de justice de cette époque reprennent fréquemment le même modèle dérivé d´un temple dressé sur un soubassement, avec une façade à colonnes, in antis, surmontées d´un fronton.

    On peut citer, entre autres, les exemples de Montpellier, Orléans, Marseille, Privas, Valognes, Saint-Lô, Nîmes, Rodez, Tours... ; le parti adopté à Lyon, qui fait disparaître le fronton au profit d´un péristyle continu [il s´agit en fait d´une colonnade] est encore plus affirmé.

    La mesure de protection proposée, classement en totalité parmi les Monuments historiques, répond à mon avis à la valeur d´ « unicum » de cet édifice.

    C. DI MATTEO

    IGMH

  • Avis de l'architecte en chef des Monuments historiques

    Palais de Justice de Lyon (69) - (Extension de Protection)

    Dossier de recensement

    Avis de l'architecte en chef des Monuments historiques

    L´unité des décors et leur variété, la qualité de la composition autant que du détail, le mobilier font de l´intérieur de ce Palais de Justice un ensemble unique et précieux comme témoin authentique d´une époque très peu altérée (sic).

    Même si l´architecture reste sobre et austère (conforme à sa fonction), j´émettrai un avis favorable à l´extension de la protection par un classement de toutes les salles intérieures à décor : salle des Pas perdus, escaliers, salle de la Cour d´assises, 1ère Chambre Cour d´appel, 2e Chambre Cour d´appel, 4e Chambre de la Cour d´appel, 1ère Chambre, 2e Chambre et 3e Chambre du Tribunal, Bureau du 1er Président, bibliothèque.

    Fait à Lyon, le 12 décembre 1990

    L´Architecte en Chef des Monuments historiques

    Didier Repellin

  • Commission supérieure des Monuments historiques, séance du 10 février 1992

    Commission supérieure des Monuments historiques

    CSMH, 1ère section, séance du 10 février 1992

    Rhône - Lyon 5e - Palais de Justice

    Rapporteur : Mme DI MATTEO, Inspecteur général des Monuments historiques

    Présentation : M. CAILLE, Inspecteur des Monuments historiques

    Extraits

    M. Caille rappelle la qualité architecturale de l´édifice, mais aussi de son décor tant intérieur qu´extérieur qui justifie l´intervention d´une mesure de classement en totalité.

    Mme Di Matteo rappelle l´intérêt du bâtiment conçu par Louis-Pierre Baltard, père de Victor Baltard, architecte des bâtiments civils qui aura une activité pédagogique déterminante pour les doctrines de ce service. Il construira essentiellement à Lyon, notamment le grenier à sel, la prison de Perrache, l´arsenal d´artillerie. En sa qualité de graveur, il aura une influence capitale ; ses ouvrages gravés consacrés aux monuments antiques de l´Italie puis à ceux de la Renaissance seront la base d´un enseignement fondé sur les modèles antiques et l´étude des ordres.

    Le palais de Justice de Lyon plus néo-antique que néo-classique est une claire illustration des théories de Baltard et peut être considéré comme l´une des têtes de séries de la campagne de construction d´édifices publics des années 1830-1840.

    Considérant que cet édifice répond à la valeur d´unicum, le rapporteur en propose le classement en totalité au titre des monuments historiques.

    M. Vaisse souligne la qualité de l´architecture intérieure demeurée intacte et souhaite en connaître les projets d´aménagement. Il signale par ailleurs l´existence de l´association de l´histoire du ministère de la Justice, animée par des magistrats très attachés à leur patrimoine et souhaiterait savoir si elle a été consultée.

    M. Vincent confirme que le problème de la réutilisation reste posé et que le ministère de la Justice aurait souhaité qu´une solution soit trouvée. Il rappelle qu´une étude globalisée des palais de justice est envisagée en accord avec le ministère concerné. Cet examen particulier du Palais de Justice de Lyon lui semble justifié par l´intérêt tout à fait exceptionnel de l´édifice.

    M. Prunet pose le problème des constructions sur le quai qui dénaturent le projet de Baltard.

    M. Letellier souhaite qu´un inventaire du mobilier soit effectué afin d´éviter sa dispersion.

    M. Caille évoque huit tableaux protégés au titre des projets mobiliers dont deux seulement sont intégrés au décor, les six autres étant mobiles.

    M. de Saint-Victor précise que les deux tableaux intégrés dans le plafond doivent être considérés en tant qu´immeuble par nature.

    Considérant l´intérêt architectural tout à fait exceptionnel du Palais de Justice de Lyon, de la qualité de son décor intérieur demeuré intact, considérant que cet édifice constitue un unicum parmi les autres palais de justice, la commission supérieure des Monuments historiques émet, à l´unanimité, un avis favorable à son classement en totalité.

    Le chef du bureau de la Protection des Monuments historiques, Francis Jamot

  • Lettre de Pierre Legrand à M. le Maire, Lyon, le 7 décembre 1837

    Lettre de Pierre Legrand à M. le Maire, Lyon, le 7 décembre 1837. AC Lyon. 470 WP 029.

    Monsieur le Maire

    Le soussigné Pierre Legrand entrepreneur du marché couvert de la place de la Martinière est obligé à son grand regret de vous déclarer qu´il lui est matériellement impossible de fournir en pierre de Villebois les colonnes du marché couvert dans les dimensions indiquées au devis de Mr l´architecte, il ne réclame pas contre les prix, tout minimes qu´ils sont, il est même disposé à faire tous les sacrifices possibles pour vous contenter et mener à bien son travail ; mais d´après ce qu´il vient de voir aux carrières il ne peut espérer avant un an obtenir des extracteurs des bancs d´épaisseur convenable pour ces colonnes, il a fait inutilement les offres les plus avantageuses, il y a impossibilité absolue. Il vient donc en conséquence vous prier de l´autoriser à faire la fourniture des colonnes et chapiteaux en pierre dure de Crussol près Valence. Cette pierre est magnifique ainsi qu´on en peut juger par les blocs qui viennent d´arriver pour le palais de Justice et qui font regretter à Monsieur le Préfet de ne l´avoir pas employée plutôt et uniquement ; cette pierre est sans mises délits et défauts elle permettra de faire les colonnes d´un seul bloc, enfin elle a beaucoup d´avantage sur la pierre de Villebois pour la beauté et la finesse de la taille. MM. les architectes du palais de Justice vous en rendront bon compte.

    Le soussigné demanderait une augmentation de cent francs par colonne prix modique et qui serait encore loin de le désintéresser complètement.

    Agréez Monsieur le Maire mes respects et soumission de votre très humble serviteur ?

    Signé Legrand Pierre

    L´architecte de la ville soussigné est convaincu de la vérité des faits avancés par le sieur Grand. Il désire vivement que le changement de pierre proposé pour les colonnes soit adopté par l´administration. Cependant il pense que l´indemnité de cent francs pour chaque colonne est un peu forte et pourrait être réduite à quatre-vingts francs.

    Lyon, le 9 Xbre 1837,

    signé Dardel

    Approuvé C. Martin [maire de Lyon]

    J´acquiesse (sic) aux conclusions du rapport de M. Dardel et m´engage à fournir les dites colonnes en pierre de Crussol avec leur chapiteau moyennant la somme de bonification pour chaque colonne sur le prix du devis primitif du marché couvert de la Martinière.

    J´approuve, Lyon le 15 Xbre 1838,

    Signé Legrand Pierre

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. DRAC Rhône-Alpes. CRMH. Lyon 5e. Palais de Justice

    CRMH Rhône-Alpes
  • AC Lyon. 470 WP 029. Halles et marchés : halle de la Martinière. Construction, incendie, réparations : traités, devis, affiches, cahiers des charges, rapports, délibérations, mandats de paiement, acte de vente, arrêtés, délibération du conseil municipal, documents juridictionnels, plans, procès-verbaux d'adjudication, 1836-1902

    AC Lyon : 470WP029
Documents figurés
  • 201. LYON - Pont du Palais de Justice et Coteau de Fourvière - E.R. / IMP B & G Lyon [début XXe siècle - avant 1921]. Carte postale (Collection particulière).

    Collection particulière
Bibliographie
  • BERTIN, Dominique. BODET, Catherine. CADIOT, Christian. CHOMER, Gilles. DALZOTTO, Maryse. MARTIN, Sylvie. VIOUT, Jean-Olivier. La Justice à Lyon d'un Palais à l'autre. XVIIe - XXe siècle. Pré-inventaire des Monuments et Richesses artistiques du Rhône. Villeurbanne : 1995. 263 p. Ill.

  • CLAPASSON, André. Description de la ville de Lyon avec des recherches sur les hommes célèbres qu'elle a produits. Lyon : impr. A. Delaroche, 1741. XVI-283 p. ; 17 cm. [Réimpr. Lyon, 1761 ; rééd. annotée et ill. par G. Chomer et M.-F. Perez. Seyssel : Champ Vallon, 1982]

    rééd. 1982, pp. 196-198
  • PUITSPELU, Nizier du. Les Vieilleries lyonnaises. Lyon : Jean Honoré Editeur, 1980, (première édition en 1891)

    p. 207
  • PUTINIER, Robert. VIOUT, Jean-Olivier. Le Palais de justice des 24 colonnes. Regards de Robert Putinier. Lyon : REEL Editions, 2001. n. p. Ill.

  • TRITENNE, Dominique (dir). NEYROLLES, Yves (dir). Des hommes et des pierres. Savoir-faire en Rhône-Alpes. Les guides du patrimoine rhonalpin n° 44. Lyon : Patrimoine rhonalpin, Bourg-en-Bresse : M&G Editions, 2012. 60 p. ill.

    p. 52-56
Périodiques
  • EYRAUD, Denis. 24 colonnes à la Une. La Renaissance du Vieux Lyon, Le Journal, novembre 2007, n° 127, Rubrique Patrimoine, p. 1-7, ill., Feuilleton : la restauration du Palais de Justice historique, février 2009, n° 131, Rubrique Patrimoine, p. 7, ill.

    p. 1-7
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel ; © Ville de Lyon © Ville de Lyon - Belle Véronique