En 2020, lors de notre passage à Ambert, les archives communales n'étaient pas classées, ne permettant aucune consultation. La documentation dont il est rendu compte ici provient des Archives nationales (fonds du Conseil général des bâtiments de France) et des Archives départementales du Puy-de-Dôme (fonds du rectorat et fonds de l'architecte André-Vital Blanc).
D'après un article paru dans La Montagne le 7 novembre 1966 à l'occasion de l'inauguration des nouveaux locaux, le "collège communal d'Ambert aurait été créé le 12 vendémiaire de l'an XI (octobre 1804)". À cette date, le terme de "collège communal" renvoie bien à ce que l'on dénommait et dénomme encore aujourd'hui "lycée", à la différence près que l'État n'ayant pas les moyens de garantir la totalité de l'enseignement secondaire, les municipalités avaient la possibilité d'administrer des collèges (le titre de "lycée" ne leur était pas accordé) dont les enseignants étaient nommés par le ministère et le plan d'étude le même que celui des lycées (voir Solenn Huitric et Alain Prost sur cette question générale). Comme l'écrit Anne-Marie Châtelet (dans "Imaginer un lycée, un exercice aux Beaux-Arts", In situ, n°44, [en ligne]), il est "d'autant plus regrettable de les dissocier qu'en matière architecturale les frontières sont plus perméables qu'en matière administrative".
Dans des documents datant de 1820 dans lesquels il est fait état de l'acquisition d'un "local destiné à l'établissement du collège de cette ville", acquisition grâce à laquelle "la commune serait dégrevée d'une dépense annuelle" correspondant au versement d'un loyer, on comprend qu'aucune construction spécifique ne lui a été encore consacrée mais on ne sait rien non plus de l'emplacement de l'institution dans la ville. Dans le nouveau local acquis, des travaux sont entrepris . Des réparations et aménagements sont régulièrement programmés (1830, 1848, 1859, 1904-1905... ), parmi lesquels le blanchiment des murs de façade et de la chapelle, un nouveau dortoir... En 1866, un devis d'un préau en pisé est à signaler, signé de l'architecte-voyer Vars. De gros travaux avaient été aussi entrepris (toiture en 1886, par l'architecte-voyer Derrode, reconstruction partielle entre 1898 et 1903, par l'architecte départemental B. Sauzet).
On note en particulier que d'après un extrait du Registre des délibérations du conseil municipal, en 1868, un devis avait été également donné par Vars d'une porte à "l'entrée principale du collège" donnant sur un "chemin d'intérêt communal", et à moins que des jalons nous manquent, il semblerait que la porte dont il s'agit soit bien celle que l'on distingue sur une petite gravure utilisée dans un courrier en 1905, puis sur un dessin de 1932 de la façade sur rue, enfin sur une photographie que l'on peut dater entre 1938 et 1957, et donc que l'emplacement du local acquis en 1820 puis modifié et agrandi, est celui sur lequel se situe le lycée actuel.
D'après l'Enquête sur l'enseignement secondaire pour l'année 1899 destinée aux députés, le collège communal d'Ambert se distinguait par une croissance forte de ses effectifs depuis 1894. Dans le même rapport, en matière d'écoles secondaires situées dans le département du Puy-de-Dôme, on voit qu'Ambert partage avec Issoire, Riom et Thiers, d'avoir un collège communal, quand Clermont-Ferrand est l'unique à disposer d'un lycée. Ambert et Clermont sont les seules à avoir, en plus, une "école primaire supérieure" (qui annonce en quelque sorte la polyvalence du lycée actuel de la première).
D'après un extrait du registre des délibérations communales, un bâtiment du collège communal d'Ambert est démoli en 1931, puis reconstruit "et pour remédier au chômage, une somme sera prélevée sur le plan des grands travaux contre le chômage". Des plans sont produits par l'architecte Béal, datés du 15 novembre 1932 (conservés aux archives départementales du Puy-de-Dôme en 33 Fi 3/106-107-108), indiquant des maçonneries conservées et des maçonneries à construire, où l'on comprend que c'est le corps de bâtiment sur rue qui est reconstruit (il abrite les logements de fonction) : on en a une représentation sur deux dessins (des façades sur rue et sur cour) et sur un cliché conservé dans le dossier de la reconstruction postérieure, conservé aux archives nationales.
Par arrêté du 20 février 1957, André-Vital Blanc est désigné par le MEN (ministère de l'Education nationale) afin de concevoir une "extension du collège" (désignation confirmée par un courrier daté du 26 juin 1964). Les plans et le texte de présentation que l'architecte produit le 12 février 1958 sont particulièrement éclairants. Mais il semblerait que le budget ne puisse pas être dégagé aussitôt. Puis lorsque le projet est ré-actualisé en 1961 (pour figurer au budget de 1963 seulement), le conseil municipal fait le choix de laisser la maîtrise d'ouvrage à l'Etat (alors que le décret du 27 novembre 1962 lui donnait la possibilité d'en tenir le rôle), et réitère sa confiance à A-V. Blanc.
Dans le premier avant-projet une partie des bâtiments anciens étaient conservés, puis lors de la reprise (1963), il semblerait que l'idée retenue était de les raser. De même, l'avant-projet évolue sur le positionnement de l'entrée principale : elle devait se trouver dans l'angle sud-ouest de la parcelle, sous forme d'une rampe d'accès, et finalement, son emplacement reste le même qu'à l'origine : sur la rue Blaise-Pascal, et l'angle sud-ouest de la parcelle est occupé par le gymnase. Au 29 janvier 1965, les entreprises sont à nouveau consultées, sur les nouvelles bases : les bâtiments existants seront donc à remplacer. L'entreprise Barrat avait d'abord proposé un procédé traditionnel tandis que Delbigot, le concurrent, proposait du préfabriqué (procédé Barets), puis Barrat propose le procédé Costamagna, qui est retenu. Entre 1963 et 1965 est construite la grande barre orientée nord-sud, à l'extrême est du terrain, "sans interruption du fonctionnement du collège". Lors de la seconde tranche de travaux sont démolis les anciens bâtiments et élevés le bâtiment aligné sur la rue Blaise-Pascal contenant les services de l'administration et les logements de fonction, la barre située au nord et le gymnase. La densification du fond s'accentue ainsi avec l'implantation d'un gymnase à l'angle sud-ouest de la parcelle, empiétant copieusement sur le jardin.
Sur les plans de 1958, l'établissement est dénommé "collège mixte", puis "collège mixte classique et moderne" sur une élévation de 1961, et "lycée municipal mixte" en 1962, finalement "lycée nationalisé mixte Blaise-Pascal" en 1985, au moment de la mise à disposition des bâtiments à la région Auvergne.
Hormis l'inscription "COLLÈGE COMMUNAL" gravée, démontée de la porte d'entrée construite en 1868, ainsi que son amortissement en forme de statue en pied de Blaise Pascal, plus rien ne semble donc subsister du collège communal. Ces deux éléments font l'objet d'une mise en valeur sur et au pied d'un socle au sommet d'un premier emmarchement menant au lycée. Par ailleurs, le fonds semble avoir été agrandi de manière à construire des bâtiments d'ateliers au nord, en coeur d'îlot (correspondant à un centre de formation des apprentis). Ces bâtiments ne sont pas visibles depuis l'espace public, nous ne les avons donc pas pris en compte dans ce dossier problématisé autour de la question de l'inscription urbaine de l'établissement.
La consultation des archives régionales reste à faire si l'on voulait documenter les travaux entrepris depuis 1985, date de la mise à disposition de la Région. Les réhabilitations et restructurations du 21e siècle (2003, 2009... jusqu'en 2013) semblent avoir concerné principalement l'isolation acoustique et thermique. Un bâtiment a été intercalé entre le gymnase et la barre orientée nord-sud, en 2003 probablement.
Conservatrice du patrimoine, chercheuse de 1994 à 2023 au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel (Clermont-Ferrand).