Dossier d’œuvre architecture IA63002786 | Réalisé par
Fougère Félicie (Contributeur)
Fougère Félicie

Conservatrice du patrimoine. Responsable de l'unité Ressources du Service Patrimoines et Inventaire général de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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  • inventaire topographique, La ceinture des boulevards de Clermont-Ferrand
Atelier de la manufacture de caoutchouc Fritisse et Nourry, puis garage automobile Citroen, actuellement immeuble résidence "Les Paulines"
Œuvre étudiée
Copyright
  • © Région Auvergne - Inventaire général du Patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Clermont-Auvergne-Métropole
  • Commune Clermont-Ferrand
  • Adresse 42 avenue des Paulines , 1-3 rue de l' Oradou , boulevard Fleury
  • Cadastre 2022 ET 494  ; 2022 ET 495
  • Dénominations
    immeuble
  • Appellations
    Résidence "Les Paulines"
  • Destinations
    usine de caoutchouc, garage de réparation automobile

La résidence "Les Paulines" est édifiée par substitution des ateliers Citroën. Malgré une succession de projets d'aménagement s'égrenant au fil du XXe siècle, le site ne semble pas avoir évolué jusqu'au milieu des années 1990 (il n'apparaît d'ailleurs pas évident que le projet d'implantation d'une station-service proposé en 1938 par Marcel Jarrier ait été suivi d'effet). Les photographies aériennes de l'IGN montrent une enfilade de toits en shed d'ateliers le long de la rue de l'Oradou, une façade s'incurvant suivant la ligne du boulevard Fleury et se redressant à l'alignement de l'avenue des Paulines (voir photographie aérienne IVR84_20246300382NUCA, 1953, cette vue est similaire des années 1940 jusqu'à la destruction des bâtiments en 1996). Le premier projet (Paul Limagne architecte, 1959) proposait une façade-rideau scandée par les piliers de béton à base arquée accompagnant la courbe de la rive parcellaire sur l'avenue des Paulines (voir image IVR84_20246300395NUCA). Le mouvement circulaire devait se répéter à l'arrière du bâtiment par la rampe d'accès en vis permettant l'accès des véhicules aux étages d'ateliers. Un bâtiment de même enveloppe au profil strictement rectangulaire devait prendre le relai à l'alignement de la rue de l'Oradou (voir image IVR84_20246300396NUCA). Le second projet (Julien Arnaud, architecte, 1972) s'embarrasse moins d'insertion dans le tissu urbain. L'immeuble à l'alignement de l'avenue des Paulines se poursuit par un rez-de-chaussée commercial à pan coupé en angle de parcelle englobant le premier niveau d'une tour positionnée en retrait (voir image IVR84_20246300400NUCA). Ainsi, le rapport à la délimitation parcellaire et à la voie s'établit en alignement par marge de reculement bâtie sans que la régularité soit parfaite puisque l'on perd la notion d'arc de cercle qui rend le découpage parcellaire attractif. Cette option n'aurait sans doute pu former la connexion visuelle qu'opère de façon parfaite la résidence (cabinet Pierre et Cédric Vigneron, architectes) qui finalement s'installe à la fin des années 1990.

Il est possible qu'en la matière les prescriptions de la Ville aient évolué : dans le permis de construire de la résidence "Les Paulines", il est spécifié que la construction devra suivre la courbe de la limite parcellaire. On peut également y voir un trait d'époque. Au débouché de l'avenue d'Italie sur la place de l'Esplanade, l'immeuble, édifié sur la rive occidentale par Julien Arnaud dans les années 1960, manifeste une brutalité du traitement de l'angle (voir image IVR84_20236300268NUC4A). Le renfoncement entre les deux façades épaisses produit une travée d'angle encadrée par des bandeaux aveugles formant pignons d'alignement. Cette configuration, émanant de l'absence de prise en considération de la forme parcellaire puisque l'immeuble se refuse au pan coupé qu'elle adopte, créé un décalage à l'endroit du carrefour. Le bâti, désolidarisé de l'assiette au sol issue du croisement des rues, forme une rupture de rythme. En vis-à-vis, sur la rive orientale de l'avenue d'Italie, l'immeuble édifié au début des années 2020 s'efforce au contraire d'accompagner la morphologie parcellaire, évitant l'effet trop massif de l'édification en pan coupé par un traitement de la travée d'entrée en renfoncement (procédé que l'on retrouve pour la résidence "Les Paulines"). Ainsi, ces constructions de la fin du XXe et du début du XXIe siècles signent le retour en grâce de la rue comme vecteur d'urbanité.

L'emprise de l'actuelle de la parcelle ET 494 correspond à la fusion des parcelles 385 et 386, section I (3ième feuille) du cadastre de 1831 de Clermont-Ferrand. Le plan d'alignement prévoyant de rogner la partie ouest à l'implantation du carrefour entre l'avenue des Paulines, le boulevard Fleury et la rue de l'Oradou date de 1913 (voir image IVR84_20246300336NUCA partie colorée en jaune). La cession par la Société anonyme des établissements Fritisse et Nourry, manufacture de caoutchouc, n'intervient qu'en 1920, en préambule à la cession du terrain pour l'ouverture du boulevard Fleury (1921). En 1919 puis en 1924, Louis Jarrier fournit des plans d'agrandissement des ateliers des établissements Fritisse et Nourrit. La raison de l'implantation de cette industrie s'explique par l'eau que fournissait le bras sud de la Tiretaine, à présent invisible (sur la photographie aérienne IVR84_20246300382NUCA des années 1950, on voit encore le "pont-bâche" permettant au cours d'eau de traverser la voie ferrée). En 1937, les établissements Citroën ont pris la suite du caoutchoutier puisqu'ils déposent une demande de branchement à l'égout et l'année suivante, en 1938, demande à clore le chantier pour l'édification d'un "bâtiment à usage de lavage et graissage d'automobiles" (Marcel Jarrier a alors pris la suite de son père, Louis). Le plan annexé à la demande d'installation de pompe à essence effectuée en 1938 complète la vue de l'installation avec un magasin de pièces détachées et un garage de réparation. En 1959, le garage automobile Citroën s'établit sur l'assiette de l'actuelle parcelle ET 494. Un projet de modification du bâti est alors déposé par l'architecte Paul Limagne, comprenant un vaste hall d'exposition surmonté par les ateliers auxquels les véhicules accèdent par une rampe en vis. En 1971, un nouveau projet, déposé par l'architecte Julien Arnaud, comprend le garage, un magasin de vente, la station-service, des bureaux auxquels s'ajoutent des logements. Cependant, d'après les photographies aériennes de l'IGN et les images d'état des lieux (voir image IVR84_20246300401NUCA) du permis de construire de la résidence déposé en 1996, le site reste inchangé, date à laquelle il est détruit. Le permis est validé en 1997 (Cabinet Pierre et Cédric Vigneron, architectes). En 1998, la Ville précise que la parcelle est frappée d'alignement de façon à élargir la voie publique au niveau du carrefour. Cette clause a dû jouer dans l'abandon des projets précédents. Ainsi naît la parcelle ET 495 qui cerne l'emprise proprement dite de l'immeuble. Les travaux de construction s'achèvent en 2001.

  • Période(s)
    • Principale : limite 20e siècle 21e siècle , daté par source
  • Auteur(s)

Le bâtiment épouse à la fois la délimitation parcellaire et la déclivité s'accentuant dans sa courbe. L'architecture, loin d'être affaiblie par ces contraintes en tire un parti remarquable. La notice paysagère de la demande de permis de construire souligne d'ailleurs l'ambition de "recréer un front bâti restructurant le carrefour". L'insertion dans le tissu urbain prend également en compte le bâti existant, par la volonté de permettre "le passage progressif d'un raccordement sur un immeuble existant de gros impact pour s'intégrer au bâti moins dense et de faible hauteur sur la rue de l'Oradou".

Le corps de bâtiment de la rue de l'Oradou n'a en soi rien de saisissant ; les balcons de l'élévation orientale, s'établissant sous un entablement proéminant, n'évoquent rien que d'assez banal. Le rythme s'instaure à la coupure que forme le renforcement de l'entrée sur la rue de l'Oradou. Avant que s'amorce la courbe de la façade, l'étagement des balcons d'angle en retiré, surmonté d'une colonne soutenant l'entablement filant tout au long de l'élévation, s'adosse à l'angle du renfoncement d'entrée traité en arrondi couronné d'un lanternon (voir image IVR84_20246300358NUC4A, un escalier en vis est logé dans cet angle). Là débute le développement hémisphérique de la façade sur le carrefour. La ligne du portique d'entrée se poursuit, en un léger décalage dont l'effet est repris au sommet du bâtiment, en limitation du premier niveau, interrompu par les colonnes marquant les deux entrées de l'avenue des Paulines. Ce dispositif, associé au placage en dalles de béton de teinte sombre s'élargissant au fil de la déclivité, permet de gommer l'austérité du rez-de-chaussée aveugle. L'élévation est rythmée par la scansion des renfoncements des balcons et terrasses entre les travées pleines à redan. Le jeu des pleins et des vides permet une cohérence d'ensemble, cohérence renforcée par l'ordonnance des ouvertures (alternance de baies simples et jumelées). La rigueur qui pourrait résulter de la régularité est atténuée par le jeu des largeurs de trumeaux, elles aussi ordonnées (large, étroit, large), et surtout par le volume croissant de l'enveloppe du bâtiment. Ce dernier s'élève au fur et à mesure de la pente jusqu'à atteindre sept étages sans qu'il ne prenne une tournure massive (voir image IVR84_20246300399NUCA). En cela, il reprend la gradation de hauteur des immeubles mitoyens (huit puis dix étages). Cette gradation est par ailleurs représentée sur le plan des élévations postérieures. Si monumentalité il y a, elle est maîtrisée dans le mouvement courbe soulignée en sommet d'élévation par la colonnade et de son entablement s'élevant, au rythme du bâtiment, de façon aérienne. L'effet de vague ainsi obtenu masque la structure en marche de la terrasse du sixième étage et oblitère la raideur du toit terrasse. Elle est perceptible dans la perspective du boulevard Fleury et semble lui offrir un point de fuite.

Le mouvement ascendant de l'élévation est inversé sur le plan horizontal de l'occupation des niveaux qui s'amenuisent, passant de l'ouverture en balcon à celle en terrasse. Du premier au quatrième étage, les appartements disposés soit en symétrie, soit en série, occupent toute l'emprise du bâtiment (voir plan du premier étage). Au cinquième, seule la partie nord-occidentale du bâtiment loge des appartements, le reste cédant aux toitures. Au sixième, les terrasses repoussent les logements sur la partie postérieure du bâtiment. Au septième, la surface est amputée pour n'habiter que l'espace compris entre le pignon et le premier mur de refend (deux appartements en symétrie). Ces deux derniers étages disposent d'appartements traversants avec chambres rejetées à l'arrière.

  • Murs
    • béton béton armé enduit
  • Toits
    béton en couverture
  • Plans
    plan symétrique
  • Étages
    7 étages carrés
  • Couvrements
    • dalle de béton
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier en vis
  • Autres organes de circulation
    ascenseur
  • Typologies
    Edification linéaire ; alignement régulier ; Collocation ; Elévation à plan vertical avec travées en retrait ; Frise, bandeau ou registre indépendant ; Traitement des angles: jeu d'association ; Baies non ornées ; Rez-de-chaussée aveugle ; Animation de l'élévation par jeu de volume ; Animation de l'élévation par ordonnance ; Animation de l'élévation par décor ; Distribution intérieure double en profondeur ; Distribution de l'immeuble en série d'appartements
  • Statut de la propriété
    propriété d'une société privée