Présentation de la commune de Saint-Fons (Rhône)
Saint-Fons est une commune du Grand Lyon située dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, au sud-est de Lyon, sur la rive gauche du Rhône, coupée et longée par la D307. Elle est limitrophe de Lyon (N), Oullins-Pièrre-Bénite (O), Feyzin (S) et Vénissieux (E). Saint-Font est une ville d’environ 20 000 habitants, et son territoire s’étend sur près de 606 hectares[1].
Auparavant hameau maraîcher dépendant du bourg agricole de Vénissieux, dès 1854, elle devient un centre industriel majeur, avec l’implantation d’usines chimiques le long du Rhône. Son essor industriel accéléra fortement sa croissance démographique et, en 1888, elle devient une commune indépendante[2]. Saint-Fons est une ville industrielle particulière puisque la moitié de sa surface est occupée par les industries et l’autre par les habitations et les commerces, les deux zones étant séparées par la ligne de chemin de fer (Lyon-Marseille).
Histoire industrielle de la chimie à Saint-Fons
À partir du XIXe siècle, avec l’essor de la chimie, notamment dans la production de colorants et de produits d’apprêts au service de l’industrie de la soierie, de petites entreprises chimiques, telles que des vitrioleries, se développent[3].
En 1853, l’industriel Claude-Marie Perret s’installe à Saint-Fons. Il choisit un site stratégique, à proximité du Rhône, facilitant l’approvisionnement en matières premières et le transport des marchandises. De plus, ces terrains semblent idéaux pour l'installation de ce type d'industrie, car ils sont suffisamment éloignés de la ville de Lyon, ce qui permet de réduire les nuisances sonores et les rejets dangereux associés à la production chimique. [4].
Claude-Marie Perret fonde la « Grande Usine », spécialisée dans la fabrication de vitriol (appelé plus tard acide sulfurique), un produit qui deviendra essentiel pour de nombreux secteurs (textile, verrerie, tannerie, papeterie, etc.). En 1872, la Grande Usine Perret est intégrée à la société Saint-Gobain, qui développe la production de chlore et de superphosphates[5].
L’entre-deux-guerres marque une diversification des productions avec l’essor des produits chlorés et du PVC, dont Saint-Gobain devient le premier producteur français en 1941[6].
L’implantation de l’industrie chimique transforme progressivement Saint-Fons en une véritable ville ouvrière, attirant une main-d’œuvre étrangère (Italiens, Nord-Africains, Portugais, Polonais etc.)[7].
Après 1945, Saint-Fons devient un centre névralgique de la chimie organique et minérale, avec la montée en puissance de Rhône-Poulenc et la fusion de la société Pechiney avec Saint-Gobain (PSG)[8]. Rhône-Poulenc est à la pointe de l’innovation, notamment dans les plastiques et les silicones, et contribue au développement du secteur pétrochimique[9].
Les années 1960-1990 marquent une restructuration de l’industrie chimique française : la production d’acide sulfurique atteint son apogée, mais la crise pétrolière des années 1970 entraîne des mutations et doit s’adapter aux nouvelles normes environnementales et aux défis de la mondialisation[10]. En 1969, Rhône-Poulenc absorbe PSG, puis, dans les années 1980, fusionne avec Elf Aquitaine, créant ainsi Chloé Chimie. Cela donnera naissance à Atochem en 1982, suivi d’Elf Atochem en 1994, avant de devenir AtoFina, la branche chimie de Total et Elf, en 2000[11]. En 2004, Total crée Arkema, une entité décentralisée du groupe pétrolier.[12]
C’est ainsi qu’en 2012-2013, avec le rachat du pôle vinylique d’Arkema à Saint-Fons par le financier américain Gary Klesch que Kem one est créé et prend son envol réellement en décembre 2014, date à laquelle le tribunal de commerce de Lyon a validé le plan de reprise présenté par l’industriel Alain de Krassny et le fonds d’investissement OpenGate Capital[13].
Aujourd’hui deuxième producteur de PVC en Europe, réparti entre le siège social lyonnais, ses huit sites industriels (sept en France et un en Espagne) et ses entités commerciales. Spécialisé dans les plastiques, les silicones et les hydrocarbures.
De nos jours, Saint-Fons fait partie d’une zone industrielle d’importance nationale. Michel Laferrère soulignait déjà en 1960 que « cet ensemble est unique dans l’agglomération lyonnaise tant par les dimensions des usines (l’ancienne vitriolerie de la Compagnie de Saint-Gobain fondée en 1854 arrive au 3e rang d’un classement des usines lyonnaises par superficie avec 44 hectares, l’usine de la Société Rhodiaceta au 2e rang avec 54 hectares) que par le caractère exclusivement chimique de ces fabrications ».[14]
[1] Saint-Fons, « Saint-Fons » [En ligne: Saint-Fons — Wikipédia]
[2] Cf. Duchêne François, Marchand Léa, Lyon, vallée de la chimie. Traversée D’un Paysage Industriel, Lyon, Libel, 2015. (p.7).
[3] Cf. Roland Racine, Lyon industriel, Saint-Avertin, Sutton, 2014.
[4] Cf. AtoFina. De la pyrite aux plastiques : 150 ans d'aventure humaine et industrielle à Saint-Fons. Lyon, ACCOLADE, 2003. (p.13-14).
[5] Ibidem, p.53
[6] Ibidem, p.58
[7] Ibidem, p.61
[8] Ibidem, p.90
[9] Ibidem, p.95
[10] Ibidem, p.127-128
[11] Cf. Duchêne François, Marchand Léa, Lyon, vallée de la chimie. Traversée D’un Paysage Industriel, Lyon, Libel, 2015. (p.155).
[12] Ibidem, p.124
[13] Cf. Raynal Jean-Jacques, L’excellence à Lyon. Le savoir-faire des entreprises, Lyon, éditions du Signe, 2016. (p.255).
[14] Cf. Laferriere Michel, « Lyon, Ville industrielle. Essai d’une Géographie urbaine des techniques et de entreprises », In : Revue de géographie alpine, tome 48, n° 4, 1960. (p.61).
La commune de Saint-Fons est érigée en commune indépendante à sa demande en 1888 au moment d'un fort développement industriel de la chimie au sud de Lyon. Suite à cette séparation, la commune de Vénissieux perd la moitié de sa population et de son industrie.
En 1944, les premiers essais chimiques par Rhône-Poulenc en laboratoire ont lieu à Saint-Fons. Ce qui conduit aux premières productions de silicones par Rhône-Poulenc en 1948. L'usine de Carrières qui correspond à l'actuel secteur sud de l'usine de Saint-Fons, fut construite en 1954. Classée Seveso seuil haut, l’usine Elkem Silicones de Saint-Fons, est située en plein cœur de la Vallée de la chimie, certains produits dangereux pour l’environnement doivent être stockés de façon réglementaire et certaines installations nécessitent des travaux importants de mise en conformité.
Du fait de sa riche histoire chimique, Lyon constitue un des centre mondial de la division silicones d’Elkem dont le siège réunissant une centaine de personnes est basé dans le quartier de la Part-Dieu. Elkem silicones, sous-division du groupe norvégien Elkem est l’un des leaders du marché de la production de matériaux à base de silicone. Opérant à l'échelle mondiale, la société compte des employés en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie-Pacifique, en Amérique du Nord et en Amérique latine. Elkem Silicones, anciennement connue sous le nom de «Bluestar Silicones», changea de nom en 2017.
Elkem silicones : Fabrication de matières plastiques de base. Matières plastiques, caoutchouc, composites ; Production de différentes familles de produits comme les Huiles, les Gommes, les Résines, les Caoutchoucs, les Mastics, le RTV-1, le RTV-2 ;
L’usine chimique Rhône-Poulenc (puis Bluestar silicones actuellement Elkem silicones) de Saint-Fons, comprend des installations datant de 1954 significatives de l’architecture de cette époque. Cette société emploie environ 700 personnes sur le site de production de Saint-Fons.
De la Société chimique des usines du Rhône à la Société des usines chimiques Rhône-Poulenc (S.U.C.R.P.), puis Rhône-Poulenc, Bluestar Silicones, jusqu'à Elkem Silicones
En 1869, l'entreprise Gilliard, Monnet et Cartier se lance dans la production de la fuchsine[1], un colorant, et commence à se développer dans l'industrie chimique en s'installant à Saint-Fons. En 1895, elle devient une société anonyme sous le nom de Société chimique des usines du Rhône.
En 1900, après avoir frôlé la faillite en raison de la concurrence du groupe chimique allemand BASF[2], l’entreprise réussit à se stabiliser. En 1928, elle absorbe les établissements Poulenc frères pour créer la Société des usines chimiques Rhône-Poulenc (S.U.C.R.P.), spécialisée dans la chimie fine et pharmaceutique.
En 1934, grâce à l'impulsion de François Gillet, l'idée de fusionner les secteurs textile et chimique voit le jour, en intégrant la société Rhodiaséta[3] . Deux ans plus tard, en 1936, l'entreprise prend le nom de Rhodiacéta. Elle marque un tournant majeur dans l'industrie en produisant des textiles artificiels et de nouveaux matériaux comme le nylon et la viscose.
En 1962, la société se renomme en Rhône-Poulenc S.A.
En 1998, les activités chimiques, telles que la chimie fine, les fibres synthétiques et les polymères, sont séparées pour former la société Rhodia, tandis que Rhône-Poulenc intègre Spécia pour devenir la branche pharmaceutique du groupe lors de sa fusion avec le groupe allemand Hoechst.
En 1999, cette fusion donne naissance à Aventis, une nouvelle entité dédiée aux secteurs agrochimique et pharmaceutique. Aventis disparaît en 2005 après avoir fusionné avec Sanofi-Synthélabo[4] pour créer Sanofi Aventis.
En 2007, Rhodia vend son activité de production de silicones à Bluestar, une société de ChemChina, ce qui donne naissance à Bluestar Silicones. En 2015, Bluestar Silicones fusionne avec Elkem[5] pour devenir Elkem Silicones.
[1] Substance colorante rouge préparée à partir de l'aniline, utilisée en bactériologie et en teinture.
[2] L'entreprise Badische Anilin- & Soda-Fabrik (« Fabrique d’aniline et de soude de Bade ») dit BASF, est un groupe chimique allemand et le plus grand groupe chimique au monde. Fondée le 6 avril 1865, sous la direction de Frédéric Engelhorn.
[3] Du latin Rhodanus, « le Rhône », et seta, « la soie ».
[4] Groupe pharmaceutique français, né en 1999 de la fusion de Sanofi et de Synthélabo.
[5] Entreprise spécialisée dans la production de silicium. Elle est la propriété du groupe chinois China National Bluestar, qui est la propriété du groupe public ChemChina, l’une des plus grandes entreprises chimiques de la République populaire de Chine.
Specia filiale de Rhône-Poulenc
L’origine de l’usine Spédia à Saint-Fons remonte au début XXe siècle. Elle existait alors sous le nom de « laboratoires pharmaceutiques des Usines du Rhône ».
La vocation de cet établissement de la société Spécia était de mettre sous forme pharmaceutique des principes médicamenteux en présentations spécialisées. Ses principales fabrications relèvent de plusieurs classes pharmaceutiques et familles chimiques. Elles comprennent notamment des analgésiques anti-inflammatoires, des neuroleptiques, des antidépresseurs, etc.
En 1962, après que la « société des usines chimiques Rhône-Poulenc » a été devenue « Rhône-Poulenc S.A », Spécia y est intégrée pour devenir la branche pharmaceutique du groupe.
La construction d’une nouvelle usine à Saint-Genis-Laval remplace celle de Saint-Fons en 1983.
Une station d'épuration fin des année 1990 (usine de traitement des eaux) a été installée au deux tiers du site (ce qui le sépare en deux aujourd'hui).
Photographe lyonnais actif dans le dernier quart du 19e siècle