Dossier d’œuvre architecture IA69008063 | Réalisé par
Bonfanti Maeva (Contributeur)
Bonfanti Maeva

Elève-conservatrice du patrimoine à l'INP, en stage de spécialité en 2025 au service de l'Inventaire d'Auvergne-Rhône-Alpes

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine des lycées
Musée industriel, dit musée Eynard (disparu)
Œuvre étudiée

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Auvergne-Rhône-Alpes - Lyon 2e canton
  • Hydrographies
  • Commune Lyon 1er Arrondissement
  • Lieu-dit Terreaux
  • Adresse 18 place Gabriel-Rambaud
  • Cadastre 1831 F 69 à 74 ; 2007 AT 14

I) Débuts du musée et ouverture

Le musée de l’école de la Martinière voit le jour grâce à un don du docteur Eynard en 1833, voir la notice de présentation de la collection pédagogique, scientifique et technique [IM69002048]. Il est prévu que ce musée porte le nom de son fondateur1.

a) Débuts du musée

Au début de l’année 1833, l’ancien couvent des Augustins de Lyon est presque prêt à accueillir l’école de la Martinière, jusque-là hébergée au palais Saint-Pierre. Le 22 février, le Dr Eynard déclare qu’il y a déjà fait transporter le cabinet de Tabareau et que le transport de son propre cabinet de machines sera effectué prochainement. Le 15 mars de la même année, M. Monmartin, en charge des travaux des galeries muséales, annonce qu’il a fait terminer les travaux de clôture des deux galeries et que « le transport des objets pourra avoir lieu sous très peu de jours »2. En retour, Eynard promet qu’il les fera apporter aussitôt qu’il sera averti que les galeries seront prêtes. Il prévoit de procéder immédiatement après à l’inventaire descriptif et estimatif et à la donation. Puisque cette dernière a lieu en novembre 1833, on peut estimer que les « galeries sont prêtes » à cette date. Ce n’est pas pour autant que le musée ouvre au public. D’autres travaux seront menés.

Les registres de délibérations de la commission d’administration de la Martinière (aujourd’hui désignée sous le terme Fondation Martin) nous informent que les travaux ne sont pas terminés en 1836, ni en 18373, mais que leur achèvement « permettra d’ouvrir dans de certaines occasions au public la riche et utile collection », « ainsi qu’aux étrangers de marque et savants qui se présenteront pour le visiter »4. Il existe donc une volonté de faire profiter du musée au-delà de l’école.

b) Lieu de représentation

En 1839 le musée est visité par Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans (1810-1842), fils aîné du roi Louis-Philippe. Il est donc en état d’être montré au moins à partir de cette date, mais cela n’implique pas pour autant qu’il soit ouvert au grand public. Les galeries muséales de la Martinière deviennent à partir de cette période un lieu privilégié d’accueil des hôtes de marque, un lieu honorifique où sont reçus les invités officiels. Ainsi, à partir de 1845, le registre des délibérations mentionne plusieurs années de suite la visite des «  notabilités judiciaires, administratives, militaires et scientifiques » venues assister à la cérémonie de remise des diplômes qui se tient tous les ans dans la cour de l’école au mois d’août 5.

En 1850, lorsque le Président de la République visite l’école accompagné des ministres de l’agriculture et du commerce, des travaux publics et de la guerre, on lui fait traverser les galeries du musée pour aller dans la salle de dessin6. Le musée est alors un lieu dont l’école s’enorgueillit – cela ne durera pas.

c) Ouverture au public

En 1862, un règlement de l’école rédigé par l’un des administrateurs de la Martinière, Monsieur Monmartin7 atteste de l’ouverture au public du musée. Ce dernier, nommé «  musée industriel » est ouvert à la visite une heure et quart le mercredi matin et deux heures le dimanche matin. Les visiteurs peuvent poser leurs questions aux chefs d’ateliers préposés au musée, également chargés de la police et de la conservation des collections.

Les horaires d’ouverture sont très limités, mais la situation est similaire dans d’autres musées à la même époque.

Une mention du musée dans un Annuaire des beaux-arts et des arts décoratifs en 1879 laisse à penser qu’il est toujours ouvert, au moins sur demande, aux personnes extérieures.

Les archives permettent de borner la vie très éphémère de ce musée industriel : pas encore ouvert en 1837, il est déjà tombé en désuétude dans les années 1880. Il faut cependant considérer ce musée, non à l’aune de nos musées contemporains, mais plutôt à celle des cabinets de curiosité des siècles précédents. Bruno Jacomy, ancien conservateur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et au musée des Confluence srappelle dans Dans la Chambre des merveilles les deux fonctions que remplissaient autrefois ces derniers, qui peuvent aussi s’appliquer au musée Eynard : offrir un spectacle, mais également faire œuvre de pédagogie8. Le fait que le musée de la Martinière soit peu ouvert, loin de poser problème, renforce peut-être son côté mystérieux et spectaculaire. La pédagogie, quant à elle, ne souffre pas du manque d’ouverture à l’extérieur.

d) De l’usage du musée en interne

En effet, même lorsque le musée n’est pas ouvert au public, il est exploité comme une ressource par les professeurs. En 1836, alors même que les travaux ne sont pas terminés, le Dr Eynard déclare que les machines « ont été mises à la disposition des professeurs toutes les fois qu’ils en ont fait la demande, un artiste conservateur préposé à leur garde les faisant manoeuvrer sous leurs ordres »9.

Le règlement de 1862 atteste de la poursuite de cet usage dans les décennies suivantes :

«142. Le censeur-conservateur délivre aux professeurs, sur leurs bons, tous les objets nécessaires à leur enseignement.

143. Pour les machines dont le déplacement présenterait des inconvénients, le professeur conduit lui-même ses élèves dans les salles du musée »10

Si le musée n’est pas toujours visité en tant que tel, ses collections profitent malgré tout aux élèves, petits et grands. En effet, en plus des jeunes garçons scolarisés à la Martinière, des hommes adultes, ouvriers, peuvent s’inscrire à des cours du soir, notamment de dessin industriel, pour copier des modèles de machines.

II) Une organisation professionnelle

Du personnel dédié au musée

L’ordonnance royale du 4 juillet 1842 portant autorisation à La Martinière d’accepter le leg rappelle que le Dr Eynard, en demandant à loger dans l’établissement auprès de ses collections, s’engageait « à en être lui-même le conservateur intelligent et suprême ». Sans doute parce que trop fatigué (il a déjà plus de 80 ans), Eynard ne demeure pourtant pas le gardien du musée jusqu’à sa mort en 1837. En mars 1833, un conservateur, M. Gentellet, est nommé11. En 1836 le docteur propose en outre l’institution d’un gardien-conservateur et d’un aide-gardien du musée de la Martinière12.

Malheureusement six ans plus tard, lorsque le conservateur décède, le Dr Eynard n’est plus là pour défendre ce poste et M. Monmartin propose de ne pas le remplacer. Ces fonctions sont confiées à deux fonctionnaires existants et résidant sur place, le directeur et le surveillant-chef13. L’école fait ainsi l’économie d’un salaire et d’un appartement de fonction. Les cinq pièces de cet appartement sont récupérées pour y installer des ateliers d’instruction pratique, ce qui permet d’’éviter de surélever les bâtiments d’un étage comme cela était envisagé. À peine cinq ans après le décès du Dr Eynard, la commission n’hésite pas à rogner sur le budget du musée au profit du reste de l’école.

Bien que les registres de délibération n’en fassent plus mention par la suite, en 1879 un conservateur est toujours en charge du musée, puisque « Monsieur Jam, conservateur » est cité dans l’Annuaire des beaux arts et des arts décoratifs comme étant en charge du Musée industriel de La Martinière.

Missions du conservateur

Réparation et classement

Le premier conservateur, M. Gentellet, est à la fois « mécanicien chef des ateliers et conservateur des musées »14. Une double compétence est donc attendue de ce conservateur, qui aura à entretenir un musée qui se veut vivant et nécessite dès son ouverture des réparations de machines.

Les missions plus classiques de « classement et placement méthodique dans les galeries » sont également attendues des responsables du musée. En novembre 1834, ce travail est confié à Eynard, avec l’aide de Monmartin et Frerejean15.

Pour organiser ces collections, un catalogue et des cartels sont nécessaires.

Un catalogue

Le 30 octobre 1837, la commission décide que « le catalogue raisonné de toutes les collections sera immédiatement entrepris sous l’inspection de M. le directeur et confié aux soins de M. Girardon »16. Rappelons qu’à cette date, le généreux donateur n’est plus.

Ce catalogue raisonné des collections semble perdu, mais il a certainement vu le jour. Sur la première page d’un registre d’inventaire appartenant à la Fondation, le contenu des galeries du musée Eynard est listé très brièvement à travers ses grandes thématiques et il est précisé que les objets sont « plus amplement décrits dans un répertoire spécial déposé à la bibliothèque ».

Des cartels

À une époque indéterminée, certainement au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, des cartels normalisés sont rédigés pour le musée, ce qui lui confère un aspect très professionnel et pédagogique. Plusieurs centaines de ces cartels sont aujourd’hui conservés au grenier dans une caisse auprès des objets.

En en-tête de chaque cartel apparaît le nom du musée « Musée industriel ». Pourtant, au moins jusqu’en 1841, le musée porte le nom de son donateur, « musée Eynard »17. Les cartels sont donc nécessairement postérieurs. Ce changement de nom ne relève sans doute pas d’une volonté de gommer la mémoire du fondateur, mais plutôt d’une volonté de faire transparaître le contenu du musée à travers son nom. Cela prouve cependant que l’on a changé d’ère, que le musée a évolué et est désormais dissocié de son fondateur.

Chaque cartel indique une lettre, correspondant à la série à laquelle appartient l’objet (voir annexe Cartels de la notice Collections). Cette série est nommée et accompagnée d’un numéro situant l’objet au sein de cette série. Enfin, quelques lignes décrivent l’objet et son fonctionnement.

Le nombre de ces cartels dépasse largement le nombre d’objets aujourd’hui présents à la Martinière, rendant compte de l’ampleur de ce qui a été perdu au fil du temps.

III) Effacement progressif du musée

Les années passant, il est de moins en moins question du musée et de son organisation dans le registre des délibérations de la Martinière. Le 30 septembre 1879, lorsque le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry, vient visiter l’école, les galeries muséales ne sont cette fois pas citées dans son parcours de visite. La déshérence progressive du musée est annoncée.

À l’origine le musée était situé dans deux galeries du premier étage de l’ancien cloître des Augustins, les galeries ouest et nord. Lorsqu’à partir de 1896, l’école reconstruit son aile sud, jusqu’alors très étroite, grâce au rachat d’un immeuble contigu18, le musée y est déplacé (voir plans de 1924). Des cartes postales datées de 1914 montrent le musée dans ce nouvel emplacement. Le déménagement a donc dû avoir lieu entre la fin des travaux de construction, entre 1902 et 1907, et 1914. Cet emplacement, au 2e étage, le met moins en valeur et semble moins étendu que le premier.

En termes d’usage par les professeurs, le musée est d’abord régulièrement augmenté depuis son ouverture jusqu’aux années 1880. Puis, il est progressivement considéré comme « historique » et désuet et finit par être remplacé dans sa vocation pédagogique par la constitution de collections distinctes, nommées « pédagogiques » sur les plans, plus en accord avec les besoins des programmes et les évolutions techniques19.

La nationalisation de 1926 entérine cette scission : le musée demeure la jouissance exclusive de la Fondation, tandis que les autres collections continuent d’être utilisées par l’école20.

En 1956, il est à nouveau question de déménager le musée : « le déplacement du musée aura non seulement pour objet d’en rendre l’accès plus facile et d’en rehausser l’intérêt, mais il va également nous permettre de procéder à une redistribution des locaux. C’est ainsi que la section électricité y gagnera en étendue et en unité tous ses laboratoires se trouvent désormais groupés »21. Ce mouvement n’aura finalement pas lieu. En revanche, l’espace dont disposent les collections est progressivement grignoté, comme le montrent les plans de 195722. Au bénéfice des laboratoires d’électricité le musée, de trois salles, se replie sur deux. Ce fait est éminemment symbolique et significatif, puisque c’est justement l’électricité, dont ses machines sont dépourvues, qui rend ce musée désuet et obsolète.

Le 4 juillet 1957, le directeur J. Maurizot écrit « En attendant la construction des bâtiments destinés à recevoir les classes hautes de la Martinière, il convient cependant d’utiliser au mieux les locaux existants. […] Ces locaux, occupés par les Musées de la Fondation Martin, ou mal utilisés, faute d’être adaptés à leur destination de salles de cours, pourraient être récupérés, si l’on voulait bien effectuer les travaux les plus élémentaires de propreté et d’aménagement sommaire »23. Les mots du directeur reflètent une perte d’intérêt totale pour le musée. Ce dernier est finalement démonté au cours de la décennie 196024. Les plans datés de 1987 montrent en effet que les laboratoires d’électricité ont achevé de s’étendre à la place des collections.

Après soixante années passés au grenier, ces objets devraient être mis en valeur dans une galerie muséale à l’issue des travaux du couvent des Augustins, à l’horizon 2031-2032. Celle-ci prendra place au premier étage de l’aile ouest, comme le premier musée Eynard.

1Le nom « musée Eynard » sera inscrit au-dessus de la porte à l’entrée du musée, d’après les archives de la Fondaiton Martin, Registre des délibérations n°1, et on retrouve la mention du « musée Eynard » sur les légendes de cartes postales du début du XXe siècle.

2 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 30 mars 1833.

3 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 30 octobre 1837.

4 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 10 mai 1836.

5 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°2, séance du 19 août 1848.

6 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°2, séance du 16 aout 1850.

7 AD Rhône, 1ETP2566, 1862.

8JACOMY Bruno, Le théâtre de la curiosité, In cat. exp. Dans la chambre des merveilles, Paris : Flammarion, Lyon : Musée des Confluences, 2014.

9 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1,1836.

10 AD Rhône, 1ETP2566, 1862.

11 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 29 mars 1833.

12 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 3 décembre 1836.

13 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°2, Séance du 21 novembre 1842.

14 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 29 mars 1833.

15 A Fondation Martin, Registre des délibérations n°1, séance du 18 novembre 1834.

16 M. Girardon, ancien élève, ancien répétiteur, est chargé provisoirement du cours de mathématiques, puis des cours pour adultes. Il est un membre de la famille de Tabareau.

17A Fondation Martin, Registre des délibérations n°2, 27 décembre 1841. Dans la 2e moitié du siècle, les deux noms coexistent parfois.

18 L’immeuble de Madame de la Verpillère, rue des Augustins, racheté en 1896 grâce au legs de Cuzieu

19 Ministère du Commerce, de l’industrie, des postes et des télégraphes, Direction de l’enseignement technique du personnel et de la comptabilité, Enseignement technique en France, Étude publiée à l’occasion de l’exposition de 1900, Tome II, Ecoles pratiques de commerce et d’industrie,(Législation), Paris, Imprimerie nationale, MDCCC, pp. 661-662

20 A Fondation Martin, livre d’inventaire, feuilles volantes datées du 16 novembre 1927, Etat du matériel et du mobilier qui se trouvent dans les bâtiments à la date du 2 mai 1927.

21 AN, 19771230/113.

22 AN, 19771230/113. Une lettre du 4 juillet 1957 évoque le « nouveau laboratoire d’électrotechnique, installé dans une salle de l’ancien Musée».

23 AN, ibid.

24Cf Comm. orale de Mme Bouisset, secrétaire de la Fondation en 2025, d’après le témoignage de sa prédecesseure.

  • Période(s)
    • Principale : 2e moitié 19e siècle , (détruit)
    • Principale : 1ère moitié 20e siècle
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2026
© Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel
Bonfanti Maeva
Bonfanti Maeva

Elève-conservatrice du patrimoine à l'INP, en stage de spécialité en 2025 au service de l'Inventaire d'Auvergne-Rhône-Alpes

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