Le peintre Louis Dussour reçoit l'agrément de la commission nationale des travaux d'art pour la réalisation de la décoration du Centre d'enseignement technique de jeunes filles de Montferrand le 10 mai 1955 (AN 19880466, art 21). Il s'agit d'un ensemble de panneaux peints ainsi désignés (lettre de commande en date du 6 juillet 1955) :
"- préau - côté ouest : un panneau de 5m x 2m20 environ représentant les loisirs,
- préau - côté est : un panneau de 16 m x 3 environ, représentant les saisons,
- parloir : un panneau de 2 m X 2m50 environ représentant les métiers enseignés dans l'établissement,
- réfectoire : deux panneaux de 1m X 6 m environ, représentant des animaux" (Archives du lycée).
Un courrier de la directrice de l'établissement à l'architecte A. Verdier au sujet de la décoration, daté du 31 janvier 1956, est également conservé : " J'aimerais que l'on précisât à Monsieur Louis Dussour que les élèves du Centre d'apprentissage ont de 15 à 16 [?] ans, qu'elles n'ont aucun rudiment de culture anglo-saxonne et qu'un sujet comme " Alice au Pays des Merveilles ", quelles que soient la délicatesse et la poésie avec lesquelles il est traité, demeure trop loin de leur sensibilité et de leur imagination. Je suis persuadée qu'un thème inspiré de la littérature, du folklore français voire auvergnat répondrait mieux à la double destination --décorative et pédagogique -- de cette fresque". De plus, la directrice " maintient son opposition au projet de fresque dans le parloir ", ce dernier devant servir, d'après elle, de centre d'exposition permanente des différents travaux des élèves. Sur ce dernier point, on peut affirmer qu'elle n'a pas été entendue, d'autant plus qu'A. Verdier avait prévu un entresol en surplomb sur le préau destiné précisément aux expositions et au foyer. Quant au premier point, d'une part l'on comprend que Louis Dussour avait proposé une interprétation de la commande de représentation d'animaux par une évocation du conte de Lewis Caroll. D'autre part, nous ne pouvons vérifier si la directrice a obtenu gain de cause, la seule des deux peintures murales du réfectoire subsistant partiellement représentant des volatiles, et un hérisson.
Ajoutons que sur une facture de Jean Tomada, entrepreneur, du 25/7/1959, figure : [...] " surface à poncer pour décors muraux : 80 m2 " (Archives du lycée, une des cinq boîtes "construction", non cotée). La surface désignée correspond grossièrement aux dimensions données dans l'agrément, mais elle reste plus élevée que celle des trois oeuvres repérées sur le site qui représentent en tout environ 36 m2. Quarante quatre mètres carrés de fresques auraient donc déjà été perdues en 2022, au cours probablement de réaménagements.
Conservatrice du patrimoine, chercheuse de 1994 à 2023 au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel (Clermont-Ferrand).