La création de la place Littré et de la voierie en étoile y aboutissant est prévue au plan d’Aménagement, d’Embellissement et d’Extension (PAEE) issu de la loi Cornudet (1919), dressé par J. Morel en 1925. L'essentiel des travaux de voierie sont effectués dans les années 1930 : prolongement de la rue Drelon, ouverture du boulevard Jean-Jaurès et de la partie de la rue Henri-Rivière comprise entre le boulevard et la rue André-Theuriet. L'état visible sur la photographie aérienne de 1944 persiste jusque dans la seconde moitié des années 1950. En 1953, la rue Roberval qui doit traverser les jardins de la propriété Bonhomme n'est pas encore ouverte. Elle commence à s'ébaucher en 1956 à la faveur de la création du lotissement concerté Bonhomme et Palazzi et ne semble véritablement s'achever qu'une huitaine d'années plus tard (voir la photographie aérienne de 1964). Conformément à la loi du 19 juillet 1924, les lots doivent être desservis par des rues dont la viabilisation est prise en charge par le propriétaire du terrain. Dans le cadre d'un lotissement concerté, l'allotissement se fait par constructions. Il est ainsi prévu que le lotisseur aménage la rue Roberval qui dessert les immeubles implantés de part et d'autre de sa chaussée (terrassement et nivellement, formation du trottoir, confection de la sous-chaussée et de la chaussée, bordure des trottoirs et caniveaux) et y installe les canalisations nécessaires (égouts, eau, gaz) ainsi que les infrastructures pour l'éclairage. Les ventes d'appartements ne peuvent intervenir avant la réalisation de ces travaux. La rue ainsi construite est cédée à titre gracieux à la Ville pour être versée au domaine public. L'entretien des espaces verts implantés au sein des parcelles reste à la charge des co-propriétaires des immeubles. Cependant, deux mois après l'arrêté accordant le permis de lotir, le mandataire des propriétaires, M. Duplaix, souligne qu'un accord avait été passé entre le premier adjoint et l'architecture qui réduisait l'aménagement de la voierie à n'être que sommaire. M. Duplaix souligne, de surcroît, le caractère économique des constructions qui vaudrait d'épargner des frais au lotisseur. Ainsi demande-t-il que la Ville réexamine les aménagements imposés et demande "la suppression de certains travaux, notamment l'empierrement des chaussées en pierre cassée de 0m12 d'épaisseur avec répandage de sable d'agrégation et cylindrage" (source dossier du lotissement, 2074 W 574). En juillet 1956, la Ville revient sur la répartition des travaux précédemment actée à l'amiable entre le premier-adjoint et l'architecte, Julien Arnaud. Il s'agissait alors non plus de supprimer certains travaux mais de laisser à la Ville le soin d'exécuter les aménagements de voieries, le lotisseur devant ensuite verser à la recette municipale une somme calculée sur devis. La Ville revient sur cet engagement (voir note à monsieur le maire du 2 juillet 1956). Il s'en suit des atermoiements qui amènent la Ville à sommer les lotisseurs, en janvier 1958, d'achever les travaux (le certificat d'achèvement ne sera délivré qu'en février 1959). Ainsi, malgré la loi de 1924 empêchant que le privé ne fasse de plus value grâce aux investissements publics, les aménageurs privés persistent à renâcler devant l'obligation de financer des travaux à bénéfice collectif.
Le domaine Bonhomme comprenait une demeure dite "château de Vallières" précédée d'un jardin dont la limite septentrionale empiétait sur l'actuelle place Littré. Le vis-à-vis de cet ensemble avec l'église sainte Jeanne-d 'Arc, dialogue s'établissant de part et d'autre de la place Littré, reflétait une façon d'habiter l'espace urbain par une monumentalité aux abords dégagés, pour l'église, et par une mise en scène de l'habitat dans un écrin de verdure, pour la demeure. Cet ensemble, demeure et jardin, sont détruits par le lotissement. L'implantation des immeubles 1 et du groupe A du plan de masse définitif privilégie la rue Roberval et n'offre à la place Littré que des murs pignons aveugles. A l'inverse, les façades des immeubles 2 et 7 sont orientées vers le cœur d'îlot et la rue Roberval ne reçoit alors que leurs élévations latérales aveugles. On voit ici s'exprimer un courant d'urbanisation dédaignant la voierie et prenant comme base d'implantation l'orientation des constructions, privilégiant l'axe nord-est pour les élévations principales, au sein de vastes parcelles censément plantées. Dans ce courant, l'ensemble résidentiel privé tend à s'autonomiser par rapport aux espaces urbains publics. De plus, le dogme de l'orientation est-ouest n'est pas ici respecté puisque les bâtiments 2 et 7 sont orientés nord-sud, sans que pour autant ce phénomène ne s'explique par la volonté d'habiller le pourtour de la place Littré ni par celui de fermer l'espace afin de ménager une cour centrale. Le plan d'implantation de ce lotissement correspond à celui des îlots ouverts, les immeubles non mitoyens étant en alignement discontinu, séparés par des allées de desserte, en recul d'alignement ou à l'alignement latéral.
Conservatrice du patrimoine. Responsable de l'unité Ressources du Service Patrimoines et Inventaire général de la région Auvergne-Rhône-Alpes.