Ce hangar industriel représente le dernier élément de la première grande usine (3ha) de teinturerie Gillet localisée quai Serin depuis 1852.
La société Gillet est créée en 1838 rue Molière dans le 6e arrondissement de Lyon par François Gillet. Elle est spécialisée dans la teinture et apprêt soie et mélangés, noirs (dont le noir Impérial) et couleurs pour fabricant de soierie (ennoblissement). En 1845, la société s'installe au 124 quai Pierre Scize dans le 5e arrondissement (Sources : Joly Hervé, 2015) . Enfin en 1852, l'usine Gillet s'installe quai Serin jusqu'à la démolition quasi totale en 1977.
Associé en 1869, son fils Joseph (1843-1923) fait le choix d’une expansion accélérée par la diversification hors du noir, hors de la soie et de Lyon (teinture en couleurs, années 1880 ; blanchiment, teinture et impression sur coton, à Villefranche-sur-Saône, années 1890), ainsi que de la cartellisation avec le groupe Motte (Roubaix) et la Blanchisserie et Teinturerie de Thaon (BTT).
En 1883, une nouvelle usine est réalisée par l'architecte Gaspar ANDRE sur la même parcelle quai Serin. Ce même architecte a réalisé également en 1870 l'usine de teinturerie Gillet de Saint-Chamond dans la Loire. Seul reste un entrepôt de cette monumentale usine qui sert de dépôt au théâtre des Célestins actuellement (sources orales R. Neyret). L'entreprise Gillet s'est spécialisée dans les extraits tinctoriaux secs ou liquides de châtaignier, de campêche surtout, de verdet neutre. Il s'agit d'extraits pour tannerie, décolorés et épurés, d'acide acétique des arts de 30 à 70 et acides acétiques divers, de pyrolignites de fer et de chaux, 60, 80, 92 % et de sel d'étain, bichlorure, rouille etc...
François Gillet (1813-1895), le fondateur de cette dynastie, arrive à Lyon en 1830, pour apprendre la teinture sur soie. Il entre comme apprenti chez Plenest, teinturier en noir. Lors des émeutes de 1834, il est renvoyé parce qu'il est inscrit à la Société des ouvriers teinturiers. Ensuite il travaille pour la maison Michel restée célèbre pour avoir introduit l'utilisation du tannin de châtaignier dans sa recette du noir. Son mariage va lui permettre de créer son propre atelier en 1838 au départ aux Brotteaux puis quai Serin en se spécialisant dans la teinture où il met au point un nouveau procédé de teinture en noir pour la soie. C'est la naissance du "noir Impérial", très à la mode sous le second Empire. L'entreprise passe de 70 à 350 salariés et l'atelier du quai Serin devient en 1838 la principale usine de teinture pour la soierie lyonnaise. Cette société a contribué à façonner des quartiers entiers, avec ses usines et ses cités ouvrières. Outre l’effort de construction de logements ouvriers, ils développent également la formation scientifique et technique à Lyon : deux écoles d’ingénieurs créées en 1883, l’École centrale (dont est diplômé Henry Balaÿ, gendre de Joseph), l’École de chimie industrielle (dont sont issus Edmond et Paul, fils de Joseph), et l’Université, soutenues par la Fondation scientifique de Lyon et du Sud-Est (1917).
Joseph Gillet va diversifier l'activité du groupe auquel il va donner une dimension internationale. C'est la création du Comptoir des textiles artificiels (CTA) en 1910. Les trois fils de Joseph, Edmond, Paul et Charles travaillent dans l'entreprise familiale. Edmond va remplacer son père, il participe à la création de Rhône-Poulenc en 1928. Son frère Paul (1874-1971) prend la direction des produits chimiques et fonde Progil (Produits Gillet) à Vaise en 1920. Charles (1879-1972) prend la direction du groupe à la mort de son frère Edmond. Ce groupe industriel familial puissant (ses trois composantes industrielles sont le textile, puis les fibres artificielles et la chimie). sur plus d’un siècle et demi reste pourtant méconnu. Pendant un siècle, les entreprises Gillet ont été le plus gros employeur de la région lyonnaise.
Le groupe industriel Gillet, du nom de ses fondateurs teinturiers lyonnais, a représenté jusqu’à son démantèlement progressif dans les années 1960-1970, un ensemble économique d’une importance considérable, dans les textiles et la chimie, à l’échelle régionale, nationale et même internationale.
La démolition de l'usine élaborée par Gaspar André, architecte a lieu en 1977, pour la construction d'un ensemble d'immeubles.
Evolution urbaine de l'usine Serin : les différents plans et cadastres en illustration montrent l'évolution du site.
En 1910 (Façade usine Gillet quai Serin 1910 (AC Lyon : 1910, 314W391-939) un projet de reconstruction d'un bâtiment est déposé par monsieur Duthion ingénieur. En 1916 sont construits de nouveaux ateliers d'artillerie (ACL 314W571) réalisés en interne par le service de l'économat.
Un autre permis de construire est déposé en 1920 pour la construction d'un puits, d'une galerie, d'une chambre des machines au 9 quai Serin (AC Lyon 1641w34). Plusieurs usines Gillet sont implantées dans la région lyonnaise, une à Saint-Chamont-Izieux (1870) réalisée par Gaspar ANDRE architecte, une à Villeurbanne chemin Sautin ainsi qu'une à Villefranche.
bibliographie : JOLY Hervé, Les Gillet de Lyon. Fortunes d’une grande dynastie industrielle, 1838-2015, Genève, Droz, 2015, 510 p.
1840-1896