Cette filature de la soie artificielle est créée à Vaise (9e arrondissement), 45 rue du Tunnel, en 1927-1928. En 1924 la société Brissac Frères cède à la Rhodiaseta le domaine de la Pépinière royale et du Faysant (reste aujourd'hui encore la maison du Faysant ou maison Bini (XVIe siècle, protégée MH).
La Rhodiaceta, rattachée au groupe Gillet puis au groupe Rhône-Poulenc (la Rhodiaceta a fait l’objet d’une création et une forme de gestion partagées dès le départ entre C.T.A. (famille Gillet) et la Société Chimiques des Usines du Rhône (S.C.U.R.) qui deviendra Rhône-Poulenc) en 1928 veut faire adopter aux soyeux lyonnais un nouveau traitement de la soie artificielle à partir d'acétate de cellulose avec emploi à froid de liquide inflammable. Cette usine servira de modèle aux filatures américaines de Dupont de Nemours. C'est là où va naître le premier nylon européen. On fabrique de la rayonne à l'acétate de cellulose. Les fils ainsi obtenus sont employés couramment dans la soierie, la rubanerie et la bonneterie. C'est en 1929 que le premier fil teinté dans la masse, le Nérane, est créé, puis en 1931, c'est la création de l'Albène et en 1935 apparaissent les fibres. Pour la fabrication du fil d'acétate, on utilise les linters de coton avec lesquels on produit la cellulose, ces linters seront remplacés par la pâte de bois dès 1940 pour les besoins militaires. Les métiers de filature seront adaptés à cette nouvelle fabrication. Au début des années 1930, l'attention du service de la répression des fraudes va être portée sur l'utilisation multiple des termes de soie artificielle, et sur le terme de soie pour des fils qui ne sont pas exclusivement le produit du bombix Mori (vers à soie). En 1932, l'entreprise doit ajouter le terme d'artificielle à sa raison sociale et pour faire disparaître toute allusion à la soie naturelle (en latin seta), le terme Rhodiaseta est orthographié Rhodiaceta. L’aspect isolé de ce site vis-à-vis des centralités urbaines est une caractéristique des industries lyonnaises du textile artificiel.
La Rhodiaceta s’est spécialisée progressivement dans la production de nylon après 1941. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Rhodiaceta est le seul producteur de nylon en France, ce qui explique que c’est la période durant laquelle elle connaît un fort essor. A partir de 1945 sont produits les premiers bas en Nylon. La production de Nylon va augmenter après les années 1950, avec la création du laboratoire de recherche (les bâtiments sont actuellement occupés par la sté Fiducial). un second site est construit à Vaise, avenue Joannès Masset dans les années 1950. L’usine connait alors un grand « boom » au niveau de la production : son apogée se situe en 1955 avec une production de 10 000 tonnes de nylon (contre 1 000 en 1949) et des effectifs de personnel en progression constante jusqu’en 1966 (jusqu’à 7300-7400 employés selon les sources). Il faut noter une forte présence féminine avec un tiers des effectifs composés de femmes. l’usine de Vaise devient une véritable ville dans la ville.
Une crèche (cf plan) est créée après guerre : après la guerre, des services sociaux se développent au sein de l’usine : crèches (cf plan du permis de construire), colonies de vacances, restaurant self-service, club omnisport, bibliothèque, service médical, services sociaux, crèches, etc.. ces services se trouvent à l’intérieur de l’usine. A la même période est mis en place un comité d'entreprise. 7 400 personnes travaillent à la Rhodia de Vaise dans les années 1960. la région lyonnaise produit en 1928, 35% du textile artificiel français. La soie artificielle, qui ne comptait que pour 5% du chiffre d’affaires de la soierie lyonnaise en 1921, atteint 14% en 1924.
En 1931, un permis de construire est posé pour la construction d'un mur de clôture en bordure de la rue du Tunnel angle rue Cottin réalisé par l'entrepreneur Rose et Delard (AC Lyon 344w1018, 1931). En 1945, un permis de construire est déposé pour l'agrandissement de deux bâtiments existants (AC Lyon 344W/1507 dossier n° 404). En 1944, un permis de construire est déposé pour l'agrandissement du bâtiment J correspondant au bâtiment d'entretien réalisé par l'ingénieur-architecte F. Pitiot. (cf : plan AC Lyon 344W 1485).
L'activité de l'usine s'arrête en 1981. Les bâtiments sont détruits à l'exception de l'ancien centre de recherche de la Rhodiaceta et du second site construit dans les années 1950 rue Joannès Masset toujours à Vaise. L’usine Rhodiaceta est démolie en 1986-1987, du moins ses bâtiments principaux, et puis en grande partie oubliée. Le premier bâtiment est réutilisé par la Chambre du Commerce et de l'Industrie, puis à partir de 1987 par la société Fiducial, groupe qui vend de l'expertise et du service comptable et juridique aux petites entreprises. En 1994, le groupe Saci fourniture de bureau, rattaché au groupe Fiducial, s'installe et construit un bâtiment connexe au bâtiment d'origine. Le second site est réutilisé en grande partie par la société de fabrique de chocolat Voisin et par un parc d'activités multiples. Il reste également les jardins ouvriers situés à Gorge-de-Loup (adresse : 80 montée de l'Observance) mis en place vers 1935, et un volant d'inertie de machine à vapeur sauvegardé par une association et installé comme une sculpture commémorative de cette usine dans la nouvelle rue Cassin (pas très passante).
Cette pièce mécanique de 15 tonnes et de 4 mètres de diamètre, dont la fonction était d'emmagasiner de l'énergie afin de se substituer à un moteur ou une batterie, fut installée en 1928 lors de la construction de la première usine Rhodia. Sauvé de la démolition en 1986, ce volant d'inertie a été installé le 15 juin 2004 à l'initiative de l'ARARP (Association Régionale des Anciens de Rhône-Poulenc) sur le parcellaire de l'ancienne usine Rhodiaceta. Est mise en avant cette articulation différenciée entre un espace physique (le bâti) et un espace symbolique (discours qui conditionnent la mémoire du lieu) et la machine.
Au départ, ce volant aurait dû être installé à la station du métro ligne B Gorge de Loup bien visible. La plaque du volant : "En ce lieu, pendant plus de 60 ans, de 1924 à 1987, la société Rhodiaceta, devenue ensuite Rhône-Poulenc textile, a produit des fibres artificielles (acétate de cellulose) et synthétique (nylon). Ce volant de machine à vapeur symbolise l'activité déployée par des milliers d'hommes et de femmes, chercheurs, ouvriers, techniciens, employés, ingénieurs et agents commerciaux, qui ont contribué au succès de cette industrie et à l'animation de ce quartier".
Mais la mémoire de cette usine est encore vivace : nombre de rues porte le nom d'anciens travailleurs de la Rhodia : Laure Diébold, bibliothécaire à la Rhodia et résistante, déportée par les allemands, Pierre Audry, ingénieur au service recherche, mort pendant la Seconde Guerre mondiale, Daniel Decot, Mourad Mouradian, grand syndicaliste, et Michel Berthet mort en Algérie, l'ancienne rue du Tunnel porte son nom aujourd'hui.
ingénieur-architecte F. Pitiot, adresse : 4 rue de l'Effort Lyon 7e en 1943