Dossier IA69004358 | Réalisé par
Asile d'aliénés de Bron, puis asile départemental d'aliénés du Rhône, puis asile d'aliénés du Vinatier, actuellement centre hospitalier Le Vinatier
Copyright
  • © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel
  • © Ville de Lyon

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Rhône-Alpes Urgences
  • Commune Bron
  • Adresse 95 boulevard Pinel
  • Cadastre 2009 OA 899
  • Dénominations
    asile d'aliénés
  • Appellations
    de Bron, puis asile départemental d'aliénés du Rhône, puis asile d'aliénés du Vinatier, actuellement centre hospitalier Le Vinatier
  • Destinations
    centre hospitalier
  • Parties constituantes non étudiées
    chapelle, pensionnat, logement, parc, réservoir, jardin potager, verger, étable, hangar agricole

INTRODUCTION

Le dossier du Centre hospitalier du Vinatier, anciennement asile d'aliénés du Rhône, correspond à une opération d'urgence menée en cinq mois. Des choix ont donc dû être opérés dans l'étude des bâtiments, divisés en trois catégories :

- les bâtiments appelés à disparaître à l'horizon 2011, qui font l'objet d'un sous-dossier, d'une étude poussée et de plans actuels.

- les bâtiments non appelés à disparaître, mais suffisamment significatifs pour faire l'objet d'un sous-dossier : la chapelle, l'ancienne ferme des femmes (pour comparaison avec l'ancienne ferme des hommes) et l'ancien bâtiment des tranquilles et semi-tranquilles du quartier des femmes (pour comparaison avec son symétrique du quartier des hommes).

- Figurent dans le dossier général de l'asile le reste des bâtiments construits par Louvier et ses successeurs immédiats répondant à une logique d'ensemble, ainsi que d'autres bâtiments ponctuels significatifs.

Les numéros indiqués entre parenthèses correspondent à la numérotation actuelle des bâtiments. Elle diffère des numéros apposés sur les plans anciens. Il faut donc se reporter constamment au plan de masse actuel du Centre hospitalier.

Dans l'ensemble des plans, le nord se trouve à gauche

HISTORIQUE

La genèse de l´asile

La décision de construire l´asile d´aliénés du département du Rhône fait suite à la loi du 30 juin 1838 imposant à chaque département l´ouverture d´un asile.

Les aliénés se trouvaient jusqu´alors à l´hôpital de l´Antiquaille, où le manque de place se faisait fortement sentir. Dès août 1846 (AD Rhône. 4 N 522), le médecin-chef du quartier d´aliénés de l´Antiquaille, Alexandre Bottex, est à la recherche d´un lieu. Plusieurs sont envisagés : le domaine du Petit-Perron à Oullins, mais aussi la ferme Gensoul sur la route royale de Grenoble, ou encore la propriété Richard-Vitton à Montchat.

Dans sa session de 1861-1862, le Conseil général adopte le projet de traiter avec l´administration des hospices civils de Lyon pour la création d´un asile de 1 200 aliénés au domaine du Perron (Conseil général du Rhône. Session d´avril 1874. Aliénés. Rapport de M. Terver, 1874, p. 9). Le volume de 1 200 aliénés a été fixé par le docteur Joseph Arthaud, qui a remplacé Bottex au poste de médecin en chef du service des aliénés. Il décide dans un premier temps de classer les malades par richesse et par rang social. Le docteur Constans, inspecteur général du service des aliénés, rédige d'après ces principes un programme et un plan que l´architecte départemental Antonin Louvier met en forme (Conseil général du Rhône. Session d´avril 1874. Aliénés. Rapport de M. Terver, 1874, p. 13).

En attendant la réalisation du projet, une colonie avait été installée durant l´été au Petit-Perron. Dans sa session de 1862-1863, le Conseil général décide l´acquisition du domaine (Conseil général du Rhône. Session d´avril 1874. Aliénés. Rapport de M. Terver, 1874, p. 11) et commande un nouveau projet à Louvier. L´échec des négociations avec les hospices civils de Lyon et le coût onéreux du terrain entraînent dès 1864 l´abandon du projet au Petit-Perron.

En 1866, le Conseil général décide de construire l´asile sur un autre terrain, choisi par le préfet sur les conseils de l´architecte départemental Louvier. Sont en lice notamment la propriété du Coin à Saint-Genis-Laval et la propriété des Tours à Bron.

Dans la session du Conseil général d´août 1867, Louvier présente les plans et devis approuvés par le Conseil des bâtiments civils et le Ministre de l´Intérieur (Département du Rhône. Monographie de l´asile public d´aliénés élevé à Bron, 1878, p. 6) ; il s´agit sans doute de l´avant-projet daté du 22 avril 1866 (AD Rhône. 4 N 525).

Devant l´estimation de l´architecte, le Conseil général décide le 29 août 1867 de réduire le projet à 600 lits (Département du Rhône. Monographie de l´asile public d´aliénés élevé à Bron, 1878, p. 6). Dans les nouvelles propositions, les malades sont désormais répartis par type de comportement : 40 convalescents, 50 tranquilles, 50 semi-tranquilles, 30 faibles, malpropres et vieillards, 45 agités et agitables, 35 en infirmerie et surveillance continue, 60 travailleurs habituels à la ferme et aux ateliers.

Le préfet propose lors de la session du Conseil général de 1868-1869 (Conseil général du Rhône. Session d´avril 1874. Aliénés. Rapport de M. Terver, 1874, p. 12) l´acquisition d´un terrain de 37 hectares situé à Bron : le domaine des Tours. Ce choix est dicté par le coût peu élevé du terrain, son implantation, ses possibilités futures d´agrandissement et l´existence d´un réservoir à proximité.

Le domaine du Mas des Tours

L´asile s´implante sur un ancien domaine situé sur le territoire de la commune de Bron.

Selon Henri Forest, le fief de la Grange des Tours aurait été construit sous Philippe-Auguste, et appartenait à l´Ordre du Temple. Il le décrit comme une massive demeure rectangulaire avec une cour intérieure, flanqué aux angles de quatre tours rondes à toit conique. L´accès se faisait par une allée bordée de noyers dans l´axe de l´actuelle rue Laborde (Henri Forest, Histoire de Bron, 1987, p. 27).

Au 17e siècle, le domaine est acquis par un maître-cordonnier, fournisseur des armées royales anobli par une charge de conseiller de ville à Lyon ; il prend alors le nom de Château des Tours (Henri Forest, Histoire de Bron, 1987, p. 29). En 1710 environ, le domaine est inscrit sous le nom de Grange Du Tour sur le Plan général du bourg de la Guillotière, mandement de Béchevelin, en Dauphiné (AC, Lyon). La propriété y est représentée dans ses grandes lignes : une grande allée borde une construction en U. Sur les deux axes longitudinaux de cette construction figurent respectivement quatre et cinq rectangles sommaires évoquant sans doute des dépendances ou des tours. Au centre, une maison correspond sans doute au logis principal.

Le domaine, constitué d´un parc boisé d´environ 110 hectares contenant les vestiges de la demeure féodale, des dépendances, une maison des serviteurs, des écuries, des granges et un important cheptel, est mis en vente vers 1769 et acheté par un riche fermier (Henri Forest, Histoire de Bron, 1987, p. 29). La carte de Cassini indique le nom « Tour » à l'emplacement du domaine.

Vers 1800, la propriété prend le nom de Mas des Tours ou du Tour (Henri Forest, Histoire de Bron, 1987, p. 29).

Le cadastre napoléonien établi en 1812 donne un plan précis des bâtiments qui semblent s´être étendus depuis le début du 18e siècle : cinq grands bâtiments inscrits dans un rectangle y figurent.

A une date inconnue, le conseiller à la cour des comptes Michel Dian entre en possession du domaine. A son décès, le domaine échoit à ses successeurs : les terres sont réparties en quatre le 20 juillet 1839 entre Jean Fleury et Michel Pauthot, Pierre Fleury Landar, Françoise et Marie Landar, et Josephine (?, ou Jacqueline) Dian veuve de Pierre Roux.

Devenues veuves d´Antoine Billiet et Thomas Charvin, Françoise et Marie Landar vendent la moitié du domaine du Mas des Tours le 4 septembre 1856 à Antoine Bernard : « une partie du domaine des Tours (...) consistant en bâtiments, terres, jardin et cour, d´une contenance de dix sept hectares quatre ving deux ares, soixante neuf centiares » (AD Rhône. 3E13528, acte de vente du 4 septembre 1856). Seule une partie des bâtiments de l´espace quadrangulaire de l´ancien domaine est comprise dans cette vente.

Entre 1868 et 1869, Bernard vend au département la totalité du domaine en sa possession, soit 37 hectares, pour la construction de l'asile d´aliénés. Le domaine comprend alors des bâtiments d´habitation et d´exploitation avec cour et jardin clos de murs, terres labourables et luzernières (AD Rhône. 3E12395, acte de vente des 17 et 27 février 1869).

Les travaux sont adjugés le 19 mars 1869.

68 nouveaux hectares sont achetés entre 1878 et 1880 pour l´agrandissement de l´asile : parmi eux figure le reste du domaine du Mas des Tours, achetés à la veuve Roux et la veuve Collomb (AD Rhône. HDEPOT Vinatier N 5, Plan des terrains acquis pour l´agrandissement de l´Asile d´aliénés de Bron, 10 mai 1880).

La création de l´asile : l´époque de Louvier (1869-1883)

En sa qualité d´architecte départemental, Louvier mène les travaux de l´asile, sous la direction du préfet du Rhône et en relation avec le docteur Arthaud, qui devient le premier directeur de l´asile.

Faute de crédits, seul un asile de 618 lits est construit dans un premier temps, avec toutefois la possibilité d´ajouter 150 lits et de la place réservée pour la construction de deux quartiers de pensionnaires (Conseil général du Rhône. Session d´avril 1874. Aliénés. Rapport de M. Terver , 1874, p. 12).

Les travaux sont interrompus pendant la guerre de 1870.

Dès 1873, une commission de surveillance est créée car les travaux de l´asile prennent, au goût du Conseil général, des « proportions financières excessives » (AD Rhône. 4 N 558).

Dès 1875, 150 aliénés sont installés sur le site afin de procéder aux travaux de terrassement (Département du Rhône. Monographie de l´asile public d´aliénés élevé à Bron, 1878, p. 7). Les autres aliénés arrivent progressivement dans le courant de l´année 1876. À cette période, le Conseil général décide le transfert à Bron de tous les aliénés de l´Antiquaille (effectif en 1877) et prévoit un agrandissement pour les accueillir. Les malades supplémentaires sont installés dans le bâtiment des services généraux ; les locaux prévus pour les ateliers et les magasins accueillent des dortoirs (Département du Rhône. Monographie de l´asile public d´aliénés élevé à Bron, 1878, p. 8).

En 1878 sont livrés les bâtiments des fonctionnaires (actuels bâtiments 224 à 227, 511 à 515), la chapelle (300), les parloirs (302, 402), les bâtiments des agités et malpropres (333 et son symétrique) et de la surveillance continue et de l´infirmerie (417-426 et 314), et d´autres bâtiments du quartier des hommes (tranquilles et semi-tranquilles : 304, faibles et vieillards : 334), ainsi que les fermes (453 à 457, 335-357) (AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 1. Lettre de Louvier au directeur de l´asile, 8 mars 1878). Des portiques ou galeries couvertes à usage de promenoirs reliaient l´ensemble des bâtiments du noyau de l´asile entre eux.

Un plan daté du 11 novembre 1879 (AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 1. Antonin Louvier, Asile d´aliénés à Bron. Création d´un cimetière, 11 novembre 1879) montre que la plupart des bâtiments du plan initial ont été réalisés sans changements majeurs, exception faite des deux bibliothèques, de la salle des réunions, et des bâtiments annexes des fermes, dont le projet a été abandonné.

À la suite du transfert de l´ensemble des aliénés de l´Antiquaille, le besoin de place se fait pressant : une commission d´étude pour l´agrandissement de l´asile est instituée par arrêt du 7 juin 1876 et un nouveau décret d´utilité publique est publié le 6 août 1878.

De 1878 à 1880, un certain nombre de terrains limitrophes sont acquis : le reste du domaine du Mas des Tours, Sur Montchat, le Mas de dessus Montchat, le Mas de dessous Montchat, le Mas du Gris, le Mas du Pinay, la Combe Giroud et le Mas de l´Arignée (AD Rhône. HDEPOT Vinatier N 5, Plan des terrains acquis pour l´agrandissement de l´Asile d´aliénés de Bron, 10 mai 1880). Le domaine de l´asile occupe alors 112 hectares. C´est là son extension la plus importante ; divers terrains sont cédés au cours des décennies suivantes.

Ces acquisitions entraînent de nombreuses constructions : l´installation de réservoirs sur un mamelon situé au sud-est de l´asile, l´ouverture d´un cimetière au nord-est en raison de conflits avec la ville de Bron, la création de logements (actuels bâtiments 222 et 509) et de bâtiments administratifs (223, 510), d´une grande ferme d´exploitation (bâtiments 236, 238 et 239 nord), d´ailes supplémentaires aux bâtiments des travailleurs des deux fermes (452, 355 ouest) et de pensionnats destinés aux classes moyennes et aisées (211, 212, 504, 505, 207 et un bâtiment disparu).

L´inspection générale des établissements de bienfaisance et des asiles d´aliénés approuve le projet d´agrandissement de l´asile le 13 décembre 1880 (AD Rhône. 4 N 558).

En 1881, Louvier cesse officiellement d´exercer la fonction d´architecte départemental, mais semble continuer à diriger les travaux de l´asile jusqu´en 1883, date à laquelle il demande à son gendre Louis Rogniat de s´associer avec lui pour les travaux de l´asile et de la préfecture du Rhône (AC Lyon. 400 459).

L´achèvement de l´oeuvre de Louvier par Henri Moncorger (1884-1896)

Ancien collaborateur de Louvier, Henri Moncorger lui succède en 1884 à la charge d´architecte départemental, et continue les travaux de l´asile de Bron : il achève notamment la construction des pensionnats est (505, 212) et de leurs quartiers cellulaires (207 et bâtiment disparu). Moncorger construit également une nouvelle buanderie mécanique (détruite), celle situé dans la ferme des femmes étant devenue vétuste et exiguë : le nouveau bâtiment est accolé à l´est de l'établissement central en 1895-1897 à la place de la salle de réunion jamais réalisée du projet primitif (AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 13).

La diminution de l´emprise de l´asile commence dès 1885 : des terrains situés aux angles nord-est et sud-est du domaine sont expropriés au profit du génie militaire afin de construire des fortifications sur la rive gauche du Rhône (AD Rhône. HDEPOT Vinatier N 9).

En 1890, se pose la question de la vente de deux hectares de terrains morcelés situés en-dehors du chemin d´enceinte de l´asile et jouxtant l´enceinte de sûreté du génie militaire. Le produit de la vente de ces terrains devait servir à la construction de murs de clôture de l´asile. Mais la découverte d´une carrière de sable et de gravier sur les terrains à aliéner retarde la vente (AD Rhône. HDEPOT Vinatier N 11). Pendant quelques années, l´asile exploite cette carrière. En 1894-97, les murs de la nouvelle enceinte sont construits avec des graviers de la carrière (AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 2), en moellons, pisé et ciment.

Le grand projet d´agrandissement de l´asile (1899-1917) mis en oeuvre par Laurent Cahuzac

En 1897, l´asile se trouve extrêmement encombré. Des extensions dans le quartier des agités hommes et femmes sont construites en 1896-98 (408 probablement. AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 2) et en 1898-1901 (332 probablement. AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 2).

Dès 1899 germe l´idée d´agrandir l´asile. Il est d´abord question de le dédoubler ou d´en créer un nouveau. Faute de crédits, seul un agrandissement est programmé. Dans sa séance du 16 août 1899 (AD Rhône. 4 N 560), la commission de surveillance de l´asile vote le projet d´agrandissement, comprenant : quatre quartiers pour les femmes contenant 600 lits, deux quartiers pour hommes contenant 300 lits, un quartier d´isolement pour femmes, un quartier d´isolement pour hommes, une porcherie, un grand hall pour remiser le matériel agricole et les récoltes, l´agrandissement de la vacherie sur l´emplacement des remises existantes, la reconstruction des ateliers (sur l´emplacement des bâtiments de la vieille ferme). Le projet est réalisé avec quelques modifications.

Le Conseil général approuve à son tour le projet d´agrandissement en avril 1902. C´est l´architecte Laurent Cahuzac, ancien collaborateur de Louvier, qui est chargé de mettre en oeuvre ces travaux ; il deviendra architecte départemental pendant la Première guerre mondiale.

Le projet prend du retard, et ce n´est que le 11 décembre 1909 que le Conseil général vote un projet concret de restauration et d´agrandissement de l´asile, comprenant : une vacherie (actuel bâtiment 232) et des habitations pour les malades employés aux travaux de l´agriculture (231), deux hangars à voiture (détruits), la transformation de l´ancienne vacherie en écurie pour chevaux et sellerie (236), un dépôt pour instruments aratoires (non localisé), un agrandissement de la porcherie (réalisé plus tard avec des modifications), un magasin pour combustibles divers (371), la réinstallation de la pharmacie et l´installation de réfectoires et dortoirs (parties détruites du bâtiment 308), l´habitation de la surveillante chef (403) et du surveillant chef (réalisé plus tard), les bâtiments d´infirmerie pour le personnel hommes (309) et femmes 416), un bâtiment pour enfants anormaux (non localisé), l´agrandissement et la restauration de la recette-économat (510) et du secrétariat (223), un bâtiment pour l´infirmerie dans la 9e division hommes (détruit), ainsi que la construction de pavillons pour les pensionnaires dans chacun des pensionnats.

En plus de ces bâtiments sont construits pendant la première décennie du siècle le quartier des contagieux (336 et 337), les ateliers (détruits), le séchoir (détruit), le garde-meuble (future matelasserie, détruit) et trois pavillons pour les gâteuses tranquilles dits de Montchat (détruits, à l´emplacement des actuels 450 et 451).

Laurent Cahuzac réalise également des agrandissements dans la section des malades agitées (1912-1913, bâtiments 407 et 409. AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 3) et le dépôt des morts (AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 4), ou encore de nombreux aménagements.

De la première guerre mondiale à 1928 : travaux d´entretien et transformations légères

La première guerre mondiale donne un coup d´arrêt aux travaux de l´asile.

Après le conflit sont chargés successivement des travaux l´architecte divisionnaire Jean Clapot de 1921 à 1926, puis brièvement le gendre de Louvier, Louis Rogniat.

Relance des travaux sous l´égide d´Émile Poignant (1929-1937 environ)

A partir de 1928, l´architecte départemental Emile Poignant s´occupe de l´asile, qui nécessite de lourds travaux d´aménagement et de réparation après quinze années de restrictions budgétaires. Les devis pour les travaux de réparation (toitures, maçonnerie, électricité...) sont votés en 1929. Ils sont financés en grande partie par un emprunt contracté en 1933 par le département.

Poignant réalise également un grand bâtiment en forme de T emblématique de l´architecture des années 1930, aux confins nord-ouest du domaine (AD Rhône. HDEPOT Vinatier O 10, plans et élévations d´Emile Poignant, mars 1934). Destiné à des malades alités, il abrite trois sections.

Les grands travaux de Georges Trévoux

À partir du 1er janvier 1937 (HDEPOT Vinatier O 11. Lettre du préfet du Rhône au directeur, vers 1936), l´architecte Georges Trévoux est chargé de l´exécution des travaux neufs, et des grosses et moyennes réparations. Il entreprend la transformation de la 8e division (417-426 et 314), de la 9e division hommes (355-357) et la surélévation de la buanderie (partie détruite de bâtiment 308, vers 1937-1938). Il construit également un garage en agrandissant un hangar existant (371).

La modernisation de l´hôpital : les années 1950-1960

Malgré ces travaux et agrandissements successifs, le Vinatier est au lendemain de la Seconde guerre mondiale un hôpital vétuste et inadapté aux traitements modernes. Le Conseil général du Rhône prend donc en 1952 la décision de le moderniser. L´arrivée des neuroleptiques permet ainsi une ouverture de l´hôpital sur l´extérieur : les grilles, murs d´enceinte et sauts-de-loup sont supprimés à partir de 1952. Le cimetière est abandonné à la même époque, tandis que l´exploitation agricole s´éteint progressivement.

Le 9 avril 1957, un plan directeur de modernisation est dressé et approuvé par le ministre de la Santé publique. Trois chantiers d´envergure sont menés (Techniques hospitalières, Vinatier. La modernisation de l´hôpital psychiatrique, n°259, avril 1957, p. 57 et suiv.) : la centrale thermique (1955-1956 et 1958-1959, bâtiment 316) en béton armé sous la direction M. Martin ; la cuisine centrale (315) et la blanchisserie-lingerie (de 1963 à 1965, bâtiment 321).

D´autres constructions viennent s´y ajouter : le gymnase (345), le Centre social doté d´une grande salle de conférence (1963-1965, numéro 316) et les ateliers centraux d´ergothérapie, devenus «centre de réadaptation professionnelle » (517). Le bâtiment administratif construit en 1954-1955 près de l´entrée (201-202), est agrandi en 1965.

Par la suite, divers travaux urgents de modernisation et de réfection seront menés. Les bâtiments médicaux notamment posent problème, mais échappent à la démolition en raison du coût d'une telle opération. La quasi-totalité des bâtiments subit des transformations profondes entre 1952 et 1967 : les grandes salles sont cloisonnées, les vastes réfectoires deviennent des salles-à-manger, les dortoirs réaménagés acquièrent un peu plus d'intimité, quelques chambres individuelles sont créées. Les cellules d´agités sont transformées en chambre individuelles ou à deux, et leurs baies vitrées élargies.

Diverses salles sont créées en utilisant des portions existantes de portiques. Ces derniers sont d´ailleurs progressivement éliminés. Pour se moderniser, l´hôpital engage de lourdes destructions : l´ancienne chaufferie et de l´ancienne buanderie du Foyer des Pupilles en 1966 et une grande partie du bâtiment des services généraux (ancienne buanderie et tout le bâtiment des anciens « bains centraux », numéro 308).

La première tranche de travaux de l'asile est conduite par Antonin Louvier de 1869 à 1878, immédiatement suivie par une deuxième à la suite de l'agrandissement du domaine, de 1880 à 1883. Henri Moncorger succède à Louvier de 1884 à 1896 et complète son oeuvre. Laurent Cahuzac est chargé de mettre oeuvre un grand projet d'agrandissement de l'asile, effectif de 1909 à 1917. Il faut attendre 1928 pour une reprise des travaux de réfection et d'aménagement sous l'égide d'Emile Poignant, continués par Georges Trévoux dans les années 1937-1940. Les années 1950-1960 correspondent à une transformation lourde de l'hôpital afin de répondre aux critères de la médecine moderne.

L´asile d´aliénés du département du Rhône se trouve en lisière de Lyon, sur le territoire de la commune de Bron. Le terrain est dominé par deux réservoirs situés sur un mamelon, au sud-ouest du domaine (aujourd´hui en bordure du périphérique). L´accès principal à l´asile de Bron se fait par une allée bordée de pavillons d´habitation (222 à 227, 509-515) située à l´ouest, aboutissant devant la chapelle située dans son axe. Le noyau de l´asile adopte un plan général rectangulaire dont les petits côtés au nord et au sud forment un arc de cercle correspondant aux quartiers des agités. Au centre se trouvent d´ouest en est la chapelle (300), le bâtiment des services généraux (308, en partie détruit), et la cuisine (315, 1957-1959). Le parti adopté s´inspire des principes de Jean-Dominique Esquirol : bâtiment central pour les services généraux, organisation pavillonnaire symétrique, séparation des hommes et des femmes. Les bâtiments des deux quartiers des hommes (au sud) et des femmes (au nord) se répartissent symétriquement de part et d´autre d´un axe imaginaire prolongeant l´allée principale : bâtiments des portiers et parloirs (301 à 303, 401 à 403), infirmeries du personnel (309 et 416), bâtiments des tranquilles et semi-tranquilles (304 et 411), de la surveillance continue et de l´infirmerie (417-426 et 314), des convalescents (310 et 404), des agitables (331 et 406), des faibles et vieillards (334 et 410), et des agités (332-333 et 407-409). Les bâtiments des tranquilles et semi-tranquilles (304 et 411), des convalescents (310 et 404), des agitables (331 et 406) et des faibles et vieillards (334 et 410) ont trois niveaux d´élévation, les escaliers sont situés aux extrémités et ne sont pas pourvus de caves, comme tous les bâtiments destinés à loger les aliénés. Ces divers bâtiments ont fait l´objet d´adjonctions successives. De cette première tranche de travaux subsistent également, très modifiées, les fermes des femmes (452 à 457) et des hommes (355 à 357) situées aux extrémités nord-est et sud-est du domaine. A partir de 1880, la nouvelle ferme s´est installée à côté des vestiges de l´ancien domaine du Mas des Tours (230 à 239), et les pensionnats (207, 211, 212, 504, 505) ont été construits à proximité de l´avenue principale. Les bâtiments construits par la suite ne s´inscrivent plus dans la logique du plan de Louvier, et ont été disséminés dans divers endroits du domaine.

  • Plans
    plan symétrique
  • État de conservation
    inégal suivant les parties, menacé
  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Le coeur du Centre hospitalier Le Vinatier, ancien asile d'aliénés du département du Rhône, forme un ensemble cohérent malgré une réalisation étalée dans le temps, de la seconde moitié du 19e siècle à la première guerre mondiale. L'oeuvre de Louvier de 1869 à 1883 est complétée en harmonie avec l'existant par ses successeurs Henri Moncorger et Laurent Cahuzac jusqu'en 1917. Pour intéressants qu'ils soient, les bâtiments ultérieurs sont des constructions ponctuelles et fonctionnelles et s'inscrivent moins dans une logique d'ensemble.