Dossier d’œuvre architecture IA38001003 | Réalisé par
Guégan Catherine
Guégan Catherine

Chercheuse au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel (2006-...)

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine des lycées
Collège de jésuites, puis institut national, école centrale supplémentaire, école communale secondaire, collège communal et école pratique de commerce et d'industrie, lycée, actuellement collège François-Ponsard
Œuvre monographiée
Copyright
  • © Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Auvergne-Rhône-Alpes - Vienne
  • Commune Vienne
  • Adresse 1 place André-Rivoire
  • Cadastre 2018 BI 173
  • Dénominations
    collège, école, école professionnelle, lycée
  • Genre
    de clercs réguliers de la compagnie de Jésus
  • Précision dénomination
    institut national, école centrale supplémentaire, école communale secondaire, collège communal, école pratique de commerce et d'industrie
  • Appellations
    François-Ponsard
  • Parties constituantes étudiées
  • Parties constituantes non étudiées
    cour, gymnase, logement, atelier, jardin

1. Origines du collège de Vienne

La présence d'écoles dirigées par un recteur est attestée dans les délibérations consulaires de la ville de Vienne dès le milieu du 15e siècle1 ; les sources mentionnent à partir de 1540 l'existence d'un collège, attestant que l'institution bénéficie désormais d'un lieu spécifiquement aménagé à cet effet2, sis au lieu-dit la Charité3. La direction en est confiée à Germain Damas, prêtre de l'église Saint-Maurice.

Désorganisé pendant les guerres de Religion, l'enseignement public est repris en main par les élites viennoises (notables, consuls et archevêque) au début du 17e siècle. Le 5 septembre 1601, le père Antoine Poursant, chanoine de Saint-Maurice, est nommé principal, à charge pour lui de recruter et entretenir cinq régents et trois valets qui seront logés au collège, dont les consuls viennent de faire réparer et remeubler les locaux4.

2. Installation des jésuites (1604-1763)

1. Contrat de fondation du nouveau collège

Sous l'impulsion de l'archevêque Pierre de Villars, les consuls avaient envisagé dès 1597 de faire appel aux jésuites pour diriger leur collège5 (COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 740). Lorsqu'ils engagent le chanoine Poursant en 1601, obligation lui est faite, ainsi qu'aux régents qu'il recrutera, de loger au collège et de " suivre la manière de vivre et enseigner des jésuites "6. Le principal se rend donc en juillet 1601 au collège de Tournon, dirigé par les jésuites, pour y recruter des régents7. Les jésuites, déjà installés dans les villes de Lyon (Collège de la Trinité, actuel lycée Ampère) et de Tournon (actuel lycée Gabriel Faure) sont à nouveau sollicités en 1603 pour succéder au père Poursant et sont autorisés par Henri IV, par lettres patentes du 28 février 1604, à établir et faire bâtir un collège de sept classes " tant en humanités que philosophie ", moyennant une prise en charge financière par la ville (en fait, le collège comprend initialement cinq classes, celles de philosophie n'étant créées qu'en 16178). Ces lettres patentes sont enregistrées le même jour par la chambre des comptes du Dauphiné9. Afin de pourvoir à leurs besoins leur est concédée la jouissance du prieuré de Salaise en 1612, puis celle du prieuré de Notre-Dame de l'Isle, en 1628. Un troisième domaine, dit de Saint-Ignace, est acquis à leur profit en 1607 pour leur servir de lieu de " récréation et de retraite "10. En tant que fondatrice du collège, la ville de Vienne reçoit chaque année l'hommage des jésuites par une cérémonie et l'offrande d'un cierge portant l'écusson de la Compagnie, déposé aux archives de la maison de ville.

2. Un ambitieux projet de construction

1. Choix du site

Après un premier traité entre la ville et les jésuites signé le 11 novembre 160411, le contrat de fondation, daté du 7 juin 1605, décrit explicitement le programme de la construction : " la ville s'oblige de faire bâtir un collège composé de trois membres sçavoir l'église, les classes et leur cour, l'habitation commode des pères avec leur cour et jardin séparé suivant le plan et dessin qui en a été fait, renfermé le tout par quatre rues au quartier de la ville appelé Saint Blaise de la Rochette tendant à l'abbaye de Saint André passant par la rue du Bourdel du levant, autre rue tendant de la rue du Bourdel aux Espies du matin autre rue tendant des Espies à la place de saint Blaise revenant à ladite rue de la Rochette du soir de la contenance d'environ 45 toises au carré "12.

Le lieu retenu pour la construction se situe dans la partie haute de la ville, alors occupée essentiellement par des couvents.

La colline Pipet avant la construction du collège, début du 17e siècle (B.n.F., Cartes et plans, GE BB-246 (X, 101-102))La colline Pipet avant la construction du collège, début du 17e siècle (B.n.F., Cartes et plans, GE BB-246 (X, 101-102))

Les édiles viennois ont commencé à acquérir dès le mois de mai 1605 des terrains, constitués de jardins, vignes et maisons appartenant à MM. Leusse et Rochefort. Un mémoire de 179513 indique que la ville aurait acheté en tout 43 maisons ; ces acquisitions s'étalent entre les années 1607 et 1615 pour le collège, 1614 et 1621 pour la place qui est devant. Le site a été choisi pour deux raisons : l'air y est plus pur que dans la ville basse et le lieu, formant terrasse, conserve le souvenir du palais des empereurs romains (voir le plan de Vienne ancienne et moderne dressé par Etienne Rey en 1819, ill. IVR84_20203800176NUCA, et détail, ill. ci-dessous), et semble particulièrement approprié à la construction d'un édifice aux proportions monumentales. Il sera d'ailleurs expressément demandé aux jésuites que le projet prévoit une large place dégagée à l'ouest, formant parvis14. L'article 13 du prix fait du 17 juillet 1607 avec les entrepreneurs de maçonnerie Derua et Cocherand prévoit en outre l'érection sur cette place d'une fontaine, qui devra être ornée d'un Triomphe de Bacchus et dont l'eau devra être conduite depuis la place Jouvenel jusqu'à celle du collège15. Par ailleurs, les jésuites doivent veiller à garder des espaces largement dégagés autour des bâtiments ; ainsi s'opposeront-ils en 1675 au projet des Ursulines, qui voulaient surélever les bâtiments de leur couvent confinant à la future église du collège, du côté sud, afin de n'en pas occulter les vues ni empêcher la lumière d'y pénétrer16.

Plan de Vienne ancienne et moderne : détail sur la parcelle du collège (n°44) ; le périmètre en pointillé autour de la lettre N correspond à l'emplacement de l'ancien palais des empereursPlan de Vienne ancienne et moderne : détail sur la parcelle du collège (n°44) ; le périmètre en pointillé autour de la lettre N correspond à l'emplacement de l'ancien palais des empereurs

2. Le projet

Les plans du collège et de son église sont établis par l'architecte de la Compagnie, le frère Etienne Martellange, qui séjourne à Vienne en 1605 : il se rend dans la cité en compagnie du père Michel Coyssart, vice-provincial de la province de Lyon et futur premier recteur du collège, pour examiner la parcelle offerte aux religieux et leur proposer un premier projet de construction, proche de celui élaboré pour le collège du Puy-en-Velay, qui sera en partie suivi17.

Plan d'ensemble avec l'église au sud, par E. Martellange, 1605 (B.n.F., Est., FOL-HD-4 (8), f. 251) Plan d'ensemble avec l'église au sud, par E. Martellange, 1605 (B.n.F., Est., FOL-HD-4 (8), f. 251)

Le plan de 1605 (ill. ci-dessus), annoté en italien, est destiné à être envoyé à Rome au père général de l'ordre, le père Claudius Acquaviva. L'approbation de ce dernier est en effet nécessaire avant d'entreprendre toute construction ; son autorisation sera effective par bref du 28 mai 160518. Une copie inédite de ce plan, portant la date du 19 juin 1605 et conservée à Vienne (Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/714 ; ill. IVR84_20203800364NUCA), cosignée par trois des consuls de la ville, par le vibailli Pierre de Boissat et par le père provincial Christophe Balthazar et indiquant au verso qu'il s'agit du plan approuvé par le père général, est sans doute un plan d'exécution dressé par Martellange : les annotations marginales comportent en effet des prescriptions relatives aux dimensions du bâtiment et de ses éléments structurels ainsi qu'à l'emploi des matériaux et à leur mise en œuvre, mentions qui figurent également dans un mémoire de Martellange conservé à la National Library de Malte19. Il comprend en outre l'emplacement de la fontaine prévue dans la cour des pères et de la conduite qui l'alimente, traversant le jardin situé au nord.

Plan du rez-de-chaussée par E. Martellange, 19 juin 1605 (Vienne, musée des beaux arts et d'archéologie, inv. R 494/714)Plan du rez-de-chaussée par E. Martellange, 19 juin 1605 (Vienne, musée des beaux arts et d'archéologie, inv. R 494/714)

Les bâtiments sont essentiellement articulés autour de deux grandes cours. La première quadrangulaire, à l'ouest, est bordée de classes et d'une salle pour les actions scolastiques sur trois côtés, le quatrième étant occupé par l'église au sud, que longe une galerie à arcades. La seconde rectangulaire, à l'est, est réservée aux pères ; elle comporte en rez-de-chaussée dans l'aile est une salle de récréation et le réfectoire, jouxté par une salle "pour se laver les mains", dans l'aile nord la cuisine, le four et la dépense, dans l'aile sud des latrines, deux offices et une salle "pour les cas de conscience". En son centre est disposée une fontaine (visible sur la copie de ce plan conservée au musée des beaux arts et d'archéologie de Vienne, inv. R 494 ; un plan du 18e siècle conservé dans ce même musée (ill. IVR84_20203800362NUCA) donne le tracé de la conduite d'eau qui traverse le sous-sol des cours du collège). La communication entre les deux cours est assurée par un passage couvert situé dans l'axe de l'entrée du collège ; un couloir longeant les cuisines au nord permet de se rendre jusqu'au réfectoire. Une troisième cour, dite rustique, au nord-ouest, abrite le bûcher et comprend une porte pour la réception des provisions. Le reste de la parcelle, au nord-est, est occupé par le jardin, clos de murs ; on y accède depuis un passage situé sous l'escalier de l'aile sud.

Un second contrat (transcrit en Annexe n°1), daté du 20 juillet 1606 et dont Martellange est signataire, fixe les dates d'achèvement pour les diverses parties : classes et chambres des pères à l'étage, un an après le début de la construction, autres parties du collège, deux ans, église, six ans, décrit les modalités d'organisation du chantier et impose aux échevins " de se pourvoir d'un bon et suffisant architecte pour la conduite de l'oeuvre "20 . Le projet de Martellange est alors partiellement amendé : sur la suggestion du père provincial Christophe Balthazar, le réfectoire est notamment déplacé dans l'aile ouest de la cour des pères, à un emplacement moins sombre et plus aéré (annotation en haut à gauche sur le plan ci-dessous : " Ha indicato il nostro RP Provinciale che sarebbe meglio mettere il Refettorio dala bauda del giardino, si per esser piu alegro come per aver piu d'aera ").

Plan partiel modifiant l'emplacement du réfectoire, par E. Martellange, 1606 (BnF, Est. FOL-HD-4 (8), f. 252)Plan partiel modifiant l'emplacement du réfectoire, par E. Martellange, 1606 (BnF, Est. FOL-HD-4 (8), f. 252)

C'est de 1606 également que datent une série de dessins réalisés par Martellange, destinés à être annexés au prix fait de la construction, parmi lesquels deux élévations dont il faut ici souligner la rareté dans les sources, s'agissant des corps de bâtiments des collèges21. Il existe deux exemplaires de ces dessins d'élévations, l'un conservé à la Médiathèque de Vienne, signé par Martellange et contresigné par le père Coyssart (M 211/1), l'autre au Musée des beaux-arts et d'archéologie (inv. R 494/716) ; ce dernier est probablement une copie, peut-être de la main du père Edmond Moreau, certifiée conforme à l’original conservé dans les archives de la maison de ville (l’exemplaire aujourd’hui à la Médiathèque) par les consuls de la ville de Vienne en mars 1612 (ill. ci-dessous). Il semble que cette copie, tout comme celle du plan du premier étage mentionnée ci-après, soit liée à une troisième convention passée entre les jésuites et les consuls le 13 février 1612 (Médiathèque de Vienne, M 103, fol. 121-123), laquelle précise quelques articles du second contrat portant sur la dotation du collège.

Le mémoire de Martellange, retrouvé dans les fonds de la National Library de Malte par A. Sénard-Kiernan22 accompagne en outre le projet de construction, sur la base du plan de 1605. Ce document mentionne non seulement la beauté de l'emplacement retenu pour édifier le collège, mais la commodité du site doté de ruines de monuments antiques susceptibles de servir de carrière pour le chantier. Les consuls ont en effet autorisé les prix facteurs à en prélever des pierres23, ce que confirme une lettre envoyée par les jésuites à Rome en 160924 : " le collège est construit à bon marché avec des matériaux et des parements de marbre tirés des ruines romaines, en particulier de l'amphithéâtre ". Martellange souligne également que certaines pièces destinées à recevoir les séculiers pourraient servir de classes de philosophie, si le cas devait advenir. La hauteur des étages y est enfin indiquée : 15 pieds pour le rez-de-chaussée (soit env. 4,90 m), 12,5 (env. 3,90 m) pour le premier et 10 (env. 3,30 m) pour le second.

Façades intérieure et extérieure par Ed. Moreau (?), copie du dessin de Martellange, 1606 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/716)Façades intérieure et extérieure par Ed. Moreau (?), copie du dessin de Martellange, 1606 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/716)

Seul le plan du premier étage est conservé (Vienne, Médiathèque, Ms 211/3 ; copie au Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/715, ill. IVR84_20203800366NUCA). Il diffère de celui de 1605 par une réduction de la superficie de la cour intérieure, dont la longueur est désormais identique à celle de la cour des classes. Les couloirs latéraux desservant les pièces de l'étage prennent tous leur jour du côté des cours. Les chambres des religieux sont disposées autour de la cour qui leur est dévolue, celle du sacristain au chevet de l'église (et au-dessus de la sacristie) ; dans l'aile ouest se trouvent l'appartement réservé au père provincial, les chambres du recteur et du procureur, cette dernière communiquant avec une salle d'archives. Dans l'aile nord de la cour des classes, et ouvrant sur la cour du ménage sont disposées une "grande" et une "petite" bibliothèque25 ; dans l'aile en retour d'équerre longeant la cour de ménage, à l'est, l'infirmerie.

Plan du 1er étage par E. Martellange, juillet 1606 (Vienne, Médiathèque, M 211/3)Plan du 1er étage par E. Martellange, juillet 1606 (Vienne, Médiathèque, M 211/3)

Un document de 1610 mentionne enfin la présentation au roi Henri IV, en 1606, du plan du collège dont il avait souhaité prendre connaissance par le père Cotton, son confesseur, lequel plan " il commanda être mis en son cabinet "26.

Durant son séjour à Vienne, Martellange dessine également une vue de la ville de Vienne (ill. ci-dessous) prise depuis la rive droite du Rhône, qui lui permet sans doute d'évaluer la topographie des lieux et la position relative du futur collège, au haut des pentes de la colline Pipet. L'emplacement qui lui est destiné se trouve quasiment au centre de la feuille (voir également l'ill. IVR84_20213800210NUCA).

Vue de Vienne depuis la rive droite du Rhône, par E. Martellange, juillet 1606 (B.n.F., Est., RESERVE UB-9-BOITE FT 4) Vue de Vienne depuis la rive droite du Rhône, par E. Martellange, juillet 1606 (B.n.F., Est., RESERVE UB-9-BOITE FT 4) Vue de Vienne depuis la rive droite du Rhône en 2021 ; le collège et l'église se trouvent à l'arrière plan, au centreVue de Vienne depuis la rive droite du Rhône en 2021 ; le collège et l'église se trouvent à l'arrière plan, au centre

3. La réalisation

Bien que la première pierre ait été posée le 29 juillet 160627, ce n'est que le 17 juillet 1607 que les consuls adjugent au rabais, pour 67 000 livres, la construction du collège aux entrepreneurs de maçonnerie Jean Derua et Jean Cocherand, lesquels s'engagent à achever les bâtiments " dans un terme de 6 années, à l'exception de l'église qui demeurera à la charge des consuls pour la faire bâtir quand l'occasion s'en présentera "28. Le nom de Cocherand apparaît par ailleurs, au titre d'" entrepreneur du collège ", dans les états des sommes versées entre 1607 et 162429. Les acquisitions de terrains nécessaires se faisant lentement d'une part, les habitants de la ville opposés à la construction du collège, en raison d'un coût exorbitant, ayant obtenu d'autre part en 1607 un arrêt du Conseil d'Etat suspendant la perception des taxes destinées à financer ces travaux, renouvelé pour les années 1608 et 160930, freinent un temps le chantier. Le 24 février 1612 cependant, un arrêt du parlement du Dauphiné déboute les citoyens viennois de leur opposition et homologue l’acte de fondation et la convention passée avec les jésuites31. A la suite de quoi le contrat de construction est prorogé avec les mêmes prix facteurs le 27 septembre 1613 pour une durée de 5 ans. Les pères s'installent donc provisoirement dans l'ancien collège, et commencent à y enseigner en octobre 160632 ; ils y restent jusqu'en 162233. Ils disposent par ailleurs d'une grande salle de la maison de ville à usage de chapelle34.

Imposé par le troisième arrêt du conseil d'Etat, en 1609, un Verbal de l'état du bâtiment et dotation du collège de Vienne est établi le 19 novembre 161035, donnant la situation des travaux à cette date (voir Annexe n°2). Seuls les trois corps de logis de la cour des classes (les ailes est, ouest et sud) sont élevés, à une hauteur de 15 pieds (soit environ 5,25 m), et de 20 pieds pour le portail sur la façade principale, " orné d'une corniche frontispice à la dorique ". Tous sont pourvus de fenêtres et de portes en plein-cintre dont les encadrements sont en pierre de choin36. L'aile nord, bordant la cour des classes et celle des pères, n'est élevée que dans sa première partie, du côté de la cour des classes. Le côté sud de la cour, où doit s’élever l’église, est pourvue d’une galerie ainsi décrite « une galerie du côté du midi et tirant du couchant au levant composée de huit arcades qui sont élevées en leur hauteur qui est de 15 pieds, soutenues de 9 piliers avec leurs chapiteaux et bases à la toscane de même pierre de choin blanc marbré ». Enfin une partie des fondations du corps de logis sur la cour de ménage ont commencé d’être creusées.

C'est sans doute pour accompagner ce document que sont dressés, en décembre 1610, deux nouveaux plans (Vienne, Médiathèque, M 11/102 et M 211/5) attribués au père Edmond Moreau — dont le premier est inédit37 — mais plus probablement de la main de Martellange38. Le père Moreau, disciple de Martellange, est en effet depuis 1606 procureur du collège de Vienne (il y demeurera jusqu'en 162439), où il prend en charge en tant que praefectus fabricae40, la conduite du chantier, assisté de deux frères charpentiers, Nicolas Fournerot jusqu'en 1619, puis Nicolas Simon. Cette charge, qui nécessite des compétences en matière d'architecture, a pu l'amener à apporter des modifications au plan initial, à moins que celles-ci ne soient le fait de Martellange lui-même.

Plan du rez-de-chaussée, par E. Martellange, 19 décembre 1610 (Vienne, Médiathèque, M 11/102)Plan du rez-de-chaussée, par E. Martellange, 19 décembre 1610 (Vienne, Médiathèque, M 11/102)Plan du 1er étage, par E. Martellange, décembre 1610 (Vienne, Médiathèque, M 211/5)Plan du 1er étage, par E. Martellange, décembre 1610 (Vienne, Médiathèque, M 211/5)

Sur ces nouveaux plans la " cour de ménage " (i.e. la cour de service), située au nord de la cour des classes, est débarrassée du corps de bâtiment qui la coupait en deux : la surface en est libérée pour faire place à un jardin et les constructions repoussées à ses limites est et ouest : à l'est, les dépendances de la cuisine (crédence et desserte), à l'ouest, une petite sacristie provisoire destinée à desservir une église elle-même provisoire installée dans la salle des actions scolastiques, et un petit bâtiment pour les jardiniers au bout d'une galerie rejoignant l'aile ouest de la cour des classes, dans laquelle se trouvent les chambres des religieux à l'étage. D'autres modifications sont à noter : la grande bibliothèque est déplacée dans l'aile nord de la cour des pères, et la petite à l'angle nord-ouest de la cour des classes, et l'emplacement du couloir de l'aile nord reporté vers le nord pour éclairer les chambres par le sud. Le jardin prévu au sud-est de la parcelle est désormais affecté à la cour de ménage, comprenant la boulangerie et son four, les latrines, un petit corps de bâtiment de plan carré pour les serviteurs, que le procès-verbal du 19 novembre 1610 dit être destiné à la garde-robe, peut-être installée au premier étage. Enfin l'église est désormais pourvue d'une abside pentagonale et se voit dotée d'un degré d’accès monumental.

Un autre plan probablement établi par le père Edmond Moreau en 1615 (la graphie des annotations est très différente de celle des plans précédents) et portant au verso la mention " pour mettre avec la requête des habitants de Vienne " (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie ; ill. ci-dessous) reprend en partie celui de décembre 1610 et donne un état du bâti à cette date, ainsi que l'indiquent les annotations portées à gauche du dessin : " ce qui est de rouge est monté jusques au premier étage, ce qui est grisâtre est seulement fondé, pour ce qui est jaune il n'y a rien de fait ". Depuis 1610, les travaux n'ont guère avancé : seul le premier étage du quadrilatère de la cour des classes est achevé (et encore les murs séparant les classes sont-ils à peine fondés), alors que les acquisitions de terrains se poursuivent. Le plan de l'église décalque celui du premier projet de Martellange, en 1605 : le chevet pentagonal de 1610 est redevenu rectangulaire, et la cour sud-est est désormais divisée pour laisser place à un jardin dépendant de la sacristie de l'église dans sa partie ouest. C'est également en 1615 que les jésuites obtiennent que l'horloge de la cité soit installée dans le pavillon qui doit surmonter le centre de la façade principale, d'où elle pourra être vue de toute la ville41.

Plan du rez-de-chaussée par le père Edmond Moreau, 1615 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/717)Plan du rez-de-chaussée par le père Edmond Moreau, 1615 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/717)

Le chantier avance probablement peu dans la seconde moitié des années 1610, notamment en raison du conflit qui oppose la ville et les jésuites quant à l'ouverture d'une deuxième classe de philosophie (la première avait été créée en 1609), les échevins menaçant de rompre le contrat qui les lie et de cesser de verser aux jésuites leur pension annuelle. Mais il est sans doute suffisamment avancé pour que le refus des jésuites d'ouvrir cette nouvelle classe paraisse injustifié au vue de l'étendue des bâtiments, ainsi que l'atteste un mémoire contemporain de la procédure engagée par les consuls contre les jésuites en 1617 : " les pierres, le bois et le fer témoigneront cette vérité : ces neuf classes dessinées par le plan dudit collège, bâties maintenant en effet, démentent manifestement cette restriction du collège à cinq classes. Ce beau et superbe bâtiment que la ville a fait édifier n'est destiné pour une grimauderie seulement ; c'est un trop grand soulier pour un si petit pied, une cage trop spacieuse pour un si petit oiseau "42.

Ce n'est qu'une fois obtenu du supérieur général des jésuites, le père Vitelleschi, l'accord pour la création de cette deuxième classe de philosophie que la poursuite du chantier est engagée, à charge pour le père provincial Jacquinot, qui séjourne à Vienne le 5 juin 1618, de négocier les conditions de sa reprise. Ce dernier enjoint donc aux consuls d'achever les bâtiments du collège et d'augmenter leur dotation annuelle afin de recruter un régent de philosophie43. Par l'accord conclu entre les jésuites et les consuls le 28 juin 1618, ces derniers s'engagent donc " à faire travailler le plus promptement au nouveau collège pour que les jésuites y puissent loger et la Ville fera mettre les fondations de l'église hors de terre "44. Les 30 et 31 janvier 1619 se tient une conférence ayant pour objet d'étudier les moyens de faire avancer les travaux (FAURE, C., 1933, p. 120), à laquelle participent l'archevêque Jérôme de Villars, le père provincial, les échevins, les trésoriers de France en Dauphiné, des conseillers et procureurs au parlement de Grenoble, et sans doute le frère Martellange, revenu à Vienne inspecter le chantier45. Sa présence est attestée par plusieurs relevés de monuments antiques et vues de la ville qu'il réalise durant ce séjour, dont l'une représente le collège.

Vue de la ville de Vienne, par E. Martellange, 1619 : à l'arrière-plan à droite, le collège (B.n.F., Est., RESERVE UB-9-BOITE FT 4)Vue de la ville de Vienne, par E. Martellange, 1619 : à l'arrière-plan à droite, le collège (B.n.F., Est., RESERVE UB-9-BOITE FT 4)

Ce dessin a un indéniable aspect documentaire, en ce qu'il donne à voir le grand corps de logis s'élevant sur la place, avec son pavillon d'angle et son campanile au centre, alors que sur l'emplacement de l'église actuelle se dressent encore les maisons restant à acquérir. On distingue également le corps de logis sud de la cour des classes, en retour d'équerre. Pourtant, comme c'est le cas pour la vue du collège du Puy-en-Velay (voir dossier IA43000691, ill. IVR84_20194300006NUCAB), on peut s'interroger sur sa conformité à l'état réel du bâti au moment de sa réalisation : en effet, d'après les termes d'une convention signée entre les consuls et les jésuites le 14 février 1619, la totalité des toitures du collège restait à faire, alors que la vue contemporaine de Martellange la représente achevée.

Un nouveau prix fait est établi avec les entrepreneurs Derua et Cocherand le 7 février 1619, et une nouvelle convention entre la ville et le père Millieu, recteur du collège et désormais chargé de la fabrique, signée le 14 février46. Les jésuites s'engagent à achever les bâtiments du collège, à l'exception de l'église, et sont pour ce faire à nouveau autorisés à prélever des pierres de taille des murs gallo-romains contigus à la tour d'Orange47. Les travaux se terminent au plus tôt en 1623 (AC Vienne, 6 D 7/2, p. 498 ; case 34, fol. 531), date à laquelle le vieux collège est vendu afin de financer leur achèvement48 ; l'église reste effectivement à construire (voir dossier IA38001004).

Trois plans datant de 1625 documentent les locaux du collège après cet achèvement : ils indiquent les bâtiments réalisés (parties colorées en bleu), l'église (colorée en jaune) restant à bâtir. Le premier, non daté, est conservé à la Médiathèque de Vienne (Ms 211/4 ; ill. ci dessous) et est attribué au père Edmond Moreau49. Le second, portant la date de 1625 et attribué à Etienne Martellange, se trouve à la Bibliothèque nationale de France ; une copie de ce dernier a été identifiée à l'occasion de cette étude dans les collections du Musée des beaux-arts et d'archéologie de Vienne et est probablement de la main de Martellange (inv. R 494 ; ill. IVR84_20203800372NUCA)50.

Plan d'ensemble et projet pour l'église, par le père Ed. Moreau (?), v. 1625 (Médiathèque, Vienne, M 211/4)Plan d'ensemble et projet pour l'église, par le père Ed. Moreau (?), v. 1625 (Médiathèque, Vienne, M 211/4)

Identiques en ce qui concerne l'état du bâti, et comportant des annotations en latin légendant le plan de l'église à gauche de la feuille, les deux premiers diffèrent quant à ce même plan et au libellé des légendes qui l'accompagnent, même si tous deux la déplacent du sud au nord de la parcelle, et l'isolent de l'aile nord de la cour des classes par une nouvelle cour, disposition des plus inhabituelles, les églises des collèges étant généralement accolées à l'un des côtés de la cour des classes.

Le plan attribué au père Moreau est sans doute postérieur à 1623, date à laquelle Martellange avait proposé pour l'église un nouveau projet comportant un chevet semi-circulaire (voir dossier IA38001004) et probablement légèrement antérieur à celui de Martellange daté de 1625. Le fait que tous deux soient annotés en latin, et que le premier porte dans l’angle inférieur gauche de la page l’inscription " ce dessin n’a pas été envoyé à Rome ", alors que le second a été approuvé par Rome le 3 février 1626, ainsi que l'indique l'annotation figurant en bas à droite de la feuille, laisse à penser qu'il s'agit de deux états successifs du projet pour l'église le premier ayant été écarté au profit du second51.

Plan d'ensemble et projet pour l'église, par E. Martellange, 1625 (B.n.F., Est. FOL-HD-4 (8), f. 253)Plan d'ensemble et projet pour l'église, par E. Martellange, 1625 (B.n.F., Est. FOL-HD-4 (8), f. 253)

Quoi qu'il en soit, ces plans rendent compte des modifications qui ont été apportées aux plans de 1605 et 1606 : le nombre de salles de classes a été augmenté, passant à huit. Deux nouvelles classes ont été créées dans l'aile est de la première cour, à l'emplacement prévu pour la porterie, déplacée de l'autre côté du passage couvert conduisant à la cour des pères. De ce fait, afin d'avoir l'espace requis, le couloir de circulation du plan de 1605, qui bordait les côtés ouest et nord de la 2e cour a été supprimé et reporté vers l'extérieur, transformé en une galerie couverte, probablement à arcades, le long de l'aile nord. La salle des déclamations (ou actions scolastiques), où se déroulent distributions de prix, soutenances de thèses philosophiques, et qui sert aussi de lieu de représentations théâtrales (attestées à partir de 162652), a été déplacée vers l'entrée du collège, position qu'elle occupe également dans les collèges de Chambéry et de la Trinité à Lyon ; une porte située dans le passage d'entrée permet ainsi aux personnes extérieures au collège d'y accéder sans passer par la cour. Le réfectoire est bien à l'emplacement prévu en 1606, mais la cuisine qui devait le jouxter dans l'aile sud se trouve désormais dans l'aile est de la cour des pères, d'où la salle de récréation a disparu (pour être reportée à l'étage ?) et où sont rassemblés office et dépense, la circulation entre ces trois pièces étant assurée par un couloir qui conduit vers le sud à la cour de service où se trouvent écuries, bûcher et latrines, et à laquelle on peut accéder depuis la rue par une porte ouverte dans le mur est. Au sud, un jardin remplace l'église. Séparée des bâtiments du collège par une cour, on se rend à cette dernière depuis la cour des classes par un passage ménagé dans l'aile nord, l'accès à la sacristie se trouvant sur le côté opposé.

Bien qu'approuvé par Rome, ce projet pour l'église ne sera pas réalisé, mais les travaux se poursuivent à l'intérieur des bâtiments, avec la venue en 1627 d'un peintre décorateur, le frère Martin Huart (DELATTRE, 1949; vol. V, col. 152), sans que l'on sache sur quelle partie de l'édifice il intervient.

En 1658, au moment où l'historien dauphinois Nicolas Chorier (1612-1692) rédige son ouvrage sur les antiquités de la ville de Vienne, les fondations de l'église ne sont toujours pas creusées, mais une petite chapelle abritant le mausolée de Pierre II de Villars, archevêque de Vienne (1543-1613), a été édifiée au sud du collège : " une chapelle voûtée qui sera jointe à plusieurs autres y est cependant une arrhe de la promesse publique de construction du reste "53. L'érection de cette chapelle a-t-elle été à l'origine de la décision de construire l'église à l'emplacement initialement prévu, et non plus au nord comme l'envisageait le projet de 1625 ? Chorier mentionne également la présence dans le jardin du collège d'une fontaine ornée jusqu'à la fin des années 1630 d'un marbre antique représentant un Tireur d'épine, trouvé au cours de la construction enfoui dans les ruines du Palais des empereurs et offert par la suite au maréchal d'Effiat54. Si l'on se réfère au plan de 1625, celle-ci était située sur le côté nord la cour des pères.

La salle des déclamations semble avoir fait office d'église provisoire tout au long du 17e siècle, flanquée d'une petite sacristie prise sur une travée de la salle de classe mitoyenne dans l'aile nord. C'est à tout le moins ce qu'indique le plan d'état des lieux de 1707, conservé au Musée des beaux-arts et d'archéologie de Vienne, probablement dessiné par l'architecte Mathieu Rozier, lequel était chargé à cette date de la construction de l'église (ill. ci-dessous). Une description des bâtiments rédigée en 1792 (voir Annexe n°4) la dit équipée d'un théâtre (c'est-à-dire d'une scène) et de tribunes, et la cour des classes plantée de six tilleuls pour fournir de l'ombrage (dispositif déjà vanté en 1781 dans le prospectus du pensionnat). Ce théâtre, dont le bois pour fabriquer la scène est commandé en 161955, n'était pas achevé en 162156.

Plan du rez-de-chaussée, 1707 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/720)Plan du rez-de-chaussée, 1707 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie, inv. R 494/720)

Ce plan permet également de localiser la chapelle de la congrégation des Messieurs, au sud-est de cette même cour. Cette dernière était, rapporte une lettre citée par F. de Dainville, ornée de pilastres, vases et épistyles extraits du prétoire romain57. Au collège étaient de fait rattachées quatre congrégations : celle des Ecoliers, créée dès les premières années de l'installation des jésuites, suivie par celle des Messieurs en 1614 et des Artisans en 1626, laquelle se scinda en 1672 en Grands artisans (mariés) et Jeunes artisans ; ces congrégations sont restées prospères et actives jusqu'en 176258. Enfin un nouvel escalier conduisant au clocher de l'église (actuel escalier G) et situé à la jonction de l'aile est de la cour des classes et du chevet de l'église assure la communication entre cette dernière et les logements des pères ; deux passages aujourd'hui murés (ill. IVR84_20213800052NUCA et IVR84_20213800249NUCA) permettaient d'accéder aux tribunes du chœur, au niveau du premier étage.

3. Après les jésuites : 1763-1795

Une fois l'église achevée, en 1725, les bâtiments du collège ne connaissent plus aucune transformation notable, mais des réaménagements intérieurs liés à la réorganisation de l'enseignement après l'expulsion des jésuites, en 1763. En 1764 son administration est confiée à un bureau des collèges auquel siègent deux échevins. Sa vocation pédagogique est confirmée par lettres patentes de Louis XV le 10 juillet 176659, mais leur article 12, qui impose au collège de Vienne de verser une rente annuelle de 3000 livres à celui de Grenoble, en grève lourdement les finances. L'enseignement demeure cependant gratuit et est confié à un personnel séculier choisi par la municipalité et tenu de résider dans le collège60 ; quelques travaux de réfection sont réalisés à cette occasion61. Ces lettres patentes autorisent en outre la création d'un pensionnat ; ouvert en 1781, il permet d'assurer un plus large recrutement et d'augmenter les effectifs en accueillant une cinquantaine de pensionnaires62. Le dortoir, que l'on veut vaste et aéré et disposant d'une alcôve fermée pour chaque pensionnaire, est aménagé par l'architecte de la ville Bruyas fils (" élève de l'école de Paris "63) au second étage du corps de bâtiment ouest donnant sur la place, et nécessite l'agrandissement des fenêtres existantes à l'alignement de celles du premier étage64. Une salle d'étude est également aménagée au rez-de-chaussée dans l'ancienne classe de 6e (pour la description complète de la distribution du collège à cette date voir Annexe n°3). L'enseignement des mathématiques et de la physique y prend une place nouvelle, s'appuyant sur l'expérimentation, grâce à l'acquisition d'instruments scientifiques conservés dans un " cabinet des machines "65.

En 1775, la ville obtient la création d'une école royale et gratuite de dessin66 dont elle confie la direction à Pierre Schneyder, peintre d'origine allemande qui s'est établi à Vienne en 1761, de retour d'un séjour en Italie. A charge pour ce dernier, en plus de l'enseignement du dessin au collège, de lever les plans et dessiner tous les monuments antiques découverts sur le territoire viennois 67. Schneyder fonde ainsi l'archéologie viennoise et rassemble le produit de ses collectes, issu des fouilles qu'il conduit sur la territoire, dans la partie des bâtiments du collège où la ville lui a attribué un logement, non pas au second étage de l'aile occidentale68, mais dans les ailes nord et est de l'ancienne cour des pères, ainsi que l'indique le plan du collège levé en 1792 (ill. ci-dessous) 69. Les pièces les plus volumineuses, dont " de belles pièces de marbres " 70, sont stockées dans la cour intérieure. Cette collection d'antiques, désignée sous le nom de museum et noyau originel de celles de l'actuel Musée des beaux-art et d'archéologie de Vienne, sera déplacée en 1809 dans l'église de l'ancienne abbaye Saint-Pierre. Schneyder semble également avoir été chargé de superviser les travaux d'entretien du collège, fonction qu'il continue d'exercer pendant la Révolution 71 ; en 1787, il assure la conduite du chantier de réfection de la couverture du bâtiment principal72.

L'enseignement sous la Révolution

Contrairement à d'autres collèges, celui de Vienne ne connaît pas d'interruption de l'enseignement pendant cette période. Dès décembre 1790, l'administration municipale songe à créer un institut national et remet à cet effet en 1792 au Comité d'Instruction publique deux mémoires en vue de conserver son établissement73, alors que la vente des bâtiments était projetée. En 1792, répondant à l'enquête nationale du Comité d'Instruction publique, elle adresse à ce dernier une description détaillée des bâtiments, accompagnée d'un plan74. La distribution est similaire à celle de 1707 pour les locaux d'enseignement. Les logements des enseignants et du personnel administratif sont situés au premier étage, et la bibliothèque installée à ce même niveau, au-dessus de la sacristie de l'église. Les dortoirs et chambres des pensionnaires sont au second, autour de la cour des classes, l'infirmerie et la lingerie étant disposées dans l'aile est. Cette cour est plantée de six tilleuls, déjà évoqués, " qui ont 50 ans " 75, alignés par paire de part et d'autre de l'axe central de la cour. Cette dernière est pavée sur ses bords et dans l'axe du passage d'entrée, permettant la traversée vers la cour intérieure, ancienne cour des pères. C'est dans celle-ci que se trouve la fontaine en pierre de taille vers laquelle l'eau de la ville est amenée. Le jardin situé au nord, dont une partie est dans l'ombre des bâtiments, est cultivé en potager et planté d'arbres fruitiers ; en fond de jardin se trouve une treille en couvert où pousse de la vigne. Un bassin en pierre de taille y reçoit l'eau depuis la fontaine de la cour intérieure. La cour de service, côté sud, possède quelques pieds de vigne palissés76.

Par ailleurs, la création d'un observatoire est envisagée sur le site : " Le local de l'institut dans le quartier le plus élevé de la commune est très propre à y former un observatoire. Une portion de l'édifice a été construite à ce dessein77, il y a déjà un téléscope de trois pieds de la fabrique de Nayrne à Londres "78.

Plan du collège en 1792 (AN, F/17/1314 A)Plan du collège en 1792 (AN, F/17/1314 A)

La Ville obtient en 1793 de la Convention la création d'un institut national pour le district de Vienne79. Administré par l'ancien bureau du collège et installé dans les murs de ce même collège dont la ville reste propriétaire, son financement est désormais assuré par le département de l'Isère80. Bien que l'enseignement du dessin n'y soit pas prévu, la municipalité décide d'en inscrire la pratique dans son programme d'instruction publique81, maintenant ainsi l'école dirigée par Pierre Schneyder, où sont enseignés le dessin, l'architecture et les arts de l'antiquité82.

En 1795, l'institut national devient école centrale supplémentaire, celle du département étant installée à Grenoble, en application de la loi du 3 brumaire an IV / 25 octobre 1795, qui permet l'organisation d'une école centrale supplémentaire dans les villes ayant possédé un collège, et dans les locaux de celui-ci. Le pensionnat est rétabli83 et l'école ouvre ses portes le 21 novembre 179684 mais périclite rapidement, ainsi que l'indiquent les réponses faite à l'enquête sur l'instruction publique de 180185. Le nombre de professeurs est alors réduit à trois : un professeur de langue, un de mathématiques et belles-lettres et Schneyder pour le dessin86.

4. Transformations et mutations aux 19e et 20e siècles.

Le redressement de l'établissement s’accompagne d'un changement de statut : il devient école secondaire communale par arrêté du 8 pluviôse an XI / 28 janvier 1803, en application de la loi du 11 floréal an X87, mais peine à s'organiser et, malgré son pensionnat, n'accueille que 63 élèves. Les bâtiments sont par ailleurs en mauvais état88 : la toiture de la galerie sud de la cour des classes s'est écroulée, celle du grand corps de bâtiment ouest doit être refaite en totalité (travaux réalisés en 180789). Brièvement transformée par la Ville en petit séminaire en 1808, contre l'avis de la préfecture de l'Isère, l'école reprend son statut laïque l'année suivante avec le transfert du petit séminaire à Bourgoin et devient collège de l'Université impériale. La propriété des bâtiments est transférée à cette dernière, les traitements du personnel enseignant restant à la charge de la municipalité90 et l'administration étant désormais confiée à l'Académie de Grenoble.

En 1811, la Ville se porte candidate pour l'érection de son collège en lycée91 ; un devis de réparations à faire aux bâtiments et de travaux d'appropriation est adopté par le conseil municipal le 3 février 181292. A cette date, l'école secondaire est dotée d'une bibliothèque publique, d'un cabinet de physique expérimentale, et " pour les arts d'une école de dessin et d'un recueil d'antiques qui a mérité l’attention des curieux et qui a fixé celle de M. Denon, directeur général des musées de l’empire "93. Le rejet de cette demande, et des difficultés financières constantes depuis les années 1790, laissent à penser que rien ne fut entrepris. Des travaux sont toutefois réalisés afin de consolider le beffroi du collège en 1819, par une reprise totale de sa charpente, sous la conduite de l'architecte voyer Mirement (ou Mirament)94.

Dans les années 1830, le collège périclite de nouveau, victime de la concurrence des collèges et lycées de villes voisines telles que Lyon, Grenoble ou Tournon, et de celle des institutions privées installées dans Vienne. Ses coûts d'entretien grèvent par ailleurs fortement le budget municipal95. Deux solutions s'offrent alors : soit demander son érection en collège royal et obtenir l'aide de l'Etat, soit concéder les bâtiments à une congrégation enseignante ; aucune des deux n'aboutit. La configuration des bâtiments évolue peu durant cette période : des travaux d'entretien sont réalisés en 1833 par Jean Genestre, entrepreneur à Vienne : consolidation du mur d'enceinte, remise en état des classes, des escaliers et des couloirs, qui sont enduits et blanchis96.

Il semble qu'une école primaire supérieure ait également existé en ses murs, mentionnée dans une lettre du sous-préfet de l'Isère au maire de la ville, en février 184297 : " Il existe dans les faits au collège une école de ce degré mais qui n’est pas régulière dans la forme ". Si le sous-préfet entérine cette situation, il enjoint cependant la municipalité de créer une salle d’étude qui y soit spécialement affectée afin de se mettre en conformité avec la loi. La loi du 28 juin 1833 a en effet fait obligation à toutes les villes chef-lieu de département et à celles dont la population dépassait 6000 habitants d’entretenir une école primaire supérieure, puis en 1841, une ordonnance royale a autorisé les villes qui possédaient un collège à utiliser ces bâtiments pour les y installer.

Plan du rez-de-chaussée (état des lieux) v. 1884, par G. Boutin (AC Vienne, 4 M 1-2-4-2)Plan du rez-de-chaussée (état des lieux) v. 1884, par G. Boutin (AC Vienne, 4 M 1-2-4-2)

En 1840, des travaux jugés " indispensables pour le service du collège " sont entrepris98, dont la création d'une chapelle dont l'existence est attestée au rez-de-chaussée du corps de bâtiment nord de la cour 2 par le plan d'état des lieux levé en 1884 par Georges Boutin (ill. ci-dessus). Ce plan permet également de localiser une salle d'asile, à l'angle nord-est de la cour 2, dont la création n'est documentée par aucune des sources consultées si ce n'est un projet d'agrandissement établi en 1853 par l'architecte J. Verrette99 (ill. IVR84_20213800222NUCA). Dans la cour 2 est également construit en 1852, par le même architecte, un petit bâtiment joignant l'église afin de servir de logement au sacristain ; il sera démoli au début du 20e siècle, lors de la création de l'école pratique de commerce et d'industrie.

1. Les travaux d'agrandissement : extension du collège au nord et projet de surélévation (1883-1889)

A partir de 1883, la Ville envisage de donner une nouvelle dimension à son collège et élabore un double projet de restauration et d'agrandissement. Une commission spéciale chargée des travaux est créée à cet effet, dans laquelle siège Georges Boutin, architecte voyer depuis 1882. Le projet est confié à ce dernier mais ses plans, bien qu'approuvés par le recteur de l'académie de Grenoble le 26 mai 1883, sont remaniés une première fois en 1884. Les ailes est et ouest de l'ancien collège jésuite doivent être prolongées et un nouveau corps de bâtiment construit au nord de la parcelle, se déployant autour de l'actuelle cour 3 ; le gymnase, initialement prévu du côté de l'extension (ill. IVR84_20213800298NUCA), est par la suite projeté par l'architecte Ernest Bizot, qui a pris la suite de Georges Boutin en 1887, dans la partie sud de la cour d'honneur (cour 1), et l'ancienne cour des pères (cour 2) agrandie par la suppression de la galerie qui la bornait au sud.

Les plans de ce projet n'ont pas été retrouvés, mais les archives municipales de Vienne conservent deux croquis (non signés, mais probablement de la main de Boutin), l'un du rez-de-chaussée, l'autre du premier étage, et des fragments de plan qui pourraient y correspondre100 (IVR84_20213800206NUCA et IVR84_20213800207NUCA). Celui du rez-de-chaussée est probablement un plan d'état des lieux (on y distingue notamment les piliers de la galerie longeant l'église dans la cour 1), comprenant la salle d'asile aménagée au nord-est de la cour 2 et dans son prolongement une chapelle, aux emplacement respectifs des anciens réfectoire, salle de récréation et chauffoir du collège jésuite.

Seuls les dessins des élévations du second projet semblent avoir été conservés101 (ill. IVR84_20213800095NUCA à IVR84_20213800097NUCA). La façade principale, longue et monotone, est magnifiée par une tour d'horloge plus haute que l'existante, portant un lanternon posé sur un tambour octogonal. La travée d'entrée est soulignée par un fronton circulaire orné des armes de la ville. Une corniche à modillons, séparant les étages d'un attique créé pour ajouter un niveau supplémentaire à l'ancien corps de bâtiment, assure la continuité visuelle entre ce dernier et le nouveau. Le devis estimatif, établi le 15 mars 1883 (AC Vienne, 4 M 1-2-4-3), prévoit la démolition de plusieurs bâtiments (une partie de l'aile nord de l'ancien collège) et de la tour de l'horloge, la création de nouvelles ouvertures dans le vieux bâtiment et la modification des existantes afin de les harmoniser avec celles prévues dans l'extension, et l'emploi de structures portantes métalliques dont certains éléments sont laissés apparents (poutrelles dans les galeries ouvertes de la cour, au niveau des paliers des escaliers et au plafond des couloirs des étages ; voir ill. IVR84_20193800202NUCA, IVR84_20213800225NUCA et IVR84_20213800246NUCA). Le logement du principal est aménagé au premier étage du vieux collège et son bureau dans deux pièces du rez-de-chaussée.

Les travaux sont adjugés le 24 décembre 1885 aux entreprises de maçonnerie et pierre de taille Laurent Florentin, de plâtrerie Hugonin, de menuiserie F. Martin aîné, de plomberie et zinguerie Boussat (laquelle est chargée de l'installation de l'éclairage au gaz), de serrurerie Chemain et de charpenterie Barge. Le mobilier scolaire doit être fourni par Camps et Cie, constructeurs à Annemasse. La pierre de taille sera de Villebois, sauf pour les encadrement de portes et fenêtres, en pierre d'Arles. Ils sont financés par un emprunt consenti à la ville de Vienne par la Caisse des dépôts et consignations d'un montant de 250 000 frs102).

Projet d'agrandissement du collège (projet B) : élévation à l'ouest, par G. Boutin, 1884 (AC Vienne, 4 M 1-2-4-2)Projet d'agrandissement du collège (projet B) : élévation à l'ouest, par G. Boutin, 1884 (AC Vienne, 4 M 1-2-4-2)

Certains éléments de ce dessin d'élévation se retrouvent dans la façade actuelle (le fronton circulaire, la corniche et l'attique), essentiellement dans la partie correspondant à l'ancien collège, mais la façade de l'extension en diffère notablement : l'attique n'a pas été réalisé, les baies sont jumelées, les deux travées axiales, correspondant à l'angle nord-ouest de l'ancien collège jésuite, sont traitées différemment : elles sont encadrées par des jambes en bossage à refend, surélevées d'un demi-étage et surmontées d'un fronton triangulaire qui vient rappeler celui de l'église. Enfin l'ajout d'un pavillon d'angle comprenant un étage carré supplémentaire et couvert de tuiles vernissées (lequel a son équivalent à l'autre extrémité de l'élévation nord, rue Chorier) rompt davantage cette monotonie initiale et marque plus fortement l'identité architecturale du nouveau collège.

Ces différences tiennent à ce que le projet a été de nouveau modifié en 1887, en cours de chantier, la surélévation d'un niveau prévue pour la quasi totalité des bâtiments existant ayant notamment été rejetée. Boutin ayant quitté ses fonctions d'architecte-voyer en 1886 à la suite d'un litige avec la Ville, cette dernière fait appel à l'architecte viennois Ernest Bizot pour lui succéder à la direction du chantier103. Il prend officiellement ses fonctions le 1er janvier 1887.

Bâtiment I : élévation sur cour, depuis l'ouestBâtiment I : élévation sur cour, depuis l'ouest

2. Remaniements du projet d'agrandissement (1887)

Dans une lettre adressée au maire de Vienne le 14 février, le principal formule des observations sur le caractère insatisfaisant du projet en cours de réalisation, insistant sur les inconvénients en matière d'hygiène et le manque de luminosité que risquent de générer la surélévation de certains corps de bâtiments existant104. Missionné pour une inspection par le ministère de l'Instruction publique, l'architecte Charles Chipiez rend compte dans son rapport d'un certain nombre de malfaçons et critique le projet approuvé. D'une part, le corps de bâtiment à rez-de-chaussée projeté sur la rue des Epies (actuelle rue Nicolas-Chorier), n'isole pas assez les cours des grands et des moyens et le gymnase de la vue des maisons qui la surplombent, d'autre part la surélévation d'un étage du corps de bâtiment nord de l'ancien collège (bâtiment D) va projeter trop d'ombre sur la cour d'honneur et la cour des petits (cours 1 et 2). L'architecte propose donc de reporter ce nouvel étage sur le rez-de-chaussée projeté du côté de la rue des Epies. Cette modification, qu'Ernest Bizot semble avoir suggérée à Chipiez105, doit permettre de mieux éclairer et aérer les cours de l'ancien collège, d'isoler davantage les cours des grands et des moyens de l'extérieur et de trouver les surfaces nécessaires pour construire une " salle de dessin d'imitation " propre à l'enseignement collectif et telle qu'exigée par les programmes officiels106.

Les plans et élévations du nouveau projet sont approuvés par le conseil municipal en novembre 1887, et décision est prise de ne pas réaliser la surélévation. Soumis à l'approbation de la Commission des bâtiments des lycées et collèges du ministère de l'Instruction publique, au sein de laquelle siège Chipiez, ce nouveau projet, élaboré par Bizot et supervisé par l'architecte de la Commission des bâtiments des lycées et collèges Amédée Léopold Hardy107, est validé par le rectorat le 30 mai 1889 (lequel suggère cependant quelques modifications dans la distribution) et les travaux achevés la même année.

La façade réalisée sur la rue Chorier s'avère plus sobre que celle projetée par Bizot (dessins conservés au Musée des beaux-arts et d'archéologie ; ill. IVR84_20203800376NUCA et IVR84_20203800378NUCA), laquelle était pourvue d'un décor sculpté avec cartouche aux armes de la ville dans la travée axiale du pavillon central, et d'une porte timbrée du chiffre RF, non réalisée. Par ailleurs, Hardy ayant estimé inutile d'élever un deuxième étage108, ce corps de bâtiment n'en comprend qu'un, d'une plus grande hauteur, contrairement à ceux donnant sur la rue Schneyder, qui en ont deux. Cette modification permet de répondre à la double exigence posée au préalable : isolement des cours par rapport à l'extérieur et meilleure aération et pénétration de la lumière à l'intérieur. Le gymnase, dont le projet est daté de 1889, doit être édifié dans la cour 1, accolé au flanc nord de l'église, entraînant la suppression de la galerie qui la longeait. Quelques uns de ses piliers doivent être conservés, visibles sur les plan et élévation de Bizot : " BB : petite dépendance proposée en avant de l'ancienne galerie " (ill. ci-dessous). Ce projet de gymnase n'est sans doute pas exécuté ; en 1900, il figure toujours à l'état de projet sur le plan réalisé pour l'Ecole pratique de commerce et d'industrie (ill. IVR84_20213800040NUCA, et paragraphe suivant).

Projet pour le gymnase : plan par E. Bizot, 1889 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie)Projet pour le gymnase : plan par E. Bizot, 1889 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie)Projet pour le gymnase : élévation par E. Bizot, 1889 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie)Projet pour le gymnase : élévation par E. Bizot, 1889 (Vienne, Musée des beaux-arts et d'archéologie)

En 1892, répondant à un vœu du conseil général de l’Isère (séance du 24 août 1892) une chaire spéciale d’agriculture est créée au collège de Vienne ; son titulaire est chargé de dispenser un cours régulier au sein du collège, et de donner des cours d’adultes à Vienne et dans les communes rurales de l’arrondissement109. Ce n'est cependant qu'en 1912 qu'une section d'agriculture est aménagée dans le collège, au premier étage de l'aile nord de la cour 1, grâce à une subvention octroyée par le département ; lui est alors associée une école d'agriculture d'hiver grâce au soutien de l'Etat110.

3. L'installation de l'Ecole pratique de commerce et d'industrie (1900-1915)

Les écoles pratiques de commerce et d'industrie ont été instituées par la loi du 26 janvier 1892 et placées sous la double tutelle des ministères de l'Instruction publique et du Commerce et de l'industrie ; elles peuvent être créées par les départements ou par les communes. Le 20 juin 1893, le ministre du Commerce adresse aux préfets une circulaire qui détermine le caractère de ces nouvelles écoles et les services qu'elles sont appelées à rendre : « Les écoles pratiques (...) sont destinées à former des employés de commerce et des ouvriers aptes à être immédiatement utilisés au comptoir ou à l'atelier »111. Elles assurent ainsi un enseignement général mais répondent aussi aux besoins du commerce et de l'industrie de disposer d'une main d’œuvre qualifiée, ayant des connaissances théoriques suffisantes et rompue à la pratique de l'atelier.

La ville de Vienne n'a pas attendu la loi de 1892 pour instaurer une école professionnelle et industrielle, liée à la production drapière viennoise. Dès 1853, elle a créé un cours gratuit, théorique et pratique, de tissage dont les locaux étaient situés rue Serpaizes, et pris en charge la rémunération de son professeur jusqu'en 1863. A cette date, en vertu d'une convention passée avec la Société industrielle de Vienne, regroupant les négociants drapiers de la ville (future Chambre syndicale de l'industrie drapière), la municipalité délègue à cette dernière la direction et l'entretien de l'école et lui accorde pour ce faire une subvention de 2000 frs ; de fait, seuls les cours pratiques y sont dispensés, les cours théoriques restant à la charge de la Ville. En 1870, constatant une baisse notable de la fréquentation, la Ville supprime sa subvention mais s'occupe de réorganiser l'enseignement industriel. La commission créée à cet effet émet des propositions qui sont présentées au conseil municipal le 28 novembre 1871 : retour de l'école dans le giron de l'administration municipale, création d'un nouvel enseignement, à savoir un cours de mathématiques et mécaniques appliquées à l'industrie, installation de l'école dans le local occupé par la société industrielle au premier étage de la maison qui fait l'angle du quai Pajot et du port de l'Ecu, que la Ville louera à ses propriétaires, et rétribution des professeurs prise en charge par la Ville ; ces dernières propositions sont approuvées lors de la séance du 30 décembre 1871 et validées par le préfet de l'Isère Eugène Poubelle le 8 février 1872112.

Au tout début du 20e siècle, la ville de Vienne, en application de la loi de 1892, décide donc de donner une nouvelle ampleur à son école industrielle en la transformant en École pratique de commerce et d'industrie (EPCI), et en l'installant au sein même du collège, vraisemblablement à la demande de la Chambre syndicale de l'industrie drapière113. L'arrêté de création est pris par le ministère du Commerce et de l'industrie le 18 avril 1900, lequel accorde à la Ville une subvention de 6000 francs pour l'appropriation des locaux114. Les plans du projet sont dressés par Georges Boutin le 10 mars 1900, soumis au ministère et approuvés par ce dernier le 26 octobre 1900, enfin validés par le préfet de l'Isère le 22 janvier 1902 sous réserve que soient respectées les remarques émises par le ministère de l'Instruction publique le 28 septembre 1901115. De fait, le projet est amendé par l'architecte au niveau des rez-de-chaussée (ill. ci-dessous) et premier étage (ill. IVR84_20213800059NUCA).

Projet pour l'EPCI (rez-de-chaussée), par Georges Boutin, 1900 (AC Vienne, 4 M 1-2-3-1)Projet pour l'EPCI (rez-de-chaussée), par Georges Boutin, 1900 (AC Vienne, 4 M 1-2-3-1)

Il porte pour l'essentiel sur les bâtiments correspondant à l'ancien collège jésuite, et notamment ceux situés autour de la cour 2 (en rose sur l'illustration), laissés libres après le départ des collégiens vers les bâtiments de l'extension. Il prévoit des réaménagements des espaces existants et la création d'un préau et d'ateliers : les ateliers d'ajustage, de tissage et ourdissage dans l'aile ouest et un laboratoire technique avec atelier de teinture, foulons et lainerie dans une extension de l'aile nord (actuel atelier Paul Bergère). Cette dernière est magnifiée par une façade en pierre de taille, réalisée par l'entreprise de maçonnerie Gerbe, et de grandes baies vitrées, avec fronton orné d'un écusson aux armes de la ville de Vienne, entouré de branches de laurier et souligné par un faisceau. La conduite du chantier est peut-être confiée à l'architecte Antoine-Jean-Joseph Viennois, auteur des devis estimatifs et des plans d'exécution des ateliers de tissage et d'ajustage (ill. IVR84_20213800061NUCA à IVR84_20213800063NUCA). Le gymnase projeté au sud la cour 1 est finalement installé dans le préau couvert à l'angle nord-ouest de la cour 1 (ancienne " église provisoire " des jésuites), et la galerie longeant l'église Saint-André-le-Haut conservée dans son état d'origine.

Atelier de tissage : élévation, par A. Viennois, 1902 (AC Vienne, 4 M 1-2-3-2)Atelier de tissage : élévation, par A. Viennois, 1902 (AC Vienne, 4 M 1-2-3-2)

L'atelier de textile sera prolongé par un auvent et une marquise en fer forgé réalisée par l'atelier Guichard lors des travaux d'agrandissement de l'école en 1913, confiés aux architectes François Dolat et son adjoint Pierre Merle, ainsi qu'à Antoine Viennois. Le projet architectural est établi par l'architecte municipal Adrien Pin en décembre 1910116 (ill. IVR84_20213800089NUCA à IVR84_20213800091NUCA). Par ailleurs, la municipalité cède à l'école des terrains ou des bâtiments pour l'installation de divers de ses services, dont le rez-de-chaussée du musée-bibliothèque de la ville, qui doit accueillir le musée de l'EPCI.

Cet agrandissement de l'EPCI est justifié par la nécessité de renforcer les espaces de stockage de bois, charbon et matières premières pour le fonctionnement des ateliers, mais surtout par celle d'améliorer les conditions d'hygiène et de prophylaxie en installant des vestiaires séparés pour chaque dortoir et en affectant une deuxième chambre à l'infirmerie afin d'isoler les malades contagieux117. C'est lors de cette campagne de travaux subventionnée par l'Etat, commencée à l'été 1913 et achevée en 1915, qu'est supprimé le petit bâtiment construit en 1889 dans la cour 2 afin de lui redonner sa régularité initiale, et que le corps de bâtiment situé rue Saint-André-le-Haut est surélevé de deux étages au-dessus du logement du sacristain (maçonneries en pisé de mâchefer et moellons). Ce corps de bâtiment est nettement distinct dans ses élévations sur rue et sur cour : ses deux étages carrés sont plus ramassés et augmentés d'un étage en surcroît, le niveau de la toiture est légèrement plus bas, introduisant une rupture par ailleurs soulignée par un dessin très différencié des ouvertures : larges baies avec encadrements en brique et linteaux curvilignes côté rue, baies jumelées séparées par un large meneau côté cour. Sur cette même élévation, une large jambe en pierre de taille à refends marque la séparation entre ce nouveau corps de bâtiments et ceux de l'EPCI.

Projet (non réalisé) pour la façade de l'EPCI rue du Collège, par A. Pin, 1910 (AC Vienne, 4 M 1-2-3-2)Projet (non réalisé) pour la façade de l'EPCI rue du Collège, par A. Pin, 1910 (AC Vienne, 4 M 1-2-3-2)

Le logement du sacristain reste indépendant des locaux de l'école : une porte ouvrant sur cette rue est en effet percée en 1918, au niveau de la sacristie de l'église ; à l'intérieur, un petit escalier permet d'accéder à la tribune sud de l'église et à ce logement118 (ill. IVR84_20213800085NUCA à IVR84_20213800088NUCA). Par ailleurs, une cloison séparant l'église de l'EPCI est créée au premier étage. C'est sans doute à la même période qu'est obturé le passage du rez-de-chaussée permettant de rejoindre la cour 2 depuis la sacristie. Les entreprises adjudicataires sont la société Florentin Laurent pour la maçonnerie, Les Menuisiers de Vienne (société coopérative ouvrière) pour la charpente et la menuiserie, Auguste Marignan pour la serrurerie, Auguste Chatelan pour la plâtrerie et Michel Guicherd pour la fumisterie.

Création du collège technique national et transfert d'une partie des enseignements au quartier de l'Isle

Malgré ces travaux, les espaces disponibles s'avérant insuffisants pour agrandir de nouveau les ateliers, la Ville décide en 1928 de transférer l'école dans un quartier situé à la périphérie de la ville, le quartier de l'Isle, et acquiert pour ce faire des terrains route d'Avignon (voir dossier IA38001011)119. Le projet de construction de ces nouveaux locaux ne voit cependant pas le jour avant la fin de la Seconde Guerre mondiale et leur transfert n'a lieu qu'au début des années 1960. Dans l'intervalle, les locaux de l'ancienne EPCI, devenue collège technique national, connaissent plusieurs réaménagements successifs120, dont la construction, antérieure à 1957, d'un atelier de mécanique au sud de la cour 1, à l'emplacement envisagé au siècle précédent pour la construction d'un gymnase121 (voir ill. IVR84_20213800307NUCA), actant la disparation de la galerie longeant l'église. Les locaux du collège technique national sont définitivement transférés en 1958 dans les nouveaux bâtiments construits dans le quartier de l'Isle, ceux de l'actuel lycée polyvalent Galilée. Une partie de l'enseignement technique reste cependant dispensée dans les locaux du collège Ponsard : plomberie, menuiserie et maçonnerie notamment.

4. Les années 1990 : Réhabilitation et restructuration du collège

La vétusté des bâtiments et des locaux, dont la plus grande partie n'ont pas évolué depuis le début du 20e siècle, suscite la décision d'une rénovation complète du collège. Le programme est élaboré en 1991, s'inscrivant dans le cadre d'un collège de type 800. Il prévoit une nouvelle répartition des éléments fonctionnels : côté place André-Rivoire, la conservation de l'accueil (entrée et partie administrative) pour des raisons de fonctionnement urbain (c'est aussi l'entrée historique du collège), côté cour est (cour 2), un secteur sciences expérimentales, sciences et techniques et sections d'éducation spécialisée (S.E.S.) ainsi que médical (infirmerie), bénéficiant d'une entrée directe côté rue Schneyder (ancienne entrée de l'EPCI) facilitant le transit des matériaux liés à ces activités122. Afin d'augmenter les surfaces utiles, l'aile nord de la cour 2 est élargie afin de créer un couloir distribuant les salles de classe et une nouvelle façade en métal et verre élevée en avant de la précédente. A l'ouest de la cour 3 et s'appuyant sur le bâtiment H, est ajoutée une salle polyvalente, la salle Agora, induisant une modification des volumes avec l'adjonction de terrasses longeant le bâtiment et d'un escalier extérieur double pour accéder à son premier étage. Dans la cour 1, les fenêtres du rez-de-chaussée, déjà partiellement agrandies en hauteur au début du 20e siècle (voir ill. IVR84_20213800069NUCA), sont toutes mises au même format.

Cour 3 : vue d'ensemble depuis le sud-est et toits terrasses de la salle AgoraCour 3 : vue d'ensemble depuis le sud-est et toits terrasses de la salle Agora

1COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 739.2MOISY, 1958, p. 299 ; COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 739.3AC Vienne, 6 D 7/2, case 34, fol. 534/4AC Vienne, GG 54 ; case 34 fol. 512, 513 et fol. 519 N°87 : Inventaire des meubles et ustensiles que Messieurs les consuls ont remis à M. Poursant, principal du collège de Vienne. Prix faits pour réparations au collège, 1590 : AC Vienne, 6 D 7/1, case 34 fol. 533 v°.5AC Vienne, GG 53 : Mémoires et instructions pour l'érection et établissement d'un collège à Vienne6AC Vienne, GG 54 ; case 34 fol. 523 v°, N° 47.7AC Vienne, GG 54 ; case 34 fol. 521, N° 87.8 AC Vienne, GG 54 ; case 34, fol. 514.9AC Vienne, GG 54 ; case 34, fol. 507.10AC Vienne, GG 55 ; case 34 fol. 536 N° 61.11AC Vienne, GG 54 ; case 34, fol. 507 N°3.12AC Vienne, GG 54 ; case 34, fol. 507 v°, N°4.13AN F/17/1004A, n° 303.14AC Vienne, GG 54, f. 507 N°415AC Vienne, GG 55 ; case 34, fol. 513, N° 45.16Médiathèque de Vienne, M 16, fol. 221 : Sommation à MM les consuls pour empêcher les Ursulines d’élever des bâtiments vers notre église neuve, du côté du midi, 7 septembre 1675.17SENARD-KIERNAN, A., 2015, p. 68 et fig. 339.18AC Vienne, GG 54 ; case 34 fol. 507 (copie ; l'original est conservé au musée des beaux-arts et d'archéologie de Vienne).19Le contrat mentionne par ailleurs que chacune des parties a gardé par devers elle une copie signée de ce plan. 20AC Vienne, GG 54 ; case 34, fol. 507 v° N°6.21MOISY, op. cit. ; SENARD-KIERNAN, A., 2015, p. 68 et fig. 341 à 343.222015, vol. IV, Annexe 55 (transcription)23AC Vienne, GG 55, case 34, fol. 513 N°45 : Bail à prix fait, 17 juillet 1607, fol. 13.24A.R.S.I., Lugd. 28, fol. 319, citée par F. de Dainville, 1956, p. 399 note 1325La bibliothèque a bien été réalisé à cet emplacement, ainsi que l'indique un Etat des ouvrages réalisés pour le collège dans le courant de l'année 1792 (AD Isère, D 55/3).26AC Vienne GG 54 ; case 34 N°49.27CHARVET, L., 1874, p. 49.28AC Vienne, GG 55 ; case 34, fol. 513, N° 45 ; CHARVET, L., 1874, p. 48.29AC Vienne, GG 55 ; case 34 fol. 511, N°s 34 et 39.30DELATTRE, 1949, vol. V, col. 151.31AD Isère, D 55/1 : Etat de la situation actuelle du collège de Vienne, ressort du parlement de Dauphiné diocèse de Vienne en exécution de l’édit du mois de février 1763, fol 6 v° - 8.32AC Vienne, 6 D 7/1, case 34 fol. 527.33FAURE, C., 1933, p. 120 ; DELATTRE, 1949, vol. V, col. 152.34AC Vienne, 6 D 7/1, case 34 fol. 530 v°35AC Vienne GG 54 ; case 34 N°49.36Pierre calcaire à grain fin de couleur grise extraite dans l'Ain, notamment à Villebois, et largement utilisée dans la région lyonnaise et ses environs.37Identifié par C. Guégan dans le fonds Schneyder de la Médiathèque de Vienne à l'occasion de la présente étude, en juin 202138L. Charvet (1874, p. 51) attribue ce dessin au frère Martellange, sur la base de son écriture, avis que nous partageons ; pour A. Sénard-Kiernan, l'écriture est bien celle de Martellange, mais le dessin serait du père Moreau (2015, vol. I, p. 70). Cependant, cette attribution repose sur l'analyse d'un autre plan, sans doute plus tardif, également conservé à la Médiathèque de Vienne (M 211/4)39DELATTRE, 1949, vol. V, col. 151 note 440Titre qui lui est conféré à partir de 1611 ; MOISY, 1958, p. 30041AC Vienne, 6 D 7/1, fol. 527 ; ROJON, Ph., 1995, p. 73.42AC Vienne, GG 53. Mémoire signé Pellison, sd.43AC Vienne, 6 D 7/2, p. 495 ; case 34 fol. 529 v°.44AC Vienne, 6 D 7/2, p. 49745SENARD-KIERNAN, A., 2015, vol. 1, p. 75.46AC Vienne, GG 54 ; case 34 fol. 514 N° 55 ; Charvet, 1874, p. 49.47Charvet, 1874, p. 49.48AC Vienne, 6 D 7/2, p. 503 ; case 34, fol. 535 v°.49SENARD-KIERNAN, 2015, vol. III, fig. 345.50Cette utilisation conventionnelle de la couleur, fréquemment employée par Martellange (voir ses dessins pour le collège de Chambéry, par exemple), a-t-elle été également appliquée par le père Moreau, ou permettrait-elle de revoir l'attribution du plan de la Médiathèque de Vienne pour le redonner à Martellange ?51On ne peut en aucun cas retenir pour ce plan la date de 1610 avancée par Moisy et reprise par A. Sénard-Kiernan (vol II, p. 435, fig. 345) : l'état du bâti achevé occupe en effet une surface largement supérieure à celle représentée sur le plan d'état des lieux de 1615 réalisé par le père Moreau (Vienne, Musée des beaux-arts et archéologie).52DELATTRE, 1949, vol. V, col. 154, et tout au long du 17e siècle : en 1682 Titus Manlius, tragédie, et le Mérite récompensé par Apollon, ballet (BM Lyon 360 242 et 360 583).53Antiquités, 1658, vol. 5, p. 455.54Ibid., p. 457.55AC Vienne, GG 5456FAURE, C., 1933, p. 120.571956, p. 399 note 13 : A.R.S.I., Rome, Lugd. 28, fol. 31958DELATTRE, 1949, vol. V, col. 156.59AC Vienne, GG 56 ; case 34 n° 19, fol. 509 v°.60COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 741-74261AD Isère, D 55/162COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 74, p. 742.63AD Isère, L 118364FAURE, C., 1933, p. 206.65(AN, F/17/1004A, n° 303, et F/17/1314A, dossier 3)66Lettres patentes du 26 janvier 1775, AD Isère, B 2527, fol. 25 v°-3267AN, F/17/1314A, dossier 3 pièce 28, 28 février 1792).68SAVIGNÉ, E.J., 1880, p. xvi.69AN, F/17/1314/A, dossier 3 pièce 26.70Ibid.71AD Isère, D 55/3.72Médiathèque de Vienne, M 103, fol. 245-24673AN, F/17/1349 : Mémoire de la ville de Vienne pour la conservation de son collège, s.d. [1792], et F/17/1004A : Mémoire instructif sur l'établissement d'un institut dans la ville de Vienne, 179274AN, F/17/1314A, dossier 3 pièce 26.75AN, F/17/1314A, dossier 3 pièce 2676Ibid.77Il n'existe aucune trace d'un tel projet pour le collège de Vienne, ce qui n'exclut nullement qu'un téléscope ait été placé dans une partie haute du bâtiment.78AD Isère, L 118379AN, F/17/1004A et AD Isère, L 1183.80COMPERE, M.-M., JULIA, D., 1984, p. 74, p. 742-4381AD Isère, L 514 n°9, p. 47-52 ; transcription dans FAURE, C., 1933, p. 318-319.82AD Isère, L 1183.83AC Vienne, Registre des délibérations du conseil municipal, 7 floréal an IV - 2 pluviôse an VI, fol. 14-15.84FAURE, C., 1933, p. 270.85AC Vienne, Registre des délibérations du conseil municipal, 9 floréal an VIII - 12 floréal an XI, fol. 51v°-54.86FAURE, C., 1933, p. 277.87Ibid., p. 280.88Lettre du sous-préfet de l'Isère au préfet Fourier, 3 mars 1806 ; AD Isère, 3 T 15.89 AD Isère, 2 0 545/8.90FAURE, C., 1933, p. 294.91AD Isère, 3 T 15 : Extrait du registre des délibérations du conseil municipal, 2 décembre 1811.92FAURE, C., 1933, p. 306;93AD Isère, 3 T 15.94AD Isère, 2 0 545/8.95Revue de Vienne, 1837, p. 69.96AC Vienne, 4 M 1-2-4-1, adjudication du 9 octobre 1832.97AD Isère, 5 T 1.98AD Isère, 2 0 545/8 : Lettre du maire de Vienne au préfet du département de l'Isère, 8 mai 1840.99AC Vienne, 4 M 1-2-3-3-8.100AC Vienne, 4 M 1-2-4-2.101Projet B, AC Vienne, 4 M 1-2-4-2.102AD Isère, 3 T 15.103AD Isère, 3 T 15 : Extrait du registre des délibérations de la Ville de Vienne, séance du 24 décembre 1886.104AC Vienne 4 M 1-2-4-3.105Voir son rapport du 31 octobre 1887, AC Vienne 4 M 1-2-4-3.106Lettre de l'inspecteur académique Stouff au principal du collège, 19 octobre 1887, AC Vienne, 4 M 1-2-4-3.107AC Vienne, 4 M 1-2-4-3 et AD Isère, 3 T 15.108Lettre de Bizot au maire Camille Jouffray, 24 décembre 1888 ; AC Vienne, Ibid.109Lettre du bureau enseignement agricole au préfet de l’Isère, décembre 1892 ; AD Isère, 3 T 15.110AD Isère, 3 T 16.111BUISSON, F., 1911, en ligne112AD Isère, 2 0 545/8.113DOMEYNE, P., 1997, p. 153.114AD Isère, 8 T 2/26.115AC Vienne, 4 M 1-2-3-1 et AD Isère, 5 T 2/26.116AC Vienne, 4 M 1-2-3-2.117Registre des délibération du conseil municipal, séance du 23 juillet 1911, AC Vienne, 4 M 1-2-3-3.118AC Vienne, 4 M 1-2-3-2.119AD Isère, 8 T 2/26.120AC Vienne, 4 M 1-2-4-4-1 et AD Isère, 3 T 16 bis.121AD Isère, 5 T 2/26.122A Collège François-Ponsard.

Collège de jésuites construit entre 1606 et 1622 selon des plans établis par le frère Etienne Martellange, architecte de la Compagnie de Jésus. Le père Edmond Moreau, procureur et ministre au collège entre 1606 et 1625, assure la conduite du chantier à partir de 1610 environ. Après l'expulsion des jésuites en 1763, le collège est confirmé en 1766 par lettres patentes de Louis XV et l'enseignement assuré par des séculiers, puis par les oratoriens. Un pensionnat est créé en 1779, aménagé au second étage de l'aile ouest par l'architecte viennois Jean-Jacques Bruyas, dit Bruyas fils. Au 19e siècle, l'établissement conserve le statut de collège communal. Il est agrandi par l'architecte Ernest Bizot entre 1886 et 1888 par la construction de nouveaux bâtiments au nord de la parcelle. En 1900, création au sein du collège d'une Ecole pratique de commerce et d'industrie (EPCI), aménagée dans la partie sud-est des bâtiments, laissée vacante par les collégiens transférés dans leurs nouveaux locaux, par les architectes Georges Boutin puis Adrien Pin ; l'école est agrandie en 1913.

L'établissement prend en 1912 le nom de François Ponsard, poète et dramaturge né à Vienne et ancien élève du collège (AD Isère, 3 T 16). Durant la Première Guerre mondiale, il est transformé en hôpital militaire complémentaire (DOMEYNE P. 1997, p. 84-88). Malgré les vœux émis par le conseil municipal en 1903 (AD Isère, 3 T 15) puis 1931 (AD Isère, 3 T 16) de voir son collège transformé en lycée, celui-ci ne le devient qu'en 1963, à la suite de la réforme Fouchet et en raison de l'accroissement notable des effectifs. Divers travaux d'aménagement sont réalisés entre la fin des années 1950 et le début des années 1960 afin d'accompagner cet accroissement (AD Isère, 3 T 16 bis). Le lycée redevient collège en 1971, à l'achèvement de la construction d'un nouveau lycée à Saint-Romain-en-Gal, sur la rive droite du Rhône (actuel lycée Ella Fitzgerald). Il a été rénové pour la dernière fois dans les années 1990, avec extension de surfaces, modification de la cour 3 et modification de la façade nord de la cour 2.

Construit sur la colline de Pipet, le collège occupe une position dominante par rapport à la ville, tant à l'ouest du côté de la vallée du Rhône, qu'à l'est du côté de la vallée de la Gère.

Il comprend neuf corps de bâtiment s'organisant selon un plan régulier en grille, autour de trois cours : deux au sud de la parcelle, correspondant à celles de l'ancien collège jésuite, une plus grande au nord, correspondant à l'ancien jardin de ce même collège, sur lequel ont été élevés les bâtiments du 19e siècle. Les agrandissements du 20e siècle ont empiété sur la surface de ces cours : création d'un gymnase dans la cour 1, englobant l'ancienne galerie longeant l'église, d'un atelier dans la cour 2 (bâtiment G), d'une salle polyvalente dans la cour 3.

Plan masse et localisation des escaliers (Dess. Inv. C. Guégan 2019)Plan masse et localisation des escaliers (Dess. Inv. C. Guégan 2019)

Leurs niveaux d'élévation sont similaires : au-dessus de caves, un rez-de-chaussée avec soubassement en pierre de taille, surélevé du côté ouest en raison de la déclivité du terrain et deux étages carrés. L'horizontalité est fortement marquée par des bandeaux d'étage. Les pavillons d'angle nord-est et nord-ouest, ainsi que les deux travées de l'élévation principale correspondant à l'extrémité ouest du corps de bâtiment D, ont un niveau d'élévation supplémentaire.

L'élévation principale est pourvue d'une corniche à modillons, un faux attique cachant la toiture de l'ancien collège jésuite : initialement prévu sur toute la longueur de la façade, il n'a pas été édifié en raison d'une modification du projet en cours de construction. Un fronton circulaire aux armes de la ville de Vienne souligne la porte principale, constituée d'une baie en plein-cintre retombant sur des piédroits d'ordre toscan, tout comme les pilastres qui l'encadrent. Elle est surmontée d'un entablement sur lequel est inscrit le mot COLLEGE et d'une corniche en pierre de taille. A la verticale de l'entrée s'élève un campanile de plan carré surmonté d'un lanternon, dans lequel est installée une horloge monumentale. On distingue les parties correspondant à l'ancien collège des jésuites par la forme des baies, dont les encadrements sont en pierre de taille : simples pour ce dernier, avec linteaux cintrés au 1er étage, elles sont jumelées double pour les parties 19e. La volonté de distinguer les parties 17e et 19e apparaît clairement au niveau des deux travées centrales de l'élévation, qui correspondent à l'angle nord-ouest du collège jésuite, lesquelles sont encadrées par des jambes en bossage à refend, surélevées d'un demi étage et surmontées d'un fronton triangulaire qui vient rappeler celui de l'église, dont la façade s'inscrit dans l'alignement de celle du collège, au sud.

L'élévation latérale nord, rue Nicolas-Chorier, comprend deux niveaux. Sa travée centrale, marquée par une baie jumelée triple, est encadrée par des jambes en bossage à refend et soulignée par une légère surélévation. Au rez-de-chaussée, le linteau de cette baie centrale est surmontée d'une table d'attente. A chacune de ses extrémités se trouve un pavillon. Ces pavillons sont soulignés par une chaîne d'angle en pierre de taille et leurs toits sont couverts de tuiles plates en écaille plombifères bichromes disposées en chevrons. Leur faîtage est souligné par une crête en plomb bornée par deux épis de faitage également en plomb.

L'élévation postérieure, relativement uniforme dans son dessin, présente à l'identique de l'élévation principale des baies simples pour la partie 17e, jumelées doubles pour celle 19e, mais n'a pas de soubassement en pierre de taille. Dans le prolongement se trouve l'élévation de l'ancienne Ecole pratique de commerce et d'industrie, légèrement moins haute. Un bandeau mouluré vient redoubler le bandeau d'étage entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Elle comprend six travées avec entrée latérale et baie jumelée double la surmontant au premier étage. Les baies de la travée latérale nord sont décalée d'un demi-niveau : elles éclairent l'escalier E.

L'élévation latérale sud, rue Saint-André-le-Haut, correspond à celle de l'ancienne EPCI et présente les mêmes caractéristiques que son élévation postérieure. Elle est " coupée " par un petit corps de bâtiment de deux travées, créé lors de l'agrandissement de l'EPCI en 1913, nettement distinct dans ses élévations sur rue et sur cour : ses deux étages carrés sont plus ramassés et augmentés d'un étage en surcroît, le niveau de la toiture est légèrement plus bas, rupture par ailleurs soulignée par un dessin très différencié des ouvertures : larges baies avec encadrements en brique et linteaux curvilignes côté rue, baies jumelées doubles séparées par un large meneau côté cour. Côté cour, une large jambe en pierre de taille à refends marque la séparation entre ce nouveau corps de bâtiments et ceux de l'EPCI. Les trois dernières travées de cette élévations dépendent de l'église : les baies du rez-de-chaussée éclairent l'oratoire sud et la sacristie.

Circulations intérieures et éclairage des classes

Les escaliers de l'ancien collège des jésuites, actuels escaliers A, D et G, sont rampe sur rampe à mur noyau en moellon et enduit et marches en pierre de choin. Les deux premiers réalisés conformément au premier plan de Martellange de 1606, le troisième a été créé lors de la construction de l'église à la fin du 17e s. Il conduit au clocher et permettait d'accéder aux oratoires en tribune depuis le premier étage du collège (voir ill. IVR 84_20213800268NUCAQ). Les escaliers créés lors de l'agrandissement du collège sont tournants à retour avec jour, à deux volées et en maçonnerie. Ils se déploient dans les pavillons d'angle et desservent les trois ailes de l'extension. De dimensions plus modestes, les escaliers E et F sont ceux de l'ancienne EPCI. Ils sont tournants à retour avec jour, suspendus et en maçonnerie. Un petit escalier à trois volées, situé en revers de façade à côté de l'entrée principale, permet d'accéder aux logements du 1er étage ; il figure sur les plans du collège depuis le début du 20e siècle.

Les classes de l'ancien collège jésuite, en rez-de-chaussée et pour la plupart transformées en bureaux, ont chacune (sauf remaniements ultérieurs) un accès direct depuis la cour ; elles sont éclairées en lumière directe par des fenêtres hautes du côté opposé à la cour, et par des impostes vitrées surmontant les portes côté cour. Aux rez-de-chaussée et 1er étage, les classes des bâtiments du 19e siècle sont éclairées en lumière directe du côté de la rue et en second jour du côté du couloir donnant sur la cour. Leurs portes ont un vantail en partie vitré et sont surmontées d'une double imposte vitrée. Les classes aménagées au 20 siècle (notamment celles de l'ancienne EPCI) sont également éclairées en second jour depuis le couloir : leur portes pleines sont encadrées de châssis vitrés.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • calcaire moellon enduit
    • résidu industriel en gros oeuvre enduit
  • Toits
    tuile, tuile en écaille, tuile plate plombifère, plomb en couverture
  • Plans
    plan régulier
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés
  • Couvrements
    • voûte d'arêtes
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
  • Autres organes de circulation
    ascenseur
  • Jardins
    carré de jardin
  • État de conservation
    bon état, remanié
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • armoiries
  • Précision représentations

    Armoiries de la ville de Vienne au fronton de l'élévation principale et au fronton de l'atelier Paul Bergère, cour 2

  • Statut de la propriété
    propriété du département