L'immeuble du n°12 boulevard Aristide-Briand s'inscrit, spatialement et chronologiquement, dans la continuité du n°16, sans pour autant en être mitoyen1. Il fait partie de la séquence édifiée entre le carrefour de la rue Gourgouillon et de l'avenue Pasteur dans laquelle l'usage de travées biaises en façade engendre une unité formelle. Cette dernière est, il est vrai, issue d'une contrainte parcellaire partagée. L'adoption de travées biaises peut en effet être interprétée comme une stratégie d'adaptation à la morphologie parcellaire. En cette extrémité septentrionale, la rive ouest du boulevard suit une ligne oblique par rapport à l'orientation des parcelles rectangulaires. Elles forment par conséquent des fonds trapézoïdaux. Les immeubles épousant les limites parcellaires doivent être dotés d'un volume s'inscrivant dans ces trapèzes. Ils ne pourraient être carrés ou rectangulaires qu'en étant implantés en recul d'alignement oblique. On constate d'ailleurs que l'emploi de ces deux solutions simultanées - alignement par immeubles trapézoïdaux et recul oblique par immeubles à la géométrie régulière - crée entre le n°45 et 53 boulevard Jean-Jaurès une implantation de façades en accordéon (voir dossier IA63002870), configuration qu'évite précisément la séquence comprise entre le n°16 et 4 boulevard Aristide-Briand. Les n°4 et 6-10 boulevard Aristide-Briand représentent une solution hybride. Le plan global du bâtiment suit le trapèze de la limite parcellaire (voir la façade et les murs pignons tels que figurés en plan de rez-de-chaussée) tandis que les travées des étages sont implantées à angle droit des pignons, chacune d'entre elles s'inscrivant en un rectangle régulier dont le recul oblique est corrigé par le balcon filant en façade (voir le plan des étages). L'architecte des n°12 et 16 adopte une autre solution, celle d'une orientation différentielle des espaces intérieurs : les pièces sur la façade suivent son orientation tandis que les pièces de l'arrière s'ordonnent selon le rectangle du bâtiment, ce dernier s'inscrivant dans un trapèze-rectangle (voir pour le n°16 le dossier IA63002829). Il en résulte un angle nord-est aigu qui, pour être pleinement utile, est transformé en loggia. La travée d'extrémité gauche applique donc son retrait à l'angle du bâtiment, jouant comme un pan coupé convertit en espace extérieur couvert.
L'arrière de la parcelle est occupée par un bâtiment, visible dès la photographie aérienne de 1928, donnant sur le chemin de Beaurepaire (ce bâtiment est également représenté sur le plan de localisation de la demande de permis de construire, en 1939). Cette configuration n'est pas habituelle, la plupart des fonds de parcelles, dédiées à l'activité agricole, sont devenus des parkings, l'une d'entre elles est restée en jardin. L'îlot présente par conséquent un devant occupé par les immeubles du boulevard et un arrière dont l'occupation plus lâche borde le chemin de Beaurepaire.
Conservatrice du patrimoine. Responsable de l'unité Ressources du Service Patrimoines et Inventaire général de la région Auvergne-Rhône-Alpes.