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Présentation de la commune de Mûres

Dossier IA74002742 réalisé en 2017

Fiche

Introduction historique

Comme pour les communes voisines, on constate une grande stabilité de l'implantation des constructions entre la mappe sarde (levée vers 1730) et le 1er cadastre français, en 1887, en particulier pour le bâti groupé (la 2e moitié du 19e siècle étant propice à la création de nouveaux sites isolés). Ainsi la petite commune de Mûres compte déjà en 1730, outre le chef-lieu, ses principaux écarts : les gros hameaux de Chessy et des Balmettes (Mûres, Chessy et les Balmettes sont également les trois sites dotés de fours relevant de la communauté), ceux, plus petits, du Crêt, Crévia (Crévial, qui a en partie disparu) et Champ d'En-Haut (Champlénot) ; l'écart dispersé de Rière Tavez, avec la grosse ferme de spectable Louis Roux (actuellement les Branières, IA74002768 ; le toponyme Tavey a disparu du cadastre de 2017) ; et les mas isolés de Chez Guedin, les Velues (qui devient Bétex d'après le nom de son propriétaire dès la mappe), Faraudet, Champ Quartier/la Grangerie, Pierrecharve/la Grangerie, les Priquettes, les Granges Neuves, les Combes (maison isolée au sud des Balmettes, qui n'existe plus), le Champ Pinget, les Rippes, Alioux, et le château de Pierre Charve. Tous ces sites présentent encore du bâti aujourd'hui (sauf les Combes), mais majoritairement datable du 19e siècle, et les remplois d'époques antérieures (portes ou fenêtres à encadrements chanfreinés ou sculptés, par exemple aux Balmettes, 2017 C4 347) sont très peu fréquents par rapport aux communes des Hauts de l'Albanais savoyard). Les vestiges du château de Pierre Charve sont le seul exemple d'architecture antérieure au 18e siècle dans la commune.

Au 18e siècle il n'y a ni propriétaires "forains" (ne résidant pas dans la commune) non nobles ou ecclésiastiques (à part deux parcelles appartenant à la cure de Viuz-la-Chiésaz ; les propriétés léguées en 1794 par Philibert Simond à ses soeurs, puis par elles à l'hospice de charité de Rumilly, sont retournées en mains privées dès le milieu du 19e siècle, voir IA74002780), ni granges isolées. La part de la propriété noble est importante : le plus gros propriétaire est le marquis de La Roche à Pierre Charve (voir IA74002789), avec un domaine continu à l'est et au centre de la commune (sections C1, C2, B5), suivi par de la Balme, seigneur de Gruffy, aux Rippes (moitié est de B1 et B8) et Sigismond Portier du Belair pour une propriété plus éclatée (colline de Chez Guedin sur B8, avec maison et moulin, quelques grandes parcelles au mas des Testes sous le Crêt et aux Velues, trois maisons et des terrains à Chessy (A1), des parcelles sous Crévial au mas Arbilion (A5) et le Champ Gentil au sud-est, sur B7). Les nobles François Desery (terres à Crévial, avec un four isolé, sur A5), Humbert de Saunaz (moulin de Pierrecharve, au nord de Chez Faugré, C1) et Antoine Dorlier et son frère (teppe et masure vers Chez Guedin) ont des possessions bien moindres. Les propriétaires nobles sont aussi ceux qui détiennent les moulins : le petit moulin de Pierrecharve (n°909, situé au nord de Chez Faugré) appartient à Humbert de Saunaz et celui du Crez (n°1291, disparu) à Sigismond Portier du Belair.

Les délibérations communales retracent le partage des biens communaux, constitués de teppes en vaine pâture, sans arbres de haute venue, au milieu du 19e siècle. Ces pâturages sont utilisés par les paysans les plus proches, avec une taxe fonction du nombre de têtes de bétail amenés à pâturer (qui rapporte 38 £ en 1857). On projette d'abord un acensement aux habitants en lots égaux, un par chef de famille faisant feux, avec attribution par tirage au sort et baux de 30 ans ; le produit devait servir à payer le maître d’école. Finalement les communaux sont bornés en 1861 et divisés en trois secteurs (les Echenaux, 4 lots ; la Plantard, 4 lots ; les Combes de Chessy, 2 lots) et loués (on trouve des baux jusqu'en 1928 au moins) (AD 74, E Dépôt 194. 1D 1 à 4, délibérations des 28 décembre 1851, 17 mai 1857, 24 novembre 1861).

Comme dans les communes voisines, on constate dans le courant du 19e siècle le développement d'un habitat isolé de fermes, auxquelles le 1er cadastre donne souvent le nom de leur propriétaire de l'époque : section A4 (les Crêts), A7 (au Clapet, détruit), A8 (chez Guedin, Sur les Crêts et Au Crêt Morlion : trois bâtiments détruits), B7 (Grange Neuve, Chez Domenge), C1 (Sur les Plants, Chez Faugré ; Chez Calandre, détruit), C3 (grange isolée de Combardy), C5 (Chez Bourgeois). Ce phénomène est cependant moins marqué que dans les communes voisines d'Héry-sur-Alby ou Chainaz-les-Frasses. Le site de l'Aillou se développe à partir du milieu du 19e siècle avec l'implantation de la famille Pollier (voir IA74002796), sans donner naissance à un véritable écart.

Sur 54 dossiers d'édifices rédigés pour la commune, on en compte 22 datés par dates portées (pour 29 dates lues en tout), dont 14 maisons, fermes, bassins ou fours (sur 39 notices, soit 35 %, ce qui est dans la moyenne de l'aire d'étude). Le presbytère (IA74002774) est l'édifice portant la date la plus ancienne (1738) et montre un bel exemple d'architecture domestique du 2e quart du 18e siècle, mais assez unique en son genre : les trois autres dates portées du 18e siècle renvoient aux dernières années siècle, et par la suite les dates se concentrent dans la 2e moitié du 19e siècle, ce qui correspond au pic démographique au-dessus de 500 habitants dans le 2e quart du 19e siècle (chiffres cassini.ehess.fr), niveau qui ne sera atteint de nouveau qu'au milieu des années 1990 (les dates du début du 20e siècle signalent des agrandissements mineurs ou la construction d'un bassin). Le minimum est atteint dans les années 1960, avec 264 habitants en 1968, soit le chiffre donné pour 1800 (mais dont l'interprétation doit être tempérée par la confrontation avec ceux de 1793, 308 habitants, et 1806, 328 habitants).

Relevé des dates portées : 1738, 1783, 1791, 1792, 1840, 1857, 1861, 1866, 1868, 1869, 1877, 1878, 1882 (2), 1883 (2), 1886, 1887, 1890, 1894, 1901 (2), 1907 (2), 1914, 1922, 1927, 1950, 1984.

Introduction topographique

La commune, d'une superficie de 523 ha, est bordée à l'ouest par la vallée sinueuse du Chéran, profondément creusée dans la molasse des derniers contreforts du massif des Bauges (alt. min. 380), au nord par le ruisseau du Sauget et au sud par celui de l'Adieu. Le paysage de Mûres est caractérisé dans sa moitié est par un vallonnement de collines culminant entre 570 et 590 m (alt. max. 593) : les Crêts, les Têtes, Chez Guedin, les Rippes, la Luche ; le chef-lieu et les hameaux occupent la plupart du temps des terrains relativement plats au pied des collines à l'ouest, avant la descente vers le Chéran et le long des chemins qui joignent Gruffy ou Viuz-la-Chiésaz à Alby-sur-Chéran.

Le réseau hydrographique est complété par le ruisseau de Faraudet qui traverse la commune de Champlénot à Grand Creux, et par le long bief de l'Adieu, qui prend naissance tout au sud de la commune, faisait tourner le moulin de Champ Grainjon (IA7400) puis rejoignait le ruisseau de la Perraille au niveau de Grand Creux, formant le bief ou ruisseau de Capetaz, qui borde la commune au-dessus de Chez Faugré et alimente de nombreux artifices situés sur Alby-sur-Chéran (avec des parties à cheval sur Mûres ; voir extrait du cadastre de 1887) avant de rejoindre le Chéran ; ces édifices, qui concernent plutôt la commune d'Alby, n'ont pas été repérés. L'alimentation en eau potable, qui fait défaut en particulier au chef-lieu et aux écarts de Champlénot et Chessy (où on compte plus d'une dizaine de puits en 1887), fait l'objet de travaux dans la 2e moitié du 19e siècle et le 1er quart du 20e. La source des Tulles, située à 1300 m (du chef-lieu de Mûres) dans la commune de Viuz, doit ainsi être captée pour l’approvisionnement des écoles et des hameaux de Champlénot, des Balmettes, du chef-lieu et des fruitières de Faraudet de la Grangerie. Les habitants des hameaux font une souscription pour 250 journées de travail et 20 F en argent. Une autre source plus proche est captée en 1896 pour alimenter les écoles et le chef-lieu (projet du géomètre Gaime, travaux de Jean-Pierre Emonet, de Gruffy, entrepreneur de travaux en ciment, voir IA74002772), et l'eau des Brillets et des Tulles n'est finalement amenée aux hameaux de Chanlenoz, Chessy, les Crets, Tavey et les Balmettes qu'en 1914 (travaux réalisés par Rey, architecte à Aix-les-Bains) (AD 74, E Dépôt 194. 1D : 3, délibération du 10 juin 1866, et 1D : 4, délibérations du 2 décembre 1888, 21 août 1892, 30 novembre 1893, 1er octobre 1895, 23 février 1896, 16 août 1896, 28 août 1898, 20 octobre 1912, 8 mars 1914, 6 mai 1914).

Il n'y a aucun point de passage sur le Chéran, la passerelle de Pierre Charve ayant disparu depuis le Moyen Âge. La construction d'une passerelle sur le Chéran entre Héry et Mûres est envisagée par le conducteur voyer d’Alby en 1914 (évaluée à 2500 F, à partager avec Héry-sur-Alby) afin d'épargner aux habitants un détour de 5 à 8 km par le pont de l’Abîme ; ce projet n'a pas eu de suite (AD 74. E Dépôt 194, 1D : 4, délibération du 15 février 1914).

Le village de Mûres est resté de taille très limitée, plus petite que les écarts de Chessy ou des Balmettes, jusqu'à la construction d'habitat collectif au début du 21e siècle ; ainsi, au recensement de 1901, le chef-lieu compte 31 habitants contre 91 aux Balmettes et 57 à Chessy. Il n'a pas vraiment de place, les édifices publics (mairie, église, four à pain, bassin, école, presbytère) et l'unique café-épicerie s'égrenant le long du chemin vicinal.

Caractéristiques de l'architecture

La présence de nombreux artisans du bâtiment, maçons ou charpentiers, est un trait caractéristique de la commune au milieu du 19e siècle. Ainsi une délibération de 1857 remarque que les "habitants de la commune dont la majeure partie exerce la profession de maçon" (AD 74. E dépôt 194. 1D : 2, délibération du 20 mars 1857). Le recensement de 1861 comptabilise en effet 14 maçons (dont 10 aux Balmettes), quatre charpentiers et un couvreur, 3 tailleurs de pierre ; ils ne sont plus que trois maçons, mais 5 charpentiers (plus deux ouvriers) au recensement de 1901.

Les fermes

La majorité (75%) des 32 fermes repérées présentent une juxtaposition des fonctions (habitation, étable, grange, remise) sous un même toit, dans des travées perpendiculaires à la façade principale située en mur gouttereau (avec une variante où la grange est localisée à l'arrière de l'étable : 1 cas du corpus) ; si on se fie au plan-masse des nombreuses fermes isolées disparues ou trop dénaturées pour être repérées, cette proportion pouvait même être plus élevée. Quatre des fermes repérées présentent une habitation et une grange-étable dans des bâtiments distincts. Le reste est formé de fermes à superposition (quatre cas). Les granges ou granges-étables disjointes du bâtiment d'habitation, situées à proximité ou totalement isolées, sont rares dès la mappe sarde (moins d'une dizaine).

93% des habitations ont au moins deux niveaux, comprenant une habitation sur cave en étage de soubassement (15,6%) ou un rez-de-chaussée et un étage carré (68,75%). Cependant il est probable que de nombreuses habitations ne comportaient à l'origine qu'un seul niveau, comme c'est encore le cas pour deux exemples du corpus (aux Balmettes, IA74002793 et aux Priquettes, IA74002794, datée 1791) surélevés par la suite. Trois habitations comportaient trois niveaux (soubassement, rez-de-chaussée et étage), à Chessy (IA74002747, profitant d'une forte déclivité et avec un étage sans doute aménagé par la suite ; IA74002750, modèle de grand logis de trois travées disjoint de la grange étable) et l'Ailloux (IA74002798). Un seul des logis repérés repose sur un sous-sol. 34,3 % des fermes ont un escalier extérieur (11 cas, dont 4 en bois, le reste en maçonnerie, le plus souvent en béton), proportion moins élevée qu'à Héry-sur-Alby.

11 fermes repérées sont mitoyennes, phénomène qui concerne essentiellement les plus gros écarts (pas de mitoyenneté au chef-lieu, trop peu densément construit). Cette proportion (environ le tiers) est cependant faussée par la plus grande dénaturation du bâti mitoyen, souvent très modeste, qui n'a souvent pas été repéré. On peut cependant mentionner l'existence de bandes d'habitat mitoyen à Chessy ou aux Balmettes, composées de petites maisons-fermes, parfois séparées par un mur pignon débordant.

Très peu de logis ont pu être visités ; de ce fait, l'enquête n'a pas repéré de potager, cendrier, voire de cheminée (deux cheminées en molasse repérées) traditionnels encore en place. Le placard garde-manger aménagé dans le mur nord de la cuisine ou du pêle a cependant pu être repérée sur trois fermes du corpus (déduit de la présence de jours d'aération en façade nord). Lorsque le bâtiment est en rez-de-chaussée ou rez-de-chaussée surélevé, les pièces d'habitation sont réunies sur un seul niveau.

Le matériau principal est le moellon de calcaire enduit, avec des encadrements en calcaire (parfois avec linteau en bois pour les portes d'étables). On trouve des encadrements en molasse, pour les fenêtres des maisons et les arcs des portes de grange. L'utilisation de la molasse comme matériau principal est une originalité liée autant à la disponibilité du matériau qu'à la volonté du commanditaire (François Marie Ducret à la "maison du Français", IA74002781, et dans une moindre mesure à la mairie, IA74002771) ou à l'époque de construction (château de Pierre Charve). Le pisé n'est pas utilisé, contrairement au cas des communes d'Héry-sur-Alby et de Chainaz-les-Frasses. Le couvrement de la baie de la grange par un arc en plein-cintre ou en anse de panier est un des traits caractéristiques du bâti de la commune ; il a pu être repéré sur un tiers du corpus (11 cas ; un exemple : IA74002748 à Chessy ; voir aussi édifices non repérés : ferme à Faugré ou Grange-Neuve), et semble plutôt marquer le dernier quart du 19e siècle. L'étable peut avoir également une porte en arc : un exemple aux Balmettes (IA74002792) permet d'illustrer la disparition de ces ouvertures, modifiées pour être agrandies et adaptées à la modernisation de l'agriculture. Quelques logis montrent des décors de béton moulé (angles en besace ou en bossage, encadrements à agrafes).

Les petites dépendances : fours à pain, puits et bassins

L'enquête de terrain n'a permis de recenser que deux fours à pain dont l'existence soit confirmée (à Chessy et dans le moulin de Champ Grainjon), plus quatre fours dont il reste au moins l'enveloppe (four du hameau et un four privé aux Balmettes, four du chef-lieu, four privé partagé à l'Ailloux). Ce nombre était plus élevé : le livre des numéros suivis de la mappe sarde en cite 12, dont trois fours communaux (au chef-lieu, Chessy et les Balmettes), quatre fours d'usage partagés (avec des "consorts" ou un frère), et deux en propriété nobles ; les plans des sections en 1887 laissent deviner neuf fours dessinés avec leur plan caractéristique (petit rectangle partagé en deux entre le four en bâti dur l'auvent en bâti léger).

Les efforts d'adduction d'eau dans la commune ont fait disparaître les puits au profit de bassins en béton, en général à deux bacs, avec une borne de plan carré. Le cimentier Jean-Pierre Emonet est cité pour les travaux réalisés au chef-lieu et a pu intervenir sur d'autres bassins de la commune, en particulier ceux des écarts. 28 % des fermes possède un bassin privé.

Les croix de chemin

Six croix sont encore visibles dans la commune, dont les croix de l'ancien et du nouveau cimetière, qui reprennent le modèle à fût en forme de colonne sur un piédestal en calcaire. Les autres croix sont en béton, sauf la croix des Balmettes, la plus originale, avec son croisillon en fer forgé datable du 18e siècle. On peut la rapprocher de la "Croix de fer", disparue mais dessinée sur le cadastre de 1887, sur le chemin du chef-lieu à Pierre Charve, au croisement avec la D31.

Les activités agricoles

Cultures et prairies

L'élevage laitier s'est développé à Mûres comme dans les communes environnantes dans la 2e moitié du 19e siècle. Une fruitière est créée à la Grangerie dès 1864 (voir IA74002781), quatrième fruitière du canton. En 1865, on comptait dans la commune 90 vaches dont le lait était transformé en tommes dans les fermes, et 148 vaches (certaines venant d'Alby-sur-Chéran) dont le lait était traité par la fruitière pour fabriquer du gruyère, du beurre et du sérac ; en 1868, un rapport adressé au préfet mentionne "580 kg de lait rendant 43 kg de fromages, 11 kg de beurre et 34 kg de sérac". Le fromage était fait à tour de rôle. Le 1er mai 1886 est créée la société pour l’exploitation de la fruitière de Faraudet, rassemblant 16 sociétaires de Mûres et 8 sociétaires d’Alby, dans un bâtiment nouvellement construit, et dont le règlement est établi en 1890. Le recensement de 1896 mentionne Théophile Ducret, 53 ans, fromager à Faraudet, avec son fils Jean-François en 1901 et un domestique. La fruitière est agrandie (de deux à quatre cuves) entre la fin du 19e siècle et le début du 20e, et un bâtiment est construit en face de la fruitière pour installer des caves d'affinage et loger le fromager au premier étage (loué au fromager Orsat en 1914, puis Jean-François Laperroussaz en 1918 ; 2017 A7 539, 403, voir illustrations). Une porcherie est édifiée en 1902 (pour 50 porcs) ; la fruitière traite 950 litres de lait par jour. En 1918, le président de la fruitière demande l'autorisation d'installer une roue hydraulique en bois permettant le barattage du lait de la fruitière grâce à une dérivation sans barrage du ruisseau de Faraudet qui longe la propriété. En 1976, il y avait 11 porteurs de lait. La Société Coopérative laitière de Mûres-Faraudet est dissoute le 1er janvier 1996 (Boehringer, s. d.). La fruitière a été démolie en 2014-2015 (oral), et la porcherie transformée en atelier municipal. La spécialisation laitière, qui s'est accompagnée de "l'augmentation des prairies artificielles" et de "l'amélioration de la race bovine" (mentionnés par le maire dans un rapport de 1885 ; Boehringer, s. d.), s'est traduit par l'augmentation du volume des fenils, obtenue par surélévation des bâtiments (ajout de quelques rangs de parpaing de béton artisanal), équipés de monte-foin à poulies puis à griffe. La commune compte encore cinq exploitations agricoles en activité, dont une exploite un alpage à Jarsy (GAEC du Chéran).

Les sols sont occupés essentiellement aujourd'hui par des prairies et du maïs d'ensilage, qui tend à remplacer le blé ou l'orge (source : géoportail, Registre parcellaire graphique 2016 et 2018). On trouve encore des prés-vergers assez nombreux dont les arbres ne sont plus exploités. Les surfaces boisées restent importantes dans la commune, en particulier sur les rives du Chéran, du Faraudet et de l'Adieu, et au sommet des collines.

La vigne et le tabac

La vigne est signalée dès la mappe sarde ; elle est alors cultivée sur deux secteurs de la commune, aux "Vignes de Mûres", à l'ouest du village sous le mas de Pierrecharve, et aux "Vignes des Balmettes" au sud des Balmettes. En 1861, les délibération communales signalent que le maire pourra dorénavant arrêter un ban de vendanges (AD 74. E dépôt 194. 1D : 3, délibération du 18 août 1861). En 1887, on trouve la vigne surtout sur les coteaux de la partie ouest de la commune (toponyme Sur les Plants...). Elle a totalement disparu dans les années 1950, mais on trouve encore des pressoirs et des tonneaux dans les fermes. Un alambic s'installait pour la distillation des moûts au chef-lieu, à Chessy et aux Balmettes (mentionné dans le 1er quart du 20e siècle).

La culture du tabac a été pratiquée à Mûres, mais sur de petites surfaces, de la fin du 19e siècle aux années 1960-1970. Une délibération de 1898 indique qu'au vu de la demande formulée par plusieurs exploitants, le conseil municipal s'apprête à demander l'autorisation de cultiver du tabac ; les surfaces demandées doivent totaliser au moins 1 ha (AD 74. E dépôt 194. 1D : 4, délibération du 25 septembre 1898). Le tabac était semé à la Saint-Joseph, vers le 18-20 mars, et récolté en août. Les feuilles étaient réparties en trois groupes selon leur place sur la tige : terre, médiane et couronne. Le tabac séchait pendant l'automne ; on brûlait de la sciure d'épicéa contre les moisissures. Les feuilles étaient rassemblées en manoques puis mises en caisses. Elles étaient vendues à la Maison des tabacs de Rumilly en janvier (témoignage oral). Un séchoir a été repéré lors de l'enquête.

Aires d'étudesHauts de l'Albanais
AdresseCommune : Mûres

Annexes

  • Edifices non repérés de la commune de Mûres

    -Four à pain. Ecart de Crévial (A5) mais localisé sans la partie située dans la commune d'Alby-sur-Chéran (2020 A 71). Bâtiment en rez-de-chaussée avec comble (échelle de meunier), de deux travées : une travée de remise (ou pétrin ?), l'autre pour le four. Auvent voûté en berceau segmentaire : arc en molasse, voûte en tuf. Margelle et bouche du four en molasse ; cendrier. Murs en moellon calcaire, encadrements calcaire, toit à longs pas en tuile plate mécanique.

    -Ferme. Grange Neuve, 2017 B7 286 (1887 B7 302). Ferme à juxtaposition. Habitation d'une travée, en rez-de-chaussée, grange et étable ; murs en maçonnerie enduite, encadrements en calcaire (partagés porte-fenêtre-angle pour l'habitation et l'étable) ; limite 18e siècle 19e siècle (oral). Surélévation de l'ensemble et adjonction d'une seconde habitation vers 1930 (oral). Toit refait (lucarnes) à la fin du 20e siècle.

    -Grange-étable. Combardy, 2017 C3 283 (1887 C3 143). Isolée. Murs en maçonnerie calcaire, encadrements à montants en calcaire et linteau bois (pas de linteau pour la porte de grange), toit à demi-croupe, en ardoise. 19e siècle.

    -Usine hydraulique : taillanderie, scierie. Sur les Plants (Grand Creux), 2017 C1 772, 773 (1887 C1 71 à 73). Edifice de quatre travées, à deux niveaux sur sous-sol. Le cadastre de 1887 représente le bief ("bief des moulins de Capetaz") et la roue située sur l'arrière des bâtiments. Le recensement de 1861 ne compte qu'un bâtiment à Grand Creu, avec comme chef de ménage Gaspard Boccon, taillandier ; son fils Alphonse lui succède entre 1872 (recensement) et 1888 (liste de répartiteurs pour 1888 et 1906, AD 74, E dépôt 194. 1D : 4), avec le titre de taillandier puis forgeron. A partir du recensement de 1901, le site est également occupé par une scierie : Maurice Mugnier est scieur et emploie un domestique. Au recensement de 1936, il n'y a plus que la scierie Reigner frères (Eugène et Francis Reigner).

  • La compagnie de sapeurs-pompiers de Mûres

    La compagnie

    Une pompe à incendie est acquise grâce au produit d'une souscription volontaire en 1870. La commune forme à cette époque un vœu de création d'un corps de sapeurs-pompiers, effectif quelques mois plus tard : un règlement organique est approuvé le 9 juillet 1870, pour un corps de 30 membres. Ce nombre est ensuite augmenté à 50, ce qui en fait une subdivision de compagnie des sapeurs-pompiers ; un nouveau règlement est alors soumis à une validation qui tarde à être accordée. En 1874, les effectifs ayant atteint 54 hommes, la subdivision demande à devenir une compagnie. Celle-ci est réorganisée en 1876, conformément à un décret de l'Etat ; elle compte 51 hommes. Lors de la réorganisation quinquennale de 1888, la compagnie compte 56 hommes. Après cette date, les effectifs constatés lors des renouvellements quinquennaux diminuent : 44 hommes en 1895, 43 en 1902, 21 en 1903. La commune vote cependant le renouvellement de l'entretien de la compagnie pour 15 ans en 1907.

    Le matériel

    La pompe est d'abord entreposée (contre un loyer) chez Antoine Pollier, lieutenant des sapeur-pompiers, jusqu'à sa démission en 1874. La commune décide alors de la loger dans la salle dépendant du presbytère qui servait de salle d'école (avant la construction de la mairie-école) ; la somme de 116,25 F en prestations (souscription) inscrite au budget pour construire un hangar est donc supprimée. Mais bien que cette salle soit communale, le curé s'oppose à sa présence au presbytère et en 1877 la pompe à incendie est abritée sous des hangars ouverts appartenant à des particuliers : la question de la construction d'un hangar aux pompes fermé, combiné avec un logement pour l'instituteur, est évoquée (et une demande de subvention présentée) ; mais ce projet semble être resté lettre morte.

    Les délibérations communales gardent aussi la trace des achats de petit matériel : un clairon (14,30 F) en 1873, des "blouses d’uniforme" et ceinturons en 1878, grâce à une subvention de 100 F, des képis d’uniforme en 1882 grâce à une subvention du ministère de l’Intérieur de 75 F, de nouveau des képis en 1908, fournis par Jean-Claude Long tailleur à Alby, avec une subvention du ministre de l’Intérieur de 200 F.

    Aucun de ces équipements n'a été vu lors de l'enquête en 2017.

    (AD Haute-Savoie. E Dépôt 194. 1D : 3, délibérations du 15 mai 1870, 15 octobre 1871, 2 juin 1872, 9 février 1873, 9 août 1874, 14 mai 1876, 19 novembre 1876, 1er avril 1877, 11 août 1878, 12 février 1882, 17 juin 1888 ; 1D : 4, délibérations du 21 juillet 1895, 15 novembre 1896, 1er novembre 1902, 10 mai 1903, 8 septembre 1907 et 25 aout 1908).

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Haute-Savoie. E DEPOT 194/1D : 1. Registre des délibérations du conseil municipal de la commune de Mûres, 21 juillet 1819-23 février 1828.

    AD Haute-Savoie : E DEPOT 194/1D : 1
  • AD Haute-Savoie. E DEPOT 194/1D : 2. Recueil de délibérations et correspondance officielle du conseil municipal de la commune de Mûres, 18 janvier 1846-11 décembre 1850 ; 2 mai 1833-1849. NB nb pages blanches, copies de délibérations insérées dans le registre avec l’originale ; retour en 1833 après 1850.

    AD Haute-Savoie : E DEPOT 194/1D : 2
  • AD Haute-Savoie. E DEPOT 194/1D : 3. Registre des délibérations du conseil municipal de la commune de Mûres, 16 septembre 1860-8 octobre 1882.

    AD Haute-Savoie : E DEPOT 194/1D : 3
  • AD Haute-Savoie. E DEPOT 194/1D : 4. Registre des délibérations du conseil municipal de la commune de Mûres, 26 novembre 1882-10 décembre 1919.

    AD Haute-Savoie : E DEPOT 194/1D : 4
  • AD Haute-Savoie. 6M : 299. Mûres. Listes nominatives communales des dénombrements de la population. 1861-1936. Accès en ligne : <http://archives.hautesavoie.fr/ark:/67033/a01141094902308W339>

    AD Haute-Savoie : 6M : 299
  • BOEHRINGER, Jacques. La fruitière. Dactyl., s. d.

Documents figurés
  • [Copie de la mappe originale (plan cadastral) de la commune de Mûres] / Signée Cocelli, directeur de la péréquation générale. 1 dess. : lavis, papier collé sur toile. Echelle : 1:2372. Dimension : 1,6 x 1,1 m. 20 décembre 1732 (AD Haute-Savoie. 1 C d 41, 1 C d 41-COPIE ; accès en ligne <http://archives.hautesavoie.fr/ark:/67033/a011400141516ovAnm1>).

    AD Haute-Savoie : 1 C d 41, 1 C d 41-COPIE
  • [Plans cadastraux du premier cadastre français de Mûres] / Bonnevie (géomètre en chef) ; Th. Riou (géomètre de 1ère classe). 25 dess. : lavis sur carton léger. Échelle : 1:10 000 (tableau d’assemblage) ; 1:1000 (sections, sauf B4 et C4 : 1:500). 1887 (AD Haute-Savoie. 3P : 3, 6493-6517. Accès en ligne: <http://archives.hautesavoie.fr/ark:/67033/a011453302757S7qWvL>).

    Tableau d'assemblage ; section A de Chessy, feuilles 1 à 8 ; section B de Mûres, feuilles 1 à 8 ; section C des Balmettes, feuilles 1 à 7).

    AD Haute-Savoie : 3P : 3, 6493-6517
  • Mûres. Section C1 dite des Balmettes en sept feuilles. 1ère feuille. [Plans cadastraux du premier cadastre français de Mûres]. Dressé à l'échelle de 1 à 1000 par Th. Riou géomètre de 1ère classe / Th. Riou (géomètre de 1ère classe). 1 dess. : lavis sur carton léger. Échelle : 1:1000. 26 octobre 1887 (AD Haute-Savoie. 3P : 3, 6511. Accès en ligne: <http://archives.hautesavoie.fr/ark:/67033/a011453302757lFWdy2>).

Liens web

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