Cet édifice clôt la série d'immeubles à implantation irrégulière dont le début se situe au n°45 boulevard Jean-Jaurès. Contrairement à ses mitoyens orientaux, l'adoption d'un plan trapézoïdal permet à la construction d'épouser la morphologie parcellaire (voir le plan cadastral actuel). Il en découle un alignement régulier sur le boulevard dégageant le fond de parcelle ; ce terrain accueille ainsi une construction sur la cour. La reprise d'alignement régulier engendre l'apparition d'un important pignon d'alignement en élévation latérale orientale. L'élévation latérale occidentale est composée d'un mur aveugle avec travée en renfoncement, surplombant un sentier, dernier vestige de la potentielle rue Maréchal-Lyautey. Le première projet d'ouverture de voirie, celui de la rue Roberval qui devait traverser l'îlot en diagonale, est abandonné en 1931, soit deux ans avant la construction de l'immeuble. Sous la pression de propriétaires de terrains en cœur d'îlot (voir courriers en annexe), ce projet est remplacé par celui des rues Barthou et Maréchal-Lyautey. L'ouverture de ces deux rues, sur un tout autre schéma d'implantation que la rue Roberval, n'est entérinée que l'année même de la construction de l'immeuble du n°55 (1934), trop tard par conséquent pour que la rue longeant l'édifice soit prise en considération dans les plans d'architecture. La rue du Maréchal-Lyautey devait reprendre et élargir un ancien chemin, figuré en pointillé sur le plan parcellaire d'expropriation du boulevard. Finalement, il n'en fut rien et le chemin conserve de nos jours la configuration qu'on lui connait sur les plans des années 1920. Il est souligné, lors de la demande de permis de construire sur la parcelle enclavée HO 125 en 1993, qu'il convient de prévoir un droit de passage sur le terrain de son mitoyen, HO 599, puisque le projet de la rue Maréchal-Lyautey n'a pas été reporté au Plan d'Occupation des Sols approuvé le 16 février 1981. L'occupation en espace vert des parcelles enclavées joue comme contrepartie positive au caractère difficilement constructible de ce type de terrains. Elles constitueraient de micro-points de respiration urbaine. Cependant, la parcelle enclavée HO 672, qui reste en jardin jusqu'en 2005, finit par servir de zone d'extension du parking de l'Institut du travail social de la région Auvergne (en 2009 la reconversion est effective selon les photographies aériennes de l'IGN).
L'absence de traitement de l'élévation occidentale du n°55 boulevard Jean-Jaurès est d'autant plus sensible que le n°57 est écrit en fonction de l'espace qui le sépare de son voisin. La date plus tardive du premier projet d'immeuble au n°57, en 1937, permet à l'architecte Antoine Fustier de marquer la position de l'édifice sur le futur carrefour par le déploiement architectural en travées de part et d'autre du pivot que constitue l'angle. La modification du projet en 1939 ne change pas ce principe. Dans un contexte relativement similaire, celui de la voie faisant jonction entre la rue Eugène-Pelletan et le boulevard Lavoisier, voie non dénommée et transformée en allée piétonne, Jean Guillot propose, en 1936, un immeuble d'angle incluant un traitement de l'élévation latérale (délaissant par ailleurs l'angle à proprement parler, voir dossier du n°104 boulevard Lavoisier IA63002885). On peut par conséquent en conclure que la différence de geste architectural entre les n°57 et 55 provient d'atermoiements dans les aménagements urbains modifiant radicalement le contexte urbain dans lequel se plaçaient les deux architectes.
L'immeuble du n°55 se distingue donc par la maladresse de son insertion urbaine, gaucherie due aux tâtonnements d'implantations viaires ne pouvant laisser présager l'occupation de la parcelle mitoyenne. Le caractère frustre du traitement latéral occidental peut d'autant moins être reproché à l'architecte Jean Guillot que d'autres exemples illustrent sa maîtrise de ce type d'édifices urbains à façade animée par des bow-window et des balcons. Au sein de ce courant, Marius Lanquette (voir dossiers IA63002841, IA63002802, IA63002804), Ernest Pincot (voir dossier IA63002835) et Valentin Vigneron (voir dossier IA63002863) investissent l'angle des carrefours tandis que Jean Guillot concentre son geste sur la façade d'immeuble en front de rue (voir dossier IA63002811, IA63002819 et IA63002885), semblant préférant le défi des surfaces planes à celui d'une modification des arêtes vives.
Conservatrice du patrimoine. Responsable de l'unité Ressources du Service Patrimoines et Inventaire général de la région Auvergne-Rhône-Alpes.